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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 10:17

Un élan d’espoir mais en même temps quelques réserves après la nomination d’Agnès Buzyn

Paris, le jeudi 18 mai 2017 –

La passation de pouvoir est chaleureuse. Marisol Touraine presse les épaules de celle qui va lui succéder dans quelques instants, en signe d’encouragement et d’affection.

Le professeur Agnès Buzyn prend bientôt la parole, visiblement émue. Elle reconnaît qu’elle n’aurait jamais « imaginé être là un jour » tout en soulignant cependant que « c’est le travail de toute une vie ». 150 publications sur Medline

Si les deux femmes qui étaient réunies hier devant l’Avenue de Ségur ont de fait un point commun qui ne devrait pas être l’objet de critiques c’est leur colossale capacité de travail.

Mais si Marisol Touraine l’a démontré comme député, conseillère politique et ministre, c’est comme médecin, enseignant et chercheuse qu’Agnès Buzyn l’a mis en évidence.

Un rapide passage sur Pub Med permet de s’en convaincre non sans une once d’admiration : elle compte près de 150 publications scientifiques référencées.

Les revues spécialisées en hématologie, telle la prestigieuse Blood, mais également plusieurs journaux plus généralistes comme les Annals of oncology ou le New England Journal of Medecine ont régulièrement présenté les travaux auxquels l’hématologue a participé ou qu’elle a dirigé tout au long de ces vingt dernières années.

A priori plus que favorable chez les étudiants et à l’hôpital.

Cette excellence dans son domaine et son expérience en tant qu’enseignante, chercheuse et médecin hospitalier lui offrent aujourd’hui auprès d’une grande partie du monde médical une aura positive.

Parmi les premiers à réagir à l’annonce de la nomination du nouveau ministre, l’Intersyndicat national des internes (ISNI) a ainsi salué l’arrivée de ce « médecin et enseignante-chercheuse à ce poste clé » et en a profité pour demander sans attendre une entrevue avec Agnès Buzyn au sujet de la réforme du troisième cycle des études médicales.

L’enthousiasme est également palpable chez les représentants de la Fédération hospitalière de France (FHF) qui ne peuvent que se féliciter de retrouver à la tête du ministère une personnalité connaissant parfaitement le fonctionnement de l’hôpital.

« Je dois (…) avouer que l’a priori est favorable. C’est une bonne experte des questions de santé. Il n’y a pas de raison de douter de sa capacité ».

Dogmatisme, positions arrêtées, conflits d’intérêt…

Si le monde hospitalier, dont la déception vis-à-vis de Marisol Touraine n’avait eu d’égale que l’ampleur de ses attentes lors de l’arrivée de François Hollande au pouvoir, se montre satisfait, les réserves sont plus grandes du côté des libéraux.

Certains redoutent que l’attachement, jamais caché, d’Agnès Buzyn pour le secteur public favorise un peu plus les divisions entre monde libéral et monde hospitalier.

D’ailleurs, certaines déclarations passées d’Agnès Buzyn concernant le paiement à l’acte ou encore les dépassements d’honoraires n’ont pas été oubliées.

Ces observations « montraient une certaine méconnaissance » et signaient des « positions très arrêtées, d’aucuns diraient dogmatiques » se souvient ainsi Jérôme Marty, patron de l’Union française pour une médecine libre (UFML) avant d’ajouter faussement magnanime

« Mais cela c’était avant ».

La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) partage également cette inquiétude, en notant par exemple que le collège de la Haute autorité de santé (HAS), présidée depuis un an par Agnès Buzyn ne compte depuis plus aucun représentant du monde libéral.

« Le passé de Mme Agnès Buzyn n’augure rien de bon pour l’avenir de la médecine libérale » a twitté sans nuance le patron de la CSMF, Jean-Paul Ortiz, se disant partagé entre « inquiétude » et « scepticisme ».

Parallèlement à ces réserves, d’autres prises de position passées d’Agnès Buzyn concernant la collaboration des experts avec l’industrie pharmaceutique sont aujourd’hui rappelées et appréciées avec une certaine circonspection.

Enfin, le Monde remarque qu’elle devra également prendre soin d’afficher sa neutralité vis-à-vis de ses rapports avec l’INSERM dont le directeur général n’est autre que son époux.

« Je ne stigmatiserai jamais les médecins »

Mais les premières déclarations d’Agnès Buzyn qui font écho à des confidences passées pourraient apaiser certains esprits.

« Il y aura un équilibre à trouver entre médecine de ville et l’hôpital.

Nous allons travailler d’arrache pied.

Nous sommes dans un gouvernement qui n’a pas le droit à l’erreur » a ainsi insisté le nouveau ministre hier, qui par cette mention préliminaire de la médecine libérale aura peut-être rencontré quelques échos favorables.

Le ministre n’ignore d’ailleurs pas la psychologie du corps médical, elle qui analysait l’année dernière dans les colonnes du Quotidien :

« C’est très facile de critiquer les médecins.

Quand j’entends dire qu’on a du mal à les faire rentrer dans le rang, je dis que ça n’est sans doute pas faux, mais je connais l’exercice médical, qui est un art difficile (…).

Mais je ne les stigmatiserai jamais parce que leur exercice quotidien est très difficile ».

Ça ne pourra pas être pire que Touraine !

Voilà des mots et un profil qui lui permettent aujourd’hui de séduire largement. Ainsi, loin des réticences de la CSMF et de l’UFML, MG France s’est « réjoui » de l’arrivée d’Agnès Buzyn, qualifiée de « femme très attachante, à l’écoute », qui « parle avec un calme remarquable et avec gentillesse » décrit Claude Leicher dans les colonnes d’Egora.

Le patron de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) a de son côté affirmé qu’elle était une « fine connaisseuse des questions de santé, parfaitement au fait des enjeux et des défis à relever ».

D’une manière générale, le fait qu’il s’agisse d’un médecin apparait même chez les plus réservés, tel Jérôme Marty, comme un gage important. « Elle mènera sûrement son ministère dans le sens de la médecine et non celui de l’économie » observe ainsi le patron de l’UFML.

Enfin, toujours fidèle à son esprit sarcastique, Jean-Paul Hamon, patron de la Fédération des médecins de France (FMF) note qu’en tout état de cause elle

« aura du mal à faire plus mal que Touraine ».

Aurélie Haroche

http://www.jim.fr

Un élan d’espoir mais en même temps quelques réserves après la nomination d’Agnès Buzyn: Dogmatisme, positions arrêtées, conflits d’intérêt…

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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