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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 20:41

Cancer : la piste oubliée - "Cancer et Métabolisme" avec le Dr Laurent Schwartz - vidéos, transcription et informations

29 avril 2015, 16:46

Cancer : la piste oubliée

Arte - 24.04.2015 - Documentaire

Dossier au lien http://www.conscience33.fr/cancer.html

Vidéo sur Rutube VOSTF Sous-titrée en français (50'43) :

http://rutube.ru/video/6c78e299c82e0809173532d905f962a3/

Vidéo sur Rutube version non VOSTF (50'43)

http://rutube.ru/video/f8681f85328c398511fc39886a40927d/

Vidéo en replay

http://www.arte.tv/guide/fr/053967-000/cancer-la-piste-oubliee?autoplay=1

Télécharger avec Captvty :

http://captvty.fr/


Ce dossier est aussi présenté dans l'album de Facebook :
https://www.facebook.com/conscience.deletre/media_set?set=a.659147030812772.1073741831.100001524447567&type=1

L'ÉMISSION :

Lu au lien : http://www.arte.tv/guide/fr/053967-000/cancer-la-piste-oubliee?autoplay=1

Alors que la génétique domine la recherche sur le cancer depuis quatre décennies, des scientifiques explorent la piste métabolique. Selon eux, le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire... Un état des lieux complet et accessible des réflexions actuelles sur la maladie, avec la voix de François Cluzet.

Maladie la plus ancienne et la plus partagée dans les mondes animal et végétal, le cancer tue huit millions de personnes par an. Pourtant, dès les années 1970, les chercheurs pensaient avoir identifié l’origine de cette prolifération nocive de certaines cellules du corps : dans le sillage de Michael Bishop et Harold Varmus, qui localisent l’ennemi dans le noyau des cellules, la théorie génétique – ou mutationnelle – s’impose. Les scientifiques s’emploient alors à traquer les oncogènes, ces gènes dont la mutation provoque le cancer, et à mettre au point des thérapies ciblées. Mais la communauté scientifique ne s’est-elle pas perdue dans le détail ? Aujourd’hui, des chercheurs et médecins tentent de révolutionner la compréhension et le traitement de la maladie en prônant une autre approche. Selon eux, le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire. Ne parvenant pas à absorber les aliments, en particulier le glucose, les cellules cancéreuses fermentent et se divisent sans cesse. Appelé "effet Warburg", du nom du médecin allemand qui l’a découvert dans les années 1920, ce processus fait un retour en force dans la recherche. Des laboratoires développent ainsi de nouvelles thérapies et des cancérologues comme le professeur Laurent Schwartz testent des traitements expérimentaux à base de médicaments prescrits pour d’autres indications – notamment des antidiabétiques.

Modèle pasteurien versus théorie métabolique

Narré par François Cluzet et éclairé par les explications limpides de scientifiques français, allemands, américains et canadiens, ce documentaire met en perspective la construction du paradigme dominant en cancérologie (la génétique) et l’émergence récente d’une voie alternative. Un tour d’horizon passionnant qui laisse entrevoir de nouvelles perspectives thérapeutiques face à un fléau toujours dévastateur.

NARRATEUR : François Cluzet

AUTRES INFORMATIONS :

- Concernant François Cluzet : Lu dans Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Cluzet

François Cluzet est un acteur français... En 2011, il est à l'affiche d'Intouchables... François Cluzet manifeste des convictions politiques écologistes

- Concernant Otto Warburg : http://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_Heinrich_Warburg

- Concernant Laurent Schwartz : http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Schwartz_(m%C3%A9decin)

Lu aussi au lien : http://www.wikistrike.com/article-la-mammographie-systematique-tous-les-deux-ans-inutile-et-dangereuse-120978083.html

En outre face à un cancer dûment diagnostiqué, une vraie nouvelle voie vient d'être ouverte par une équipe de chercheurs basée à l'Ecole Polytechnique et pilotée par le Dr Laurent Schwartz cancérologue (radiothérapeute) défroqué, qui a abandonné son travail hospitalier pour se lancer dans une recherche qui commence à donner des résultats tout à fait important avec des moyens simples et peu onéreux (c'est sans nul doute là que la bas blesse !).

Article Le point : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/traitement-du-cancer-pourrait-on-faire-beaucoup-mieux-30-01-2013-1621991_57.php

Vidéo "Conférence Cancer et Métabolisme" : https://www.youtube.com/watch?v=4qJDj0zQQmg

- Association "Face au cancer ensemble" : 41, rue du château d'eau - 44240 – La Chapelle sur Erdre.

Article http://www.ouest-france.fr/face-au-cancer-ensemble-recoit-une-subvention-de-1-500-eu-2519501

- Association "Cancer et Métabolisme" : http://www.cancer-et-metabolisme.fr/

et sur Facebook : https://www.facebook.com/canceretmetabolisme

Vidéos : https://www.youtube.com/channel/UCu9mg5ZVblGSUFoGlbpkUiA

Témoignages : http://www.cancer-et-metabolisme.fr/temoignages/

Contact : +33 (0) 4 50 96 92 02 FREE

E-mail : president@cancer-et-metabolisme.fr

- Témoignage exceptionnel d’un médecin confronté au cancer : http://naturo-passion.com/temoignage-exceptionnel-medecin-confronte-cancer/

COMMENTAIRE :

Lu au lien du blog Silicium.blog.spirit, le blog de Jean-Daniel Metzger :

http://silicium.blogspirit.com/archive/2015/04/25/emission-sur-le-cancer-3043687.html

... Un documentaire, "cancer : la piste oubliée" qui traite de la piste suivie par Monsieur Schwartz et plusieurs autres chercheurs dans le monde...

... Bonne rétrospective des théories de lutte contre le cancer qui montrent bien qu'on s'est fournoyé ! Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué surtout si ça rapporte des milliards ?

Le problème est que la voie métabolique ne permet pas de développer des substances nouvelles et donc brevetables, quand vous aurez compris ça vous aurez tout compris. Inutile de compliquer c'est archi simple ! La metformine par exemple comme régulateur parmi d'autres mais c'est trop simple !

Cela dit le métabolisme est une piste fondamentale et probante mais non suffisante car elle n'est pas miraculeuse, sauf exception ! Il s'agit d'abord de gagner du temps ! Cependant la stratégie doit être pensée sur cette base et les autres approches ne peuvent être que "complémentaires" d'où la nécessité d'une inversion de perspective. Elle se fait jour mais est sujette à des freins essentiellement économiques. Une solution est de taxer forment "Big Pharma" pour permettre aux gouvernements de financer les pistes ne débouchant pas sur de nouveaux brevets en favorisant à nouveau un certain empirisme. Enfin vous avez là des données en matière de prévention...

TRANSCRIPTION DE L'ÉMISSION À PARTIR DES SOUS-TITRES :

Une transcription des sous-titres est proposée par TéléScoop au lien :

http://telescoop.tv/reader/954498/cancer-la-piste-oubliee.html

ou

http://telescoop.tv/browse/954498/cancer-la-piste-oubliee.html

TRANSCRIPTION PARTIELLE ECRITE A PARTIR DES SOUS-TITRES :

NARRATEUR :

-Maladie la plus ancienne et la plus partagée, le cancer touche tous les êtres vivants, y compris les plantes, depuis la nuit des temps.

On a d'abord cru qu'il était lié aux humeurs, qu'il était contagieux, viral.

Aujourd'hui, on lui suppose une origine génétique.

Chaque époque l'a combattu avec ses armes sans jamais le vaincre.

Ses plus intimes mécanismes ont pourtant été décryptés.

Est-il possible que ces immenses progrès aient finalement égaré la communauté scientifique ?

LAURENT SCHWARTZ :-Aujourd'hui, il semble probable qu'on se soit perdu dans le détail, qu'on ait regardé les détails du moteur de la voiture alors que ce n'était pas ça le problème.

ROBERT PROCTOR :-La recherche se focalise sur les détails au lieu de regarder le tableau dans son entier.

MINA BISSELL :-Einstein a dit : "Une idée qui ne semble pas folle au départ pour la plupart des gens n'a aucun avenir".

GÉNÉRIQUE

NIXON :-La guerre contre le cancer a été déclarée depuis plus de 40 ans par différents Etats.

JACQUES CHIRAC :-Le cancer ne sera pas vaincu en un jour. Mais un jour, il le sera.

CLINTON :-Depuis,de réels progrès ont été enregistrés. On soigne, on dépiste et on prévient bien mieux que par le passé.

FRANÇOIS HOLLANDE :-La lutte contre le cancer a fixé comme objectif...

NARRATEUR :

-Les cancers mortels dans les années 60 sont désormais curables à 70 %.

Mais ces incontestables succès sont finalement marginaux.

En dépit des milliards investis dans la recherche depuis près de 50 ans, la mortalité par cancer n'a pas chuté autant qu'on l'esprait.

La maladie tue encore 8 millions de personnes chaque année.

Mais connaît-on si bien cet ennemi ?

Et d'abord, comment le définir ?

PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE (3'04) :

-Le cancer, c'est une prolifération dangereuse de certaines cellules dans le corps.

Si tout se fait harmonieusement, le corps grandit.

C'est ce qui se passe chez l'enfant ou à l'état embryonnaire.

Ça, c'est une multiplication cellulaire normale car elle est harmonieuse et coordonnée.

Quand une prolifération cellulaire ne respecte pas cette harmonie, quand elle sort du groupe, on appelle ça "un cancer".

ROBERT PROCTOR - PROFESSEUR D'HISTOIRE DES SCIENCES - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE (3'43) :

-On doit garder à l'esprit ce qu'est le cancer.

C'est une sorte de cellule traîte à l'intérieur de votre corps.

C'est ce qui la rend si diabolique et si difficile à traiter.

C'est votre propre chair, votre propre sang devenu immortel.

La cellule cancéreuse est une cellule immortelle.

Toutes les cellules de notre corps sont destinées à mourir.

En fait, la mort de la cellule est saine.

Une cellule se régénère en mourant, elle se renouvelle sans cesse.

Et quand une cellule continue de croître, on appelle ça "le cancer.

NARRATEUR :

-Mais d'où vient cette paradoxale explosion de vie qu'est le cancer ?

Comment l'empêcher ?

Comment la mettre sous contrôle ?

Les premières thérapies ont été la chirurgie dès le 19ème siècle et la radiothérapie mise au point au début du 20ème.

Elles ont pour cible les tumeurs, ces amas de cellules cancéreuses qui se forment au sein d'un organe.

Ces thérapies n'empêchent pas la fuite de certaines cellules vers d'autres organes.

Ces tumeurs secondaires, ou "métastases", sont bien souvent mortelles.

Dans les années 50, une nouvelle arme apparaît pour enrayer cette progression fatale.

2 décembre 1943, l'aviation allemande bombarde le port de Bari, en Italie, faisant exploser un bateau transportant 2 000 bombes de gaz moutarde.

Plus de 1 000 personnes, civils et militaires, meurent dans les mois suivants.

Les médecins observent que le sang des personnes intoxiquées ne contient presque plus de globules blancs.

Cet évènement fait naître une idée dans l'esprit des chercheurs : si ce gaz peut détruire des cellules, pourquoi ne pas utiliser des poisons similaires contre les cellules cancéreuses.

C'est le début de la chimiothérapie.

En quelques années, elle permet de guérir des cancers jusque-là incurables.

Cependant, la chimiothérapie frappe fort et elle tue les cellules malades comme les cellules saines : la stratégie de la terre brûlée.

Une thérapie épuisante pour l'organisme dont les effets secondaires vont de la nausée à la perte de cheveux, l'anémie, et autres dysfonctionnements immunitaires.

De plus, si elle est efficace pour certains cancers, d'autres lui résistent sans que l'on comprenne pourquoi.

FABIEN CALVO - DIRECTEUR DE L'INSTITUT NATIONAL DU CANCER - PARIS (6'10) :

-L'approche par chimiothérapie des cancers a été pragmatique.

On ne sait pas pourquoi telle tumeur répond spécifiquement à tel agent.

Ce que nous avons suspecté, en tout cas, c'est que la chimiothérapie avait une action d'autant plus importante qu'elle agissait sur des cellules à développement rapide.

Les tumeurs pédiatriques ont donc été de bonnes cibles.

Mais cette explication n'est pas suffisante.

Donc, on a fait des progrès, mais on n'a pas forcèment compris pourquoi et comment.

NARRATEUR :

-Malgré ces avancées thérapeuthiques, le processus cancéreux reste flou.

Dans les années 70, on croit enfin avoir percé l'énigme.

Les chercheurs Harold Varmus et Michael Bishop découvrent que l'ennemi pourrait venir du noyau de nos cellules.

Il serait même embusqué dans nos gènes.

Cette découverte sera récompensée par un prix Nobel.

Pour comprendre, il faut revenir au fondement de l'approche génétique.

Elle postule que l'ADN contrôle tout dans notre corps.

Le cancer proviendrait d'un dérèglement des codes régissant notre organisme.

Avec un gène abîmé, muté, cassé, les cellules échappent au programme génétique.

(7'38) PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE :

-Si certaines cellules échappent à ce contrôle, elles échappent au programme génétique.

Et pour échapper au programme génétique, elles mutent, elles modifient leur propre ADN, le système de contrôle est cassé, et elles échappent à ce contrôle par la génétique.

C'est ce qu'on appelle aujourd'hui "la théorie génétique" ou "la théorie mutationnelle du cancer" selon laquelle le point de départ, l'origine du cancer, ce sont des mutations survenant dans les cellules cancéreuses.

NARRATEUR :

-Une nouvelle ère s'ouvre.

Avec de nouvelles méthodes, les chercheurs traquent les oncogènes, ces gènes dont la mutation est à l'origine du cancer.

Robert Weinberg est l'une des figures emblématiques de cette approche génétique.

Sur les traces des chercheurs Varmus et Bishop, ses travaux ont considérablement éclairé les étapes biologiques de la formation des cancers.

ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON (8'44) :

-En 1978, on a initié une procédure expérimentale.

Celle-ci nous a permis de démontrer, un an plus tard, en observant l'ADN d'une cellule cancéreuse, que celui-ci contient de l'information génétique endommagée.

Cette information cause une prolifération incontrôlée des cellules cancéreuses humaines.

L'ADN observé s'est avéré contenir un gène directement en cause dans le cancer et qu'on a appelé "un oncogène".

Un oncogène est la forme abîmée d'un gène qui se trouve dans l'ADN de tous les humains.

Sous l'influence des carcinogènes chimiques, le gène mute.

Son information séquencée altérée crée alors un oncogène qui laisse la cellule croître hors proportions.

Cette croissance incontrôlée débouchera sur des millions, des milliards d'autres cellules cancéreuses.

NARRATEUR :

-Ces recherches sur l'oncogène concentrent d'importants moyens.

On investit des milliards dans l'appareillage technologique, on trace la carte du génome humain, et on pense bientôt tout savoir des maladies, notamment du cancer.

L'approche génétique s'impose et devient le nouveau paradigme en cancérologie.

JOAN FUJIMURA - PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE (10'00) :

-Je pense vraiment qu'il y a un engagement considérable en faveur de la génétique dans nos instituts nationaux de santé.

Mais comment pourrait-il en être autrement puisque notre directeur est un généticien ?

Il y a aujourd'hui une énorme infrastructure de sociétés biotechnologiques.

Elles ont été créées dans les 50 dernières années et elles étudient la génétique de ceci ou de cela.

THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONTO (10'35) :

-Aujourd'hui, des dizaines de pays sont engagés dans la course pour séquencer et découvrir le génome du cancer.

La connaissance du cancer progresse très rapidement car on peut comprendre le génome et établir le catalogue des mutations.

NARRATEUR :

-Le scientifique canadien, Thomas Hudson, dirige un vaste consortium international qui, à l'heure actuelle, achève le séquençage de 25 000 tumeurs.

(11'01) THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONTO :

-Le fait de découvrir les gènes du cancer, de comprendre leur biologie et de développer des traitements pour les cancers majeurs, c'est devenu de la routine.

(11'17) JOAN FUJIMURA - PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE :

-Quand j'étudiais le développement de la recherche sur les oncogènes, celle-ci était comme un phare dans la tempète.

C'était un réel espoir.

Les gens pensaient qu'on avait touché à la cause, au fondement du cancer, et que cela mènerait à des traitements.

NARRATEUR :

-C'est à la fin des années 90 que sont mis au point des médicaments capables de modifier l'ation des gènes qui sont à l'origine du cancer.

A côté des chimiothérapies, la thérapie ciblée, aux effets secondaires bien moindres, semble plus subtile et beaucoup moins destructrice.

Massivement investie par l'industrie pharmaceutique, elle représente désormais plus de la moitié des anticancéreux en développement.

200 médicaments sont déjà sur le marché, 900 sont en préparation.

(12'10) THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONTO :

-Les thérapies ciblées ont fait progrsser l'oncologie.

Certains médicaments, comme le Glivec, donnent des résultats à long terme.

Mais, malheureusement, bon nombre des thérapies ciblées n'ont pas une action aussi longue.

L'efficacité est limitée chez certains patients.

Cela peut marcher trois mois, un an.

Mais, souvent, la maladie revient et vainc cette résistance.

NARRATEUR :

-Des médicaments comme le Glivec ou l'Herceptin ont fait progresser le traitement du cancer du sein ou de certaines leucémies.

Pour la majorité des autres cancers, les résultats sont décevants.

(12'50) ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON :

-En principe, une thérapie ciblée est plus prometteuse.

Malheureusement, ces thérapies marchent à merveille, mais après 6 ou 7 mois, les cellules cancéreuses trouvent une nouvelle manière de proliférer.

Et ces cellules cancéreuses nouvellement formées résistent au médicament donné à l'origine.

GILLES FAVRE - DIRECTEUR DU CANCEROPÔLE - TOULOUSE (13'15) :

-Si l'on poussait le raisonnement jusqu'au bout, on irait jusqu'à une sorte d'événements sans fin, sans arriver à la guérison.

Je crois que c'est une limite de la théorie ciblée.

NARRATEUR :

-Pourquoi la révolution génétique tarde-t-elle à accoucher de thérapies efficaces ?

Aujourd'hui, on estime que plus de 2 000 gènes pourraient être impliqués dans différents cancers.

Le taux de mutation peut être 1 000 fois plus élevé selon les tumeurs.

Et plus on cherche, plus ça se complique.

(13'49) THOMAS HUDSON - DIRECTEUR DE L'INTERNATIONAL CANCER GENOME CONSORTIUM - TORONT :

-Notre défi majeur est d'interpréter le sens de ces données.

Dans les années 90, j'ai pris part au projet Génome humain.

On a séquencé ce génome entier pendant 10 ans.

Et on ne comprend toujours pas la plupart des gènes et des protéines, ni le fonctionnement des génomes.

On cherche encore à acquérir une technique fondamentale d'interprétation du génome.

Des scientifiques du monde entier y travaillent.

C'est dire la difficulté.

(14'17) ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON :

-En fait, les techniques d'analyse des cellules cancéreuses sont si performantes qu'on est innondés d'informations.

Nous sommes incapables de les digérer et de comprendre leurs implications.

A défaut de comprendre comment se développe la cellule cancéreuse, nous sommes bloqués et ne pouvons créer de nouvelles thérapies.

(14'49) JOAN FUJIMURA - PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE - UNIVERSITE DE STANFORD - CALIFORNIE :

-Il y a des gens qui, de manière très cynique, disent : "Quand on a un marteau, tout problème devient un clou."

Ici, les clous, ce sont les gènes du cancer.

Comme on a les outils de la génétique moléculaire, on va taper sur ces gènes.

Donc, quand on se demande si c'est la meilleure manière d'étudier le cancer, la réponse est oui, en un sens, si on considère les outils dont les gens disposent.

Mais est-ce que c'est la solution au problème du cancer ?

NARRATEUR :

-Au début des années 90, des associations de patients ont protesté contre cet engouement pour la génétique, dénonçant son manque d'applications thérapeutiques.

A San Francisco, des femmes atteintes du cancer du sein ont formé la Breast Cancer Action pour faire avacer la cancérologie.

Elles luttent en particulier contre les dogmes du tout génétique.

Les mutations héréditaires de gènes peuvent certes augmenter le risque de cancer, mais seulement dans 5 % à 10 % des cas.

(16'01)

-Quand j'ai été diagnostiquée, j'ai été effarée par la façon dont le médecin considérait ce qu'il avait en face de lui : une femme de 36 ans atteinte d'un cancer à tel stade et à qui il fallait donner tel traitement.

J'étais un numéro.

(16'18)

-J'avais un médecin très intelligent qui, un jour, m'a dit : "Aucun antécédent de cancer dans votre famille. C'est impossible que vous ayez un cancer du sein."

J'acquiesçais. Mais j'avais bien un cancer du sein.

J'avais fait tout ce qu'on est censé faire.

Ce que je découvrais était une révolution.

(16'39)

-Hériter d'un gène ne signifie pas qu'on va avoir un cancer du sein.

On doit étudier les interactions avec l'environnement et comprendre pourquoi certains développent un cancer et d'autres non.

(16'51)

-Mais je crois que ces 10 ou 15 dernières années, on s'est presque exclusivement concentré sur la génétique.

Idem pour d'autres maladies qu'on attribue à certains gènes que les malades ont en commun.

J'ignore dans quelle mesure cela concerne le cancer du sein, mais, de façon générale, cet investissement dans la génétique nous a un peu égarés.

NARRATEUR :

-Est-il possible que les scientifiques se soient également engagés dans une impasse ?

Que nous fassions fausse route depuis 30 ans ?

MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE (17'34) :

-Nous sommes restés le nez sur les détails, et c'est comme si l'arbre nous avait caché la forêt.

Peu à peu, la vision d'ensemble est devenue moins importante.

NARRATEUR :

-Dès les années 70, les travaux de Mina Bissell tendent à prouver que le cancer naît d'une interaction entre les cellules et leur environnement.

Cette biologiste américaine est une des premières à avoir remis en cause la théorie génétique du cancer.

(18'04) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Quand vous prenez des cellules d'une personne ou d'un animal et que vous les mettez en culture, vous voyez que les gènes ne sont pas fixes.

Ils sont rgis par le contexte.

Ils sont régis par le micro-environnement.

Il est clair que le contexte ou le micro-environnement et l'architecture des tissus sont très importants.

Une fois que l'architecture est détruite, cela se répercute sur les gènes qui peuvent alors produire une tumeur.

NARRATEUR :

-Les travaux de Mina Bissell ne rencontrent qu'un faible écho.

La génétique émergente monopoise toute l'attention.

(18'54) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Certains disaient "Mina est une pionnière, une visionnaire."

D'autres pensaient que j'étais folle.

Non, j'ai simplement été curieuse.

Il y eu des articles dans beaucoup de bonnes revues.

Mais les réactions étaient soit l'incrédulité, soit un manque total d'intérêt.

Les chercheurs ne les citaient pas.

C'est seulement depuis une dizaine d'années que beaucoup de personnes réputées sont au courant de ce travail, le citent et disent que c'est une évidence.

NARRATEUR :

-Pour comprendre le cancer, faudrait-il alors changer de focale ?

Envisager la cellule dans ses relations avec son environnement ?

Considérer la façon dont elle respire, se nourrit, se développe ?

L'observer comme on observerait un animal ou une plante évoluant au sein d'un écosystème ?

(20'08) PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE :

-Si, dans une forêt, une espèce animale ou végétale prolifère jusqu'à détruire l'écosystème, c'est l'équivalent d'un cancer.

Si on considère que le corps n'est pas sous le contrôle centralisé de l'ADN, mais qu'il s'équilibre comme s'équilibrerait une forêt, on va regarder l'accès de l'élément qui prolifère aux ressources nutritives, on va regarder les prédateurs...

Si on a un lapin qui prolifère dans la forêt jusqu'à la détruire, on ne va pas se dire : "Ah... Le lapin a muté !"

On va se demander si les carottes n'ont pas été trop abondantes, si les autres espèces qui pouvaient être en compétition avec lui n'ont pas disparu, si les renards qui contrôlaient la prolifération des lapins n'ont pas eu un problème.

Du coup, on s'intéresse davantage à l'équilibre global et moins aux mutations.

NARRATEUR :

-Le cancérologue Laurent Schwartz propose lui aussi d'adopter une vision plus globale.

Afin de mieux comprendre la cellule cancéreuse, il faut observer ses ressources et la manière dont elle les utilise.

C'est ce qu'on appelle "le métabolisme".

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU (21'30) :

-La cellule est un organe vivant.

Vous mettez une cellule humaine dans un bon environnement, un milieu avec de l'eau, du sang et ce qu'il faut, elle va pousser.

Elle va capter de la nourriture, elle va la digérer et survivre.

Pour ça, elle utilise des gènes, des enzymes, et autres.

La cellule cancéreuse, c'est pareil : elle se nourrit, se développe et utilise des enzymes.

Pour se diviser, une cellule doit grossir.

C'est peut-être une lapalissade.

Mais si vous ne mangez pas, vous ne grossissez pas.

Et si vous brûlez tout pendant votre jogging, vous ne grossissez pas.

Pour grossir, il faut capter de la nourriture et ne pas la brûler.

Et ça amène aux hypothèses des années 1920 selon lesquelles le cancer capte du glucose, c'est-à-dire du sucre, en quantité importante, et n'arrive pas à le brûler.

Donc, il grossit, puis la cellule se divise.

Si elle se divise, elle est dure.

Et tout clinicien sait que le cancer est dur au doigt.

Et si c'est sous pression, les métastases partent.

NARRATEUR :

-Ces hypothèses du cancer fondées sur le métabolisme des cellules étaient dès les années 20 celles du biologiste et prix Nobel allemand Otto Warburg.

NARRATEUR :

-Pour Otto Warburg, le métabolisme a un rôle clé dans l'apparition du cancer.

Il renvoie à la façon dont nos cellules se nourrissent et à la façon dont elles digèrent ou pas le sucre, le gras et les protéines qu'elles absorbent.

La cellule normale capte, par exemple, le glucose, le dégrade une première fois, puis le transforme au sein des mitochondries qui sont ses poumons.

Pour cela, elle a besoin d'oxygène.

Quand tout fonctionne, les nutriments sont brûlés et transformés en énergie.

La cellule cancéreuse, elle, se comporte comme si elle était privée d'oxygène.

Sans oxygène, elle ne parvient pas à brûler le glucose et en tire très peu d'énergie.

Pour compenser, elle en consomme des quantités accrues qu'elle ne parvient toujours pas à digérer.

Ce faisant, elle fermente et se divise alors sans cesse.

C'est ce qu'on appelle "l'effet Warburg".

NARRATEUR :

-Les travaux d'Otto Warburg, bien que récompensés par un prix Nobel, ont finis aux oubliettes.

Protégé par Hitler dont la phobie du cancer est bien connue, l'Histoire s'est chargée de lui faire payer son pacte avec le diable.

L'avènement de la génétique, en concentrant les regards et les budgets, a fait le reste.

Mais depuis une dizaine d'années, les théories d'Otto Warburg connaissent pourtant un regain d'intérêt.

Le métabolisme de la cellule cancéreuse est redevenu l'objet d'études partout dans le monde.

Janvier 2014, un congrès sur le métabolisme est organisé au Luxembourg.

C'est le premier en Europe.

Les chercheurs viennent du monde entier confronter leurs travaux, certains que la recherche contre le cancer a trouvé un nouveau souffle.

Pour la plupart, le métabolisme serait le talon d'Achille de la cellule cancéreuse, quel que soit le type de cancer.

NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO (25'44) :

-Au lieu de s'attacher uniquement à ces modifications génétiques et d'accorder autant d'importance aux analyses bio-informatiques et au séquençage intensif, on devrait plutôt prendre du recul et réfléchir différemment au cancer.

NARRATEUR :

-Le chercheur américain Navdeep Chandel a commencé à s'intéresser au métabolisme alors qu'il était étudiant à la fin des années 90.

A l'époque, tous les regards sont tournés vers la génétique.

Mais c'est cette piste qui retient son attention.

(26'21) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Etudier le métabolisme du cancer est une de ces alternatives.

On n'étudie plus les gènes, on regarde les voies métaboliques.

D'ailleurs, on les connaît depuis 50 ans.

Pas besoin de découvrir quoi que ce soit de nouveau.

On a encore des choses à découvrir dans le métabolisme, mais globalement la cartographie des voies métaboliques est déjà faite.

Ce qu'il faut faire, c'est revenir en arrière pour voir comment elles se reconnectent dans un contexte cancéreux.

Ces voies métaboliques sont un meilleur objet d''étude que tout ce qui se trouve dans le noyau de la cellule.

NARRATEUR :

-Si les mutations génétiques sont reléguées au second plan, qu'est-ce qui provoque le cancer ?

Sur quoi concentrer nos efforts pour faire reculer la maladie ou prévenir son apparition ?

(27'13) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Il y a des tas de moyens de réduire le cancer.

L'un d'eux serait de combattre l'obésité.

L'obésité est le pire facteur de risque de cancer.

L'une des choses que je conseille, c'est de réduire l'apport en sucre.

Le métabolisme est lié à beaucoup de facteurs, et l'obésité en fait partie.

La pire chose, par exemple aux Etats-Unis, c'est cette obésité omniprésente parce que les gens ne mangent pas selon les besoins de leur corps.

On pourrait réduire le nombre de cancers dans le monde si les gens consommaient plus de fibres, moins de sucre, moins de mauvaises graisses.

NARRATEUR :

-Le cancer n'est-il alors qu'une question d'alimentation ?

Ç a serait trop simple.

Nos cellules ne dépendent pas uniquement de ce que nous mangeons.

Leur métabolisme obéit à d'autres facteurs.

(28'13) LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Pour le cancer de l'adulte, très fréquemment, il y a une phase inflammatoire.

Alors, ça s'appelle l'alcoolisme qui vous donne une hépatite, le foie grossit, une cirrhose, cancer du foie.

Le tabagisme chronique, comme si j'allais fumer, qui donne la bronchite chronique, la toux, et le cancer du poumon.

Il y a cette séquence que 'on retrouve quasiment tout le temps qui est : inflammation, fibrose, cancer.

La cellule, si elle survit, elle est gorgée de nourriture.

Et l'inflammation, c'est un changement du métabolisme par une entrée violente et massive de nourriture qui arrive pour la cellule.

Et ça, la cellule ne le vit pas toujours très bien.

Souvent, une partie des cellules qui meurent et celles qui sont violemment gorgées de nourriture, elles vont changer de mode de vie et elles vont se mettre à proliférer.

(29'09) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Le métabolisme est très sensible aux changements.

Il peut détecter les changements dans le régime alimentaire, dans l'environnement, et parfois même dans le mode de vie.

Si on a les mêmes gènes depuis 10 000 ans et que ce qui change, c'est le régime alimentaire, l'environnement et les habitudes de vie, le premier élément qui va refléter ce changement de régime, d'environnement ou de mode de vie, c'est le métabolisme.

Il influe ensuite sur les gènes qui vont impulser la maladie.

C'est cela le nouveau paradigme.

NARRATEUR :

-Qui dit nouveau paradigme dit aussi nouvelle approche thérapeutique.

Mais comment agir sur le métabolisme des cellules cancéreuses et les empêcher de proliférer ?

Par quel traitement ?

(29'56) LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Il y a différentes façons de changer le métabolisme tumoral, de l'améliorer.

Il y a le régime : vous diminuez la quantité de glucose que vous mangez, vous diminuez la quantité de nourriture en général.

Cette est peu testée.

Beaucoup de gens le font, mais il y a peu d'essais classiques tels que les scientifiques aiment.

L'autre façon, c'est de jouer sur les médicaments qui rentrent dans ces circuits-là.

C'est la voie qu'on préfère car elle est beaucoup plus facile à étudier.

NARRATEUR :

-Le Professeur Navdeep Chandel est persuadé que des molécules déjà connues et prescrites dans d'autres indications se sont révélées efficaces contre le cancer.

Une centaine de médicaments pourraient déjà être utilisés car ils aideraient les cellules à dégrader le glucose.

(30'50) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Ces quinze dernières années, les épidémiologistes ont remarqué que les patients sous metformine étaient moins touchés par le cancer.

Cela a incité les chercheurs à tester la metformine en tant qu'agent anticancéreux.

On l'a donc injectée à des souris qu'on utilise comme cobayes dans la recherche contre le cancer.

Et on a découvert que les cancers du colon, les cancers du poumon, les cancers du pncréas devenaient moins fréquents pour les souris sous metformine.

C'était bon signe.

NARRATEUR :

-La metformine est un antidiabétique commercialisé depuis la fin des années 60.

En quoi pourrait-elle contribuer à lutter contre le cancer ?

Sa principale action est de faire baisser la production de glucose dans le foie, glucose dont les cellules cancéreuses sont particulièrement friantes.

La metformine aurait donc en quelque sorte pour action de leur couper les vivres, les empêchant de proliférer.

(31'53) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Nous avons observé sur dix souris que la metformine réduisait la tumeur de 75 %.

Ça n'est pas rien.

Ça peut ralentir la progression de la maladie.

On ne guérit pas, mais on peut prolonger l'espérance de vie.

PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO (32'07) :

-Il y a des limites aux expériences faites dans les boîtes de Petri ou sur les animaux.

L'un des problèmes majeurs rencontrés avec la metformine, c'est qu'elle a été utilisée avec des dosages dangereux pour les humains.

Il est donc très difficile de transférer ce travail en milieu clinique.

NARRATEUR :

-C'est pourtant le pari que s'est lancé Pamela Goodwin.

Cette chercheuse canadienne supervise une étude clinique couvrant le Canada, les Etats-Unis et la Suisse.

3 600 femmes atteintes de cancer du sein y participent.

Depuis 2013, elles prennent en plus de leur traitement standard deux gélules de metformine chaque jour.

Les effets seront évalués en 2017.

(32'53) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Notre but est de voir si le fait d'ajouter la metformine au traitement standard du cancer du sein va diminuer la mortalité chez les femmes atteintes.

NARRATEUR :

-Plus d'un million de femmes dans le monde développent un cancer du sein chaque année.

Près de la moitié en meurt.

Pourtant, tester un ancien médicament, comme la metformine, potentiellement efficace, a été un long combat.

Il a fallu 10 ans à Pamela Goodwin pour réunir les fonds nécessaires à cette étude.

(33'27) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Quand des scientifiques s'intéressent à la metformine et veulent développer un médicament déjà disponible sur le marché en tant que traitement anti-cancer, c'est très difficile.

Beaucoup de scientifiques qui travaillent sur d'autres molécules et qui sont confrontés au même problème, n'ont pas pu finaliser leur étude.

Notre société, dans son ensemble, doit s'atteler à ce probème.

Si la metformine se révèle efficace contre le cancer du sein, le traitement coûtera à peuprès 200 dollars par patient pour une étude de 5 ans.

C'est très peu comparé aux 50 000, 60 000, 75 000, 100 000 dollars que coûtent certains nouveaux traitements.

Et surtout, ce médicament peut être utilisé dans le monde entier.

Il ne coûte pas cher, n'est pas toxique, et on le prend oralement.

Pour le meilleur comme pour le pire, l'essentiel du travail de recherche est mené par les sociétés pharmaceutiques.

Ces sociétés apportent une contribution énorme à la recherche contre le cancer.

Mais elles se concentrent sur des médicaments qui sortent de leur laboratoire et qui permettent de faire du profit.

NARRATEUR :

-Plusieurs poids lourds dans l'industrie pharmaceutique, flairant un nouveau marché, travaillent aujord'hui à développer des traitements métaboliques contre le cancer.

BARRY SELICK - DIRECTEUR DU LABORATOIRE - THRESHOLD PHARMACEUTICALS - SAN FRANCISCO (35'11) :

-Lorsque nous avons fondé la société en 2002, en privilégiant l'approche métabolique, nous faisions déjà partie des 20 ou peut-être des 40 personnes qui avaient entendu parler d'Otto Warburg.

Parfois, nous rencontrions des investisseurs potentiels plus âgés que nous, 60 ou 70 ans.

Et quand nous leur décrivions ce que nous faisions, ils s'exclamaient : "Ah oui, vous travaillez sur l'effet Warburg !"

NARRATEUR :

-Aux Etats-Unis, quelques-uns sont déjà entièrement dédiés à cette approche métabolique.

Parmi eux, le laboratoire Threshold Pharmaceuticals, situé dans la banlieue de San Francisco.

(35'52) BARRY SELICK - DIRECTEUR DU LABORATOIRE - THRESHOLD PHARMACEUTICALS - SAN FRANCISCO :

-L'idée est donc que, si l'on pouvait développer une thérapie efficace qui cible l'effet Warburg, on obtiendrait un traitement capable de ratisser large.

On pourrait soigner un nombre plus important de cancers qu'avec les thérapies ciblées.

NARRATEUR :

-Threshold Parmaceuticals teste un nouveau médicament dans plusieurs pays : le TH302.

En Allemagne, le cancérologue Peter Hohenberger l'utilise sur une dizaine de patients atteints de cancers graves avec des tumeurs disséminées.

L'essai vise à mesurer l'efficacité de l'ajout du TH302 aux autres thérapies.

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM (36'36) :

-Il s'agit d'une étude de phase 2 avec un nouveau médicament, le TH302.

Cette thérapie se fonde sur une molécule spécifique qui agit sur la tumeur de l'intérieur.

-Donc, cela veut dire, si je comprends bien, que c'est une action très localisée.

(37'03) PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Oui. D'après ce que nous savons, il agit de manière très localisée.

Il est activé là où le métabolisme de la tumeur présente une anomalie.

Dans le cadre des études thérapeutiques, nous essayons d'apporter une preuve d'efficacité.

Cela se traduit d'une part, par le fait que les tumeurs rétrécissent, ce qui est déjà positif, mais avant tout il s'agit de prolonger la durée de vie des paients.

-Combien de temps va durer le traitement ?

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Habituellement, le prétraitement dure 6 semaines.

Il faut un certain temps pour évaluer la modification du métabolisme.

C'est la premmière fois que nous utilisons ce médicament sur un nombre important de patients qui sont en début de trairtement.

-Et à quels effets secondaires dois-je m'attendre ?

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Il peut y avoir des répercussions sur la moelle osseuse.

Par exemple, les globules blancs peuvent fonctionner moins bien ou diminuer.

Mais, en général, au début du traitement, il y a peu d'effets secondaires.

Le risque augmente au fil du temps, avec la quantité de médicament absorbée.

-Oui, je comprends.

PETER HOHENBERGER - CHIRURGIEN ONCOLOGUE - CENTRE MEDICAL UNIVERSITAIRE - MANNHEIM :

-Cela prend beaucoup de temps de mettre au point des médicaments qui puissent être utilisés chez des patients.

C'est un processus qui dure souvent 4 ou 5 ans.

Il faut le temps de faire les différentes études, prouver que les médicaments apportent quelque chose en plus avant qu'on puisse en disposer.

Pour les patients, c'est trop long.

NARRATEUR :

-A cause du temps très long que demande la mise sur le marché d'un nouveau médicament, beaucoup de malades n'ont que peu d'spoir d'essayer un nouveau traitement, même s'il a de bonnes chances de prolonger leur durée de vie.

(39'19) LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Le temps du malade, le temps du cancéreux, n'est pas celui de l'essai thérapeutique normé académique.

Ils sont pressés, et ça se comprend.

(39'32)

-Si je veux m'en sortir, il faut que je casse mon schéma de vie.

Mon schéma de vie, c'est mon schéma alimentaire, mon schéma de pensée, mon schéma relationnel.

C'est ma seule chance de m'en sortir.

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Que vous ont-ils dit sur le pronostic ?

Et qu'est-ce que vous cherchez ?

-Je cherche à guérir.

Mais je sais que c'est la guerre.

Donc, pour moi, ils m'ont dit qu'ils allaient me faire un traitement de trois mois.

Donc, je leur ai demandé les chances.

Le médecin a dit : "30 % de chances que la tumeur régresse, 30 % de chances qu'elle se stabilise, 30 % de chances que ce soit inefficace."

NARRATEUR :

-Depuis 2009 et des essais encourageants sur des souris, le Docteur Laurent Schwartz pense qu'une combinaison de médicaments, dont la metformine déjà commercialisée, pourrait agir sur le métabolisme.

Leur coût est modique, les effets secondaires connus, et leur utilisation combinée les rendrait plus efficaces.

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Ça ré-entre dans la mitochondrie pour la brûler.

NARRATEUR :

-Pourtant, malgré ses demandes, il n'a pas obtenu les financements, ni les autorisations pour mener des essais cliniques sur les patients.

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Tout ce qu'on a fait a été publié de nombreuses fois dans des revues internationales reconnues.

Et il n(y a eu aucun écho.

Je me suis dit qu'à un moment il fallait que j'écrive ce que je pensais dans un livre, et les malades sont venus.

Comme ceux qui m'avaient contcté savaient qu'ils étaient condamnés à brève échéance, je ne pouvais que les informer à propos de ce je pensais être une chance de les aider.

(41'22)

-Quand on t'a annoncé la maladie, comment tu as réagi ? Qu'est-ce que cela t'a fait ?

-Eh bien...

NARRATEUR :

-Parmi les malades volontaires pour ce traitement expérimental, des membres de l'

-En rentrant, j'ai dit à ma femme : "Il me reste 15 jours."

LAURENT SCHWARTZ - CANCEROLOGUE ET CHERCHEUR - ECOLE POLYTECHNIQUE - PALAISEAU :

-Les essais que l'on a faits sont du traitement compassionnel.

Le médecin est pris entre deux feux ou deux lois.

La première, c'est que les essais sont extrêment structurés.

La deuxième, c'est l'assistance à la personne en danger.

On a le droit de prescrire, dans des cas où les gens sont en danger.

-Voici mon expérience.

Parce que, moi je suis dans le cancer depuis 14 ans.

J'ai eu 5 récidives.

J'ai eu 6 opérations.

J'ai subi 2 fois de la radiothérapie, c'est-à-dire 2 fois plus que la dose légalement permise.

J'ai suivi 3 parcours de chimiothérapie.

Je suis devenu résistant à tout.

La dernière fois, ça m'a fusillé.

Je suis rentré ici pour mourir à mi-traitement.

Me voilà pourtant, je peux faire le clown.

Je peux encore faire le clown !

Le 8 janvier, c'est-à-dire au bout de 8 jours du protocole Schwartz, le marqueur ACE du cancer s'était effondré.

Voilà ce que je voulais vous montrer.

Là, ça a remonté.

Ça s'est accéléré là.

Et là, j'ai fait intervenir la molécule supplémentaire du Docteur Schwartz.

Et avec la troisième molécule que j'ai prise là, mon truc est redescendu.

Cette analyse-là date d'avant-hier.

-Moi, je ne vais pas refaire mes graphiques qui sont identiques aux tiens.

Avant, j'avais un marqueur qui montait régulièrement.

Et dès que j'ai commencé à prendre son traitement, ça a replongé.

Donc, maintenant, mon marqueur, pour l'instant, se stabilise à la limite haute de la normale.

Ce qui me dait dire, parfois, que je suis guéri !

RIRES

Puisque je suis dans la norme !

Pour moi, ça a été une ouverture parce que je supportais de plus en plus mal les chimio.

Elles me déglinguaient.

NARRATEUR :

-Le traitement prescrit par le Docteur Schwartz est-il le miracle attendu ?

Lui-même se garde bien de tirer des conclusions quant à une possible et durable guérison.

(43'56) :

-Actuellement, on a plus d'une centaine de malades en suivi par moi ou par d'autres.

Et on a plusieurs publications qui "suggèrent", et le terme "suggérer" est le terme adéquat, que l'on ralentit l'évolution de la maladie.

On voit les marqueurs tumoraux diminuer dans certins cas.

Certains cas sont du domaine du miracle.

En majorité, c'est malheureusement un effet transitoire.

Et je ne comprends pas pourquoi.

Il s'améliore, puis il rechute après.

Mais, si déjà on arrive à ouvrir une porte, et même si c'est insuffisant pour les malades que je suis, c'est déjà pas mal.

Evidemment que se pose la question, par rapport à ce que l'on a qui est imparfait, de l'amélioration de ce qu'on a.

Combiner ça avec la chimio, ça rend probablement service.

Il y a sûrement d'autres molécules à mettre en même temps.

On n'a qu'une partie du tableau.

(44'59) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Je pense qu'il ne faut pas compter sur une éradication définitive du cancer.

Cette vision des choses ne va pas être très populaire, mais elle est réaliste.

Mon but, c'est de réduire les conséquences du cancer autant que possible, de gérer la maladie avec les traitements les moins toxiques possible afin de prolonger la vie autant que faire se peut.

NARRATEUR :

-Que ces médicaments soient nouveaux ou anciens, leur efficacité reste incertaine.

L'approche métabolique va-t-elle alors se heurter aux mêmes limites que les autres thérapies anticancéreuses ?

(45'46) FABIEN CALVO - DIRECTEUR DE L'INSTITUT NATIONAL DU CANCER - PARIS :

-On ne peut pas rester à la surface des événements, penser que les choses sont simples, penser qu'on va résoudre le problème du cancer avec 3 ou 4 médicaments.

On a l'impression d'avancer, et au fur et à mesure qu'on avance, on ouvre des boîtes noires, on fait rentrer la lumière.

Mais la umière nous permet de voir qu'il y a une autre boîte noire.

(46'13) GILLES FAVRE - DIRECTEUR DU CANCEROPÔLE - TOULOUSE (13'15) :

-Avec ce concept considérant l'importance du étabolisme, il ne faut pas tomber dans nos excès de simplification.

Cela pourrait nous conduire peut-être au même type de désagrément ou de désillusion que nous avons eus dans les précédents paradigmes.

(46'32) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Il faut pouvoir faire les essais adéquats.

Et ces essais doivent être de grande ampleur, bien plus que ceux que nous menons avec seulement 3 600 patientes.

On devrait suivre des dizaines de millions d'individus.

NARRATEUR :

-Pourquoi tarde-t-on à lancer de véritables essais cliniques de grande envergure sur ces médicaments ?

(46'56) ROBERT WEINBERG - PROFESSUR DE BIOLOGIE - MIT - BOSTON (8'44) :

-Il est possible qu'au cours des dernières décennies les agences de financement qui ont encouragé la recherche contre le cancer aient découragé et ralenti la recherche dans d'autres domaines.

Si quelqu'un avait fait une demande de subvention pour étudier le métabolisme il y a 20 ans, il aurait eu de grandes difficultés à défendre son sujet.

(47'20) NAVDEEP CHANDEL - PROFESSEUR DE MEDECINE ET DE BIOLOGIE CELLULAIRE - NORTHWESTERN MEDICAL SCHOOL - CHICAGO :

-Le gouvernement doit établir un programme d'étude du métabolisme sur au moins 20 ans.

Les gens au Gouvernement ne comptent pas parmi eux assez de personnes aptes à évaluer le métabolisme.

Ils devraient dire : "Une partie du budget est affecté au métabolisme, les experts prendront les décisions, et nous encourageons la recherche."

(47'43) MINA BISSELL - BIOLOGISTE - LAWRENCE BERKELEY NATIONAL LABORATORY - UNIVERSITE DE CALIFORNIE :

-Mais j'ai bien peur que, pour le moment, il y ait un certain conservatisme.

Et il n'y a pas beaucoup d'argent, alors qu'il y a beaucoup de scientifiques.

Ils veulent des articles, des réponses rapides...

Il y a une énorme compétition.

Et le genre d'expériences que nous réalisons prend du temps.

Mais je suis têtue, peu de gens le sont autant que moi.

Il faut des gens qui aient le courage de leurs convictions;

(48'11) PIERRE SONIGO - DIRECTEUR DE RECHERCHE - BIORAD - MARNES-LA-COQUETTE :

-Il ne faut pas renoncer à une approche empirique pour ça.

On a construit des bateaux bien avant de comprendre la mécanique des fluides qui permettait aux bateaux de flotter.

En cancérologie, il ne faut pas renoncer à l'empirisme, aux essais.

C'est le travail des médecins.

On fait des progrès énormes dans le traitement du cancer, sans y comprendre grand-chose.

On a avancé par une approche empirique, des essais, des erreurs, des observations...

On peut espérer que ça va continuer et qu'on améliorera nos performances portées par une meilleure compréhension de ce qui se passe.

(48'47) PAMELA GOODWIN - ONCOLOGUE - INSTITUT DE RECHERCHE LUNENFELD-TANENBAUM - HÔPITAL MOUNT SINAI - TORONTO :

-Quand la science est suffisamment sûre d'elle et que la communauté scientifique considère qu'il est légitime de tester les bénéfices de tel ou tel médicament, on devrait faciliter la mise en place des études et donner aux chercheurs l'argent dont ils ont besoin.

C'est cela le défi dans ce domaine.

Ce n'est pas un défi scientifique, mais un défi sociétal.

A la mémoire de Roland Mestdagh

Avec la voix de François Cuzet

Ecrit par

Anne-Laure de Laval

Magali Bragard

Marie-Pierre Jaury

Réalisé par

Marie-Pierre Jaury

Produit par

Fabienne Servan Schreiber

Estelle Mauriac

Une co-production

Cinétévé

Producteur délégué

Fabienne Servan Schreiber

Producteur exécutif

Estelle Mauriac

ARTE France

Unité découverte et connaissance

Hélène Coldefy

Avec la participation de la

RTBF - Unité documentaires

Marc Bouvier

du Centre national du cinéma et de l'image animée

et avec le soutien du Ministère des affaires sociales et de la santé

© ARTE France - Cinétévé 2014

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 20:38

Vidéo sur le site

https://www.youtube.com/watch?v=4qJDj0zQQmg

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 20:33

Témoignage exceptionnel d’un médecin confronté au cancer

J’ai 65 ans ; j’ai exercé la médecine générale de septembre 1975 à septembre 2010.

Ma maladie commence en mars 2010 : au cours d’une séance de jogging, je ressens une gêne douloureuse dans la hanche droite et la fesse droite qui me fait porter le diagnostic de tendinite du moyen fessier ; depuis ce jour une légère boiterie à la marche persiste mais lorsque je pratique mon sport favori, le VTT je ne ressens aucune gêne.

N’ayant aucune douleur nocturne, me sentant par ailleurs en très bonne forme, je décide de patienter et d’attendre une guérison spontanée !

Devant la persistance de cette boiterie, je me décide à faire des radiographies standards dans le courant du mois de mai, qui ne montrent qu’un peu d’arthrose lombosacrée.

En août 2010 : apparaît une sciatalgie gauche avec parésie des muscles releveurs du pied gauche ; je commence à m’inquiéter et je me prescris un examen IRM de la hanche droite.

Le résultat est malheureusement très inquiétant, d’emblée, avec présence d’une importante tumeur osseuse de 7cm de diamètre qui me détruit la moitié de l’aile iliaque droite. Le bilan d’extension (petscan, scintigraphie osseuse, et scanner corps entier) réalisé par la suite révèle :

  • une autre lésion osseuse sur l’arc postérieur de la vertèbre L4 à gauche ;
  • une autre lésion sur l’arc postérieur de la vertèbre dorsaleT4 ;
  • plusieurs lésions hépatiques d’allure métastatique.

Mais on ne retrouve aucune trace de la tumeur primitive !!!

Une biopsie osseuse est effectuée sur la lésion de l’aile iliaque droite: L’examen anatomopathologique répond qu’il s’agit d’un adénocarcinome bien différencié mais les différentes analyses histochimiques ne permettent pas de dire de quel organe il provient ; je me retrouve avec le diagnostic de CUP (cancer with unknown primitive).

Mon oncologue (qui est aussi un de mes anciens stagiaires) est bien ennuyé.

Il est décidé de démarrer une série de 10 séances de radiothérapie sur les lésions osseuses qui sera suivie d’une chimiothérapie probabiliste à large spectre comme pour un cancer du côlon.

Fort heureusement les cellules cancéreuses s’avèrent très radio sensibles et dès la 5ème séance de rayon la sciatique gauche ne me fait plus souffrir.

Je bénéficie ensuite de 10 cycles de chimiothérapie de 3 semaines chacun (oxaliplatine et xeloda) ; la tumeur est également très chimiosensible et je me retrouve presque en rémission au contrôle de la fin mai 2011.

Entre temps j’ai fait une coloscopie qui est strictement normale.

Je termine mon traitement en août 2011 par quelques séances de radiothérapie et cyber knife sur un reliquat de métastase hépatique ; les lésions osseuses se sont recalcifiées et la boiterie a complètement disparu : je mène une vie tout à fait normale en marchant ou en roulant à VTT plusieurs heures par jour.

La maladie récidive en avril 2012 au niveau hépatique et je reprends courageusement la chimiothérapie qui est à nouveau efficace mais en août 2012 une allergie à l’oxaliplatine impose l’arrêt du traitement.

Comme les lésions hépatiques ne marquent pratiquement plus au petscan du mois de novembre, il est décidé d’attendre sans nouveau traitement.

Le contrôle du mois de janvier 2013 est correct mais en mars la récidive est confirmée.

Il est alors décidé de débuter une chimio à base de carboplatine et gemzar mais auparavant je pars faire du ski pendant une semaine. Le 15 avril, la perfusion de carboplatine se passe bien mais 2 jours après la 2ème injection de gemzar, je me retrouve avec une toxidermie intense, avec des plaques éruptives sur tout le corps ! Par ailleurs, les plaquettes sanguines ont fait une chute vertigineuse en dessous de 500 ; on me perfuse donc du concentré plaquettaire vu le risque hémorragique non négligeable ; mais au bout de 5 minutes après le début de la perfusion je fais un choc allergique !

Je me dis que mon corps est saturé de poisons et qu’il est grand temps de s’intéresser à d’autres traitements moins toxiques !

Sur ces entre-faits, grâce à un confrère local, je lis le livre du Dr Laurent SCHWARTZ, « Cancer, guérir tous les malades ? ».

Je suis enthousiasmé par cette lecture et il me reçoit très aimablement à l’école Polytechnique.

Je débute rapidement les injections d’acide lipoïque, et la prise buccale d’hydroxycitrate et de naltrexone low dose.

Le petscan de juillet montre une nette régression des lésions hépatiques qui ne peut pas s’expliquer avec la seule cure de chimio du mois d’avril d’après le cancérologue.

CONCLUSION : le traitement métabolique est efficace.

Nouveau petscan du 1er Octobre 2013 : c’est la déception ! Les lésions hépatiques reprennent du volume ; Laurent Schwartz me conseille de reprendre une chimiothérapie douce en poursuivant son traitement ; mon cancérologue me propose de reprendre simplement du Xeloda en comprimés par cure de 15 jours avec repos d’une semaine.

En attendant je décide de faire ce que j’avais en tête depuis quelques mois: j’entreprends un jeûne thérapeutique après avoir lu de nombreux témoignages de guérison de cancers avec la cure de BREUSS (voir ce livre ou celui-ci) ; et me voilà parti pour 42 jours de jeûne en absorbant uniquement de nombreuse tisanes, un peu de jus de légume cru et un bol de bouillon d’oignon par jour (sans les pelures). Expérience extraordinaire ! En 3 ou 4 jours la sensation de faim disparaît et un bien-être particulier vous envahit avec une certaine euphorie liée à l’inondation du corps par les endorphines et les corps cétoniques ; au cours de ce jeûne j’ai perdu 15 kg en marchant 1 à 2 h par jour sans aucune fatigue et avec une stabilité parfaite de tous les paramètres biologiques !

À l’issue de ce jeûne, je reprends les cures de xéloda et le traitement métabolique de Laurent Schwartz mais également d’autres produits trouvés dans mes recherches sur le net: jus de noni, jus d’aloe arborescent, reishi, lactoferrine, zéolithe; si bien qu’au contrôle de janvier 2014 les lésions hépatiques ont très fortement régressé et en avril, elles ne sont pratiquement plus visibles; je décide donc d’arrêter là la chimiothérapie qui de toute façon ne me guérira pas!!! Et qui finira par altérer mon bon état général et ma qualité de vie.

En juin je découvre le régime cétogène et ses vertus thérapeutiques sur le cancer puisque il induit un état métabolique proche du jeûne : je commence à m’alimenter dans ce sens mais c’est la lecture récente du livre de Thomas Seyfried et des médecins allemands Kammerer et Schlatterer qui va me permettre de me situer à un niveau de cétose efficace.

Je constate comme plusieurs patients qui l’ont essayé, que ce régime est très énergisant avec disparition des fringales, des coups de pompe, puisqu’on ne consomme pratiquement plus de sucre.

Je décide d’attendre encore quelques mois avant de refaire un nouveau contrôle petscan puisque dans tous les cas de figure, je n’ai pas l’intention de reprendre la chimiothérapie.

Je débute ma 5ème année de survie avec une excellente qualité de vie, ce qui est assez surprenant quand on sait que les taux de survie à 5 ans des CUP sont proches de zéro.

Mon observation médicale appelle plusieurs commentaires :

1) J’ai probablement la chance d’avoir un cancer peu agressif, très chimio et très radio sensible.

2) Le traitement conventionnel par radiothérapie et chimiothérapie a été très efficace : mais la toxicité de la chimiothérapie implique qu’elle ne peut être poursuivie trop longtemps sans finir par dégrader l’état général avec destruction progressive des capacités de défense de l’organisme.

3) Le traitement métabolique du Dr Schwartz est manifestement efficace mais ne peut à lui seul assurer une rémission de longue durée ; c’est pourquoi j’y ai associé depuis un an, la prise régulière d’un autre traitement complémentaire, certes empirique, (jus de noni, jus d’aloes, lactoferrine, reishi, zéolite) mais qui est peut être également responsable de mon bon état général actuel ; on trouve sur le net des témoignages de l’efficacité surprenante de ces produits.

4) Le jeûne thérapeutique permet de booster la chimiothérapie, d’en diminuer les effets secondaires, et crée un environnement métabolique défavorable au développement des cellules cancéreuses : mais cette méthode ne peut être conseillée aux patients déjà affaiblis et amaigris par le cancer.

5) Le régime cétogène, qui permet de mettre le corps en cétose comme le jeûne, mais qui à la différence, peut être poursuivi indéfiniment, offre un grand espoir (d’après quelques témoignages récents) de contribuer à stabiliser l’évolution du cancer et peut être dans certain cas de le faire involuer et disparaitre.

Écrit le 10 novembre 2014

Dr Philippe GENTIT

Ce témoignage a également été publié sur le site de l’Association Cancer Métabolisme.

Posted on 21 janvier 2015 by Florian Kaplar

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 08:35

« Il nous faut explorer de nouvelles voies de traitement »

Cancérologue et chercheur atypique à Polytechnique, Laurent Schwartz dénonce depuis longtemps les thérapeutiques classiques contre le cancer. A l’ heure où il publie « Cancer : Guérir tous les malades. Enfin ? », nous avons rencontré ce chercheur qui n’hésite pas à bousculer croyances et certitudes dans l’espoir de faire avancer la science.

LMC : pourquoi ce livre ? Son titre n’est-il pas un peu provocateur ?

Même si l’on observe quelques progrès, aujourd’hui, la recherche sur le cancer patine. Si l ’on tient compte de l’augmentation de l’espérance de vie, la mortalité par cancer reste très élevée (150 000 morts par an) et les pronostics de certains cancers difficilement curables (pancréas, cerveau, poumon, par exemple) n’ont pas évolué depuis 40 ans. Quant au dépistage, excepté pour le cancer du col de l’utérus, il n’a pas entraîné de diminution notable du nombre de morts. Nous devons donc avoir l’honnêteté de constater que les avancées thérapeutiques ne sont pas à la hauteur des budgets alloués.

LMC : ce tableau n’est-il pas un peu sombre ? On observe quand même des avancées notables, notamment dans le traitement de certaines formes de leucémies, comme c’est le cas pour la Leucémie Myéloïde Chronique, par exemple. On pense aussi aux thérapies ciblées, aux chercheurs qui travaillent sur des vaccins…

En effet, le Glivec utilisé dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique représente un progrès. Pour autant, il ne s’agit pas d’une molécule récente. Quand aux vaccins, ils reposent sur un paradigme partagé par le plus grand nombre, à savoir : le cancer est une maladie complexe dont le traitement consiste à éradiquer les « mauvaises » cellules. Grossièrement, il s’agit d’un combat entre le bien et le mal. Cette représentation du cancer ne me semble pas juste.

LMC : ce paradigme serait-il donc erroné ?

Oui. D’ailleurs le corps médical n’arrive toujours pas à expliquer les mécanismes du cancer. Nous savons que l’alcool et le tabac sont responsables de 30% des cancers, tout le monde s’accorde sur ce point, mais quid des 70% restants ? Nous butons toujours sur la cause. Je fais donc l’hypothèse suivante : il est possible que le cancer soit une maladie plus simple qu’on ne le croit, et dont la cause serait liée à un dérèglement enzymatique. Le cancer serait une maladie du fonctionnement métabolique qu’il s’agirait alors de rétablir avec une combinaison de molécules appropriées. J’ai l’impression que nous sommes arrivés à un point de rupture où il est temps de faire des essais cliniques sur d’autres sortes de molécules que les chimiothérapies que nous connaissons aujourd’hui. Bien plus qu’un ouvrage polémique, je propose donc un message d’espoir car ce sont des pistes prometteuses.

LMC : pouvez-vous nous en dire plus sur ces molécules ?

Je ne veux pas trop entrer dans les détails : il n’est pas question de crier victoire trop vite et d’inciter les malades à faire de l’auto-médication. Nous avons besoin de mettre en place des essais cliniques pour affiner nos hypothèses et surtout de repenser la grille de lecture utilisée habituellement pour appréhender le cancer. C’est vraiment le message important que je souhaite faire passer.

LMC : avez-vous mené des expérimentations sur ces molécules ?

Bien sûr, mes hypothèses s’appuient sur la réflexion mais aussi sur l’expérimentation.

Pendant plusieurs années, nous avons mené des expériences sur des souris auxquelles nous avons injecté des cellules cancéreuses. Nous avons ensuite testé sur les rongeurs près d’une centaine de médicaments prescrits dans d’autres maladies que le cancer. Une combinaison particulière, comprenant notamment de l’acide lipoïque et de l’hydroxicitrate, a montré une efficacité analogue à la chimiothérapie anticancéreuse, mais présentant bien moins d’effets secondaires. Pour moi, c’est une piste prometteuse. Dans mon livre, je cite également le cas d’Antonello, atteint d’un cancer du colon que les médecins pensaient incurable. Après administration de ces molécules non toxiques en parallèle d’un traitement classique, il va bien. Trois ans après, il a repris le cours de sa vie. Ce n’est pas une preuve mais c’est bon signe. Parallèlement, le Dr Berkson, un américain, publie avec une combinaison de molécules analogues des cas de survie prolongée de cancer du pancréas dont nous connaissons tous le pronostic redoutable. Je ne dis pas que nous avons trouvé la solution et que ces molécules sont miraculeuses (ce ne sont d’ailleurs pas les seules qui soient prometteuses) mais cette piste mérite d’être creusée. Il est possible que nous soyons arrivés à un moment de rupture qui rende possible rapidement de nouvelles avancées thérapeutiques. N’ayons pas peur d’y croire !

Propos recueillis par Nathalie Ferron

Pour en savoir

plus

Laurent Schwartz & Jean-Paul Brighelli : « Cancer. Guérir tous les malades. Enfin ? », éditions Hugo &Cie.

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 11:44

Silver Spring, Etats-Unis – Face aux inquiétudes montantes concernant les effets secondaires graves associés à la prescription des fluoroquinolones (quinolones de deuxième génération), l’agence américaine du médicament, la FDA, a réuni deux comités d’experts pour se prononcer sur le rapport bénéfice-risque de cette classe d’antibiotiques dans trois indications : les sinusites aiguës, les exacerbations aigües de BPCO et les infections urinaires.

En conclusion, les experts appellent à reconsidérer ces indications et à modifier la notice des médicaments de façon à renforcer les avertissements sur la toxicité [1].

Parmi les effets secondaires rares mais parfois irréversibles associés aux quinolones, on compte des tendinopathies, des troubles du rythme cardiaque avec potentiel d’allongement de l’intervalle QT, des neuropathies périphériques, des réactions de photosensibilité, des convulsions, des manifestations neuropsychiques pouvant conduire dans de rares cas à des suicides parfois même après une seule prise, des réactions cutanées bulleuses graves…(voir article medscape.fr).

Il faut revoir les indications et la présentation des informations de sécurité

Après concertation, les membres des deux comités ont voté pour une révision des notices à l’unanimité pour la sinusite ; à 18 contre 2 (avec une abstention) pour les exacerbations de BPCO et à 20 contre 1 pour les infections urinaires.

Certains ont même suggéré d’encadrer les effets secondaires figurants sur la notice dans une «black box », l’un des niveaux d’alerte de sécurité les plus élevé.

Pour la FDA, ces effets secondaires sont principalement observés en raison du nombre important de prescriptions non justifiées.

« Des effets secondaires très rares sont sur-représentés lorsqu’il y a des millions de prescriptions abusives », commente le Dr Antinio Carlos Errieta, membre votant du comité Antimicrobial Drugs Advisory Committee (ADMAC) et chef de service des maladies infectieuses, hôpital des enfants du comté d’Orange, Etats-Unis.

L’agence précise que l’intérêt des antibiotiques dans les sinusites aigües et les exacerbations aigües de BPCO est « au mieux très modéré ». En outre, dans les infections urinaires, les fluoroquinolones seraient prescrites le plus souvent à tort.

« Lorsque l’on considère les bénéfices potentiellement modestes des antibiotiques dans ces trois indications, les risques associés aux fluoroquinolones devraient être pris en considération », lit-on dans le document préparatoire de la FDA.

Pour l’Infectious Diseases Society of America qui représente les infectiologues aux Etats-Unis, les fluoroquinolones devraient être uniquement prescrites en seconde ligne de traitement pour les patients allergiques aux autres antibiotiques, en cas d’échec thérapeutique et en cas de résistance aux antibiotiques déjà utilisés.

Les quinolones prescrites depuis plus de 20 ans pour traiter de nombreux types d’infections (infections urinaires, intestinales, génitales, ORL, cutanées) sont donc aujourd’hui sous étroite surveillance aux Etats-Unis mais pas seulement.

Mi-octobre, en France, l’ANSM a édité un point d’information rappelant la liste impressionnante d’effets secondaires associés à l’utilisation de ces antibiotiques .

Aux Etats-Unis, suite aux conclusions des deux comités d’experts, la FDA rendra un avis définitif dans les prochaines semaines.

REFERENCE:

1. FDA. Joint Meeting of the Antimicrobial Drugs Advisory Committee (formerly known as the Anti-Infective Drugs Advisory Committee) and Drug Safety and Risk Management Advisory Committee Meeting Announcement

12 novembre 2015

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 17:30

Certains entrent dans la cabine détendus mais beaucoup ne peuvent retenir un petit cri la première fois qu'ils testent la cryothérapie.

Sur le papier, l'expérience a en effet l'air extrême: 2 ou 3 minutes dans une cabine hermétique dont la température ne dépasse pas - 110 °C, à peine vêtu d'un short, de chaussettes, d'un bandeau sur les oreilles et d'un masque sur la bouche.

Comment peut-on tenir seulement quelques secondes par un tel froid, sachant que le record de la plus basse température jamais enregistrée sur Terre est - 93 °C? «Parce que cet air est très sec.

Or l'air conduit beaucoup moins bien le froid que l'eau», explique Gwenaël Colleu, directeur technico-commercial chez Air Products, l'une des sociétés commercialisant des cabines de cryothérapie.

Les usagers de la cryothérapie corps entier (CCE) ne sont pas masochistes. Il s'agit essentiellement de sportifs de haut niveauou de personnes atteintes de douleurs chroniques résistantes. Mise au point dans les années 1970 au Japon dans un but médical, la technique décolle doucement en France depuis quelques années seulement. L'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep)a été le premier à s'équiper il y a six ans. Désormais, une soixantaine de structures (cliniques, cabinets médicaux, centres d'entraînement pour athlètes) se sont dotées soit d'une chambre de cryothérapie (pièce fermée où l'on rentre entièrement), soit d'une cabine individuelle laissant dépasser la tête, paradoxalement surnommées «cryosauna».

Propriétés multiples

Récupération musculaire accélérée, douleurs récalcitrantes soulagées, effet lifting, minceur, antidépresseur, sensation de bien-être et aide à l'endormissement: les propriétés attribuées à la cryothérapie sont multiples et pour certaines contestées - la perte de poids notamment - ou du moins incertaines en raison d'un manque d'études scientifiques pour les corroborer.

Prenons les propriétés qui intéressent les sportifs: récupération musculaire, guérison accélérée des blessures… Dans un article publié dans la revue spécialisée Science & Sports, François Bieuzen, chercheur à l'Insep, conclut après analyse de 205 études sur le sujet que la CCE peut favoriser la récupération mais dans un contexte particulier: lorsque les dommages musculaires sont faibles et résultent d'un exercice intense mais ponctuel. L'usage chronique de l'exposition au froid pourrait à l'inverse avoir pour effet contre-productif de freiner le développement musculaire.

Adam Grainger, préparateur physique des rugbymen des Sale Sharks (Manchester), a voulu lui aussi mesurer les gains induits par cette pratique sur la récupération de ses joueurs, sans atteindre pour le moment de conclusions statistiquement fiables. «Mais quand mes joueurs me disent: je récupère mieux, je dors mieux, j'ai une meilleure libido et je préfère ça aux bains glacés, rien que pour ça, j'estime important d'en tenir compte», explique-t-il, résumant la position de nombreux experts.

«Au-delà de l'effet placebo»

En effet, pourquoi s'en priver si aucun effet secondaire n'est à déplorer? «En 2 à 3 minutes, seule la température de la peau est abaissée. Aucun risque d'hypothermie ou que les fonctions centrales soient touchées», rassure le Dr Alain Frey, responsable du département médical de l'Insep. Hors contre-indications bien sûr - troubles cardio-vasculaires non contrôlés, allergie au froid, plaies cutanées fraîches, claustrophobie…

Côté médical, la cryothérapie est aussi utilisée pour soulager les douleurs récalcitrantes de maladies inflammatoires chroniques comme la spondylarthrite ankylosante, la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques. Là encore, on manque d'études cliniques solides. Mais selon le Dr Alain Frey, de nombreux malades rapportent un soulagement certain. «Il n'est pas rare qu'à l'issue d'une cure de 10 séances sur une semaine, certains stoppent totalement leurs traitements. Et l'effet dure 4 à 6 mois», témoigne-t-il, estimant qu'on est «au-delà de l'effet placebo». Il espère lancer un essai clinique en 2016 afin de valider cet effet. Les causes de cet effet antalgique sont encore méconnues. «Il est possible que cela joue sur le système neuro-hormonal et/ou les protéines de l'inflammation», avance le Dr Frey. Sans confirmation solide des bénéfices thérapeutiques du grand froid, point de prise en charge possible. Une séance est actuellement facturée dans les 40 euros selon les centres, dans le cadre de cures de 10 ou 15 passages.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 09:40

Dengue et dengue sévère

Aide-mémoire N°117
Mai 2015

Principaux faits
  • La dengue est une infection virale transmise par les moustiques.
  • Cette infection provoque un syndrome de type grippal et peut évoluer à l’occasion vers des complications potentiellement mortelles, appelées dengue sévère.
  • L’incidence mondiale de la dengue a progressé de manière spectaculaire au cours des dernières décennies.
  • Désormais, la moitié de la population mondiale environ est exposée au risque.
  • La dengue sévit dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier, avec une prédilection pour les zones urbaines et semi-urbaines.
  • La dengue sévère est une des grandes causes de maladie grave et de mortalité chez les enfants dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine.
  • Il n’existe pas de traitement spécifique pour la dengue ou la dengue sévère, mais la détection précoce et l’accès à des soins médicaux adaptés permettent de ramener les taux de mortalité en dessous de 1%.
  • La prévention et la maîtrise de la dengue reposent uniquement sur des mesures efficaces de lutte antivectorielle, incluant la protection personnelle, des mesures antivectorielles s’inscrivant dans la durée et la lutte chimique.

La dengue est une maladie virale transmise par les moustiques qui s’est propagée rapidement dans toutes les Régions de l’OMS ces dernières années. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées de moustiques, principalement de l’espèce Aedes aegypti, mais aussi dans une moindre mesure d’ A. albopictus. La maladie est largement répandue sous les tropiques, avec des variations locales de risque surtout fonction des précipitations, de la température et de l’urbanisation rapide et non maîtrisée.

La dengue sévère (que l’on appelait auparavant dengue hémorragique) a été reconnue pour la première fois dans les années 1950, au cours d’épidémies aux Philippines et en Thaïlande. Aujourd’hui, les pays d’Asie et d’Amérique latine sont les plus touchés et elle est devenue une cause majeure d’hospitalisation et de mortalité pour les enfants dans ces régions.

On distingue quatre sérotypes, étroitement apparentés, du virus responsable de la dengue (DEN-1, DEN-2, DEN-3 et DEN-4). La guérison entraîne une immunité à vie contre le sérotype à l’origine de l’infection. En revanche, l’immunité croisée avec les autres sérotypes après guérison n’est que partielle et temporaire. Des infections ultérieures par d’autres sérotypes accroissent le risque de développer une dengue sévère.

L’incidence de la dengue a progressé de manière spectaculaire dans le monde entier au cours des dernières décennies. Le nombre réel de cas est sous-notifié et de nombreux cas ne sont pas correctement classés.

Selon une estimation récente, on compterait 390 millions de cas de dengue par an (intervalle crédible à 95% 284-528 millions), dont 96 millions (67-136 millions) présentent des manifestations cliniques (quelle que soit la gravité de la maladie). 1 Une autre étude de la prévalence de la dengue estime que 3,9 milliards de personnes, dans 128 pays, sont exposées à l’infection par les virus de la dengue. 2

Les États Membres de trois régions OMS déclarent régulièrement le nombre annuel de cas. En 2010, près de 2,4 millions de cas ont été notifiés. Bien que l’on ne sache pas avec certitude quelle est exactement la charge mondiale de la dengue, la nette augmentation du nombre de cas déclarés ces dernières années s’explique par la mise en place d’activités visant à enregistrer tous les cas de dengue. Les autres caractéristiques de la maladie sont son tableau épidémiologique, y compris l’hyperendémicité de plusieurs sérotypes du virus de la dengue dans de nombreux pays, et l’impact inquiétant de la maladie tant sur la santé humaine que sur les économies nationales et mondiale.

Avant 1970, seuls 9 pays avaient connu des épidémies de dengue sévère. Désormais, la maladie est endémique dans plus de 100 pays en Afrique, dans les Amériques, en Méditerranée orientale, en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental, ces 2 dernières régions étant les plus touchées.

Le nombre des cas dans les Amériques, en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental a dépassé 1,2 million en 2008 et 3 millions en 2013 (sur la base des données officielles transmises par les États Membres à l’OMS). Récemment, le nombre des cas notifiés a continué de progresser. En 2013, la région des Amériques a signalé à elle seule 2,35 millions de cas, dont 37 687 cas de dengue sévère.

Non seulement le nombre de cas augmente à mesure que la maladie se propage à de nouvelles zones mais l’on assiste également à des flambées explosives. La menace d’une flambée de dengue existe désormais en Europe et une transmission locale a été rapportée pour la première fois en France et en Croatie en 2010, et des cas importés ont été détectés dans 3 autres pays européens. En 2012, une flambée sur l'archipel de Madère (Portugal) a provoqué plus de 2000 cas et des cas importés ont été détectés sur Portugal continental et dans 10 autres pays européens.

En 2013, des cas se sont produits en Floride (États-Unis d’Amérique) et dans la province du Yunnan (Chine). La dengue a continué de sévir dans plusieurs pays d’Amérique latine, notamment au Costa Rica, au Honduras et au Mexique. En Asie, Singapour a notifié une augmentation du nombre des cas après une absence de cas de plusieurs années et des flambées ont également été signalées au Laos. En 2014, les tendances indiquent une augmentation du nombre de cas en Chine, dans les îles Cook,à Fidji, en Malaisie et à Vanuatu, le virus du type 3 (DEN 3) touchant les pays insulaires du Pacifique après un absence de dix ans. La dengue a également été signalée au Japon après une absence de plus de 70 ans.

En 2015, une augmentation du nombre de cas a été signalée au Brésil et dans plusieurs pays voisins. Dans le Pacifique, les Îles Fidji, Tonga et la Polynésie française ont continué d’enregistrer des cas.

On estime que, chaque année, 500 000 personnes atteintes de dengue sévère, dont une très forte proportion d’enfants, nécessitent une hospitalisation. Environ 2,5% d’entre eux en meurent.

OMS/TDR/Stammers

Le moustique Aedes aegypti est le principal vecteur de la dengue. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées. Après une incubation de 4 à 10 jours, un moustique infecté peut transmettre le virus tout le reste de sa vie.

L’être humain infecté est le principal porteur du virus; il permet sa prolifération et sert de source de contamination pour les moustiques qui ne sont pas encore infectés. Les sujets infectés par le virus de la dengue peuvent transmettre l’infection (pendant 4 à 5 jours et au maximum 12 jours) par l’intermédiaire des moustiques du genre Aedes après l’apparition des premiers symptômes.

Aedes aegypti vit en milieu urbain et se reproduit principalement dans des conteneurs produits par l’homme. Contrairement à d’autres moustiques, il se nourrit le jour, avec un pic d’activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule. Pendant chaque période où elle se nourrit, la femelle pique de multiples personnes.

Aedes albopictus, vecteur secondaire de la dengue en Asie, s’est propagé en Amérique du Nord et en Europe, en grande partie à cause du commerce international de pneus usagés (un gîte larvaire) et du mouvement des marchandises (par exemple la canne chinoise ou lucky bambou). Cette espèce a une très grande faculté d’adaptation et peut donc survivre dans les régions plus tempérées et plus fraîches de l’Europe. Sa propagation est due à sa tolérance aux températures en dessous de 0°, à sa possibilité d’hiberner et à sa capacité de s’abriter dans des micro-habitats.

La dengue est une maladie grave de type grippal qui touche les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes mais dont l’issue est rarement fatale.

On suspectera la dengue en présence d’une forte fièvre (40°C), accompagnée de deux des symptômes suivants: céphalées sévères, douleurs rétro-orbitaires, musculaires, articulaires, nausées, vomissements, adénopathie ou éruption cutanée. Les symptômes perdurent en général de 2 à 7 jours et apparaissent à la suite d’une période d’incubation de 4 à 10 jours après la piqûre d’un moustique infecté.

La dengue sévère est une complication potentiellement mortelle due à une fuite plasmatique, une accumulation liquidienne, une détresse respiratoire, des hémorragies profuses ou une insuffisance organique. Les signes d’alerte surviennent de 3 à 7 jours après les premiers symptômes, conjointement à une baisse de la température (en dessous de 38°C). On peut alors observer des douleurs abdominales sévères, des vomissements persistants, une hyperpnée, des saignements des gencives, de la fatigue, une agitation, du sang dans les vomissures. La mort peut survenir dans les 24 à 48 heures suivantes de cette phase critique; un traitement médical adapté est alors nécessaire pour éviter les complications et le risque de décès.

Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue.

Pour la dengue sévère, une prise en charge par des médecins et infirmiers expérimentés et connaissant les effets et l’évolution de la maladie peut sauver des vies en ramenant le taux de mortalité de plus de 20% à moins de 1%. Il est essentiel de maintenir les volumes liquidiens du patient dans le traitement de la dengue sévère.

Il n’y a pas de vaccin contre la dengue. Des progrès importants ont cependant été faits dans la mise au point d’un vaccin contre la dengue /dengue hémorragique. Trois vaccins tétravalents vivants atténués sont en cours d’essais cliniques de phases II et III, et trois autres candidats vaccins (vaccins sous-unitaire, à ADN ou préparé à partir du virus inactivé purifié) en sont à des stades plus précoces de développement.

L’OMS donne des avis techniques et des orientations aux pays et aux partenaires privés pour soutenir la recherche d’un vaccin et l’évaluation.

OMS/TDR/Crump

Actuellement, la seule méthode pour prévenir ou combattre la transmission du virus consiste à lutter contre les vecteurs par les moyens suivants:

  • éviter que les moustiques n’aient accès aux gîtes larvaires par une gestion et une modification de l’environnement;
  • éliminer correctement les déchets solides et enlever les habitats créés par l’homme;
  • couvrir, vider et nettoyer toutes les semaines les conteneurs pour la conservation de l’eau domestique;
  • épandre des insecticides adaptés sur les conteneurs pour la conservation de l’eau à l’extérieur;
  • prendre des mesures de protection des personnes et du foyer par la pose de moustiquaires aux fenêtres, le port de vêtements à manches longues, l’utilisation de matériels imprégnés d’insecticide, de spirales et de pulvérisateurs;
  • améliorer la participation et la mobilisation des communautés pour une lutte antivectorielle durable;
  • en cas d’urgence épidémique, les mesures de lutte antivectorielle comprennent également l’épandage et les pulvérisations d’insecticides
  • contrôler et surveiller activement les vecteurs pour déterminer l’efficacité des interventions de lutte.
  • L’OMS aide les pays à confirmer les flambées épidémiques par l’intermédiaire de son réseau de laboratoires collaborateurs;
  • elle fournit une assistance technique et des orientations aux pays pour une gestion efficace des flambées épidémiques de dengue;
  • elle aide les pays à améliorer leurs systèmes de notification et à saisir la véritable charge de la maladie;
  • avec certains de ses centres collaborateurs, elle assure des formations sur la prise en charge clinique, le diagnostic et la lutte antivectorielle au niveau régional;
  • elle élabore des stratégies et des politiques fondées sur des bases factuelles;
  • elle élabore de nouveaux outils, dont des produits insecticides et des techniques d’application;
  • elle réunit les notifications officielles de dengue et de dengue sévère en provenance de plus d’une centaine d’États Membres;
  • elle publie régulièrement des lignes directrices et des manuels pour la gestion des cas, la prévention et la lutte à l’intention des États Membres.

1 Bhatt S, Gething PW, Brady OJ, Messina JP, Farlow AW, Moyes CL et.al. The global distribution and burden of dengue. Nature;496:504-507.

2 Brady OJ, Gething PW, Bhatt S, Messina JP, Brownstein JS, Hoen AG et al. Refining the global spatial limits of dengue virus transmission by evidence-based consensus. PLoS Negl Trop Dis. 2012;6:e1760. doi:10.1371/journal.pntd.0001760.

Pour plus d'informations:

WHO Media centre
Téléphone: +41 22 791 2222
Courriel: mediainquiries@who.int

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 19:17

La vitamine C à très forte dose contre certains cancers colorectaux


Avec environ 42.000 nouveaux cas, le cancer colorectal se classe par sa fréquence en 3e position, derrière le cancer de la prostate et le cancer du sein.


Si son traitement a progressé au cours de ces dernières années, notamment grâce aux thérapies ciblées, il reste responsable de plus de 17.000 décès par an, en France.


Cette mortalité est notamment imputable aux formes les plus agressives de cancers colorectaux, les formes où l’on retrouve une mutation KRAS ou BRAF, soit un peu plus de 50% de ces cancers.


Car ces deux mutations rendent ces tumeurs plus ou moins réfractaires aux thérapies ciblées que sont les anticorps monoclonaux anti-EGFR.


Mais un espoir pourrait venir de la vitamine C qui, à très forte dose (l’équivalent de 300 oranges par jour !), pourrait tuer les cellules cancéreuses porteuses de l’une ou l’autre de ces mutations.


Ce sont les travaux du Pr Lewis Cantley (Université Weill Cornell, New-York) récemment publiés dans la revue Science qui remettent la vitamine C sur le devant de la scène.


Ces travaux ont en effet permis de montrer que des cellules cancéreuses colorectales mises en culture sont détruites lors d’une exposition à de telles doses de vitamine C.


Cette apoptose est la conséquence d’une absorption massive, par la cellule cancéreuse, de la forme oxydée de la vitamine C, le déhydroascorbate, via le transporteur GLUT1 glucose.


Cette absorption massive de déhydroascorbate provoque un stress oxydatif qui va tuer la cellule. A l’origine de tout ce processus,


il y a une suractivation du transporteur GLUT1 glucose, suractivation observée en cas de mutation KRAS ou BRAF et nécessaire pour répondre aux besoins énergétiques de la multiplication incontrôlée de la cellule cancéreuse.


Pour l’heure, ces constatations n’ont été faites qu’in vitro mais ouvrent une intéressante voie de recherche en cancérologie humaine pour faire face à une situation actuelle d’impasse thérapeutique, malheureusement loin d’être rare.


Yun J et coll. Vitamin C selectively kills KRAS and BRAF mutant colorectal cancer cells by targeting GAPDH. Science. 2015 Nov 5. pii: aaa5004. [Epub ahead of print]
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26541605

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 07:23

Maladie de Lyme : l’épidémie qu’on vous cache

Posted on 9 novembre 2015 by Florian Kaplar

Le livre « Maladie de Lyme, l’épidémie qu’on vous cache » de Viviane Schaller, docteur en pharmacie et biologiste, l’une des expertes de cette maladie en France, vient de paraître.

C’est l’occasion d’en savoir plus sur cette épidémie cachée et silencieuse qui peut avoir des répercussions graves sur la santé en cas de diagnostic ou de traitement négligés.

Dans cet article, Viviane Schaller nous parle de façon précise et rigoureuse de cette maladie et revient sur son parcours de combattante pour faire éclater la vérité, aux côtés des malades.

Bonjour Viviane Schaller, pouvez-vous nous dire qu’est-ce que la maladie de lyme et quelle est son origine ?

La maladie de Lyme est une zoonose, c’est à dire une maladie infectieuse des animaux, appelée borréliose, transmissible à l’homme principalement par des piqûres de tiques.

Les tiques sont en forte augmentation depuis quelques décennies dans tous les pays tempérés, et menacent la santé des humains ainsi que des animaux domestiques et sauvages, en grande partie à cause du changement climatique et de la pollution qui favorisent la prolifération des tiques.

La borréliose de Lyme est une maladie infectieuse très polymorphe. C’est la « grande imitatrice » de nombreuses formes cliniques. Elle est difficile à identifier parce qu’il existe 300 souches différentes de Borrélies (bactéries) dans le monde. Ces 300 variétés vont
entraîner de très nombreux symptômes – environ 800 – d’ordre neurologique, rhumatologique, dermatologique, cardiaque, oculaire, endocrinien, immunitaire.

Par exemple :
borrélia burgdorféri a un tropisme articulaire et cardiaque,
borrélia garinii entraîne des problèmes neurologiques,
borrélia afzelli des problèmes de peau,
borrélia spielmanii des problèmes articulaires …

Sachant que lors d’une piqûre de tique, plusieurs souches de borrélies sont introduites en même temps dans l’organisme, la personne présentera souvent plusieurs symptômes simultanément.

La contamination peut évoluer progressivement vers une maladie de Lyme chronique, comme une fatigue intense persistante ou des douleurs inexpliquées et migrant dans tout le corps, en passant par des troubles cognitifs (mémoire, concentration, vertiges…), psychiques (dépression, autisme…), des problèmes rhumatologiques (polyarthrites…), dermatologiques (conjonctivite, hypersensibilité de la peau…), cardiaques (tachycardie, arythmie sur cœur sain …), voire des troubles plus graves suite à l’altération de la gaine de myéline entourant les nerfs (SEP, Alzheimer, Parkinson…) .

Depuis combien de temps cette maladie sévit-elle ?

Cette infection existe depuis des milliers d’années : Otzi, l’homme retrouvé dans les glaces en Autriche vivait il y a 5300 ans et avait une borréliose.

Elle n’a été mise en évidence que depuis une trentaine d’année aux USA, dans le Comté de Lyme(Connecticut), suite à une épidémie de polyarthrites chez de nombreux enfants, dont on a découvert l’origine : une infection à borrélia due à des piqûres de tiques.

Combien de personnes sont touchées dans le monde et en France ?

Etant donné la complexité des symptômes d’une part, la difficulté de poser un diagnostic biologique irréfutable d’autre part, le nombre de personnes atteintes est actuellement impossible à évaluer avec précision. Néanmoins, à l’instar du paludisme qui sévit dans certains pays africains au sein d’une population du fait de l’omniprésence de l’anophèle, on peut supposer que la borréliose sévit avec la même fréquence dans les pays tempérés à cause de la présence de plus en plus grande de tiques infestées.

Qu’est-ce qui vous a amené en tant que biologiste à vous intéresser à la maladie de Lyme et à diagnostiquer des milliers de cas dans votre laboratoire a Strasbourg ?

J’ai souvent été en contact avec des malades qui avaient des symptômes très suspects de la maladie de Lyme, qui s’adressaient à mon laboratoire pour le diagnostic. J’avais l’habitude de dialoguer avec eux et d’écouter leurs commentaires. Les résultats étaient très souvent négatifs avec la technique de dépistage ELISA.

Quelques patients m’ont montré des résultats refaits en Allemagne : ceux-ci contredisaient les miens. Qui avait raison ?

Un jour, un médecin strasbourgeois me fait remarquer qu’il avait tous les symptômes du Lyme, mais que son résultat était négatif. Il me demande des explications. Je n’étais pas en mesure de lui apporter une réponse, puisque j’avais à cette époque entièrement confiance dans les réactifs que j’utilisais.

Il me présente Bernard Christophe, pharmacien, qui s’intéresse à la maladie de Lyme et dispose de nombreux articles scientifiques internationaux sur cette pathologie. Nous organisons des réunions, où j’expose à plusieurs médecins alsaciens en quoi consistent les tests ELISA et les tests WESTERN-BLOT. Je leur fais part de mes doutes sur les tests ELISA de dépistage, et mon intention de mettre les WESTERN-BLOT, plus sensibles et spécifiques, à leur disposition chaque fois qu’ils le demanderaient, pour éviter de passer à côté du diagnostic. Tous observeront alors la bien meilleure corrélation entre les symptômes cliniques suspects et les résultats biologiques. Bientôt, d’autres confrères médecins feront appel à ce protocole, et les demandes afflueront de toute la France. Des milliers de cas seront diagnostiqués dans mon laboratoire.

Vous êtes sous le coup d’une procédure judiciaire pour avoir contourne le « consensus 2006 » qui prévoyait l’utilisation d’un seul test ELISA, que vous avez considéré, avec d’autres experts, comme moins fiable que le WESTERN-BLOT. Revers de la médaille, on vous a accusée d’avoir dépisté trop de personnes considérées comme atteintes de cette maladie selon vos critères et on a fait fermer votre labo. Comment cette maladie est-elle dépistée dans les autres pays concernés ?

J’étais seule à considérer le test de dépistage ELISA comme étant moins fiable que le WESTERN-BLOT. Je n’avais l’appui d’aucun « expert ». Ce n’est qu’en 2011 que la composition du réactif de dépistage ELISA a été adaptée aux variétés de souches européennes, mais le WESTERN-BLOT restait toutefois très supérieur en fiabilité. Les « experts » du CNR (Centre national de référence) ont refusé tout dialogue sur ce problème des tests de dépistage étant donné que c’est eux qui avaient été chargé de valider les tests ELISA, et eux qui avaient signé le consensus 2006. Ils se sont seulement évertués à me discréditer pendant des années, de plus en plus insistants au fur et à mesure que les demandes des médecins augmentaient. Cette situation a tellement excédé les experts qu’ils ont fini par obliger l’ARS (Agence régionale de santé) à procéder à la fermeture brutale de mon laboratoire, sans le moindre argument scientifique qui aurait pu contredire ma pratique.

Ceux qui m’ont suivie pendant des années étaient des médecins de terrain (et non des « experts ») qui avaient la conviction que mon protocole était meilleur que le protocole officiel, puisqu’ils constataient objectivement une bien meilleure corrélation entre les symptômes de la maladie et mes sérologies. Par ce protocole, j’évitais de rendre des faux négatifs, et dispose de toutes les preuves scientifiques pour le démontrer.

On constate qu’au sein du CNR strasbourgeois : les « experts » ont pour mission de gérer la question des diagnostics de la maladie de Lyme, ils sont aussi en communauté d’intérêt avec les fabricants des réactifs ELISA, ils ont tout pouvoir en la matière, bien que leur objectivité ne soit pas garantie, et pour cause, ils maintiennent un véritable diktat du consensus 2006 au détriment de l’intérêt des malades !

Pourtant, depuis décembre 2014, le rapport du HCSP (Haut conseil de la santé publique) me donne raison, en affirmant que : 2/3 des tests ELISA ne répondent pas aux exigences, les tests WESTERN-BLOT ont une spécificité et une sensibilité très supérieure ! Malgré ce rapport du HCSP, connu par les « experts » du CNR, aucune mesure n’a été prise pour améliorer les diagnostics. On continue à « recommander » (exiger) de faire le diagnostic de la maladie de Lyme avec un test de dépistage qui est faux deux fois sur trois !

Dans d’autres pays, comme en Allemagne ou aux USA, les pratiques sont plus libres, on autorise les WESTERN-BLOT sans imposer un protocole rigide comme en France.

Quels sont les traitements (conventionnels ou non conventionnels) que peuvent suivre les patients ? Sont-ils disponibles en France ?

Les traitements classiques sont des antibiotiques, dont l’utilisation est limitée à 3-4 semaines selon le protocole officiel (consensus 2006) qui considère que les borrélies sont alors entièrement détruites.

En réalité, le temps requis est beaucoup plus long, puisque les borrélies présentent des résistances aux antibiotiques, ce qui entraîne une maladie de Lyme chronique. Mais les médecins qui traitent plus longtemps les malades sont poursuivis par les caisses d’assurance maladie.

Certains médecins font appel à d’autres traitements à base d’huiles essentielles ayant des propriétés bactéricides, et là encore, le protocole officiel s’y oppose, traitant souvent les médecins qui les prescrivent de charlatans.

Il faut aussi insister sur le traitement du terrain, qui représente 50% dans la réussite dans l’amélioration du malade. En effet, on rétablit l’équilibre acido-basique par une alimentation ciblée : en privilégiant fruits et légumes (apports en vitamines, oligoéléments, sels minéraux), en supprimant les sucreries, farines blanches, produits laitiers. On facilite l’élimination des toxines par : une amélioration des fonctions hépatiques et rénales, une chélation des métaux lourds, une activité physique régulière.

Suite à une maladie de Lyme devenue chronique, l’organisme est en immunodépression. Le rétablissement des défenses immunitaires est indispensable pour un retour à la normale.

Cela est valable pour toutes les infections, selon l’adage : « le microbe n’est rien, le terrain est tout ».

Que peut-il arriver a une personne qui serait atteinte, mal diagnostiquée (ou à son insu) et qui ne se soignerait pas ?

Certaines personnes restent « porteurs sains » très longtemps.

Certaines personnes sont d’emblée malades suite au premier contact.

D’innombrables intermédiaires existent et se manifestent par environ 800 symptômes différents. Ils se produisent isolément ou cumulés, par périodes variables, avec des phases de rémission et de réactivation, des douleurs migrantes d’un endroit à l’autre du corps, chaque cas étant un cas particulier…. C’est l’état immunitaire du patient, son état de stress, des co-infections préexistantes ou une simple grippe, qui provoquent le déclenchement des symptômes.

La maladie ne va pas disparaître toute seule, elle aura plutôt tendance à s’aggraver, étant donné l’immunodépression qui s’installe avec le temps. Cela peut dégénérer vers un problème grave, si la personne n’est pas diagnostiquée et soignée à temps. Des symptômes neurologiques peuvent apparaître progressivement (FATIGUE CHRONIQUE, SEP, PARKINSON, SLA, AUTISME…). D’autres symptômes, rhumatologiques, dermatologiques, endocriniens, peuvent apparaître également (POLYARTHRITE CHRONIQUE EVOLUTIVE / FIBROMYALGIE/ ACRODERMATITE / THYROIDITE …).

Quelles sont les actions que vous souhaitez désormais conduire, outre celles engagées sur le plan judiciaire, pour faire rouvrir votre laboratoire ?

On m’accuse d’avoir fait les WESTERN-BLOT pour escroquer la Sécurité sociale ! On a ainsi bafoué mon action, alors que mon seul objectif était de faire mon travail le plus scrupuleusement possible, en rendant le résultat le plus juste possible, en évitant de passer à côté du diagnostic par l’utilisation des meilleures méthodes techniques disponibles !

Dans cette affaire, il y a un double scandale :

  • celui qui me touche personnellement : transformer un problème scientifique grave de conséquence en un sordide procès d’escroquerie en m’accusant de « faux positifs » et en fermant mon laboratoire du jour au lendemain, en m’infligeant des sanctions lourdes (300 000 euros de pénalités). On m’a ainsi spoliée de mon instrument de travail sans aucun argument scientifique valable !
  • celui qui concerne des milliers de malades où l’attitude des « experts » du CNR consiste à fermer les yeux sciemment sur des faux négatifs en toute légalité (je dispose des preuves écrites de ces fautes graves), au détriment des malades qui restent ainsi sans diagnostic. Cela signifie que des milliers de malades sont considérés exempts de l’infection à borrélia, parce que le test est faussementnégatif.

Actuellement, les malades en France ne trouvent plus aucun recours nulle part. Ils sont obligés de chercher des solutions en Allemagne ou aux USA, s’ils en ont les moyens, pour se faire diagnostiquer et soigner. En France, c’est le désert, tout est resté figé autour du consensus 2006 qui impose le test ELISA comme seul moyen de dépistage de la maladie de Lyme.

Actuellement, bien que le Conseil de l’Ordre des biologistes m’interdise d’exercer ma profession pendant deux ans, je m’investis dans :

  • l’étude de cette infection bactérienne en étudiant sa mise en évidence par des méthodes directes pour le diagnostic et le suivi du malade après traitement.
  • des conférences quand on m’y invite.
  • la diffusion de mon livre qui raconte l’histoire de mon combat contre le déni du Lyme.
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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 22:44

De nombreux bébés dorment dans des boîtes en carton en Finlande, nous apprend le Washington Post dans un article qui fait l'apologie de ce système pour le moins rudimentaire afin de lutter contre la mortalité infantile.
Le système de "baby box" existe en Finlande depuis 1938 : les futures mères reçoivent par la poste avant la naissance une grande boîte en carton qui comprend tout le nécessaire pour les premiers jours du nourrisson, y compris un matelas, et qui peut être utilisée comme berceau. Aujourd'hui, elle est richement dotée en pyjamas, couvertures, couches lavables, bodies et même un livre d'images. En améliorant la prévention et l'hygiène, cette mesure a permis au pays de baisser considérablement son taux de mortalité infantile.


En soixante-quinze ans, la boîte est même devenue un incontournable pour les mères finlandaises, comme elles le racontent à la BBC. "Un récent sondage a établi que les mères finlandaises étaient parmi les plus heureuses, et une raison qui me vient à l'esprit, c'est la boîte. Nous sommes très bien prises en charge, quand bien même certains services publics ont été abandonnés", témoigne Titta Vayrynen, 35 ans, mère de deux garçons.


UN ESPACE COSY


Plusieurs sociétés se sont emparées de l'idée et la commercialisent, vantant parfois les mérites de la boîte comme espace sécurisé apte à prévenir la mort subite.
De jeunes pères finlandais ont ainsi créé en 2010 Finnish Baby Box qui vend ces boîtes entre 400 et 600 euros rencontrerait un certain succès aux Etats-Unis.


Mais l'exemple finlandais a aussi donné des idées à des associations à vocation sociale. Aux Etats-Unis, l'ONG Babies Need Boxes distribue des boîtes à des mères adolescentes du Minnesota. "Au début, je me suis demandé si j'avais vraiment envie de voir mon bébé dormir dans une boîte en carton, rapporte Scott, 18 ans, dans les colonnes du journal local StarTribune.
Mais mon fils a préféré cet espace cosy et confiné à son berceau et y a dormi un mois entier."


Séduite aussi par la formule, une étudiante en doctorat de l'université de Harvard, Karima Ladhani, a récemment fondé une ONG Barakat Bundle pour en distribuer en Asie du Sud. Seule condition pour bénéficier de la boîte : qu'elles acceptent un suivi de grossesse par des médecins.


C'est justement cette mesure que le gouvernement finlandais avait imposée aux femmes dès les années 1930 et qui lui a permis de faire reculer drastiquement la mortalité des nourrissons.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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