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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 09:30

http://www.cancero.net/index.php STRESS, COPING et ESPOIR (première partie)

Par le Dr Jean-Pierre Mérel (CHU de Montpellier)

Stress, coping, and hope Folkman S

Psychooncology. 2010 ; 19(9):901-8

Le concept d'espoir, comme stimulant des stratégies d'adaptation, est supposé jouer un rôle thérapeutique, dans le champ de la Psychologie Positive, pour les patients sévèrement malades et leurs proches.

Il est encore fréquemment pris en compte aujourd'hui en recherche psycho-oncologique mais ses définitions sont multiples.

Aussi nous est-il apparu utile de relire le très intéressant article de Susan Folkman (2010) qui vise à approfondir ce concept à la lumière de la "théorie du stress et du faire face" (stress and coping theory).

Celle-ci soutient que le stress est contextuel, c'est-à-dire qu'il suppose une interaction entre un sujet et son environnement, et qu'il s'agit d'un processus, ce qui implique des changements dans la durée.

Il se définit comme une situation qui est appréhendée (évaluation) par l'individu comme ayant des implications (significations) personnelles conduisant à des exigences qui dépassent les ressources pour y faire face. -

L'EVALUATION PRIMAIRE : correspond à la signification particulière de la situation pour un sujet donné : elle dépend de ses croyances, de ses valeurs et de ses objectifs. -

L'EVALUATION SECONDAIRE : réfère aux options possibles pour faire face qui dépendent de la situation (quelles possibilités ?) et par les compétences personnelles du sujet (physiques, psychiques, matérielles, spirituelles). De cette double évaluation découle la perception singulière pour chaque sujet de la situation, comme perte ou comme dommage, comme défi (challenge) ou comme menace.

LE COPING (FAIRE FACE) : fait référence aux pensées et aux comportements mis en oeuvre pour gérer les pressions internes et externes générées par une situation stressante. - Il peut être centré sur le problème (CCP), visant à le résoudre par l'élaboration de projets, de stratégies (information par ex.) et donc à la prise de décisions. - Il peut être centré sur les émotions (CCE), visant à réguler les conséquences émotionnelles négatives du stress par des stratégies comme la distanciation, l'évitement ou la recherche de soutien. - Il peut être centré sur la signification (CCS), visant à réguler les émotions positives qui paradoxalement peuvent se manifester en cas de stress intense en aidant par exemple à transformer une menace en défi, soutenant les valeurs et croyances dans la réévaluation des buts poursuivis, le re-centrement des forces acquises par l'expérience vitale, la redéfinition des priorités.

Ces 3 modes oeuvrent ensemble, de telle sorte que la régulation émotionnelle (CCE) permette au sujet de se concentrer sur une prise de décision (CCP) qui est sous-tendue par l'évaluation des valeurs et des objectifs (CCS). -

L'ESPOIR a été défini de multiples façons : aspiration à l'amélioration d'une difficulté majeure en psychologie, état de motivation positif à atteindre un objectif, ou vertu, entre foi et charité en théologie.

Dans le domaine des soins, il lui est attribué une dimension d'ÊTRE (capacité personnelle d'être positif en toute circonstance), de FAIRE (capacité pragmatique de se fixer des buts concrets) et d'ANTICIPER (des possibilités futures).

L'espoir partage de multiples caractéristiques avec le stress : il est comme lui contextuel, dépend d'une évaluation personnelle, connait des fluctuations. Il comprend une dimension cognitive (information, objectifs), il génère une énergie exprimée en terme de "désir" ou de "volonté".

Il s'accompagne d'une coloration émotionnelle à la fois positive et négative (dans la mesure où ce qui est espéré peut ne pas advenir).

Pour beaucoup, il est ancré dans la religion ou la spiritualité ce qui conduit alors à l'assimiler à la foi. Date de publication : 16 Janvier 2017

STRESS, COPING et ESPOIR (deuxième partie)

Par le Dr Jean-Pierre Mérel (CHU de Montpellier)

Stress, coping, and hope Folkman S Psychooncology. 2010 ; 19(9):901-8

COPING et ESPOIR sont dans une INTERDEPENDANCE DYNAMIQUE, la reviviscence de l'espoir dans les situations de stress grave dépend en partie des processus cognitifs du coping et, à l'inverse faire face dépend de la capacité de maintenir l'espoir.

Cette interdépendance prend des aspects très divers selon la maladie, les caractéristiques du patient comme l'âge, l'état de santé, l'accès aux soins, le soutien familial et social, les ressources physiques, psychologiques, économiques ou spirituelles.

Mais certains mécanismes d'adaptation se retrouvent chez la majorité des malades atteints de maladie grave et chez leurs proches : ce sont par exemple l'adaptation à l'incertitude et la prise en compte d'une réalité changeante. -

FAIRE FACE à L'INCERTITUDE s'impose chaque fois qu'un patient est informé du diagnostic de maladie cancéreuse ou de sa progression. La réponse peut faire appel à des stratégies centrées sur l'émotion comme la minimisation ou l'évitement.

Mais la plus typique est de rechercher des éléments d'évaluation qui vont prendre la forme de probabilités statistiques associées aux options thérapeutiques, à la nature de la maladie, à son pronostic, "chances" dont l'estimation invite à l'espoir et que le sujet va tenter de majorer en recourant à des rationalisations diverses comme trouver des raisons personnelles ou circonstancielles pour lesquelles les statistiques négatives ne s'appliquent pas à lui. Ce qui peut conduire à une certaine -

DISTORSION de la REALITE : celle-ci prend la forme habituelle du déni, rarement total (déni du diagnostic) et alors non durable, le plus souvent partiel concernant les conséquences de l'information et non l'information elle-même. S'il n'est pas souhaitable que le médecin facilite le déni et encore moins le suscite, ce dernier apparaît comme une défense temporairement utile qu'il faut savoir respecter. -

GERER L'INCERTITUDE dans la DUREE constitue un défi pour soutenir l'espoir et faire face à une réalité qui évolue (rechutes, métastases). Reconnaître les changements, faire le deuil de certains espoirs ne signifie pas perdre tout espoir. Il peut exister une "réserve d'espoir" basée sur la foi, les dispositions personnelles ou l'expérience passée qui permette la révision nécessaire des objectifs quand la réalité l'exige et l'identification de nouveaux buts, plus réalistes et porteurs de sens. La qualité de la relation avec le médecin peut faciliter ce processus essentiel du coping centré sur la signification. Certains patients échouent dans cette révision, d'autres s'y refusent. Mais ce qui sous-tend le rôle important attribué par l'auteur à la révision des objectifs comme processus de faire face à la réalité qui change, c'est l'idée qu'un nouvel objectif donne un support à l'espoir. Il est donc utile d'interroger les objectifs des patients et en particulier, au-delà des plus concrets (ex: "voir naître mon petit-fils"), leurs objectifs plus élevés (ex: "être en paix avec moi-même, maintenir ma dignité") qui constituent le fondement de l'espoir et le moteur du faire-face. Date de publication : 16 Janvier 2017

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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