Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 16:58

Que se passe-t-il dans le cerveau des malades d'Alzheimer ?

Par Cécile Thibert le 21/09/2017

Les mécanismes biologiques responsables de la maladie sont de mieux en mieux connus.

Cela commence par quelques oublis ponctuels qui paraissent insignifiants au regard de la tonne d'informations que nous enregistrons chaque jour: l'heure d'un rendez-vous, le nom d'une personne ou d'un lieu pourtant bien connus, l'endroit où l'on a laissé ses clés de voiture ou ses lunettes.

Plus tard, ces amnésies isolées s'aggravent et commencent à toucher des souvenirs plus anciens, des faits marquants de notre vie.

À ce moment-là, plus de doute: la maladie d'Alzheimer, qui porte le nom du médecin allemand qui en a fait la première description en 1906, est déjà bien installée.

À l'intérieur de notre boîte crânienne, dans les coulisses de notre cerveau, les événements responsables de la maladie sont déjà à l'oeuvre depuis de longues années.

Quels sont ces mécanismes qui grignotent notre mémoire?

«La maladie d'Alzheimer est le fruit d'un processus naturel, c'est une maladie normale du vieillissement qui toucherait tout le monde si nous vivions au-delà de 120 ans», explique Ronald Melki, directeur de recherche CNRS à l'Institut des Neurosciences Paris Saclay.

Une poubelle déficiente

Depuis peu, les scientifiques ont identifié les coupables.

Ce sont deux protéines - des entités chimiques qui assurent de multiples fonctions au sein des cellules - connues sous le nom de «bêta amyloïdes» et «tau».

La première n'est pas bien connue:

«On ne sait pas à quoi elle sert», souffle le chercheur.

La seconde, la protéine tau, est mieux décrite: elle joue un rôle important dans le fonctionnement des «autoroutes» servant au transport de différentes molécules à l'intérieur des neurones.

«Chaque individu est victime de l'obsolescence programmée de cette poubelle neuronale.»

Ces deux protéines ont la capacité de s'agréger.

Les protéines bêta amyloïdes forment ainsi des plaques à l'extérieur des neurones, tandis que les protéines tau s'assemblent en amas à l'intérieur.

«Les neurones disposent d'un système d'élimination de ces agrégats, qui fonctionne très bien lorsqu'on est jeune, explique Ronald Melki.

Mais au fur et à mesure que l'on vieillit, ce mécanisme perd en efficacité et les agrégats finissent par s'accumuler à l'intérieur et à l'extérieur des neurones».

En somme, chaque individu est victime de l'obsolescence programmée de sa poubelle neuronale.

Tout au long de la vie, la «fabrication» de ces agrégats de protéines bêta amyloïdes et de protéines tau se fait plus lentement que leur destruction.

Mais à partir d'un certain âge, celle-ci dépasse la capacité qu'a la cellule à les dégrader.

Et cela devient particulièrement toxique pour la cellule.

En effet, ces «tas» de protéines sont capables de séquestrer des molécules indispensables au bon fonctionnement des neurones, conduisant ceux-ci à une mort certaine.

Autre pouvoir nocif: ces agrégats responsables de la dégénérescence des neurones peuvent «voyager» et ainsi en affecter d'autres.

Tout le circuit neuronal finit alors par être touché.

C'est ce qu'a montré l'équipe de Ronald Melki dès 2008.

«On ne sait pas recréer des réseaux de neurones tels qu'ils existaient»

Ronald Melki, directeur de recherche CNRS à l'Institut des Neurosciences Paris Saclay «

Très souvent, le diagnostic arrive trop tard, les réseaux sont déjà très abîmés.

Or, on ne sait pas recréer des réseaux de neurones tels qu'ils existaient», souligne Ronald Melki.

Un autre phénomène peut venir s'ajouter à celui-ci:

«On constate que, dans le cerveau des personnes malades, les vaisseaux sanguins sont rétrécis.

Ce qui veut dire qu'il y a moins de sang qui arrive aux neurones, donc moins de nutriments, explique le scientifique.

Les cellules sont stressées, ce qui favorise encore un peu l'agrégation des protéines bêta amyloïdes et tau.»

Désormais, ces agrégats permettent de poser un diagnostic.

Alors que celui-ci reposait auparavant uniquement sur un examen IRM et des tests cognitifs, il est maintenant possible d'analyser la quantité de protéines bêta amyloïdes et de protéines tau dans le liquide céphalorachidien, prélevé par ponction lombaire.

Que se passe-t-il dans le cerveau des malades d'Alzheimer ?  Une "poubelle" déficiente.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Métabolisme
commenter cet article

commentaires