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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 23:13

Jean-François Bouvet - Vers l'humain génétiquement modifié

Modifier génétiquement l'embryon est devenu une manipulation simple.

Le pas, déjà franchi en Chine, va l'être en Suède. Pour le meilleur et pour le pire ?

La nouvelle est tombée par le biais de la prestigieuse revue Nature : à l'Institut Karolinska de Stockholm, le biologiste Fredrik Lanner s'apprête à modifier génétiquement non des plantes ou quelque animal de laboratoire, mais bien des embryons humains.

Moins de vingt ans après la sortie du film Bienvenue à Gattaca, le risque d'eugénisme se précise.

D'autant que le scientifique du Karolinska ne sera pas le premier à sauter le pas ; deux équipes de Guangzhou, en Chine, l'ont devancé dans sa démarche.

Leur dernière publication, datée du 6 avril, montre que les chercheurs chinois ont réussi à doter des embryons humains d'un gène de résistance au virus du sida... Homo sapiens est en passe de devenir son propre démiurge, et c'est plutôt vertigineux. À l'origine de cette révolution, une innovation technique : le kit d'édition de l'ADN (CRISPR/Cas9).

Grâce à ces « ciseaux moléculaires », on peut modifier le génome de manière aussi simple que précise : enlever un gène pour le remplacer par un autre segment d'ADN est désormais à la portée du laboratoire lambda, ou même de l'étudiant de master en salle de travaux pratiques.

La mise à disposition des chercheurs d'un outil aussi affûté n'est pas sans soulever de multiples questions : les prochaines décennies seront-elles celles de l'humain génétiquement modifié ?

Va-t-on se cantonner à l'éradication de maladies génétiques ou céder à la tentation du bébé parfait ?

Les transhumanistes vont-ils cibler des gènes impliqués dans la longévité ou dans la valeur du QI, en vue de la genèse d'un humain « augmenté » ?...

D'ores et déjà, au Beijing Genomics Institute ou à l'Imperial College de Londres, des chercheurs traquent les gènes de l'intelligence.

Limites

On imagine ce à quoi aboutirait la manipulation génétique d'un embryon humain s'il venait à être implanté pour se développer jusqu'à terme : cela reviendrait à modifier, outre le génome d'un individu, sa progéniture.

En mars 2015, des chercheurs américains mettaient en garde dans Nature et Science contre de telles modifications transmissibles.

Côté Europe, la convention d'Oviedo définit les limites à ne pas transgresser : « Une intervention ayant pour objet de modifier le génome humain ne peut être entreprise que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et seulement si elle n'a pas pour but d'introduire une modification dans le génome de la descendance... »

Reste que le Royaume-Uni n'a pas signé la convention ; comme la Suède, ce pays a récemment donné son feu vert à des manipulations génétiques sur l'embryon. L'homme va-t-il, par l'ingénierie génétique, interférer encore davantage avec l'évolution ?

« L'avenir de l'humanité reste indéterminé, parce qu'il dépend d'elle », écrivait Bergson.

C'est plus que jamais vrai.

Publié le 22/05/16 Source Le Point

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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