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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 12:26

Les négociations internationales sur le changement climatique ont longtemps ressemblé à un exemple classique de la théorie des jeux.

Vous connaissez sans doute cette théorie, devenue célèbre grâce à l’exemple du dilemme du prisonnier formulé par John Nash.

Le célèbre mathématicien avait montré comment, dans certaines situations, les décisions rationnelles prises par les acteurs en présence dans la poursuite de leurs intérêts conduisent inévitablement à la pire des situations possibles.

Pire encore, une fois dans cette situation, il est quasiment impossible d’en sortir.

Comment cette théorie s'applique-t-elle au sujet qui nous occupe aujourd’hui ?

Au niveau mondial, si tous les acteurs (dans ce cas précis, les États) décidaient de lutter efficacement contre le changement climatique et de partager le fardeau de la révolution énergétique, le monde avait une chance réelle de limiter le réchauffement climatique.

Malheureusement, il était plus logique pour chaque acteur de laisser les autres fournir les efforts nécessaires - prendre les décisions politiques difficiles, investir dans les énergies moins carbonées – et de profiter des fruits de l’action collective des autres sans en assumer soi-même la charge.

En clair, un rapide calcul de ses intérêts conduisait à préférer la stratégie du « passager clandestin » à la voie difficile et incertaine de la coopération.

Comme tous les acteurs avaient le même raisonnement, la diplomatie internationale sur le climat se trouvait dans une impasse.

Cependant, l'Accord de Paris est venu ébranler cet équilibre désastreux.

Presque tous les pays du monde ont fini par reconnaître qu’il existait entre eux une solidarité de fait et cette brutale et inattendue prise de conscience a mis un terme à la dynamique fatale qui commandait alors aux négociations internationales sur le climat.

Le changement a été particulièrement visible pour les pays qui émettaient le plus de carbone et avaient toujours été de farouches opposants aux traités internationaux sur le sujet.

Avec la signature de l’Accord de Paris, plus rien ne semblait entraver la route de la révolution énergétique.

Malheureusement, il n'a pas fallu attendre longtemps avant que certains événements politiques ne viennent semer le trouble et assombrir les perspectives futures.

Alors que le nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump, avait promis durant sa campagne électorale de se retirer de l’Accord de Paris ou que la question de la révolution énergétique est singulièrement absente des débats entre candidats à l’élection présidentielle en France, doit-on craindre l’éternel retour de la défiance et de l’attentisme ?

La transition énergétique connaît-elle un brusque coup d’arrêt ?

Étant donné les difficultés passées, je peux comprendre ces craintes.

Néanmoins la situation a radicalement évolué depuis les premières tentatives infructueuses de lutte contre le changement climatique.

La révolution énergétique est déjà en marche et elle accélère le pas chaque année.

Certes, elle peut se trouver ralentie dans certaines régions du monde du fait des incertitudes politiques, mais nous ne sommes plus dans la situation où des acteurs isolés, quelle que soit leur importance, aient le pouvoir de l'arrêter définitivement.

Quelles sont donc les évolutions récentes qui ont changé la donne ?

1. Les énergies renouvelables sont désormais aussi compétitives que les sources d'énergie conventionnelles.

En 2008, les tarifs de rachat d’électricité à partir d'énergie solaire étaient de 700 euros par mégawattheure (MWh).

En août 2016, les tarifs de rachat pour cette même électricité ont atteint 30 euros par MWh au Chili, soit le coût le plus faible jamais enregistré pour cette source d’énergie.

En France, les résultats de l'appel d'offres mis en place dans le secteur de l'électricité photovoltaïque annoncés en mars 2017 ont défini un prix d'électricité moyen d'environ 62,50 euros par MWh, soit moins de la moitié du coût de l'électricité produite par de nouveaux projets nucléaires.

2. Les nations émergentes et en développement sont des moteurs de la révolution énergétique.

En 2015, pour la première fois, les pays en développement ont attiré la majorité des investissements dans les énergies renouvelables.

La Chine représente à elle seule près d'un tiers du total de ces investissements au niveau mondial.

La Chine est déjà le premier producteur d'énergie solaire en termes de capacité et l'administration nationale de l'énergie du pays a annoncé que la Chine prévoyait d'injecter 335 milliards d'euros dans la production d'énergie renouvelable d'ici 2020.

Le gouvernement indien a annoncé en décembre 2016, que la capacité installée d'énergies renouvelables de l'Inde représenterait 43 % de la capacité installée totale en 2027, alors qu'elle n'était que de 14 % en 2016.

L’intérêt d’investir dans les énergies renouvelables va au-delà de la diminution des coûts de ces technologies.

Pour les pays émergents et en développement, investir dans les technologies renouvelables est également synonyme de plus grande indépendance énergétique, puisqu’ils pourront ainsi remplacer les importations énergétiques coûteuses par une production d’électricité locale, générée notamment par l'énergie éolienne et solaire.

Sans compter que la diminution des coûts de l’énergie permettra à ces pays d’améliorer leur compétitivité.

Cette évolution devrait modifier les rapports de force d'un point de vue géopolitique et accélérer l'émergence des pays en développement, principalement en Afrique. (Pour plus d'informations sur ce thème, vous pouvez lire mon article publié sur LinkedIn « Généraliser l’accès à l’énergie en Afrique »).

3. De nouveaux acteurs émergent et participent activement à la révolution énergétique.

Nous sommes habitués au modèle traditionnel où la politique énergétique est d’abord une politique définie par les Etats.

Ce n’est pas étonnant dans la mesure où la souveraineté nationale dépend étroitement de l’approvisionnement énergétique.

Toutefois, les autorités locales se saisissent de plus en plus d'un problème auquel l’opinion publique – et les électeurs – est devenue très sensible.

De nouvelles coalitions de villes ont récemment vu le jour (C 40, Covenant of Mayors), qui s’engagent activement en faveur de la révolution énergétique.

Le groupement de grandes-villes C 40 a, par exemple, établi un programme ambitieux visant à limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré.

Les villes-membres déclinent ensuite ce programme à leur niveau et définissent des objectifs individuels.

La ville de Washington a ainsi annoncé vouloir réduire de 80 % ses émissions d'ici 2050.

Pour y parvenir, elle a établi un programme qui repose sur l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments, la hausse des investissements dans les énergies renouvelables et le développement de formes de mobilité plus durables.

Les régions et États fédérés peuvent aussi soutenir la révolution énergétique, indépendamment des initiatives prises à l'échelle nationale.

Par exemple, plus de la majorité des États des Etats-Unis ont défini des normes exigeant que les utilities disposent d'une certaine part de renouvelables dans leur portefeuille de production.

Ces normes peuvent être très élevées : dans les États de Californie et de New-York, au moins 50 % de la production des utilities devra provenir des énergies renouvelables d'ici 2030.

4. L'évolution radicale des mentalités en matière de changement climatique s'est répandue dans toute la société.

Ceci n'est pas seulement visible dans les attentes de la société civile ou les actions entreprises par les ONG et les gouvernements.

Les entreprises sont de plus en plus conscientes des risques liés au changement climatique et veulent prendre leur part dans la révolution énergétique.

Prenons l'exemple d'importants établissements financiers comme JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Morgan Stanley, Wells Fargo & Co., Société Générale ou Crédit Agricole, qui ont promis d'arrêter ou de limiter leur soutien accordé aux projets de production de charbon.

Ou encore celui des entreprises membres de la coalition mondiale d'entreprises et d'investisseurs « We mean business », qui se sont engagées publiquement à agir en faveur du climat.

Cela va de la mise en place d’un prix du carbone en interne au choix de carburants alternatifs ou l'amélioration de l'efficacité énergétique en passant par l'achat de 100 % de l’énergie consommée auprès de sources renouvelables.

Je conclurai ainsi que plus personne n'a le pouvoir d'arrêter la révolution énergétique.

Parce que les énergies renouvelables sont devenues compétitives et que de ce fait, les nations émergentes et en développement continueront à soutenir leur développement.

Parce que la politique énergétique n'est plus seulement entre les mains des États : la sensibilisation du public a poussé les autorités locales, la société civile et les entreprises à s'impliquer davantage dans la transition vers une économie à faible émission de carbone.

Nous ne sommes plus dans la situation initiale que je comparais à celle du dilemme du prisonnier : dans ce nouveau champ de forces, on trouve désormais une multitude de nouveaux acteurs, avec des intérêts et priorités différents, et convaincus, pour la grande majorité d'entre eux, que la révolution énergétique est inévitable, sert mieux leurs intérêts et représente un mouvement fondamentalement positif.

Nous avons quitté l'équilibre paralysant et entrons dans un nouveau monde.

Rédigé par Isabelle Kocher

Qui peut arrêter la lutte contre le réchauffement climatique qui accompagne une révolution Energetique ?
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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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