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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 14:47

Sciences et Avenir a visité l'Institut Liryc, centre unique en Europe dédié à la recherche sur les pathologies du rythme cardiaque, qui touchent des millions de personnes en Europe chaque année.

Un jeune Américain, âgé de vingt ans à peine, meurt dans son lit.

L'autopsie ne révèle aucune anomalie structurelle du cœur, le médecin légiste conclut donc à une mort naturelle...

Ce qui semble difficile à croire pour un homme de cet âge.

Ce type de cas mystérieux, la centaine de chercheurs internationaux travaillant à l'institut de rythmologie et modélisation cardiaque (Liryc), en étudie des dizaines, venant du monde entier, à la recherche de dysfonctions du rythme cardiaque (première cause de décès en France). Inauguré officiellement le 4 novembre 2016 à Pessac (en Gironde), cet institut unique en Europe est né sous l'impulsion du Pr Michel Haïssaguerre, médecin internationalement reconnu pour ses travaux en électrophysiologie cardiaque et membre de l'Académie des sciences

"Chaque année, 10 millions d'Européens sont victimes d'une fibrillation atriale (ndlr : trouble du rythme cardiaque liées aux oreillettes du cœur) et 350 000 meurent d'une fibrillation ventriculaire (ndlr : trouble du rythme cardiaque liées aux ventricules), nous explique-t-il.

Dans le cas de cette dernière pathologie, seuls 2 à 5 % des patients survivent.

Or beaucoup n'ont aucun antécédent cardiaque, ce qui les rend difficiles à repérer." Présentation de l'institut Liryc

Une ablation de la zone anormale du cœur en prévention Dans le cas du jeune patient américain, les chercheurs du Liryc ont identifié une cause plus probable du décès, en analysant le cœur de... son frère jumeau.

"Nous lui avons fait passer un électrocardiogramme "innovant" en 3D, à l'aide d'une "veste" constituée de bandes adhésives souples munies de 256 électrodes couvrant la totalité du cœur", relate le Pr Michel Haïssaguerre (voir image ci-dessous).

Couplée à un scanner ou à une IRM, cette "veste" permet d'obtenir une vision très précise, dynamique et en 3D des signaux électriques liés à chaque battement du cœur, décryptés ensuite par des logiciels (lire Sciences et Avenir n°824 - octobre 2015).

Grâce à la cartographie du cœur ainsi obtenue sur écran, les chercheurs ont pu repérer une anomalie cardiaque chez ce jumeau : des cellules côte à côte à l'influx nerveux différent.

"Dans ce cas, un "court-circuit" est possible, menaçant la vie du patient, explique le spécialiste. Nous lui avons implanté un défibrillateur automatique pour limiter ce risque.

Nous pensons que près de la moitié des morts subites sont en fait liées à des "tourbillons électriques" dans le ventricule, liés à des impulsions nerveuses différentes, et qu'il est nécessaire de réaliser une ablation chez le patient à titre préventif, avant qu'il ne soit trop tard."

L'ablation consiste en l'insertion d'un cathéter dans la cavité cardiaque qui "brûle" la zone au rythme anormal. Un geste risqué, étant donné que l'on peut endommager l'artère coronaire par erreur.

C'est pourquoi le Liryc forme des cliniciens, à l'aide d'organes imprimés en 3D, puis sur des cœurs animaux et humains.

"Il faut quatre années de formation pour qu'un chirurgien réalise correctement ce geste de manière autonome", nous précise-t-on.

Présentation des "vestes" utilisées pour cartographier le cœur Des cœurs ramenés à la vie

Pour mieux connaître les pathologies liées aux dysfonctions du rythme cardiaque, les médecins, ingénieurs et physiologistes du Liryc ont besoin de cœurs humains. "Il s'agit surtout de cœur ne pouvant pas être utilisé pour la transplantation, car le mort est âgé de plus de 65 ans ou l'organe est un peu altéré, explique le Pr Olivier Bernus, directeur scientifique de l'institut.

Avec l'accord de la famille, nous conditionnons les cœurs de la même manière que ceux destinés aux greffes, avec un maintien au froid, et nous les perfusons avec une solution saline permettant aux tissus de fonctionner de nouveau." L'institut médico-légal de Bordeaux devrait prochainement solliciter les chercheurs du Liryc en cas de mort subite d'un individu, afin qu'ils recherchent une éventuelle dysfonction du rythme cardiaque sur le cœur du défunt. "L'autopsie post-mortem est en général réalisée à l'échelle du millimètre, alors que nos outils nous permettent de descendre à l'échelle du 20e de millimètre", précise le Pr Olivier Bernus.

L'outil permettant une modélisation du cœur en très haute résolution au Liryc est un IRM avec un champ magnétique de 9,4 Tesla.

Une puissance six fois supérieure à celle des IRM présents habituellement dans les hôpitaux. De manière générale, le Liryc n'a pas lésiné sur les moyens pour innover.

Par exemple, dès 2014, l'usage de microscopes confocaux (technologie permettant d'obtenir des images de haute résolution) lui a permis de signer une première mondiale : l'isolement des cellules de Purkinje (responsables de la contraction ventriculaire) d'un cœur humain. "Nous soupçonnons que le calcium libéré par ces cellules soit impliqué dans l'infarctus", nous explique un chercheur.

Autre fierté du Liryc : l'utilisation de faisceaux d'ultrasons pour stimuler le cœur, afin de mettre en évidence des troubles du rythme cardiaque. Pour l'instant, la méthode a seulement fait ses preuves sur des cœurs d'animaux perfusés dans un liquide.

À terme, l'intérêt est de mettre au point une sonde ultrasonore posée sur le torse, technique non invasive pour le patient. "Des essais cliniques sur l'homme devraient débuter prochainement", nous annonce le Pr Olivier Bernus.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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