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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 09:48

Pour la première fois, des chercheurs sont parvenus à prolonger la durée de vie d'un animal en utilisant une technique de reprogrammation cellulaire.

L'approche n'est toutefois pas applicable chez l'homme en l'état. LONGÉVITÉ.

Des chercheurs du Salk Institute de San Diego sont parvenus à prolonger de 30 % la vie de souris génétiquement modifiées.

Comment ?

En reprogrammant des cellules pour qu'elles rajeunissent jusqu'à atteindre quasiment le stade de cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS), à partir de la technique du "père" de ces cellules, le prix Nobel de médecine 2012 Shinya Yamanaka.

Une première annoncée dans la revue Cell, les tentatives précédentes de reprogrammation cellulaire ayant abouti à la mort immédiate de le souris ou à la formation de tumeurs.

Des souris atteintes de progéria L'équipe de recherche est partie d’un modèle de souris transgénique présentant tous les symptômes de la progéria, une maladie génétique très rare chez l'humain (on recense une centaine de cas dans le monde), qui entraîne un vieillissement prématuré et une durée de vie plus courte.

En plus d'une mutation génétique, les patients subissent des modifications épigénétiques (voir encadré ci-dessous) prématurément, un phénomène également constaté chez le rongeur.

ÉPIGÉNÉTIQUE.

Les modifications épigénétiques, qui ont lieu au cours de la vie en réponse aux changements environnementaux, sont matérialisées par des marques biochimiques présentes sur l’ADN.

Elles n’entraînent pas de modification de la séquence d’ADN mais induisent toutefois des changements dans l’activité des gènes. Les chercheurs ont également modifié génétiquement d'autres souris pour que leurs cellules adultes, de peau par exemple, soient reprogrammées en cellules iPS.

Ces dernières sont capables de se transformer en n'importe quel type cellulaire.

La "recette" de Shinya Yamanaka consiste à induire l'expression de quatre facteurs dans les cellules (déjà présents mais inactifs).

Ces facteurs doivent être exprimés pendant deux à trois semaines pour que les cellules atteignent la pluripotence.

Toutefois, les chercheurs n'ont pas souhaité que les cellules atteignent ce stade, seulement qu'elles rajeunissent un peu.

L'expression des facteurs a été limitée à deux ou quatre jours, ce qui veut dire qu'une cellule de la peau, par exemple, a gardé sa spécificité.

De plus, pour garder le contrôle de ce rajeunissement cellulaire, les scientifiques ont trouvé une astuce : activer l'expression de ces facteurs uniquement lorsque les souris reçoivent un antibiotique, la doxycycline.

Lorsque ces souris ingurgitent cet antibiotique, chacune de leurs cellules adultes rajeunit... Bonne surprise pour les chercheurs : cette reprogrammation cellulaire n'a pas causé de tumeurs ou de décès chez l'animal, contrairement à des tentatives précédentes réalisées par d'autres équipes. 6 semaines de vie en plus Les chercheurs ont ensuite croisé les deux lignées de souris pour obtenir des animaux souffrant de progéria et capables d’exprimer les facteurs susceptibles de transformer chacune de leurs cellules en iPS.

Ils ont testé plusieurs doses d'antibiotique afin d'obtenir le résultat "miracle" : un allongement de l'espérance de vie (de 18 à 24 semaines) et une meilleure santé générale, les effets du vieillissement étant contrés.

Donner de la doxycycline deux fois par semaine s'est révélé être le dosage idéal.

Et l'expérience ne s'arrête pas là : les chercheurs ont voulu tester si leur technique est efficace sur des atteintes à différents organes : peau, muscles, rate, rein, pancréas, estomac, système cardiovasculaire...

Verdict : ces organes présentent "un meilleur aspect au microscope".

Moins détériorés, ils ont rajeuni, en somme. Les cellules bêta du pancréas, qui ont pour rôle de produire l'insuline et diminuent naturellement avec l'âge, se voient remplacer par de nouvelles cellules.

"Le système cardiovasculaire, qui provoque la mort précoce chez ces souris vieillissant prématurément, a également montré des améliorations dans sa structure et sa fonction", précisent les chercheurs dans un communiqué.

Une véritable cure de jouvence pour ces souris. Une technique qui pose des questions éthiques "Il est difficile de déterminer précisément les raisons pour lesquelles l'animal vit plus longtemps, ajoute Paloma Martinez-Redondo, co-auteur de l'étude.

Mais nous savons que la reprogrammation cellulaire "façon Yamanaka" induit des changements épigénétiques, et ces derniers confèrent des avantages au niveau cellulaire et plus généralement sur l'organisme."

Cette étude suggère donc que les changements épigénétiques influent sur le processus de vieillissement, et qu'ils peuvent être malléables.

Les chercheurs veulent désormais comprendre le déroulé de ces modifications épigénétiques pendant la reprogrammation partielle. "Nous devons revenir en arrière et explorer les marques biochimiques qui changent et influent sur le processus de vieillissement", conclut Izpisua Belmonte, co-auteur de l'étude.

À ce stade, une question persiste : cette technique, qui pose tout de même de nombreuses éthiques chez l'animal en l'état, est-elle transposable à l'homme ?

Selon les chercheurs, sur des cellules humaines in vitro, elle semble fonctionner, les marques épigénétiques associées à la vieillesse étant modifiées.

Toutefois, le protocole utilisé nécessite d'effectuer des modifications génétiques lourdes sur des bébés, une expérimentation que l'on imagine mal un jour être acceptée par des comités d'éthique...

Selon la revue Science, il semble difficile d'imaginer que cette technique servira un jour à allonger la durée de vie chez l'homme.

Toutefois, elle n'écarte pas l'idée qu'elle puisse servir à nous faire vieillir en meilleur santé en rajeunissant certains organes.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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