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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 03:44

La pollution a des conséquences de plus en plus concrètes sur notre santé.

Les agents polluants pénètrent à l'intérieur de notre corps et sont responsables de l'activation de virus, bactéries et parasites.

Entre pollution atmosphérique et pollution hydrique, le corps humain contemporain est souvent affecté sans qu'on le sache.

Le corps humain est-il capable de s'adapter et réguler cette "corruption" de son environnement ?

Stéphane Gayet : C’est un lieu commun de dire que notre civilisation industrialisée génère beaucoup de pollution.

Les polluants sont partout, ils ont envahi nos espaces de vie d’une façon massive et implacable.

Ils sont présents dans l’air, bien sûr, mais aussi dans l’eau du réseau -eau dite potable- et dans les aliments.

On a parfois tendance à se focaliser sur la pollution manifeste : ce sont les pics de pollution atmosphérique à l’ozone et aux oxydes d’azote, de soufre et de carbone, ce sont également les alertes de pollution hydrique ou alimentaire.

Ces phénomènes-ci sont aigus et souvent perceptibles, au moins par leurs conséquences à court terme sur la santé (consultations médicales, hospitalisations et décès).

Au contraire, la pollution à bas bruit, chronique, imperceptible, ne retient pas en général notre attention parce que nous ne sommes pas en mesure de la percevoir.

Les polluants pénètrent dans notre corps par nos poumons et notre intestin, mais aussi par nos muqueuses buccale, nasale et oculaire.

La pénétration par la peau est en revanche insignifiante, toutefois certains polluants peuvent l’agresser directement. Face à ce déferlement quotidien de substances nocives, que peut faire notre corps pour se défendre ?

Notre système immunitaire est essentiellement conçu pour faire face aux agressions microbiennes, car les microorganismes pathogènes – virus, bactéries et parasites microscopiques – ont été historiquement les plus dangereux.

Les siècles qui nous ont précédés ont connu les épidémies meurtrières de peste, de choléra, de typhus, de diphtérie ou encore de variole.

Ces épidémies ont disparu de nos pays occidentaux et les risques sont aujourd’hui essentiellement chimiques.

Mais notre système immunitaire n’a pas suivi cette mutation civilisationnelle : il est encore orienté vers la lutte contre les agressions microbiennes.

En somme, l’évolution des espèces dont l’Homme est beaucoup trop lente face à la transformation galopante de notre mode de vie.

On peut affirmer que cette industrialisation a non seulement violenté la nature, l’environnement, mais aussi de façon indirecte le corps humain en raison des retombées toxiques de nos activités polluantes.

Le corps humain ne parvient pas à suivre ce qu’il a lui-même généré.

Toujours est-il que les polluants non microbiens sont plus ou moins bien appréhendés par notre corps, plus souvent moins que plus.

Les poumons filtrent l’air inspiré, le foie filtre tout ce qui est absorbé par l’intestin. Ces deux organes sont riches en cellules immunitaires de défense.

Mais beaucoup de polluants chimiques les mettent en échec et se disséminent dans notre corps par le sang. Ils vont ainsi gagner les reins, les muscles, le cerveau, les glandes productrices d’hormones, etc.

Si l’on prend l’exemple des métaux lourds que sont le plomb et le mercure, on les retrouve dans de nombreux organes où ils peuvent à la longue avoir des répercussions pathologiques (anémie, troubles psychiques, paralysies…).

Les conséquences de l’empoisonnement très lent par les polluants quotidiens sont nombreuses et impossibles, non seulement à décrire de façon exhaustive, mais aussi à étudier de façon complète, car ils agissent à très faibles doses pendant des années, et l’industrie nous en apporte sans cesse de nouveaux.

On parle aujourd’hui de micropolluants. Moins ils sont concentrés et plus ils sont difficiles et donc coûteux à doser dans l’air, l’eau et les aliments, plus ils sont également insidieux et imperceptibles.

Les effets les plus connus et aujourd’hui très médiatisés sont la perturbation des glandes endocrines, c’est-à-dire des glandes qui produisent et sécrètent des hormones (substances actives qui circulent dans le sang).

Ce sont les tristement célèbres perturbateurs endocriniens.

Ils contribuent à avancer l’âge de la puberté chez la fille – ce qui présente moult inconvénients – et à appauvrir le sperme en spermatozoïdes.

Ils peuvent également perturber la glande thyroïde, ainsi que d’autres glandes endocrines très probablement. Il est encore possible que certains puissent contribuer à altérer le génome des cellules germinales.

Il paraît clair, hélas, qu’au fur et à mesure qu’on en retire du commerce, d’autres apparaissent.

Certains polluants vont se concentrer dans les reins qui constituent, avec les poumons et le foie, les autres filtres du corps. Ils peuvent contribuer à l’insuffisance rénale chronique, maladie qui se développe lentement et de façon totalement indolore et même pratiquement imperceptible.

D’autres polluants vont se concentrer dans la moelle osseuse hématogène, c’est-à-dire la moelle rouge des os, celle qui fabrique nos cellules sanguines et nos cellules de défenses (globules blancs).

Ils peuvent faciliter la survenue d’une anémie ou d’une hémopathie maligne (cancer des globules blancs : leucémies, lymphomes malins…).

Certains polluants vont se concentrer dans le cerveau et provoquer des troubles psychiques divers et variés.

L’aluminium est accusé de favoriser le développement de la maladie d’Alzheimer, bien que curieusement le rapport exhaustif que l’Institut national de veille sanitaire (InVS, aujourd’hui absorbé par Santé publique France) ai publié en 2003 un rapport qui infirme cette hypothèse. (?).

Les effets psychiques de l’accumulation de plomb sont en revanche reconnus.

Ces polluants se concentrent également dans les structures nerveuses périphériques et peuvent donner des paralysies très diverses.

Le phénomène le plus préoccupant est sans doute constitué de la cancérogenèse.

On constate depuis plusieurs années une augmentation de l’incidence (nombre de nouveaux cas par an) de plusieurs cancers, en particulier des lymphomes malins.

Mais bien des polluants chimiques sont suspectés de favoriser le développement de cancers d’organes.

Il faut encore citer l’action possible de polluants chimiques sur notre système immunitaire. Alors que l’aluminium est un adjuvant plus qu’utile pour renforcer l’action immunogène des vaccins, d’autres substances peuvent au contraire affaiblir notre système immunitaire ou bien le faire fonctionner de façon inappropriée.

C’est ainsi que l’on constate une augmentation très nette de l’incidence des allergies (dysfonctionnement du système immunitaire) ainsi que des maladies dites auto-immunes (autre type de dysfonctionnement du système immunitaire).

On l’aura compris, il est impossible à la fois de tout lister et de tout étudier.

On se trouve devant une multitude de composants chimiques ayant chacun de multiples effets.

Le chapitre des dioxines est à lui seul gigantesque : il n’y a pas une dioxine, mais des centaines voire plus de dioxines qu’il est impossible de doser et d’étudier en totalité.

Quelles sont les pollutions que le corps ne peut ou n'arrive pas à assimiler ?

Les grosses molécules complexes sont souvent les moins dangereuses – du moins quand elles ne tuent pas immédiatement -, car les cellules du foie sont en général capables de les détoxifier en les découpant en petites molécules.

C’est vrai aussi de petites molécules facilement dégradables comme l’éthanol ou alcool éthylique, alcool ordinaire, que les cellules du foie (hépatocytes) peuvent dégrader, du moins quand sa concentration reste faible.

Les métaux en revanche sont impossibles à décomposer étant donné qu’il s’agit d’éléments simples.

Par ailleurs, beaucoup de molécules étrangères organiques (constituées de carbone, azote, oxygène et hydrogène) lors de leur transformation dans notre corps peuvent libérer des petits éléments toxiques.

La libération de radicaux libres en est un exemple ; ils sont agressifs pour nos cellules et peuvent les dénaturer.

D’une façon schématique, on peut distinguer d’une part les polluants minéraux, comme l’arsenic, les métaux (mercure, plomb, argent…) et leurs composés, que notre corps ne peut pas assimiler et qui vont être en partie éliminés, en partie stockés de façon durable.

Mais il faut préciser que certaines substances sont capables de favoriser leur élimination (traitement curatif du saturnisme, par exemple).

D’autre part les polluants organiques qui seront décomposés dans notre corps, mais parfois après avoir déjà exercé un effet toxique, parfois en composés eux-mêmes toxiques.

On peut vraiment être effrayé par tout ce que l’on peut trouver dans l’analyse du cerveau, du foie et du rein de personnes décédées ou même encore en vie (biopsies).

ADN modifié, fertilité en chute, cancers et cie... : petit panorama de l’impact concret de la pollution sur nos corps.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Climat
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