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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 22:19

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN

Peut-on recommander un régime alimentaire particulier aux patients atteints de SEP?

Lors du dernier congrès de l’American Association of Neurology, plusieurs sessions étaient consacrées à la nutrition et la SEP.

Le point sur les données actuelles.

Absence de recommandations Il n'y a pas, en France, de recommandations officielles sur l'alimentation et la sclérose en plaques (SEP).

Pourtant, en consultation, la question se pose.

En 2012, des chercheurs américains rapportaient que 50% à 75% des patients SEP consommaient des compléments nutritionnels ou suivaient des régimes alimentaires qu'ils pensaient bénéfiques.[1,2]

Lors du congrès de l'American Association of Neurology (AAN) 2017, de nombreuses sessions étaient consacrées à la nutrition.

Une enquête transversale américaine portant sur plus de 7000 individus souffrant de SEP a notamment été présentée par Kathryn Fitzgerald et coll [3].

Recrutés dans le cadre du registre NARCOMS (North American Research Committee on MS), les patients étaient invités à répondre à un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires.

Les résultats suggèrent que, dans cette population :

• l'apport en calcium était inférieur à celui recommandé par le RDA (recommended dietary allowance, c.-à-d. les apports nutritionnels conseillés américains).

• les patients avec une alimentation plus riche en produits laitiers et en calcium avaient un risque de handicap plus faible (risque évalué par l'échelle PDDS - patient determined disease steps).

• une consommation plus importante de sucre ajouté provenant de boissons sucrées tendait, à l'inverse, à être associée à un tableau de SEP plus sévère.

• aucun lien n'était observé entre les scores PDDS et la consommation de viande, fruits et légumes ou fibres.

• enfin, la composition du régime alimentaire variait selon les caractéristiques cliniques de la maladie.

Ainsi, les individus avec une SEP progressive consommaient moins de produits laitiers et plus de fruits et légumes que ceux avec une forme cyclique rémittente.

Jusqu'à présent, aucun régime alimentaire n'a été mis en évidence pour réduire le risque de développer une SEP.

En 2014, une première étude prospective de population n'avait pas trouvé d'association entre une alimentation santé de haute qualité et la diminution du risque de développer la maladie [4].

L'absence de patients adolescents, une population pourtant clé dans l'étude du développement la SEP, pourrait expliquer la négativité de l'analyse.

"Une alimentation saine pourrait réduire les comorbidités de la SEP".

Pr Barbara Giesser (UCLA) Selon le Pr Barbara Giesser (Ronald Reagan UCLA Medical Center), qui présentait une session sur les conseils diététiques dans la SEP à l'AAN 2017 [5],

« il est important d'informer les patients pour qu'ils ne suivent pas n'importe quel régime trouvé sur Internet.

» Le mieux est d'orienter le patient vers « une alimentation saine, ce qui permettrait de réduire les comorbidités de la SEP ».

Obésité et comorbidités

Le diabète, les maladies cardiaques, la dépression et l'anxiété, sont associés à un risque accru de décès chez les patients SEP [6,7].

Les recommandations diététiques actuelles pour ces pathologies, telles que le régime méditerranéen, pourraient donc s'appliquer.

L'obésité, fortement associée à la SEP, constitue également un facteur de risque important.

Les femmes obèses sont particulièrement concernées, surtout lorsque le surpoids est présent dès l'adolescence.

Le risque de développer une SEP est en effet double chez les femmes qui étaient en surpoids à 20 ans comparativement à celles plus minces au même âge [8,9].

Il convient donc de « s'assurer que les patients maintiennent bien un poids santé », selon le Dr Giesser.

« Les patients avec une SEP devraient maintenir un poids santé » Pr B. Giesser

Les individus obèses atteints de SEP devraient donc être orientés, lorsque que c'est possible, vers un régime amaigrissant.

Une étude pilote, présentée à AAN 2017 a montré la faisabilité de deux types de stratégies diététiques chez les patients SEP.

La réduction calorique continue (avec une réduction quotidienne de 22% des besoins caloriques) et le jeune intermittent (avec une réduction calorique de 75%, 2 jours par semaine) étaient comparables en termes de perte de poids (3,4 kg en 8 semaines) et de diminution de la masse du tissu adipeux viscéral, comparativement à un régime alimentaire stable.

Des études de suivi sont prévues pour comparer l'effet de ces régimes sur les marqueurs de l'inflammation [10].

La vitamine D

Les patients obèses présentent, par ailleurs, des taux souvent faibles en vitamine D.

Or, plusieurs études observationnelles ont montré que la carence en vitamine D était associée à une augmentation du risque SEP [11], du taux de poussées [12], de lésions à l'IRM [13], et d'une invalidité plus précoce et plus sévère [14].

Il existe une relation inverse entre la progression de la maladie et des taux sériques élevés en vitamine D. [15]

À ce jour, aucune relation causale n'a été mise en évidence, mais les propriétés immunorégulatrices et anti-inflammatoires [16], voire neuroprotectives et remyélisantes [17] de la vitamine D laissent entrevoir un effet potentiellement bénéfique d'une supplémentation.

Plusieurs études sont d'ailleurs en cours : EVIDIMS en Allemagne, VIDAMS aux États-Unis, SOLAR aux Pays-Bas et CHOLINE en France.

Ces 2 dernières ont fait l'objet de présentations orales à l'AAN 2017 : • SOLAR est un essai prospectif randomisé en double aveugle comparant la supplémentation en vitamine D3 versus placebo chez des patients SEP traités par interféron.

Les résultats à 2 ans [18] ne montraient pas de différence significative entre les deux groupes sur l'activité de la maladie, qui était le critère primaire (selon le NEDA ou no evidence of disease activity, une mesure composite comprenant les poussées, la progression du handicap, et l'activité à l'IRM).

Cependant, les paramètres IRM (lésions en T2 et lésions prenant le gadolinium), qui composaient le critère secondaire, étaient significativement plus faibles (-32%, p=0,005) dans le groupe vitamine D.

Ce résultat laisserait supposer, selon les auteurs, que la supplémentation pourrait être plus efficace à un stade plus précoce de la maladie, lorsque l'activité inflammatoire est probablement plus intense.

• CHOLINE était quant à lui présenté par l'équipe du Pr William Camu, du CHU de Montpellier.

Comme SOLAR, l'essai était randomisé en double aveugle contre placebo en complément d'un traitement par interféron.

Les résultats à 2 ans étaient plutôt contrastés [19]. Ils confirmaient l'effet bénéfique de la supplémentation en vitamine D sur les paramètres IRM à 2 ans (lésions en T2 et prise de gadolinium – critères secondaires), mais le taux de poussées à 2 ans (le critère primaire) était, de façon non significative, un peu plus élevé dans le groupe vitamine D en intention de traiter, suggérant un manque de puissance de l'étude.

Les deux essais confirmaient, par ailleurs, l'innocuité de la supplémentation en vitamine D chez les patients SEP. Faut-il prescrire des compléments de vitamine D aux patients avec une SEP ?

« Ces 2 études [SOLAR et CHOLINE], mêmes négatives, sont très convaincantes sur les critères secondaires.

Personnellement, je supplémente déjà mes patients depuis longtemps, » a indiqué le Pr Gilles Defer, neurologue au CHU de Caen, à Medscape.

Pour le Pr Bruno Brochet, neurologue au CHU de Bordeaux « les patients qui nous arrivent prennent déjà des compléments de vitamine D, prescrits, pour la plupart, par leur généraliste. »

Mais selon le Pr Defer, « ce n'est pas le cas dans toutes les régions.

Dans mon expérience, les médecins généralistes la prescrivent quelques temps, puis oublient...

Or, la supplémentation doit être régulière, car dès qu'on l'arrête, le déficit se réinstalle très vite ».

« Même s'il n'y a pas de certitude dogmatique », le Pr Pierre Clavelou, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand, recommande « la prise trimestrielle d'une ampoule orale de vitamine D puisque ceci n'a aucune contre-indication (hormis dans de rares pathologies rénales).

Les interventions de supplémentation dans des essais sont certes restées sans intérêt positif, mais les données épidémiologiques sont en faveur [d'une supplémentation]. »

Sel et microbiote

Le sel est un nutriment actuellement très étudié dans le domaine de la SEP.

Plusieurs recherches chez l'animal ont en effet suggéré qu'il existait un lien entre des taux élevés en sel et les maladies auto-immunes.

Chez l'homme, l'hypothèse a été relancée par une étude observationnelle publiée en 2015 montrant qu'une alimentation riche en sel pourrait augmenter l'inflammation, les poussées, les lésions en T2, et constituer un facteur de risque de développement de la SEP [20].

En 2016, une étude de cohorte prospective exploratoire montrait, quant à elle, qu'il n'y avait pas de lien entre une forte consommation de sel et le délai entre les poussées chez les patients pédiatriques atteints de SEP [21].

Le sel pourrait agir sur le statut inflammatoire en augmentant le nombre de cellules Th17, qui sont impliquées dans le processus pathologique des maladies auto-immunes [22].

Il agirait également sur la composition du microbiote, lui-même producteur de neurotransmetteurs et de cytokines.

Le microbiote gastro-intestinal est de plus en plus considéré comme un facteur influant la santé neurologique.

Dans une étude menée chez l'animal et présentée à l'AAN 2017, les chercheurs ont montré qu'une alimentation très salée non seulement augmentait le nombre de cellules pathogènes Th17, mais réduisait également la présence de Lactobacillus murinus dans le microbiote. [23]

Par ailleurs, la réintroduction de cette bactérie dans l'alimentation des animaux diminuait les paramètres de neuroinflammation au niveau du petit intestin, de la rate et de la moelle épinière, suggérant que le microbiote pourrait être une cible thérapeutique.

En 2016, Jangi et al. avaient montré que le microbiote des patients atteints de SEP était différent de celui des individus sains [24]. Selon une étude présentée en poster à AAN [25], la composition bactérienne du microbiote diffèrerait également selon l'activité de la maladie.

Les patients avec une SEP rémittente active présentaient un microbiote plus enrichi en Firmicutes-Clostridium IV, Bacteroidetes et Barnesiella comparativement à ceux avec une SEP stable ou des sujets contrôles.

La taille de l'étude est trop petite (10 patients, 2 contrôles) pour conclure, mais les auteurs entrevoient la possibilité d'identifier des marqueurs de la flore intestinale pour prédire l'activité de la maladie et intervenir avant les poussées.

Faut-il limiter le sel chez les patients SEP ?

« Les seuls essais ayant trouvé un lien [entre sel et SEP] ont été menés chez l'animal. Les études chez l'homme sont malheureusement trop contradictoires » pour recommander une restriction en sel, selon le Pr Bruno Brochet (CHU de Bordeaux).

Le Pr Pierre Clavelou (CHU de Clermont-Fd) confirme :

« Dans la SEP, les travaux sont contradictoires, avec une suggestion forte dans des modèles animaux, mais aucune étude épidémiologique positive d'une relation régime riche en sel et risque de SEP ou de formes plus sévères de SEP, même chez les enfants.

» Mais d'une façon générale, « il vaut mieux éviter la prise de sel en pathologie neurovasculaire, car c'est un facteur aggravant de l'hypertension artérielle. » Citer cet article: Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN -

Medscape - 24 mai 2017. •

Absence de Régimes et compléments alimentaires Un régime « anti-SEP » souvent cité sur les réseaux sociaux est celui du Dr Terry Wahls.

Combinant une diète alimentaire de type paléolithique et des exercices physiques et de méditation, il aurait un effet bénéfique sur les symptômes et la progression de la maladie.

Il a fait l'objet une étude pilote non contrôlée de petite taille [26]. « Les effets du régime paléolithique sont pour l'instant anecdotiques, et ne permettent pas de confirmer une efficacité, » a clarifié le Dr Barbara Geisser.

« Il en va de même des compléments à base de plantes, de probiotiques, les régimes végétariens ou sans gluten.

On manque également de données sur l'intérêt des huiles de poissons dans la SEP.

» Les acides gras polyinsaturés (AGPI), oméga 3 et 6, de par leurs propriété anti-inflammatoires, sont consommées sous forme de compléments alimentaires par de nombreux patients SEP.

Une enquête transversale menée en Belgique sur près de 1400 patients atteints de SEP avait suggéré une association inverse entre la progression et la sévérité de la maladie, et la consommation régulière de poissons, alcool et café [27].

Cependant, une méta-analyse italienne portant sur 6 essais randomisés n'a pu conclure à un effet bénéfique des AGPI sur la progression de la maladie [2].

En 2013, une analyse de la Nurse Health Study, portant sur plus 90 000 femmes, n'a pas trouvé d'association entre la consommation d'alcool et de caféine, et le risque de SEP [28].

À noter que deux études cas-témoins publiées en 2016 suggéraient que le café, à raison de plus de 6 tasses par jour, pourrait diminuer le risque de développer une SEP.

Des données qui ouvrent donc la porte à de nouvelle études, mais qui ne permettent pas de recommander, pour l'instant, un changement de consommation.

« Les patients ne devraient pas se concentrer sur un complément particulier ou une approche diététique, mais adopter des habitudes alimentaires et une hygiène de vie saines »Pr B. Giesser Il est important de « discuter avec les patients pour vérifier s'ils prennent des compléments qui pourraient exacerber le statut inflammatoire ou interagir avec le traitement », a insisté le Pr Giesser.

« Les patients souffrant de SEP ne devraient pas se concentrer sur un complément particulier ou une approche diététique, mais adopter des habitudes alimentaires et une hygiène de vie saines », a-t-elle conclu. Hygiène de vie : tabac et activité physique

Le Pr Barbara Giesser a également rappelé que les données de la littérature sont très solides pour permettent de recommander de : • ne pas fumer : le tabac aggrave le pronostic de la SEP et en accélère la progression.

Le sevrage pourrait en partie renverser les effets délétères du tabac [29,30]. •

faire de l'exercice :

« Il y a 30 ans, nous disions à nos patients de rester chez eux et d'éviter tout exercice. Désormais, toute la communauté médicale s'accorde pour promouvoir l'activité physique chez les patients SEP », a indiqué le Dr Giesser. Il est aujourd'hui démontré que l'exercice améliore non seulement les comorbidités de la SEP, mais également les poussées chez les patients pédiatriques [31], la cognition, les symptômes (fatigue, humeur, qualité de vie) et le statut neuro inflammatoire (en diminuant notamment les cytokines) [32-35].

Aucune association avec l'apparition de la maladie n'a cependant été démontrée [36].

Des directives canadiennes sur l'exercice physique et la SEP suggèrent de pratiquer au moins 30 minutes d'activité aérobie d'intensité modérée deux fois par semaine, et 2 séances hebdomadaires d'exercices de renforcement des grands groupes musculaires.

Précédent à Citer cet article:

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN -

Medscape - 24 mai 2017.

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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