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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:37

Publié le 21/01/2017

Patrizia Paterlini-Bréchot : «Les cancers n'ont jamais été détectés aussi tôt»

Comment fonctionne le test sanguin ISET (Isolement par taille des cellules tumorales) ?

L'ISET se présente sous forme de machine dans laquelle on introduit le sang prélevé au patient.

Le sang y est dilué avec une solution, puis il passe à travers une sorte de filtre, un peu comme un tamis. Ainsi, les cellules saines passent à travers le tamis mais les cellules cancéreuses - rarissimes- restent dans les mailles du filet car elles ont une taille beaucoup plus importante.

Ensuite, le tamis est examiné par l'œil humain au microscope pour voir si les grosses cellules piégées dans le filtre sont malignes ou non.

De cette manière, une seule cellule cancéreuse peut être détectée dans 10 ml de sang, c'est-à-dire parmi 100 millions de globules blancs et 50 milliards de globules rouges !

La méthode est-elle infaillible ?

Malheureusement, le procédé ne fonctionne pas dans le cas d'une leucémie, le cancer du sang, car les cellules cancéreuses sont beaucoup plus petites que pour les autres types de cancers.

Elles passent donc entre les mailles du filet et on ne peut pas les détecter.

D'autre part, le test est capable de détecter une tumeur naissante mais pas de la localiser.

Ainsi, dans le cas d'un diagnostic positif, il faut nécessairement passer un scanner ou un IRM de tout le corps.

Si la tumeur primaire est visible, il faut la retirer, puis un deuxième test peut être fait pour être sûr que le sang du patient est bien nettoyé toute cellule cancéreuse.

En revanche, si la tumeur naissante est trop petite pour être détectée à l'imagerie, le patient n'a pas d'autre choix que d'attendre.

Mais ainsi, il est placé sous surveillance et avec des rendez-vous fréquents chez le médecin, il est certain de pouvoir intervenir au plus tôt.

Quelle est la marche à suivre pour passer le test ?

Tout d'abord, depuis août 2016, le patient doit se rendre sur le site de l'ISET (http ://www.isetbyrarecells.com/fr) et télécharger un formulaire qui détaille le déroulement du test et les résultats que l'on peut espérer obtenir, ainsi qu'une liste de ce qui ne peut pas (encore) être fait.

Il faut ensuite imprimer et signer ce formulaire, puis l'amener à son médecin pour qu'il appose également sa signature.

Par la suite, il faut se rendre dans un des quatre laboratoires qui pratiquent le test. Il y en a à Paris, Nice, Naples et en Californie.

Le patient est obligé de se rendre sur place car une fois le sang prélevé, les cellules tumorales (s'il y en a) commencent à se dégrader et ne survivent pas à plusieurs heures de voyages.

Le test est-il payant ?

Oui, car il n'est pas encore remboursé par la sécurité sociale. Pour un test, il faut compter 486 euros.

Votre méthode a été testée à Nice dans le cadre du cancer du poumon.

Existe-t-il d'autres preuves de son efficacité ?

D'autres études sur de plus grands échantillons de personnes, saines ou prédisposées à tel ou tel type de cancer, sont en cours un peu partout dans le monde.

Mais il faut plusieurs années pour tester l'efficacité d'une prédiction, donc les résultats ne sont pas immédiats.

Par ailleurs, une trentaine de laboratoires de recherche internationaux utilisent l'ISET dans leurs travaux. À ce jour, 52 publications scientifiques indépendantes issues de ces laboratoires ont été publiées dans des revues à comité de lecture comme Plos One, Onco Targets ou encore Nature.

Et plusieurs démontrent que la méthode ISET est plus efficace que les autres méthodes existantes pour le diagnostic des cancers.

Pour l'instant, le test ne peut pas localiser les tumeurs, pensez-vous qu'un jour ce sera possible ?

Nous travaillons en ce moment même au développement d'une deuxième version de notre machine qui serait capable de localiser la tumeur primaire en utilisant l'ADN et l'ARN des cellules cancéreuses circulantes détectables par l'ISET.

Et pour mener à bien ces recherches, il faudra beaucoup d'argent.

C'est pourquoi la recette des ventes de mon livre «Tuer le cancer» paru ce mercredi sont dédiées au financement de ces travaux menés en partenariat avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l'université Paris Diderot.

C'est véritablement le but de ma vie.

Vos recherches durent depuis plus de vingt ans, d'où vous vient une telle motivation ?

Lorsque j'ai commencé la médecine, j'ai rencontré un patient qui m'a profondément touchée.

J'avais 25 ans et j'étais responsable d'une salle où plusieurs malades du cancer étaient traités.

Un homme atteint d'une tumeur du pancréas est mort quelques jours après mon arrivée, c'était foudroyant.

Cela a été un grand choc.

À ce moment-là, soit j'abandonnais, soit je me démenais pour réaliser quelque chose d'exceptionnel.

C'est toujours cet élan qui me guide aujourd'hui.

En outre, mon père a déjà été victime d'un mauvais diagnostic.

Un radiologue, pourtant très brillant, lui a trouvé un cancer de l'estomac.

Mais en réalité, il était atteint d'une maladie rare de la muqueuse gastrique. Plus de peur que de mal, mais depuis, la fiabilité du diagnostic est pour moi une priorité.

«Tuer le cancer» de Patrizia Paterlini Bréchot, Edition Stock. 250 pages. 19,50 €.

Recueilli par F.O.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
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