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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 19:18

27,7% des étudiants et jeunes médecins souffrent de dépression, selon une enquête publiée en juin 2017 et coordonnée par 4 syndicats.

23,7% auraient même déjà eu des idées suicidaires, c'est énorme.

En cause, des troubles anxio-dépressifs, d'épuisement professionnels ou de burn-out liés à des situations de travail difficiles qui engendrent des problèmes de santé chez les médecins... mais aussi de facto chez les patients via "une diminution de la qualité des soins prodigués ainsi qu’une augmentation du risque d’erreurs médicales", est-il précisé dans le rapport.

Alarmant. ´

Bien sûr, nous connaissons la surcharge de travail et les horaires parfois compliqués de ces professionnels.

Mais au-delà, il existe une dimension importante qui ne peut être occultée dans ce métier : l'émotionnel.

Solitude et responsabilité David Saint-Marc, chercheur en sociologie de la médecine au centre Emile Durkheim, explique :

"Les médecins sont très bien formés en France d'un point de vue technique.

Mais beaucoup moins sur le reste : l'annonce difficile d'un diagnostic grave, la relation avec le patient, la confrontation à la mort... que le jeune médecin fraîchement diplômé doit affronter seul".

Seul... car tous ne sont pas épaulés.

D'après l'enquête des syndicats, si 73,3% des répondants estiment avoir le soutien de leur pairs, ils ne sont que 49,3% à affirmer avoir le soutien de leurs supérieurs hiérarchiques, un chiffre qui grimpe à 61,5% parmi les internes.

Sans oublier la responsabilité à laquelle le médecin fraîchement formé risque d'être confronté.

"Les services hospitaliers tournent surtout grâce aux internes qui font le boulot des médecins, et qui ont encore souvent peur de commettre des erreurs."

Une situation qui n'est pas sans rappeler le triste scénario du film Hippocrate, où Vincent Lacoste interprète un jeune médecin de 23 ans, "responsable" du décès de son patient, et ici protégé par ses pairs (et son père qui dirige le service).

La simulation médicale, une piste concrète

Alors, que faudrait-il faire ?

"Inclure des travaux de mise en situation dans les université pour apprendre à gérer les dimensions émotionnelles et affectives du métier", commente David Saint-Marc.

En d'autres termes, avoir recours à ce que l'on appelle la simulation médicale.

Pour prendre l'exemple de l'annonce du diagnostic - une étude américaine a montré qu'un cancérologue devait annoncer près de 20 000 fois des mauvaises nouvelles durant sa carrière - la simulation consiste à exercer les étudiants face à des comédiens professionnels.

Il existe bien un document rédigé par la Haute autorité de santé sur "annoncer une mauvaise nouvelle" mais celui-ci reste évidemment très théorique...

"Nous pensons que l'entraînement diminue la charge émotionnelle.

En tout cas, il y a surtout un accompagnement car nous discutons après ces annonces du ressenti de chacun, et des améliorations que nous pourrions apporter", explique le Pr Jean-Claude Granry,

Président de la Société Francophone de Simulation en Santé.

Mais toutes les facultés n'intègrent pas des centres de simulation qui ne sont pas obligatoires.

Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé, avait déclaré en octobre 2015 que d’ici à 2017, tous les CHU devraient disposer d’un centre de simulation. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

COOPÉRATION.

Et après la formation, comment agir ?

Pour le Pr Jean-Claude Granry, "la solution, c'est l'équipe".

Car tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. "Il y a une réelle variabilité entre les établissements et selon les internes et médecins que j'ai rencontrés", constate Rebecca Dickason*, enseignante à l'Université de Rennes 1 et préparant un doctorat en sciences de gestion sur le travail émotionnel.

Ajoutant : "cela dépend de plusieurs facteurs : l'histoire personnelle de chacun, la personnalité, le type de service, les stages d'internat effectués, le soutien social..."

Dans certains hôpitaux, des groupes de parole sont mis en place et peuvent se révéler, s'ils sont bien menés, des soupapes de décompression très efficaces.

Dans leur enquête, les syndicats proposent d'améliorer la formation, la prévention et la prise en charge des jeunes médecins à risque, par exemple par "la formation des managers pour un management bienveillant", ainsi que de "rendre la visite d’aptitude en service de santé au travail obligatoire et systématique pour tous les jeunes médecins à chaque changement de statut (externe, interne, assistant)".

Car ce sont souvent les cordonniers les plus mal chaussés : 54,7 % des interrogés n'ont jamais vu de médecin du travail... *

Rattachée au réseau doctoral en Santé publique animé par l'EHESP.

Un tiers des jeunes médecins sont en dépression.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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