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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 19:14
11/06/2012 C’est un article au titre un peu provocateur « générique d’antibiotiques : quelle garantie d’efficacité ? », qui pose une question clé au prescripteur : les génériques sont-ils aussi pertinents que les originaux, leur efficacité est elle garantie ? Les auteurs, qui soulignent d’abord que des différences sont possibles à tous les niveaux, contenance des préparations, niveaux d’impuretés, pharmacocinétique, relation pharmacocinétique/ pharmacodynamie, efficacité in vitro ou sur modèle animal, pensent que le problème est plus marqué pour les génériques IV, dispensés d’études de bio équivalence avant leur mise sur le marché ; et voilà que, cerise amère sur le gâteau, ils évoquent la possibilité qu’en outre, les génériques soient assez largement responsables de cette expansion des résistances bactériennes que tout un chacun déplore et craint tant aujourd’hui… Génériques antibiotiques et résistances (R), où est le lien ? La mise sur le marché d’un grand nombre de génériques d’une même spécialité s’accompagne d’une augmentation, qui peut être importante, de leur consommation –même dans les pays les plus raisonnables- avec en corollaire pour les antibiotiques une augmentation des R bactériennes. Le phénomène serait particulièrement marqué pour les fluoroquinolones orales, comme semblent le montrer deux exemples frappants : -En 2001, au Danemark, le premier générique de la ciprofloxacine était mis sur le marché, dix autres le rejoignant entre 2002 et 2003. Avec une baisse moyenne du prix de 53 %... et une augmentation notoire de la demande ! A la même époque, la R à la ciprofloxacine des E. coli d’origine urinaire augmentait de 200 %, passant de 0,8 % en 1995 à presque 4 % en 2005. -Un phénomène similaire était remarqué en Allemagne, où le marketing de la norfloxacine en 1999, suivi de celui de la ciprofloxacine en 2001, se traduisait par une baisse de prix d’un facteur 4 concomitante à un doublement de consommation… et au passage des pourcentages de R d’E coli de 0,2 % en 1990 à 7,7 % en 1999 et plus de 25 % en 2001. Au moins deux problèmes distincts donc dans cet article, celui d’une équivalence vraie de produits théoriquement identiques mais soumis à des contraintes d’évaluation différentes et celui d’un possible effet délétère des génériques antibiotiques sur les R bactériennes. Deux problèmes, mais une même constatation : encore beaucoup de travail de vérification à faire, et une forte nécessité de faire évoluer la réglementation de mise sur le marché des génériques d’antibiotiques. Dr Jack Breuil Gauzit R et coll. : Generic antibiotic drugs : is effectiveness guaranteed? Méd Mal Infect., 2012; 42/ 141-8
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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 19:13
Une étude britannique, publiée dans le Lancet, a porté sur 178064 personnes âgées de moins de 22 ans et ayant subi des scanners entre 1985 et 2002. Il ressort "que deux à trois scanners du cerveau pendant l'enfance, pourraient multiplier par trois le risque de développer des années plus tard un cancer du cerveau", rapporte France Soir qui poursuit "risque de contracter une leucémie serait, lui aussi, triplé pour une dose cumulée de 50 mGy reçue au niveau de la moelle osseuse". Marie-Odile Bernier, épidémiologiste à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, commente ces résultats pour Le Nouvel Observateur et tient à préciser que "le risque est significatif, mais reste faible : sur les 180000 enfants suivis en moyenne pendant 15 ans, 74 ont eu une leucémie et 135 une tumeur cérébrale". Tout comme les auteurs de l'étude, elle préconise de délivrer la dose la plus faible possible de produits ionisants et rappelle qu'en la matière de gros progrès ont été réalisés. Si les auteurs préconisent de remplacer le scanner par un autre examen à chaque fois que cela est possible, Marie-Odile Bernier tient à souligner que les chiffres montrent que c'est déjà une préoccupation des médecins français. Elle dirige d'ailleurs l'étude "Cohorte enfant scanner", qui étudie le risque de leucémie et de cancer après des examens TDM durant l'enfance, étude qui devait initialement inclure 30000 enfants et a pris une envergure européenne avec 60000 sujets supplémentaires, rappelle Le Quotidien du Médecin (édition abonnés). Le Nouvel Observateur (Pourquoi Docteur ?) - 11 juin 2012 ; Le Quotidien du Médecin - 8 juin 2012 ; France Soir - 7 juin 2012
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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 22:01
Hi Mr Salzberg,

Correct: autism is a complex & difficult condition where vaccines, heavy metals, genes, various pathogens have a role to play.
But so are many neurological, psychiatric & auto immune pathologies.
Truth is never one in Medicine.
It happened that a few decades ago, world-famous & highly successful medical scientists�- see attachment - did analyse this  condition- autism - & came to the conclusion that infectious components were part of it. Over 200.000 serological examinations of neurological & psychological cases were reported to be positive for rickettsial & neo-rickettsial ( mycoplasma & chlamydiae ) infections in 1986. The treatment with a specific regime of antibiotics has been proven to be successful for over forty years. Initiated by Dr Paul Legag, Professor Paul Giroud, Professor JB Jadin, Bernard Griest, Cyril Ganham and Doctor Philippe Bottero in a first time, then reused by myself, Doctor Joe Burrascano, Doctor Robert Bransfield, Doctor Garth Nicolson and others.
This scientific basis - followed & providentially reinitiated by Professor Luc Montagnier - is considerable, but has just been unfortunately discontinued by the majority of medical practitioners.
The success of this method has proven to be massive.
Many “vulnerable parents” will be eager to confirm this. But you would therefore need to approach them.
On the other hand the electromagnetic waves concept of Professor Luc Montagnier to identify various micro organisms leads to a brilliant future in Microbiology.

Yours sincerely,

Doctor Cecile Jadin.

Specialist medical surgeon
Specialist in infectious diseases – South Africa
Member of Ratna Working Group - San Francisco
Member of Chronimed - Paris
Member of the Allison Hunter Foundation - Sydney
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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 21:57
Alors que le nombre d'accouchements par césarienne est en augmentation dans de nombreux pays, une équipe américaine sème le doute en évoquant un éventuel lien entre ce mode d'accouchement et l'obésité infantile. Selon une étude conduite par Susanna Huh (hôpital pédiatrique de Boston), publiée le 23 mai sur le site Internet de la revue Archives of Disease in Childhood (en anglais), le taux d'obésité à l'âge de 3 ans est deux fois plus élevé chez les enfants nés par césarienne (15,7 %) que chez ceux nés par voie basse (7,5 %).

Ces dernières années, plusieurs études ont trouvé un risque accru d'allergies (asthme, rhinites...) chez les bambins issus de césarienne. L'association tiendrait au fait que l'acquisition de la flore intestinale (microbiote) au début de la vie et son profil diffèrent selon que le bébé a été au contact de la flore maternelle lors de son passage par les voies génitales ou qu'il a été extirpé par césarienne. En revanche, très peu de chercheurs ont exploré l'influence du mode d'accouchement sur le poids.

Une étude chinoise portant sur un effectif de 160 enfants, publiée en 2011 dans l'European Journal of Pediatrics, avait cité la césarienne comme l'un des facteurs de risque d'obésité infantile. Des auteurs brésiliens ont observé un taux d'obésité à l'âge adulte multiplié par 1,5 chez des individus nés par césarienne (American Journal of Clinical Nutrition, 2011).

MICROBIOTE INTESTINAL

Susanna Huh et son équipe ont recruté, entre 1999 et 2002, des milliers de femmes enceintes dans le cadre d'une cohorte materno-infantile. Les analyses ont porté sur 971 enfants nés par voie vaginale et 284 issus de césarienne. A l'âge de 3 ans, 15,7 % de ces derniers (44 sur 284) répondaient aux critères de l'obésité, la proportion s'élevant à 7,5 % dans l'autre groupe (72 sur 971). L'association reste significative en tenant compte de facteurs de confusion tels que le poids maternel et le poids de naissance, soulignent les chercheurs. Selon eux, l'explication est peut-être, comme pour l'excès d'allergies, à chercher du côté du microbiote intestinal puisqu'une naissance par césarienne influe sur sa composition. D'autant que de nombreux travaux pointent l'implication de ces bactéries intestinales dans le surpoids.

Il a ainsi été montré que l'intestin des individus obèses contient relativement plus de bactéries de type firmicutes et une moindre proportion de bacteroïdetes que celui des sujets minces. Cette théorie demande cependant confirmation, le microbiote des enfants n'ayant pas été analysé dans cette étude.

"Les femmes enceintes qui optent pour une césarienne en l'absence d'indication médicale devraient être averties que leur enfant peut courir un risque accru d'obésité", concluent les auteurs de l'article, rappelant qu'aux Etats-Unis le taux de césariennes a bondi de 20,7 % en 1996 à 32 % en 2007, en partie du fait d'un accroissement des demandes maternelles. Cette recommandation est cependant jugée prématurée par les scientifiques français.

"C'est une étude pionnière, menée par une équipe reconnue, qui s'inscrit dans la quête actuelle de déterminants précoces de l'obésité. Elle ouvre des pistes intéressantes, mais doit être reproduite par d'autres", estime le professeur Arnaud Basdevant (nutritionniste, hôpital la Pitié-Salpêtrière, Paris). Un avis partagé par le docteur Marie-Aline Charles, épidémiologiste (Inserm), qui coordonne plusieurs cohortes d'enfants, dont celle de l'Etude longitudinale française depuis l'enfance (ELFE). "J'ai en tête depuis quelque temps de réaliser une analyse comparable sur une cohorte française, ajoute-t-elle. C'est une démarche logique dans la mesure où l'on sait que le mode d'accouchement, tout comme l'allaitement, influence la formation du microbiote." L'épidémiologiste se dit toutefois surprise par le niveau de sur-risque observé dans la série américaine.

"CÉSARIENNES DE CONVENANCE"

Les gynéco-obstétriciens sont plus sceptiques. "Cette étude est trop peu solide pour en faire un argument contre les césariennes de convenance", réagit le professeur Yves Ville (maternité de l'hôpital Necker, Paris), très critique sur la méthodologie des chercheurs américains. Selon lui, leur publication s'inscrit dans le contexte d'une "chasse" aux césariennes d'indications non médicales, avec une culpabilisation des femmes qui les demandent et des médecins qui les acceptent. "Certes, les césariennes ont augmenté en France, mais on est partis de taux plutôt bas, note-t-il. De plus, il est prouvé qu'une césarienne planifiée ne comporte pas plus de risques pour la mère qu'un accouchement par voie basse. Les risques de complications sont surtout pour des grossesses ultérieures. On doit tenir compte du projet familial de ces femmes."

En moyenne, en France, une césarienne est pratiquée dans un accouchement sur cinq. La proportion a doublé en trente ans, mais reste bien inférieure à celle de pays comme l'Italie (38 %), le Mexique (42 %) ou les Etats-Unis. Récemment, la Haute Autorité de santé (HAS) a émis de nouvelles recommandations concernant les indications des césariennes programmées pour des motifs médicaux ou sur demande de la future mère. Difficiles à quantifier, ces dernières sont de plus en plus acceptées par les obstétriciens. "La pression médico-légale qui repose sur les épaules des accoucheurs, en particulier en libéral, peut les conduire à privilégier les accouchements par voie haute", confirme le docteur Jean-Michel Dreyfus, gynéco-obstétricien à Lyon.
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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:43

L’hypothèse auto-immune de la physiopathologie de la pelade s’affirme et se confirme. Pour autant, ses caractéristiques cliniques en font une maladie peu facile à circonscrire.

Compte tenu de l’absence d’un traitement souverain et de la tendance de la pelade à récidiver, il est nécessaire de réunir toutes les conditions pour optimiser sa prise en charge.

 

 

 

La pelade est-elle une maladie auto-immune ?

La réponse ne peut aujourd’hui qu’être affirmative, pour plusieurs solides raisons.

Arguments épidémiologiques

La prévalence de certaines autres maladies auto-immunes est augmentée au sein de la population présentant ou ayant présenté une pelade : thyroïdite (de Hashimoto le plus souvent), dont le pourcentage est discuté, vitiligo (4 à 6 %), diabète de type 1, polyarthrite rhumatoïde, maladie coeliaque (on suspecte 3 fois plus de risque), lupus, anémie de Biermer, MICI, etc. Pour ce qui concerne le syndrome des polyendocrinopathies autoimmunes de type 1 (APECED), 30 % des sujets qui en sont affectés présenteraient également une pelade. La trisomie 21, par le biais du gène AIRE (autoimmune regulator gene, situé sur le chromosome 21) prédisposant, est associée à une pelade dans 4 à 9 % des cas.

Arguments biologiques

• Il existe une augmentation de fréquence des auto-anticorps (AAN, antithyroïdiens, antipariétaux gastriques, etc.).

• D.J. Tobin et J.C. Bystryn(1) ont mis en évidence la présence d’anticorps anti-follicules pileux dans 100 % des cas, comparativement aux 44 % des témoins.

• Il existe un infiltrat CD4+ et CD8+ in situ dans les biopsies.

• Dans un modèle expérimental, A. Gilhar et G.G. Krueger observent la repousse de cheveux de patients peladiques greffés sur une souris nude (donc en l’absence de lymphocytes T)(2) ; à l’opposé, on obtient une chute des cheveux après injections de lymphocytes cultivés(3).

• La perte d’un « privilège immunitaire » du follicule pileux(4) semble être un point clé de la physiopathologie de la pelade.

L’épithélium folliculaire normal n’exprime pas les antigènes du complexe majeur d’histocompatibilté (MHC) du groupe I (HLA A, B, C) ; en revanche, en cas de pelade, les groupe HLA A, B, C s’expriment, et sont reconnus par les lymphocytes T.

Arguments génétiques

• Le gène AIRE (présent sur le chromosome 21q22.3) a été incriminé (cf. supra).

• Les études récentes de l’équipe new yorkaise d’A. Christiano (5) puis de H. Kang (6) ont confirmé d’une manière magistrale une implication de l’auto-immunité dans la pelade.

pastedGraphic_1.pdf

 Figure 2. Pelade avec maintien des cheveux blancs (syndrome Marie-Antoinette).

Une étude (5) faisant appel à la technique GWAS (Genome Wide Association Study) et portant sur 1 054 patients et 3 278 témoins confirme l’association connue avec certains groupes HLA, l’association génétique avec le diabète de type 1, la PR et la maladie coeliaque ; mais elle met aussi en évidence, entre autres, une association avec des gènes codant pour l’activation et la régulation des lymphocytes T, une association avec des régions contenant des gènes exprimés par le follicule pileux lui-même et, notamment, une forte association avec un groupe de gènes nommés ULBP codant pour certains récepteurs des lymphocytes NK. ULBP3 est en l’occurrence surexprimé localement en phase active de la pelade. De fait, sous une influence génétique, deux mécanismes dysimmunitaires seraient impliqués : un mécanisme inné (lymphocytes NK) et un mécanisme adaptatif (rupture de la tolérance immunitaire).

Argument thérapeutique

Les traitements employés dans la pelade sont généralement ceux que l’on utilise dans les maladies auto-immunes (et inflammatoires). La rémission ou le déclenchement d’une pelade après greffe de moelle plaident aussi en faveur de la théorie auto-immune de la physiopathologie de la pelade(7,8). Deux cibles semblent concernées par le phénomène autoimmun : les kératinocytes et les mélanocytes, comme en atteste un relatif respect des cheveux blancs. Pour certains auteurs (V. Descamps), le type de mélanine entrerait en ligne de compte, et la pelade serait rare chez les sujets roux.

Pourquoi la pelade serait-elle une « drôle » de maladie auto-immune ?

• La pelade évolue par épisodes, parfois par cycles, sans explication rationnelle apparente. C’est en fait le cas de nombreuses maladies auto-immunes, mais elles ne se manifestent pas toujours « à ciel ouvert » comme pour la pelade.

• La pelade se présente sous des formes diverses (plaques réparties sans logique apparente, caractère centrifuge, etc.). Il existe parfois une atteinte en des zones de prédilection (pelade ophiasique par exemple). Là encore, nous ne voyons pas de manière aussi simple ce qu’il se passe quand il s’agit d’une pathologie touchant un organe interne ou toute structure cachée attaquée par des lymphocytes. C’est aussi le cas de bon nombre de maladies autoimmunes cutanées comme des bulloses par exemple.

• Certains traitements sont inefficaces, c’est le cas de la ciclosporine, du tacrolimus ou du pimécrolimus qui sont sans effet dans les essais contrôlés, alors qu’on attendrait plutôt qu’ils soient efficaces.

L’auto-immunité dans la pelade, est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

pastedGraphic_2.pdf Pas très bonne

• La pelade est une maladie générale du système pileux et des ongles. Mais, elle peut être associée à d’autres maladies autoimmunes chez un même patient.

• La composante génétique de ce type de pathologie prédispose les descendants à d’autres maladies (la « mosaïque autoimmune »).

• Les traitements en sont limités et seulement suspensifs.

La pelade peut être associée à d’autres maladies auto-immunes chez un même patient.

pastedGraphic_3.pdf Plutôt bonne

• L’auto-immunité constitue une explication rationnelle de la maladie, ce qui devrait nous éloigner d’un certain irrationnel qui a souvent entouré la pelade.

• La composante « psychologique » entre en ligne de compte comme dans toute pathologie auto-immune, pas moins et pas davantage (elle est incriminée raisonnablement dans le diabète de type 1, la thyroïdite ou la sclérose en plaques). Le retentissement sur la qualité de vie, sur l’humeur du patient ne fait aucun doute, mais il ne paraît en rien en cause dans la pérennisation d’un épisode de pelade.

Comme pour un diabète de type 1, une SEP, une PR ou une thyroïdite, la prise en charge du patient peladique doit se faire de manière globale.

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Figure 3. Pelade décalvante chez un enfant.

L‘absence de traitement souverain ou le fait que les poussées soient sans explication simple ou logique ne doit pas nous faire envisager « spécialement » cette pathologie.

• Le traitement de la pelade constitue une occasion d’action pour de nouveaux moyens thérapeutiques, dans lequel l’industrie pharmaceutique peut trouver un intérêt de recherche et financier, avec des références possibles à d’autres maladies autoimmunes. Une des difficultés dans la pelade réside dans le fait que l’on ne peut pas simplement supplémenter (cf. thyroïdite) ou remplacer une fonction (cf. diabète) ; on ne peut, jusqu’à présent, que tenter de bloquer un phénomène inflammatoire dans l’attente de traitement plus ciblé.

Réunir les conditions d’une bonne prise en charge

Pour simplifier notre attitude face à une pathologie telle que la pelade comme pour les autres maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitement souverain, il paraît essentiel de réunir certaines conditions favorables en vue d’une bonne prise en charge, et que nous symboliseront par la construction d’une « maison ».

• Il faut avant tout établir le diagnostic de pelade, et donc éliminer d’autres pathologies par un interrogatoire et un examen clinique approfondi (avec dermatoscopie) ; il faut entre autres être certain qu’il ne s’agit pas d’une trichotillomanie ou d’une d’une alopécie cicatricielle débutante. Poser le diagnostic est en quelque sorte un « toit » qui protégera d’éventuelles erreurs.

• Puis, on expliquera simplement au patient, et à sa famille s’il s’agit d’un enfant, ce que l’on connaît de la pelade, et quels sont les traitements dont on dispose : les épisodes, les fréquentes rémissions spontanées, une plus grande difficulté à traiter les formes étendues en particulier chez l’enfant, etc. C’est à cette occasion que l’on abordera le fait que la pelade est une maladie auto-immune. Ces connaissances apportées au patient (et/ou à sa famille) constitueront en quelque sorte les murs et les fondations d’une « maison » qui protégera le patient des nombreuses questions inquiétantes qu’il se pose ou que pose l’entourage, ou encore des conseils déstabilisants qui, sans être ni bien ni mal intentionnés, sont eux aussi sources de trouble et d’inquiétude.

• Se pose la question d’un bilan paraclinique : il est en fait injustifié en l’absence de signe évocateur.

• Notre but est donc très schématiquement de construire au mieux cette maison, en réexpliquant régulièrement qu’un nouvel épisode peut survenir sans que l’on puisse le prévoir ou connaître sa cause.

• Les traitements peuvent permettre une repousse, et parfois, même dans les formes sévères pour certaines thérapeutiques. Dans tous les cas, la repousse ne doit pas être vue par le patient comme un miracle ni comme un phénomène acquis. Une rechute peut survenir de manière imprévue ou à l’arrêt du traitement. C’est un des problèmes de la photothérapie, traitement plutôt efficace (repousse complète dans plus d’un tiers des cas de pelade décalvante), mais qui ne peut (et ne doit) pas être maintenue sur le long terme. C‘est le cas de la corticothérapie générale, le plus efficace des traitements, mais qui est seulement suspensif et ne peut être longtemps poursuivi (la dose nécessaire au maintien des cheveux est souvent élevée). C‘est aussi le cas du méthotrexate, traitement intéressant, qu’il paraît difficile de maintenir ad vitam aux doses nécessaires à son effet. Il faut donc prévenir patient et famille du risque de rechute (puisque nous ne pouvons pas prévenir cette rechute) ; l’ignorance de ce risque est une grande source de déstabilisation et de déception qu’il faut chercher à limiter.

La repousse ne doit pas être vue par le patient comme un miracle ni comme un phénomène acquis.

La prise en charge de la pelade doit donc être globale et pragmatique, en tenant compte des diverses facettes de cette « drôle » de maladie auto-immune.

 

P. ASSOULY,

Centre Sabouraud, hôpital Saint-Louis, Paris

 

 Publié le 08/06/2012

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:37

L’éditorialiste du British Journal of Psychiatry attire notre attention sur un thème encore relativement méconnu, mais auquel certains travaux sont désormais consacrés : l’auto-immunité en psychiatrie. 

 

Invoqué depuis une centaine d’années, ce concept traduit « l’échec d’un organisme à reconnaître ses constituants » avec, pour conséquence, « un ensemble de réactions immunitaires contre ses propres cellules et tissus. » 

 

Vu la fréquence des affections auto-immunes dans d’autres disciplines médicales (l’Association américaine sur les maladies auto-immunes en recense plus de 150, et estime qu’elles touchent environ 3 % de la population), il est donc concevable que la psychiatrie soit également concernée par ce dysfonctionnement immunitaire, d’autant plus que des troubles neurologiques (notamment certaines scléroses en plaques ou encéphalites) peuvent avoir une dimension auto-immune avérée.

On peut noter au passage la portée particulière de cette « défaillance de la reconnaissance de soi » en psychiatrie, puisqu’elle évoque immédiatement une thématique psychotique, même si les deux phénomènes (méconnaissance de soi à l’échelle biologique et au niveau psychologique) semblent sans rapport direct, malgré l’essor des recherches explorant l’hypothèse auto-immune dans la schizophrénie. 

 

Il existe ainsi une « association positive entre les patients hospitalisés souffrant (simultanément) de schizophrénie et de plusieurs maladies auto-immunes », mais au contraire une « association négative, reconnue de longue date, entre la fréquence de la schizophrénie et celle de la polyarthrite rhumatoïde. »

 

On concilie ces données contradictoires en considérant qu’il existe deux allèles d’un même gène (s’excluant mutuellement) « dont l’un confère une prédisposition à la schizophrénie et l’autre à la polyarthrite rhumatoïde. » 

 

Mais la recherche d’auto-anticorps contre le tissu cérébral (ou d’autres anomalies immunitaires) dans la schizophrénie a produit jusque-là des résultats « inconsistants et contradictoires. » 

 

Cette piste paraît plus fructueuse dans d’autres problématiques neuropsychiatriques : 

encéphalite limbique auto-immune (autoimmune limbic encephalitis, caractérisée par la présence d’anticorps dirigés contre un antigène neuronal intracellulaire [1]), 

troubles de l’humeur, 

troubles obsessionnels compulsifs (associés parfois à une infection streptococcique [2]), maladie d’Alzheimer…

 

Si les certitudes étiologiques manquent encore, ces travaux ont du moins le mérite d’apporter une nouvelle perspective en psychiatrie, pour éclairer un aspect organique du déterminisme de certaines affections (vraisemblablement polyfactorielles), et augurer peut-être d’une nouvelle approche thérapeutique (immunosuppresseurs, anti-inflammatoires ?…) dans un avenir encore indéterminé.

[1] http://www.jle.com/e-docs/00/04/42/57/vers_alt/VersionPDF.pdf

[2] PANDAS : Paediatric Autoimmune Neuropsychiatric Disorders Associated with Streptococcal Infection (Troubles pédopsychiatriques associés à une infection streptococcique).

 

 

Dr Alain Cohen Publié le 08/06/2012

 

Davison K : Autoimmunity in psychiatry. Br J Psychiatry, 2012 ; 200 : 353–354.

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 08:38

« une nouvelle étude analyse les risques hémorragiques de l'acide acétylsalicylique en prévention des risques cardiaques ».

« il y a plus de 20 ans que les effets bénéfiques de l'aspirine pour prévenir les accidents cardio-vasculaires ont été découverts. Du fait de son effet antiagrégant plaquettaire, l'acide acétylsalicylique rend le sang plus fluide. […] Faut-il pour autant prescrire de l'aspirine à toute la population à partir de 50 ans ? ».
« les risques de saignement liés à ce médicament sont connus, mais viennent d'être précisés avec la publication d'une des plus grandes études sur cette question dans le Journal de l'Association médicale américaine (Jama) ».
Ce travail « a été mené en Italie par le Pr Giorgia De Berardis à partir de registres de santé administratifs concernant plus de 4 millions de citoyens répartis dans 12 régions italiennes ».
« Au total, 186.425 personnes traitées par de faibles doses d'aspirine (moins de 300 mg par jour) ont été comparées à autant de témoins de même âge, mais ne prenant pas d'aspirine, entre 2003 et 2008. Pendant ces six années, 6.907 cas d'hémorragies graves ont été répertoriés (les trois quarts au niveau digestif, un quart au plan cérébral) ».
Les auteurs observent que « pour 1.000 patients traités pendant 1 an par aspirine, deux cas en excès d'hémorragie sont comptabilisés. Le risque lié à ce traitement est du même ordre que le nombre de cas graves d'atteintes cardio-vasculaires évitées grâce à la prévention par l'aspirine en prévention primaire ».
« de manière surprenante, les chercheurs ont mis en évidence un risque hémorragique accru chez les diabétiques, traités ou non par de l'aspirine », « Quand faut-il prendre de l'aspirine pour prévenir les risques cardiaques ? ».
Le Pr Daniel Thomas (Pitié-Salpêtrière, Paris) explique que « ce traitement préventif est clairement destiné à la prévention secondaire. Mais tout dépend de ce que l'on entend par prévention secondaire. Avoir déjà souffert d'un infarctus, bien sûr. Mais pas seulement ».
« Tout est circonstancié et la décision se prend au cas par cas, en fonction du nombre et de l'importance des facteurs de risques cardiaques comme le tabagisme, le taux de cholestérol… en fonction de l'état des carotides, des antécédents », continue le spécialiste.

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 18:53

 


 

 

Une équipe du CNRS conduite par le professeur Didier Raoult a procédé à une méta-analyse très précise incluant 82 études portant sur les probiotiques, incluant  des « données humaines », des travaux issus de l’agriculture où les probiotiques sont utilisés comme facteur de croissance et des études réalisées chez des animaux de laboratoire où l’effet anti-obésité des probiotiques est évalué avant une éventuelle utilisation chez l’homme. 

 

Les résultats montrent qu’un type spécifique de probiotiques contenant des Lactobacillus acidophilus est « associé à un gain de poids significatif chez l’homme et chez l’animal », tandis que Lactobacillus gasseri serait « associée à une perde poids à la fois chez les humains obèses et chez les animaux ». 

 

Cette méta analyse semble donc confirmer l’existence d’un lien entre probiotiques et régulation du poids, même si des études prospectives supplémentaires sont nécessaires, insistent les auteurs.

 

 

 

M.P. Publié le 06/06/2012

 

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 11:49
Un entretien avec Clément Gilbert Clément Gilbert est chercheur au laboratoire Ecologie et Biologie des interactions (CNRS / université de Poitiers). Avec Cédric Feschotte, professeur à l’université du Texas à Arlington, il a récemment publié un article dans Nature Reviews Genetics consacré aux virus endogènes, ces virus dont le génome est intégré pour tout ou partie dans le génome des espèces-hôtes (dont l'espèce humaine) et qui ouvrent une fascinante fenêtre sur l'évolution du monde viral. Des films comme Contagion ou des alertes médiatiques comme celle entourant la grippe aviaire ou la grippe A (H1N1) donnent au public la même image du virus pathogène et dangereux. Pourtant l'image que s'en est faite la science n'est-elle pas bien différente de ce cliché ? En effet notre compréhension du monde des virus et de leurs interactions avec le reste du vivant a beaucoup évolué ces dernières années. Tout d’abord il faut bien réaliser que la mauvaise réputation des virus s’est construite autour des effets – certes parfois dévastateurs – causés chez l’homme par une infime proportion de la totalité des virus présents sur notre planète. Moins d’une dizaine sont responsables des maladies virales les plus fréquentes dans nos régions, comme le rhume, la grippe, la varicelle, la rougeole. S’il est bien normal que ce petit nombre de virus nous préoccupe particulièrement, il faut savoir que l’écrasante majorité des virus non seulement ne peut pas infecter l’homme mais joue un rôle crucial dans son « écosystème » interne. Le corps d'un homme adulte sain abrite plus de trois mille milliards de virus, pour la plupart des bactériophages infectant les bactéries présentes dans le tractus intestinal et sur les muqueuses. L’impact de ces virus n’est pas encore complètement compris, mais on peut déjà parier qu’ils jouent un rôle important dans la régulation de la composition des communautés bactériennes vivant en symbiose avec l’homme. Les virus sont non seulement très nombreux mais on sait désormais qu'ils présentent une très grande diversité génétique... Nos connaissances sur la diversité génétique et l’écologie des virus sont restées très limitées jusqu’au milieu des années 2000, où de nouvelles technologies de séquençage d’ADN ont été mises sur le marché. Aujourd’hui, les machines produisent jusqu’à 120 milliards de paires de bases (l’équivalent de 40 génomes humains) en 24 heures à un coût dix mille fois plus bas que la méthode utilisée dans les années 1990 pour séquencer le premier génome humain. Les génomes viraux étant entre trois mille et trois millions de fois plus petits que le nôtre, je vous laisse calculer la quantité de nouveaux génomes viraux que l’on peut théoriquement séquencer par an. Ces méthodes sont à présent régulièrement utilisées afin de séquencer ce qu’on appelle des métagénomes, c’est-à-dire les génomes de tous les microorganismes présents à un moment donné dans un environnement donné, tel qu’un litre d’eau de mer, un kilogramme de sol ou même quelques grammes de fèces humaines. Un des résultats majeur de la métagénomique a été de révéler l’incroyable diversité génétique des virus. Une étude a par exemple montré qu’un kilogramme de sédiments marins prélevé sur le littoral californien pouvait contenir jusqu’à 1 million de génotypes viraux. De plus, entre 75 et 90 % des séquences produites dans toutes les études de métagénomique virale publiées depuis 2002 n’ont pas d’homologues dans les banques de données de génomes déjà séquencés. Autrement dit, ces séquences correspondent à des gènes qui ne ressemblent à aucun gène connu jusqu’alors. Les virus forment donc un réservoir presque infini de gènes et certains pensent que ce réservoir a constitué et constitue toujours une source majeure de nouveauté génétique sans laquelle les formes de vie telles qu’on les connaît aujourd’hui (y compris notre propre espèce) n’auraient jamais existé. L'article que vous avez récemment publié traite des virus endogènes. Que sont-ils ? On parle de virus endogènes pour décrire des génomes ou fragments de génomes viraux intégrés dans le génome de leurs espèces hôtes et transmis de manière héréditaire de génération en génération. On sait désormais que, depuis l’origine des vertébrés il y a environ 500 millions d’années, de nombreuses insertions de rétrovirus se sont produites dans le génome des gamètes (spermatozoïdes et ovules) de leurs espèces hôtes. Certaines de ces insertions impliquant des génomes viraux incapables de continuer de se répliquer ou suffisamment atténués pour ne pas affecter la fertilité de leur hôte, elles ont pu être transmises de manière héréditaire à tous les descendants des espèces chez lesquelles elles se sont originellement produites. Le résultat de ce long processus d’accumulation de séquences d’origine rétrovirale dans le génome des vertébrés est assez surprenant, voire troublant, puisqu’il apparaît que plus de 8 % du génome humain dérivent de rétrovirus. Autrement dit, étant donné que sur les 3,5 milliards de paires de base constituant notre génome, environ 300 millions sont d’origine virale, on peut dire que nous sommes d’une certaine manière apparentés aux virus ! Les rétrovirus sont restés pendant près de quarante ans les seuls virus connus ayant la capacité de devenir endogènes. Et ce n’est en fait qu’au cours des trois dernières années que l’on a réalisé qu’à peu près n’importe quel type de virus pouvait devenir endogène chez à peu près n’importe quel organisme eucaryote, même si ces virus endogènes sont bien moins nombreux que les rétrovirus endogènes. Cependant, leur analyse a déjà révélé des trésors d’information concernant la co-évolution à long-terme entre les virus et leurs hôtes. Tout comme il y a une paléoanthropologie, il existe désormais une paléovirologie. A quoi cette fenêtre sur l'histoire passée des virus peut-elle nous être utile ? A l’instar des paléoanthropologues qui étudient les fossiles de primates et l’environnement dans lequel ceux-ci vivaient, les paléovirologues étudient les fossiles moléculaires de virus afin de retracer les vagues d’infections virales passées et de comprendre comment les organismes ont su combattre ces attaques répétées. Ces connaissances contribuent non seulement à combler un vide dans notre compréhension de l’évolution des virus à moyen-long terme, mais de plus elles fournissent un cadre conceptuel important pour le développement de nouvelles stratégies médicales de lutte contre certains virus. Concernant les avancées en matière de compréhension de l’évolution des virus, il a par exemple été montré que des virus endogènes appartenant à la famille des Hepadnaviridae (qui inclut le virus de l’hépatite B, en photo ci-contre) s’étaient intégrés dans le génome de l’ancêtre d’un groupe de passereaux il y a plus de 19 millions d’années. Cette découverte a complètement changé notre façon d’appréhender l’évolution de cette famille virale puisque jusqu’en 2010, on pensait que les virus d’hépatite B avaient... moins de 30 000 ans. On ne sait pas si le virus de l’hépatite B circule toujours aujourd’hui chez les passereaux, mais cette étude montre qu’il serait judicieux de conduire des tests de dépistage chez plusieurs espèces de ces oiseaux. En effet, cela pourrait permettre d’identifier un nouveau modèle animal facile à élever et à manipuler pour l’étude du virus. Par ailleurs, plusieurs travaux publiés par Sara Sawyer (université d’Austin au Texas) et Harmit Malik (Fred Hutchinson Cancer Research à Seattle) se sont attachés à disséquer les forces évolutives gouvernant les gènes de résistance aux virus, notamment chez les primates. Leur résultats montrent que la séquence de ces gènes a changé bien plus vite que celle tous les autres gènes encodés par le génome humain et que cette évolution rapide témoigne de la course aux armements dans laquelle les primates sont engagés contre les virus depuis des millions d’années. Autrement dit, ces gènes se sont adaptés sans relâche afin de contrer les stratégies sans cesse renouvelées par certains virus pour entrer dans nos cellules et accomplir leur cycle de réplication, souvent à notre détriment. D’un point de vue plus appliqué, ces études ont aussi caractérisé avec précision les interfaces de contact, autrement dit le champ de bataille moléculaire, entre certains virus et certains domaines de protéines antivirales humaines. Ces découvertes ont offert des pistes intéressantes pour développer de nouveaux médicaments antiviraux, dont certaines font aujourd’hui l’objet de recherches poussées. Ne pourrait-on pas considérer les virus pathogènes comme des virus qui ont raté leur carrière ? Peut-être conviendrait-il mieux de dire que de tels virus sont en période d’apprentissage... Mais c’est une image intéressante car elle illustre que le propre d’un virus n’est pas d’être pathogène, ou en conflit permanent avec ses hôtes. C’est en tout cas l’idée que semblent soutenir certains résultats de l’analyse de séquence des virus endogènes. Dans le cas des Hepadnaviridae par exemple, le calcul de l’âge de ces virus reposait jusqu’à 2010 sur un taux de mutation estimé à partir de comparaisons de séquences d’hépatite B pathogène extraites d’hommes infectés. Comme je l’ai dit plus haut, l’âge obtenu par cette méthode est bien inférieur (30 000 ans) à l’âge obtenu par les datations d’hépatites B endogènes trouvés chez les passereaux (19 millions d’années). Aussi, le taux de mutation des hepadnaviridae calculé sur 19 millions d’années est mille fois plus lent que celui des virus circulant actuellement dans les populations humaines. Bien que plusieurs éventuels problèmes d’ordre méthodologique aient été proposés pour expliquer cette différence, ceux-ci ne semblent pas suffisants pour expliquer un tel écart de trois ordres de grandeur. Avec Cédric Feschotte, nous avons proposé en 2010 que cette différence pouvait refléter une réalité biologique. L’hypothèse serait que les virus d’hépatite B actuels trouvés chez l’homme sont pathogènes car ils circuleraient chez lui depuis relativement peu de temps. Ils seraient donc « mal adaptés », incapables de se maintenir sans causer trop de dégâts. Le système immunitaire de l’homme, également mal adapté au virus, est incapable de le tolérer, ce qui génère un conflit évolutif, une course aux armements. La réponse immunitaire de l’homme pousse le virus à se répliquer, muter et évoluer très rapidement, d’où le taux de substitution très rapide obtenu à partir des séquences pathogènes actuelles. Nous proposons que ce type de situation en déséquilibre ne reflète pas l’évolution à long terme des Hepadnaviridae et que, la plupart du temps depuis 19 millions d’années, ces virus ont évolué en paix avec leur hôte, sans induire de pathologie et en étant bien tolérés par leur système immunitaire. Plus généralement, ce cas d’étude nous a amenés à penser que nos connaissances sur la dynamique évolutive des virus sont probablement biaisées car jusqu’à présent nous avons surtout étudié des virus pathogènes. Porter dans notre ADN des génomes de virus nous a-t-il été profitable ou pas ? L’intégration de génomes viraux dans les chromosomes de leur hôte n’est bien sûr pas sans risque pour l’hôte. Cela peut mener à l’inactivation complète d’un gène, à la réduction, ou à l’augmentation de son activité. Ces trois types d’effets risquent d'engendrer des dysfonctionnements importants du tissu affecté pouvant aboutir au développement de cancers. Chez le chat domestique par exemple, plusieurs études ont montré que l’insertion du virus de la leucose féline de type B à l’intérieur ou aux environs de six gènes pouvait conduire au développement de lymphomes, de leucémie ou d’anémie. Les rétrovirus insérés dans notre génome depuis des millions d’années et complètement inactifs sont aussi capables de causer des problèmes de manière plus indirecte, en provoquant des réarrangements chromosomiques à l’origine de diverses pathologies. Par exemple, la recombinaison entre deux copies d’un rétrovirus endogène humain appelé HERV15 situées sur le chromosome Y peut provoquer la disparition d’une longue région génomique de 800 000 paires de bases. Cette délétion entraîne la perte d’un gène appelé « azoospermia factor 1 » et les hommes porteurs de ce réarrangement sont stériles. On peut tout de même penser que les problèmes, somme toute assez rares, causés par les virus endogènes sont un maigre tribut à payer comparé aux énormes bénéfices évolutifs que ces séquences ont apportés à leurs hôtes durant des millions d’années. La grande quantité d’ADN ajoutée au génome humain par l’intégration des rétrovirus endogènes a fourni un terreau très fertile de matériel brut, recyclé de nombreuses fois en séquences remplissant désormais des fonctions cellulaires capitales. Prenons par exemple le cas de deux gènes humains appelés syncytine 1 et 2, qui sont impliqués dans la formation du placenta. Ils dérivent d’un gène rétroviral codant une protéine permettant normalement aux virus de fusionner avec la membrane des cellules de l’hôte et de pénétrer à l’intérieur du compartiment cellulaire. Les syncytines ont retenu leur capacité fusogénique d’origine mais elles sont désormais impliquées dans la fusion de cellules du placenta pour former une couche qui permet les échanges de nutriments entre la mère et le fœtus. L’équipe de Thierry Heidmann (Institut Gustave Roussy à Villejuif) a montré que ces deux gènes humains dérivaient de deux rétrovirus endogènes différents intégrés dans le génome des primates il y a environ 40 millions d’années. Il est assez intrigant et fascinant de réaliser que le nid dans lequel nous avons tous baigné pendant les neuf premiers mois de notre vie n’aurait certainement pas été aussi douillet si les virus n’existaient pas… Cet exemple et bien d'autres montrent qu'il serait très réducteur de ne considérer les virus que comme des parasites dangereux et inutiles. Propos recueillis par Pierre Barthélémy
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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 11:42
Les amphibiens sont victimes de chytridiomycose, l'infection provoquée par des champignons présents dans l'eau et le sol. | Picasa On en parle peu, on les voit moins encore, mais ils ont le pouvoir de modifier le monde. Plus que les virus ou les bactéries, ce sont désormais les champignons qui remportent la palme en matière de menace pour la sécurité alimentaire et la biodiversité. Selon un récent article de la revue Nature, les maladies fongiques détruisent chaque année au moins 125 millions de tonnes des cinq principales cultures : riz, blé, maïs, pommes de terre et soja. Avec les denrées gâtées par ces pestes végétales, "on pourrait nourrir plus de 600 millions de personnes", souligne l'épidémiologiste Matthew Fisher, qui a dirigé cette revue de connaissances à l'Imperial College de Londres. Selon ses calculs, les spores pathogènes entraînent, pour les seules cultures de riz, de blé et de maïs, un manque à gagner de 60 milliards de dollars (47 milliards d'euros) par an. Et le règne végétal n'est pas le seul menacé. "Les champignons étant rapidement tués par la chaleur, ils ont du mal à se développer à la température des vertébrés. Les plantes sont donc plus concernées que les animaux par les maladies fongiques", explique Tatiana Giraud, du département de génétique et écologie évolutives de l'université Paris-Sud. Mais les grenouilles ont le sang froid, et les chauves-souris la truffe fraîche. En Amérique du Nord, le "syndrome du nez blanc", provoqué par le champignon Geomyces destructans, a ainsi décimé depuis 2006 près de 7 millions de chiroptères. Le pouvoir destructeur de ces organismes parasites n'est pas nouveau. En Europe, la fin du XIXe siècle fut marquée par de grandes invasions, aux conséquences socio-économiques dramatiques : le mildiou de la pomme de terre en 1845, l'oïdium de la vigne en 1845, le mildiou de la vigne en 1878. Le XXe siècle, lui aussi, fut traversé de multiples crises phytosanitaires de ce type. Mais le phénomène est en pleine expansion. "Lorsqu'une maladie infectieuse éradique une espèce vivante, végétale ou animale, dans 70 % des cas, une nouvelle espèce de champignon se cache derrière", précise M. Fisher. Les épidémies proviennent le plus souvent de l'introduction, naturelle ou accidentelle, d'une espèce fongique dans une région dont elle était totalement absente. Contrairement aux virus, les champignons sont capables de survivre longtemps en dehors de leur hôte, ce qui leur permet de se propager sur de grandes distances. Dans le cadre du projet européen Daisie, conduit entre 2005 et 2008 afin d'établir un inventaire des espèces invasives sur le Vieux Continent, l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) a identifié 227 espèces invasives de champignons, dont 70 pathogènes pour les arbres forestiers. GLOBALISATION DES ÉCHANGES "Ces espèces proviennent principalement d'Amérique du Nord et d'Asie", précise Marie-Laure Desprez-Loustau, chercheuse à l'INRA de Bordeaux. A quoi s'ajoute "une proportion significative d'espèces dont nous ne connaissons pas l'origine", et un quart environ provenant des autres continents. Alors que l'origine nord-américaine était prépondérante dans le passé, c'est désormais d'Asie, semble-t-il, que provient l'essentiel des introductions. Une fois en Europe, ces envahisseurs s'établissent principalement en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne : des pays dont le niveau d'importations est élevé. Les transports de champignons se font souvent de manière involontaire, par le biais des marchandises, ce qui rend l'identification de leur origine particulièrement difficile. Si la globalisation des échanges semble, de très loin, la première cause de cette inflation de maladies fongiques, d'autres hypothèses sont évoquées. Le changement climatique, qui pourrait modifier les aires de répartition de certains parasites. Ou encore des facteurs environnementaux (pollution de l'air, pesticides), qui rendraient les espèces végétales et animales plus sensibles aux agents pathogènes. CHÂTAIGNERAIE AMÉRICAINE DÉCIMÉE Autre caractéristique de ces invasions : leur vitesse. "Le temps anthropique étant différent du temps évolutif, ces introductions amènent la rencontre d'espèces qui n'ont pas eu le temps d'évoluer, ce qui explique dans certains cas des dégâts très importants", précise Mme Desprez-Loustau. Ainsi les châtaigniers asiatiques ont-ils coévolué avec le champignon pathogène Cryphonectria parasitica, responsable du mortel chancre de l'écorce, vis-à-vis duquel ils présentent un fort niveau de tolérance. Mais lorsque ce même champignon a rencontré les châtaigniers américains et européens, aucune coévolution n'eut le temps de se faire : la châtaigneraie américaine fut décimée durant la première moitié du XXe siècle, et la maladie continue de sévir sur la majeure partie de l'Europe. Comment lutter contre cette menace invisible ? Comment identifier, parmi les milliers d'espèces fongiques qui voyagent quotidiennement d'une région à une autre, celle qui va poser problème ? Si les experts appellent à des contrôles renforcés des produits animaux et végétaux circulant dans le monde, ils savent que leur efficacité restera limitée. D'où la nécessité de développer des outils permettant de mieux prévoir l'apparition des maladies fongiques, afin de tenter de les isoler avant qu'elles ne se propagent. Depuis quelques années, une équipe de l'INRA de Nancy se consacre ainsi à l'étude de la maladie du frêne, due au champignon Chalara fraxinea. Partie des rives de la Baltique en 2005, l'infection se propage actuellement dans toute l'Europe. Ses premiers foyers en France ont été repérés en 2008. Catherine Vincent LE MONDE
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