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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 06:46

Quand Lyme est « dans la tête »

9 FÉVRIER 2017 MICHELEBAUDRY lyme-pain-2

Il est bien plus facile, pour éviter de chercher la cause du mal et pour maintenir cette éternelle vache à lait qu’est le malade chronique dans un enfer sans nom – mais tellement rentable – de rejeter les souffrances et toute plainte subjective d’un revers de la main, et de clore l’épais dossier d’un coup de tampon rageur du nom de “dépression”, “hystérie”, “trouble anxieux”, “personnalité psychotique”… quand ce n’est pas “neurotonique +++”.

Il est vrai que le DSM-5 n’est pas avare en qualificatifs…

Il est bien plus facile de botter en touche, et cataloguer les malades en cases bien rangées – et bien prévisibles – que d’accepter de remettre en cause et en perspective des années de vieilles croyances (et non de science) jamais remises au goût du jour.

Et pourtant… même les vieux manuels poussiéreux de médecine ne sont pas sans ignorer les affres de la neuro-syphilis, troubles psychiatriques graves de la phase chronique d’une maladie pourtant cousine de notre borréliose de Lyme.

De tout temps, les asiles et autres hospices ont toujours regorgé de malades dont la démence ou les troubles psychiatriques variés avaient pour origine une cause infectieuse, ou parasitaire, ou virale.

Si dans des temps reculés – enfin pas tant que ça!- on se contentait de les calmer à coups d’électrochocs ou de tortures diverses à base de douches glacées, de confinement et de camisole; les sévices actuels – bien plus “politiquement corrects” – font les beaux jours des laboratoires et des médecins psychiatres.

Et rien n’avance.

Abrutir les malades de psychotropes, faire d’eux des zombies afin qu’ils se taisent et ne pensent même plus à se plaindre, projeter sur eux des fantasmes refoulés afin d’expliquer leurs troubles par je ne sais quel trauma de la petite enfance (!), s’écouter parler en rond lors de séances de thérapies stériles et infantilisantes; réduire le patient à l’état d’objet, de “cas”, et oublier l’humain… ces imbéciles espèrent vraiment guérir les gens de cette façon?

Non bien sûr, car le malade (dépressif, suicidaire, anxieux, névrosé, psychotique, bipolaire – ah! la fameuse case fourre-tout! – ou simplement borderline ou victime d’un burnout) est bien plus rentable ainsi: pour les psychiatres, les psychothérapeutes, les infirmiers psy, les psychanalystes, les laboratoires fabricants de psychotropes et autres benzodiazépines destructeurs de neurones, toutes les professions qui gravitent dans et autour des hôpitaux psychiatriques et autres CMP.

Ça en fait du beau monde, à vivre sur le dos de dépressifs qui n’en sont pas!

J’ai moi-même connu – avant d’être lymée, c’est pas dommage! – des épisodes de troubles anxieux, un burnout, des phases de dépression réactionnelles suite à des drames (et j’en ai accumulé!) ; j’ai été suivie par des psychiatres, un psychanalyste pendant 2 ans, un thérapeute, travaillé sur mes angoisses et phobies qui n’en étaient pas; j’ai bouffé des anti-dépresseurs, des anxiolytiques, des somnifères, dont certaines molécules sont à présent retirées du marché (!).

Mais ça c’était avant. Et cette fois-ci je voudrais surtout parler de ma maman. Classée dans la case “dépression grave chronique” depuis plus de 20 ans, sa sérologie de Lyme vient de revenir positive en décembre dernier, mettant enfin – et par un gros coup de bol vu la fiabilité des tests! – un “vieux Lyme” chronique dont nous n’avons même pas le point de départ.

Mais une chose est sûre, un rhumatologue rouennais avait soupçonné cette maladie dès le début des années 90, lorsqu’elle a fait une sciatique paralysante.

Le test avait dû être négatif à l’époque…

Ses problèmes de santé, depuis l’enfance même (en commençant par la tuberculose à l’âge de 9 ans) font exploser le score du test Horowitz: ablation de la vésicule biliaire à 21 ans (septicémie), 3 cancers, problèmes de dos – scoliose, arthrose, ostéoporose – , algodystrophie suite à pose de prothèse de genou, hernie hiatale, adénome de l’hypophyse, adénome au pancréas, faux vertiges de Ménière, troubles cognitifs avec atrophie cérébrale (due aux benzodiazépines), maladie parodontale, arthrite, anorexie, BPCO, angiomes vertébraux que la rhumato avait pris pour un cancer des os!… Etc!

Et surtout la fameuse case “dépression” dans laquelle elle est tombée lentement mais sûrement suite au décès de mon père en 1988 – d’un Alzheimer qui apparemment n’en était pas un – enchaîné sur 7 ans de vie commune avec un manipulateur narcissique pur jus.

S’en sont suivis des insomnies résistantes à tout somnifère, dont un records de 11 jours sans dormir l’ayant menée à sa première tentative de suicide en 1994.

Puis se sont enchaînés les séjours réguliers en hôpital psychiatrique puis en maison de repos, parfois sur la région et parfois plus loin, ainsi qu’un micmac administratif l’ayant conduit à ne pas rester en maison de repos sur Montauban mais être transférée “sur ordre” dans un hôpital psychiatrique sur Marseille.

Avec barreaux aux fenêtres et nul droit de sortir. Maman n’était pourtant ni violente, ni criminelle…

Elle qui n’était déjà pas grosse est ressortie de là encore amaigrie, pendulaire sur ses jambes, faible et le teint gris-vert.

Son foie a sûrement dû apprécier la plaisanterie et le traitement chimique lourd… et son cerveau encore plus!

Au fur et à mesure des années, des aléas de la vie, des mauvais choix relationnels, du stress et des soucis, des deuils (un oncle suicidé, mon grand-père se laissant mourir et qu’elle a pris en charge jusqu’à la fin), des problèmes d’argent, de se laisser bouffer par les autres (un autre oncle alcoolique qu’elle a pris comme voisin et qu’elle ne pouvait plus gérer)… et je passe sur les soucis que lui causaient ses enfants – moi y compris – entre un fils marginal porté disparu, un autre fils schizophrène, une fille… passons, sans commentaire!

Et moi, bien qu’en couple à l’époque et vivotant financièrement…

Tout ceci a contribué à d’autres rechutes, d’autres tentatives de suicide, des changements de psychiatres, de traitement, puis doucement cette chronicité faite d’absence de suivi et de thérapie ainsi que d’ordonnances longues comme le bras renouvelées à l’infini par un médecin traitant totalement à côté de la plaque.

De longues années d’errance, de résignation à base de “vous aurez toujours des médicaments, c’est comme ça”.

Tout cela sans aller réellement mieux, évidemment.

Et puis en 2008, après une autre TS à base de cachetons et de whisky, un neurologue l’a sevrée des benzodiazépines, après avoir constaté les gros dégâts cérébraux… qui ont continué à évoluer par périodes depuis, puisqu’une autre psychiatre a bousillé tout le travail accompli en lui represcrivant des benzo!

Et du Tégrétol, comme à moi! Sans qu’on soit le moins du monde bipolaires mais parce que c’est une foutue mode, ici, de prescrire cette merde à tout le monde (j’ai pour ma part arrêté totalement lorsque j’ai contracté Lyme: mes enzymes du foie sont redevenus normaux en un mois).

Et devant son historique médical pourtant lourd et ses divers symptômes qui ne rentrent pas totalement dans les cases (attention car lorsque l’on a fait des cancers les médecins pensent automatiquement “cancer” à chaque nouveau symptôme.

Pareil avec “dépression”: lorsque l’on nous attribue une case, on n’a pas le droit de chier de travers et de faire une autre maladie, c’est comme ça.), devant des analyses pas géniales et une CRP à 3 chiffres constantes… personne n’a essayé de comprendre, ni de voir plus loin.

Il m’a fallu avoir Lyme, apprendre sur cette maladie, lire Horowitz et d’autres, pour me dire que la longue liste des problèmes de maman… c’était forcément Lyme.

Et les métaux lourds, sans doute, puisque ses problèmes cognitifs ont flambé en janvier 2016 suite à plusieurs dents arrachées par un dentiste boucher prescripteur de râteliers hors de prix.

Et la sérologie, enfin faite à l’occasion d’un bilan en décembre dernier, annonce la positivité en IgG, avec 5 bandes au WB prouvant la chronicité de la chose!

Fin des mystères, tout s’explique – ou en tout cas une grosse partie.

N’en déplaisent aux psychiatre et psychothérapeute, qui s’accrochent par principe et par ignorance à cette bonne vieille “dépression” si pratique, alors que les faits sont là: maman va beaucoup mieux depuis qu’une grande partie de ses psychotropes lui ont été enlevés.

Même qu’elle dort bien dites donc! Rangez vos arguments foireux de “faux positif” et de “syndrome de Münchhausen par procuration”, de grâce!

Alors oui, la thérapie a bien été utile suite au deuil de Michel, elle était même nécessaire pour nous deux, mais l’abrutissement chimique… comment dire?

Et les dégâts causés?

J’ose espérer que tout n’est pas irréparable… Je suis furieuse.

Non, tout n’est pas dans la tête, ou plutôt pas de la façon dont ils l’entendent.

Si c’est “dans la tête” c’est observable au microscope – hélas, à l’autopsie.

Mieux vaut tard que jamais pour ce diagnostic de Lyme, certes… mais quid de ces années perdues?

Des séquelles sur le corps, et l’esprit? Des années de maltraitance médicale où le patient finit par se résigner à ne pas aller mieux?

Quid de ces trous au cerveau, des troubles cognitifs, de l’Alzheimer en devenir qu’ils ont si habilement contribué à créer, années après années?

Et les dégâts collatéraux, sur les proches?

Tout n’est peut-être pas Lyme mais tout n’est pas “dépression”, en aucun cas. Pour nous, malades de Lyme, les exemples de ces erreurs de diagnostic sont légion, à commencer par l’histoire désolante et édifiante du jeune Yannick:

http://tempsreel.nouvelobs.com/sant… ( voir aussi l’émission “Mille et une vies” https://www.youtube.com/watch?v=yKX… ) .

Trop de malades en souffrance, laissés pour compte et traités de “fous”, en viennent à se suicider:

http://www.associationlymesansfrontieres.com/… ,

http://www.imatin.net/article/socie… , et encore dernièrement avec la perte tragique de notre ami Nicolas Hugon, dont les vidéos restent un témoignage poignant et sans fard:

https://www.youtube.com/watch?v=wWG… ,

https://www.youtube.com/channel/UCW… )

Quelques psychiatres commencent à ouvrir les yeux… et leur esprit, et à alarmer leurs confrères:

http://www.associationlymesansfrontieres.com/…

D’autres retournent leur veste lorsqu’ils se trouvent eux-mêmes – ou leurs proches – confrontés à leur tour à la maladie de Lyme.

Les preuves scientifiques existent. Il est largement temps que les choses changent, que le déni cesse, ainsi que les souffrances de tous ces gens si loin d’être “fous”…

© Elusive Reclusive (09/02/2017)

Pour approfondir le sujet: Dépression et cause infectieuse: http://chronimed.over-blog.com/arti…

http://www.lesechos.fr/15/12/2014/L… http://www.sciencesetavenir.fr/sant…

Maladie de Lyme et retentissements psychologiques:

http://www.igenex.com/psychological… Traduction d’un article canadien (plus en ligne) sur les manifestations psychiatriques de la maladie de Lyme:

http://www.forumlyme.com/phpBB3/vie…

D’autres documents médicaux sont téléchargeables dans cette partie du forum:

http://www.forumlyme.com/phpBB3/vie… Brochure pour les psychiatres:

http://www.ilads.org/lyme/lyme-broc… Lyme et Alzheimer:

http://www.dhnet.be/actu/sante/la-t… http://www.allodocteurs.fr/maladies…

Pour en savoir plus :

RADIO 1 et 2

http://www.rfi.fr/contenu/20100514-1-piqures-tiques-maladie-lyme/

http://www.rfi.fr/contenu/20100514-2-piqures-tiques-maladie-lyme/

Lyme Sans Frontières a organisé un colloque le 21 juin 2015, à Strasbourg au Palais des Congrès en présence du Pr Montagnier Lien vers le site :

http://www.associationlymesansfrontieres.com/colloque-autour-du-pr-luc-montagnier-21-juin-2015-au-palais-des-congres-de-strasbourg/

Journée médicale d’étude, du 14 novembre 2015, organisée par l’Association France Lyme, au Centre Seforex 97 rue Jean Jaurès, 92300 LEVALLOIS PERRET avec la participation du Professeur Christian Perronne (chef de service du département de médecine aigue spécialisée de l’hôpital Raymond Poincaré- Garches) et d’autres médecins ayant l’expérience de la maladie de Lyme.

https://www.helloasso.com/associations/association-france-lyme/evenements/journee-medicale-d-etude-14-novembre-2015

Commentaires du rapport du HCSP (Haut Conseil de Santé Publique) et Lettre au ministère de la santé de février 2015

http://www.associationlymesansfrontieres.com/lettre-ouverte-a-la-ministre-marisol-touraine/

Lettre ouverte aux médecins français du 28 février 2015, à l’initiative de l’association France-Lyme

http://francelyme.fr/WordPress3/Documents/2015/02/lettre-ouverte-aux-m%C3%A9decins-fran%C3%A7ais-1.pdf

LIVRE récent :

Soigner Lyme et les maladies chroniques inexpliquées Broché – 12 juin 2014 du Dr Richard Horowitz Brochure destinée aux psychiatres :

Ce que les Psychiatres Doivent Savoir sur La Maladie de Lyme, rédigée par l’ ILADS (International Lyme and Associated Disease Society)

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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