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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 10:04

La solitude tue jusqu'à la santé

L’isolement social est aussi dangereux que le tabagisme ou l'obésité.

Mais il est parfois difficile d'admettre qu'on en souffre.

Depuis les années 1980, la proportion d’Américains qui se disent seuls a doublé,

passant de 20 à 40%.

Une récente étude du Crédoc recense qu’un français sur 10 n'a plus aucun contact avec les membres de son entourage familial et social.

Des chiffres d'autant plus inquiétants que la solitude est dangereuse pour la santé.

Et le plus dur dans la maladie, c’est d’en souffrir seul.

Dans son article pour le New York Times, Dhruv Khullar recense de nouvelles études qui montrent que la solitude est extrêmement nocive, notamment pour le sommeil, le système immunitaire et le stress.

De plus, elle augmente de 29% le risque de maladie cardiaque, et de 32% le risque d’Accident Vasculaire Cérébral (AVC).

Les individus isolés sont deux fois plus susceptibles de mourir prématurément que ceux qui ont des interactions sociales plus fréquentes.

Et cette vulnérabilité commence tôt: les individus qui étaient socialement isolés lorsqu'ils étaient enfants ont une moins bonne santé vingt ans plus tard.

Difficile à admettre, compliquée à traiter

Et la solitude est d’autant plus difficile à soigner qu’elle est compliquée à admettre.

Dire que l’on est seul, c’est admettre son échec dans les domaines fondamentaux de la vie.

Et demander à se faire aider, c’est accepter la solitude comme une pathologie.

Alors que chez les plus vieux, la solitude provient souvent de l’éloignement géographique de la famille –qui quitte la province natale pour le métro-boulot-dodo– chez les plus jeunes, elle est plus complexe à traiter.

La solitude d’un individu n’est pas forcément due à de mauvaises compétences sociales ou à un manque de soutien social.

L’isolement peut être dû en partie à une sensibilité inhabituelle aux signaux sociaux.

Les individus touchés par la solitude seraient plus à même de percevoir les signaux ambigus négativement dans les relations sociales, et vouloir s’en préserver en s’isolant.

Les liens sociaux constitutifs du bien-être Les études ayant écumé le sujet s'accordent: la connexion humaine est centrale dans le bien-être.

Pour préserver la santé de nos pairs, il est de notre devoir de maintenir ou créer des liens.

C’est pourquoi des chercheurs ont proposé un programme concret, le linkAges, un échange de service inter-générationnel, qui part du principe que tout le monde à quelque chose à offrir: des leçons de guitare, un partenaire de Scrabble, une virée chez le docteur.

L'objectif: resserer les liens sociaux par un troc de services ponctuels.

Et l'isolement social est d'autant plus prégnant à l'approche de Noël.

Des études ont montré que les personnes seules ressentaient plus l'isolement pendant les fêtes de fin d'année. Invitez donc votre voisine esseulée pour la bûche de Noël. Vous sauverez peut-être une vie.

Science & santé | Repéré par Camille Desmaison-Fernandez 23.12.2016

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 22:39

Politique-fiction

Déconventionnement : le jour où les médecins passèrent à l'acte (Ep.1)

Christian Delahaye | 23.12.2016 «

Déconventionnement ! :

Face aux coups durs, la menace est régulièrement brandie par la profession.

Et si elle était massivement suivie ?

Que se passerait-il ?

Avec le sérieux qui le caractérise, « le Quotidien » s’est livré à une enquête-fiction, interrogeant des responsables de l’Assurance maladie, des syndicats, des parlementaires, des associations de patients… et des médecins dont les réponses ont alimenté les étapes imaginaires de notre scénario.

Que tous ceux qui nous ont aidés à bâtir cette fable soient ici remerciés.

« Depuis la signature de la première convention, en 1971, la menace du déconventionnement a été régulièrement agitée, rappelle le patron de la chaire Santé de Sciences Po, Didier Tabuteau.

C’est un épouvantail brandi par les syndicats et la base pour mettre la pression sur les responsables de l’Assurance-maladie et les gouvernements. »

Somme toute, comme avec l’arme atomique, c’est la stratégie de dissuasion appliquée par les libéraux à l’assurance-maladie.

Normalement, personne ne va prendre le risque d’appuyer sur le bouton.

Apocalypse du système de santé garanti.

Seuls s’y sont aventurés quelques libéraux, moins de mille pour toute la France, souvent dans des situations géographiques ou dans des spécialités très spécifiques.

Eux, en général, n’en parlent qu’à demi-mots : le sujet paraît tabou dans le concret, tandis qu’il alimente le buzz dans l’invocation.

La Tamise, pas le Rubicon

À chaque cahot, il revient.

Des spécialités et/ou des régions montent au front du déconventionnement :

1995, contre le plan Juppé ;

2001-2002, coordination C20-V30 ;

2003, mouvement des chirurgiens de France, animé par le Dr Philippe Cuq, qui préfère finalement, pour ne pas pénaliser les patients, organiser un exil symbolique : 400 chirurgiens franchissent la Tamise mais pas le Rubicon de la convention et « s’exilent » pour quelques jours à Wembley ;

2004, les coordinations des médecins du Grand Ouest et le mouvement de déconventionnement massif. 213 lettres sont postées à Caen devant les caméras, en mai. « Nous sommes prêts à faire tout exploser », explique le Dr Stéphane Debrelle, un des leaders de la coordination. Car c’est bien cela, le déconventionnement massif : l’explosion du système.

En 2014-2015, avec la loi santé et le tiers payant généralisé, l’exaspération est à son comble. « Il n’y a aucune autre solution, s’emporte le Dr Christian C. sur lequotidiendumedecin.fr. La grève ? Ils s’en foutent : entre les réquisitions et le banquier qui fait la grimace, ça ne sert à rien et ne gêne personne.

DÉCONVENTIONNEMENT ! » Des syndicats embrayent. L’UFML distribue par la poste et par mail son « kit de déconventionnement ».

Le responsable juridique de la FMF, Marcel Garrigou-Grandchamp, explique, arguments techniques à l’appui, que « le déconventionnement est la seule solution pour survivre ».

Ça monte. Et ça prend.

L’enquête nationale lancée l’an dernier par MG France, la FMF et l’UNOF montre qu’un médecin sur trois est convaincu et se déclare prêt à se déconventionner « en dernier recours ».

Des leaders pètent les plombs : « Putain, ces connards ne veulent rien entendre. Avec la solution ultime du déconventionnement, ils vont finir par comprendre », rugit le Dr Daniel Latil d’Albertas, qui préside le turbulent SMAER (syndicat des médecins d’Aix).

Depuis 1971, les esprits s’échauffent donc régulièrement. Mais des cahots on ne passe toujours pas au chaos.

Et si la guerre du déconventionnement finissait par avoir lieu ? À suivre…

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 11:06

Des médecins de l'Institut Gustave Roussy ont identifié une molécule aussi efficace que la morphine sur les douleurs post-opératoires mais sans effets secondaires.

Découverte en 1861, la morphine est rapidement devenue incontournable en milieu hospitalier.

Face à une douleur de plus en plus importante, les médecins augmentent la posologie, intensifiant le risque d'effets secondaires pour le patient.

Or ces derniers peuvent parfois être lourds (troubles confusionnels ou encore dépression respiratoire, potentiellement mortelle).

Sans oublier que la morphine crée une dépendance chez le patient.

À l'Institut Gustave Roussy, basé en région parisienne à Villejuif, des médecins ont découvert une alternative à cet antalgique puissant, aussi efficace sur les douleurs post-opératoires et qui présente l'avantage d'être sans effets secondaires, révèlent-ils dans la revue Anesthesiology.

Une molécule présente dans la salive humaine Tout commence en 2003, quand Catherine Rougeot, chercheuse de l’Institut Pasteur, découvre l’existence d’une molécule antidouleur chez le rat, la sialorphine.

Elle se met donc à la recherche d'une molécule équivalente chez l'homme, qu'elle finit par identifier dans la salive. Il s'agit de l'opiorphine.

Chez le rat, cette dernière soulage les douleurs physiques et liées à l’inflammation, tout en se révélant plus puissante que la morphine : "1 milligramme d’opiorphine par kilo était aussi efficace que 3 à 6 milligrammes de morphine par kilo", conclut Catherine Rougeot en 2006.

Mais avant de tester l'opiorphine chez l'homme, encore fallait-il vérifier son innocuité.

C'est désormais chose faite, pour l'opiorphine et sa forme stabilisée, baptisée STR-324. "L’opiorphine et STR-324 sont sans effet sur la pression artérielle et sur la dépression respiratoire, tout en ayant les même propriétés analgésiques que la morphine", résume dans un communiqué le Dr Philippe Sitbon, anesthésiste-réanimateur à l'Institut Gustave Roussy et co-auteur de l'étude.

De plus, elle n'entraîne pas de dépendance.

Des essais chez l'homme fin 2017

Les différences entre l'opiorphine et la morphine sont en fait liées à leur mode d'action. "Lorsque l’on injecte de la morphine, celle-ci va se fixer au niveau de tous les récepteurs opioïdes de l’organisme avec des effets secondaires multiples selon les organes où se trouvent ces récepteurs", expliquent les chercheurs.

Quant à l'opiorphine, "elle bloque la dégradation des enképhalines, "notre morphine naturelle".

L’opiorphine agit uniquement là où il y a production importante d’encéphalites donc uniquement sur les voies de la douleur lorsqu’il y a une stimulation douloureuse", ajoutent-ils.

Efficace chez l'animal, comme le rat, STR-324 devrait être testé chez l'homme fin 2017.

Les chercheurs espèrent que cette molécule pourra soulager d’autres types de douleurs comme les neuropathiques, souvent difficiles à calmer par les antalgiques classiques, ou qu'elle pourra être bénéfique à des patients souffrant de douleur chronique et présentant des effets secondaires importants liés à leur traitement.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 10:58

Pour dater le moment d'un décès, les as de la police scientifique font appel aux insectes.

Demain, un nouvel auxiliaire pourrait faire son apparition : la bactérie.

Après le génome, le protéome, le microbiome, voici un nouveau terme biologique que devraient bientôt connaître par cœur les membres de la police scientifique, les médecins légistes, les juristes et autres amateurs de polars : le nécrobiome.

Soit l’ensemble des bactéries que recèle un cadavre.

Analyser le nécrobiome, que l'on pourrait aussi appeler le microbiome post-mortem, offrirait la possibilité de répondre à une question essentielle pour les enquêtes criminelles : à quand remonte précisément la mort ?

Mieux dater le décès

Certes, les techniques de médecine légale ont considérablement évolué ces dernières années, notamment avec la mise à contribution d’auxiliaires précieux comme les mouches et autres insectes qui colonisent un corps une fois son occupant décédé.

Mais l’exactitude n’est pas forcément au rendez-vous pour estimer le moment précis du décès.

Pour un cadavre remontant à cent jours, la marge d’erreur peut être de 10%, soit cinq jours.

Aussi, depuis quelques années, les chercheurs se sont tournés vers d’autres hôtes encore plus microscopiques que les insectes, les bactéries.

L’idée se tient : avec une population se dénombrant en milliers de milliards répartie en plusieurs centaines d’espèces à la surface et à l’intérieur de notre corps, l’abondance d’informations est au rendez-vous.

Encore faut-il savoir faire le tri.

Quelles sont les bactéries à déserter en premier un organisme mort ?

Quels sont les organes concernés les premiers par cette déplétion ?

Quelles sont les micro-organismes qui auront au contraire tendance à se multiplier post-mortem ?

Le graal des chercheurs est le suivant : parvenir à établir une dynamique de dissémination bactérienne et un gradient d’occupation en fonction de l’heure du décès.

Plus facile à dire qu’à faire.

Devant l’ampleur herculéenne de la tâche, les chercheurs ont commencé petit. Jessica Metcalf, pionnière en ce domaine à l’université du Colorado (Etats-Unis), s’est penchée sur des cadavres de souris comme le rapportait son étude publiée dans le magazine Science en 2015.

Dernièrement, des chercheurs de l’université de New-York ont à leur tour commencé à analyser les bactéries contenues dans les fosses nasales et auriculaires d’une vingtaine de cadavres humains.

Ils viennent de livrer leurs conclusions dans la revue Plos One.

L’approche semble efficace car les scientifiques ont pu répertorier les communautés bactériennes, leur identité et leur abondance respectives et établir un modèle statistique.

Même après plusieurs semaines de décomposition, la marge d’erreur a été ramenée à 48 heures.

Une preuve de concept qui demande à être affinée avant de faire partie du parfait arsenal du Sherlock Holmes moderne.

Sciences

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 10:34

Que nous apprend la gestion du pic de pollution sur la manière de motiver nos équipes ?

C'est la question que je soulevais mercredi dans timetosignoff.fr, et qui a suscité de riches commentaires.

L'occasion de développer ici un peu plus longuement ce point de vue, et d'essayer d'en tirer quelques leçons de management...

L'expérience de la circulation alternée à Paris reprend aujourd'hui, mais nous en avons eu la semaine dernière quatre jours successifs.

Bilan le mercredi (deuxième jour) : 375 km de bouchons, contre 265 un jour ordinaire. Le jeudi, 415 km !

Non seulement on ne peut pas dire que la circulation alternée ait produit les effets escomptés, mais, apparemment, la circulation a été pire qu'un jour normal.

Certes, le RER B, tombé en panne le mardi, était encore ralenti le mercredi (mais plus le jeudi). Alors, comment expliquer ce paradoxe ?

Le choix de polluer Première hypothèse : une sorte d'effet d'aubaine.

Le jour pair, les propriétaires de plaques paires qui n'auraient pas, normalement, pris leur voiture, se disent que -- puisqu'il n'y aura aucune voiture impaire sur la route -- la circulation va être très fluide.

Comme ils anticipent par ailleurs des transports en commun bondés, cela conduit un peu plus de voyageurs que d'habitude à choisir la voiture.

Evidemment, comme toujours avec ce genre de calcul, si tout le monde fait le même raisonnement, il s'effondre dans des kilomètres de bouchons.

Mais cette explication ne semble pas suffire. Si vous avez, comme moi, circulé les jours où votre plaque vous le permettait, vous avez sans doute remarqué que le nombre de plaques "opposées" (paires les jours impairs, et vice versa) ne semblait pas, à première vue, sensiblement inférieur à la moitié des véhicules.

Et on peine à croire qu'un effet sur une petite partie de la moitié des conducteurs suffise à expliquer un surcroît net de circulation.

Tout se passe en fait comme si ce calcul -- incivique, bien sûr -- avait été fait non seulement par les conducteurs "autorisés" mais aussi par les conducteurs "interdits".

Pour ceux-ci (et encore une fois en l'absence de toute motivation morale ou civique), le calcul est en effet vite fait : d'un côté, la perspective de transports en commun surchargés (qui par ailleurs, pour beaucoup de trajets, impliquent une perte de temps impraticable).

De l'autre, le risque d'une amende... mais quel risque ? Rationalité et calcul économique

Un agent économique rationnel doit prendre en compte deux paramètres : le montant de la pénalité, mais aussi la probabilité que la pénalité se matérialise -- c'est-à-dire le risque de se faire prendre.

Le premier facteur n'est pas extraordinairement dissuasif : une amende de 22 euros, c'est le prix de quelques heures de parking à Paris...

Même si l'on y ajoute le coût du temps perdu à se faire sermonner par le gendarme, on est loin de la banqueroute.

Quant au second facteur, il n'est pas non plus de nature à faire trembler les automobilistes : mardi 6 décembre, premier jour du pic de pollution, 1.800 PV ont été dressés.

C'est deux fois moins que lors du pic de pollution précédent -- en partie, semble-t-il, parce que les policiers pratiquent une sorte de grève du zèle.

D'ailleurs, le nombre de PV dressés les jours suivants s'est encore effondré, puisque, au 10 décembre, le nombre cumulé d'infractions constatées sur la période était de 2.433...

Même si l'on s'en tient au chiffre de lundi, sur 15 millions de trajets automobiles quotidiens en Ile-de-France, cela fait, en grandes masses, une probabilité de se faire prendre de l'ordre de 1 sur 10.000.

Pour celui qui enfreint la loi, "l'espérance de perte" (produit de l'enjeu et de la probabilité) est donc de l'ordre... d'un quart de centime d'euro.

Il faut placer une valeur bien faible sur son temps et/ou son confort pour choisir les transports en commun dans ces conditions.

Et le civisme, alors ?

Mais bien sûr, objectera-t-on, nous n'attendons pas des citoyens qu'ils fassent ce calcul cynique !

C'est à leur sens moral, à leur civisme, que nous faisons appel pour qu'ils contribuent, par leur comportement vertueux, à réduire la pollution !

Hélas, dans ce domaine, le mélange des genres ne fonctionne pas.

On ne peut pas à la fois faire "appel à notre civisme" et nous menacer de "contrôles renforcés", comme le faisaient les autorités lors de cet épisode.

Car quand on place le débat sur le terrain de la "règle", assortie de pénalités économiques, on le retire à celui de la morale et du civisme.

Une célèbre étude de deux économistes comportementaux (reprise dans Freakonomics) illustre bien cette tension.

Des crèches étaient confrontées à un problème récurrent : les parents arrivaient en retard pour récupérer leurs enfants, ce qui perturbait l'organisation du personnel.

Pensant bien faire, les gestionnaires de la crèche mettent donc en place une "amende" -- modique, bien sûr -- pour les parents qui arrivent en retard.

En bonne logique, se disent-ils, cette pénalité doit motiver les parents à arriver à l'heure.

Mais c'est le contraire qui se produit : les retards, au lieu de diminuer, explosent !

Pourquoi ? parce que les parents faisaient de leur mieux pour arriver à l'heure quand c'était une question de "civisme" (de politesse, de respect, de morale -- chacun y mettra son mot).

Mais dès lors qu'on leur parle d'amende, ils considèrent qu'arriver en retard n'est plus une infraction, mais une transaction économique.

Leur amende "paie" une heure de garderie supplémentaire -- et les déculpabilise.

Comme par ailleurs elle est trop faible pour les motiver économiquement, ils se conforment moins à la règle qu'avant. "A fine is a price" -- une amende est un prix, concluent les auteurs de l'étude, qui en font le titre de leur article.

Culpabiliser ou punir, il faut choisir

L'expérience comme la théorie suggèrent donc qu'il faut choisir son registre... et s'y tenir. Ainsi, pour revenir à notre exemple automobile, une amende peut très bien dissuader des conducteurs de circuler dans des zones et des plages horaires interdites, mais il faut se donner les moyens de faire appliquer la loi.

C'est ce que fait par exemple le péage urbain de Londres, qui fonctionne avec des caméras automatiques.

Non seulement le montant de l'amende est élevé (50£), mais surtout, le contrevenant a la quasi-certitude de se faire prendre.

Inutile donc de faire appel à son sens civique : le frapper au portefeuille produit les effets escomptés.

En l'absence d'un tel dispositif (qui ne s'installe pas du jour au lendemain), le raisonnement purement économique commanderait d'augmenter massivement le montant de l'amende pour parvenir à une certaine efficacité dissuasive, malgré la faible efficacité des contrôles.

A 100 ou 500 euros l'amende, on réfléchirait...

Mais, à supposer même que les forces de l'ordre, déjà peu enthousiastes, acceptent d'appliquer une telle loi, on provoquerait, évidemment, des émeutes !

Bref, la règle est inapplicable, et comme l'écrivait Montesquieu, "les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires".

Si l'on n'a pas les moyens de faire appliquer une règle, mieux vaut ne pas l'édicter. Imaginons donc un dispositif réellement fondé sur le civisme, et non sur une contrainte inapplicable.

Comment sensibiliser les conducteurs à respecter la circulation alternée ?

Quels exemples faut-il leur donner ? (Pas, par exemple, celui de Manuel Valls quittant Matignon avec une plaque interdite...)

Comment mettre en valeur, positivement, ceux qui font un effort, plutôt que tenter sans succès de punir ceux qui n'en font pas ?

Comment expliquer qu'on fait le choix de ne pas mettre à l'amende les contrevenants, et dire pourquoi ?

Questions compliquées, mais qui méritent qu'on s'y attelle plutôt que de prendre des mesures non seulement inefficaces, mais contre-productives...

Hélas, on peut craindre qu'il ne soit déjà trop tard.

Pour le comprendre, revenons à notre étude sur les crèches : une fois qu'on se rend compte de l'erreur, bien sûr, l'amende est supprimée... mais les comportements ne changent pas, et les parents continuent à arriver en retard ! Interprétation : le "contrat social" qui commandait aux parents d'être ponctuels par respect des animateurs a été rompu et remplacé par une transaction économique.

Dans une logique de marché, supprimer l'amende ne fait que rendre plus attrayant encore le comportement du retardataire.

La culpabilité qu'il éprouvait autrefois, elle, ne revient pas.

Le problème risque bien d'être le même si l'Etat fait appel aujourd'hui à notre civisme après avoir tenté en vain de jouer sur notre peur du gendarme.

Une fois que le mélange des genres a commencé, difficile d'en sortir. Et dans nos entreprises ?

Ce mélange maladroit entre la "règle" et la "morale", entre les incitations/pénalités d'une part et les appels au civisme et aux valeurs d'autre part, nous le pratiquons pourtant souvent.

Considérons par exemple une entreprise qui veut motiver des collaborateurs à faire leur part de tâches "communes" qui n'impactent pas directement leur performance individuelle : par exemple, un cabinet de conseil où l'on veut que des consultants déjà sur-occupés contribuent aux activités de recrutement.

D'abord, on fait appel à leur esprit d'équipe, à leur sens du collectif... jusqu'au moment où, las de supplier, on finit par créer des mesures, des objectifs, et des incitations, voire des pénalités.

On s'étonne souvent que celles-ci ne produisent pas de résultats -- tout en créant, bien sûr, une complexité supplémentaire.

Autre exemple, l'absentéisme.

Faut-il des primes de présence (équivalent de la pénalité)?

Ou vaut-il mieux des incitations à être exemplaire, à ne pas laisser tomber ses collègues, clients, etc. ?

La réponse dépend bien sûr du contexte, mais bien souvent, on fait un peu des deux... ce qui n'est pas forcément le plus efficace.

De ces exemples, on peut finalement retirer deux leçons.

D'abord, si on joue sur le registre "économique" -- qu'il soit punitif ou incitatif --, il faut s'assurer que les incitations ou les punitions soient effectivement motivantes -- à la fois par leur montant et par la certitude de leur effectivité.

Car, et c'est la deuxième leçon, quand ce n'est pas le cas, on n'est pas seulement inefficace : on risque d'être contre-productif, et d'aggraver les problèmes qu'on voulait régler.

Faire quelque chose, ce n'est pas forcément mieux que rien !

TTSO (TimeToSignOff), le smart e-mail du soir.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:37

Soupçons sur les ondes des téléphones portables

Les niveaux d’exposition aux radiofréquences annoncés par les fabricants sont dépassés en conditions réelles d’utilisation.

Dans la hotte des achats de Noël, les téléphones portables figurent en bonne place.

Sans que les consommateurs soient clairement avertis de leur exposition aux radiofréquences de ces appareils et à leurs dangers potentiels.

Car les données fournies par les fabricants sont fondées sur des tests effectués en laboratoire, selon des procédures très différentes des conditions réelles d’utilisation des mobiles.

C’est ce que dénoncent aujourd’hui des militants « anti-ondes », qui y voient « un scandale industriel et sanitaire » de même nature que le « dieselgate ». Un « phonegate » donc ?

Dans le cas présent, il ne s’agit pas d’une tricherie au sens strict, mais plutôt d’un brouillage des informations données aux usagers, à la faveur d’une réglementation laxiste.

Les enjeux sanitaires n’en sont pas moins importants.

L’Organisation mondiale de la santé a classé les radiofréquences comme « peut-être cancérogènes pour l’homme ».

Et l’Agence nationale de sécurité sanitairede l’alimentation, de l’environnement et du travail(Anses) a estimé, dans un rapport de juillet 2016, que ces ondes ont « des effets possibles sur les fonctions cognitives et le bien-être » des plus jeunes.

Le dossier est technique, ce qui contribue à son opacité.

L’exposition aux radiofréquences émises et reçues par un téléphone portable est mesurée par le débit d’absorption spécifique (DAS), exprimé en watts par kilogramme (W/kg).

Il s’agit de la quantité d’énergie absorbée, sous forme de chaleur, par les tissus biologiques.

En Europe, une réglementation de 1999 a fixé la valeur à ne pas dépasserà 2 W/kg, pour l’exposition de la tête et du tronc, et à 4 W/kg pour les membres.

Les fabricants respectent bien ces normes… du moins quand l’appareil n’est pas placé au contact du corps.

Pour faire certifier leurs modèles, ils font en effet procéder à des essais en laboratoire.

L’exposition au niveau de la tête est évaluée, non sur des cobayes humains, mais sur des mannequins remplis d’eau et de sucres.

Pour le corps, on se contente de cuves d’eau.

Or, si, pour les tests au niveau de la tête, la réglementation impose que la mesure soit faite téléphone collé à l’oreille, pour ceux au niveau du reste du corps, elle laisse les industriels libres de fixer la distance à laquelle est placé l’appareil.

Et de la choisir en sorte, précisément, que la limite d’exposition ne soit pas dépassée.

Des notices d’utilisation floues

A l’exception des modèles les plus récents, pour lesquels la distance lors des tests a été raccourcie, celle-ci était jusqu’ici d’environ 15 mm, avec un maximum de 25 mm.

Ces quelques millimètres font toute la différence avec la vie réelle, dans laquelle le portable est couramment porté dans la poche de chemise, de veste ou de pantalon, au contact presque direct avec la peau.

Rappelons que même quand l’utilisateur ne téléphone pas, son mobile, lorsqu’il est en veille, reste connecté et source de radiofréquences.

L’Agence nationale des fréquences (ANFR), l’établissement public chargé du contrôle de ce secteur, a fait procéder à ses propres évaluations, dans des laboratoires européens, sur un échantillon de 95 téléphones mobiles choisis dans différents points de vente entre début 2012 et fin 2014, et 71 autres prélevés au cours de l’année 2015.

A une distance du corps de 1,5 cm, aucun ne dépassait la limite de 2 W/kg.

Mais elle a fait réaliser de nouvelles mesures avec, cette fois, l’appareil au contact du corps.

Les résultats sont très différents.

Ils sont rapportés dans l’avis de juillet 2016 de l’Anses.

En 2015, peut-on y lire, « 89 % des téléphones mesurés au contact par l’ANFR présentaient un DAS supérieur à 2 W/kg et 25 % un DAS supérieur à 4 W/kg ».

Quelques-uns atteignaient même 7 W/kg.

Ces dépassements ne concernent pas l’exposition de la tête, mais du reste du corps.

Les industriels peuvent faire valoir que les notices d’utilisation de leurs produits, de même que les informations accessibles en ligne ou sur le smartphone lui-même, mentionnent bien que les tests ont été menés à une certaine distance du corps, et que celle-ci doit être respectée pour ne pas dépasser les niveaux d’exposition certifiés.

Encore faut-il scruter à la loupe cette documentation pour le savoir.

Au demeurant, l’ANFR a constaté que « la notice d’utilisation de 25 % des téléphones contrôlés présentant un DAS au contact du corps supérieur à 2 W/kg n’indiquait pas de distance minimale d’utilisation ».

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 08:10

Sur fond de lutte contre la pollution, alors que Ségolène Royal aimerait interdire le diesel dans toute la France, Jean de Kervasdoué rappelle que le nombre de morts estimé résulte d'un calcul aussi discutable que peu discuté.

La pollution atmosphérique est à l'origine de maladies respiratoires et la qualité de l'air un enjeu de santé publique légitime.

Toutefois, alors que depuis des décennies la pollution atmosphérique recule dans toutes les grandes villes d'Europe (à Paris, selon le Centre Interprofessionnel Technique d'Etudes de la Pollution Atmosphérique, les émissions toutes particules confondues sont passées de 1254 kT en 1990 à 851 kT en 2015), les décès qui lui sont attribués ne cessent officiellement et médiatiquement de croître.

Selon un rapport de Santé Publique France , elle serait à l'origine en France de quarante-huit mille décès prématurés.

Un décès sur douze serait ainsi attribuable à la seule mauvaise qualité de l'air (594 000 personnes sont mortes en France en 2015). Où sont-ils?

Qui sont-ils, ces infortunés?

Y-aurait-il une hécatombe chez les vélocipédistes et les motards des grandes villes, comme chez tous ceux qui respirent depuis des décennies les émanations des pots d'échappement autrefois plus nocifs encore?

Le calcul ne dit rien sur les causes précises des décès Les tumeurs du larynx, de la trachée, des bronches et du poumon sont en 2015, en France, la cause de 31000 décès, les pneumonies de 10500, les cardiopathies ischémiques de 34300.

On dépasse les 48000, mais la pollution serait-elle la cause principale de ces décès?

Le tabac n'aurait-il aucun effet sur les cancers du poumon et autres maladies respiratoires?

S'il y a 2000 microgrammes de particules fines par mètre cube dans la fumée des cigarettes dites «légères», il n'y en a que 85 microgrammes par mètre cube dans l'air polluée des jours de circulation alternée.

Les pneumopathies infectieuses auraient-elles subitement disparues?

Toute crise d'asthme ne serait-elle attribuable qu'à la mauvaise qualité de l'air?

Les complications de la grippe se seraient-elles envolées?

Le surpoids et l'hérédité n'auraient-ils pas un impact sur les maladies cardiaques. Le calcul ne dit rien des causes précises de ces décès prématurés, les 48000 décès ne sont pas des individus, mais le résultat d'un calcul aussi discutable que peu discuté.

Pour être fondée, pour être sérieuse, une estimation des effets pathogènes de la pollution atmosphérique devrait - maladie par maladie - distinguer un par un les effets de chaque polluant: hydrocarbures, particules de différentes tailles (et pas seulement celles inférieures à 2,5 microns), oxyde d'azote, oxyde de soufre, monoxyde de carbone, ozone …

Puis il faudrait en mesurer les conséquences à différentes doses sur chacune de ces maladies ; ensuite - et ce n'est pas le plus facile - il conviendrait d'estimer l'exposition des différents habitants à chacun de ces polluants afin de calculer le risque relatif d'une exposition donnée.

Faute d'avoir procédé ainsi, Santé Publique France d'où émane le chiffre de 48 000 décès prématurés part d'une estimation de l'exposition globale de la population à la pollution atmosphérique (sans notamment contrôler pour la consommation de tabac), puis applique à partir de la littérature scientifique des modèles de corrélation et des hypothèses discutables sur les risques relatifs associant exposition et cause de mortalité ; puis les calculs reprennent en supposant cette fois que la qualité de l'air en France sur tout le territoire serait celui du niveau très bas des 5% des communes rurales les moins polluées (essentiellement montagnardes), communes où la part de l'activité humaine est très faible.

C'est la différence entre ces deux estimations qui donne le chiffre de 48000 «décès prématurés», sans préciser d'ailleurs en quoi ils sont «prématurés»?

Ces "vies sauvées" supposent l'arrêt de l'agriculture des usines et des transports, c'est à dire mourir de faim et de froid.

Les calculs de Santé Publique France montrent d'ailleurs eux-mêmes le côté très relatif de ce chiffre.

Selon cette agence, avec le même mode de calcul, si la France respectait les valeurs guides de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de pollution atmosphérique, il n'y aurait alors que 17712 morts prématurés, ce chiffre descendrait à 3 094 si l'on atteignait le niveau de pollution souhaité lors du Grenelle de l'environnement et 11 si l'on appliquait la directive 2020 de l'Union européenne.

Quant à l'OMS, par d'autres méthodes, elle ne trouve «que» 28000 décès prématurés si toute la France respirait l'air pur des 5% des communes rurales les moins polluées…Morts en grande partie hypothétiques donc.

En outre, qu'il s'agisse de 48000 ou de 28000 morts prématurées, ces «vies sauvées» supposent qu'il n'y ait pratiquement plus d'usine, d'agriculture, de chauffage et de transport, autrement dit on respirerait bien, mais on mourrait de faim ou de froid.

Certes la pollution atmosphérique nuit à la santé et il est nécessaire de la combattre.

Certes de nombreux enfants meurent dans le monde pour avoir été élevés dans des habitations insalubres où la cuisine se fait au bois et où la fumée stagne, faute d'aération.

Malgré tout, l'espérance de vie progresse dans le monde de quatre mois par an ; en Chine, malgré la pollution qui inquiète ses dirigeants et ressemble au «fog» londonien des années 1950 (le «grand smog de Londres de 1952 a fait plus de 4000 morts en quelques jours), l'espérance de vie à la naissance s'est accrue de 37 ans en un demi-siècle parce que les Chinois ont pu manger, se chauffer, boire de l'eau propre et se soigner toute activité aussi souhaitable que, parfois, polluante.

Quant au lien statistique trouvé en 2015 par l'Institut de veille sanitaire (INVS) entre les particules fines et la mortalité dans 17 villes françaises, il n'existerait curieusement qu'en été, période où le taux de ces particules est plus bas qu'en hiver tant en valeur moyenne que lors des pics de pollution .

Il y aurait donc une autre cause, les particules fines sont alors le mauvais coupable ou tout au moins pas le seul, ce qui compte d'abord serait des températures minimales élevées, autrement dit le fait qu'il fasse chaud les nuits de canicule.

La circulation alternée ne réduit l'exposition que de 1/3000ieme par an. Pratiquement rien.

Enfin, la circulation alternée ne réduirait l'exposition annuelle aux polluants d'un Lyonnais ou d'un Parisien que d'un trois millième par an, pas grand-chose donc.

Autrement dit le bénéfice sanitaire est quasi nul pour un coût économique et social élevé.

On ment par action, omissions et statistique

On ment par action, par omission et par statistique, cette dernière forme de mensonge se développe quand elle rencontre l'idéologie de la décroissance et l'ignorance généralisée en santé publique. Il est certain que si vous ne mangez pas, ne vous chauffez pas, ne vous déplacez pas, vous ne polluez pas beaucoup!

Quant à la qualité de l'air des fermes d'autrefois, il ne faut jamais avoir fait les foins ou transporté une botte de paille pour croire que l'air respiré dans les fermes n'était pas sans particules allergisantes et pas à l'origine de «rhumes des foins».

Tout ceci pour dire que même quand il s'agit de santé toute décision réglementaire à un coût, même quand ce coût est diffus. Il n'est pas inutile alors de le calculer, surtout quand les avantages de la mesure envisagée sont ténus.

L'économie française croule sous le poids des normes, cela entraîne du chômage qui, plus encore que la pollution atmosphérique, nuit gravement à la santé.

Enfin, si toute voiture électrique ne pollue pas là où elle circule, cela n'implique pas qu'elle ne soit pas polluante: tout dépend d'où provient cette électricité.

Elle ne l'est affectivement pas quand la source est hydroélectrique ou nucléaire, en revanche elle l'est beaucoup quand elle provient de centrales thermiques au charbon, voire d'énergies «alternatives» qui ont toujours besoin de centrales thermiques quand il y a ni vent, ni soleil, mais ceci est une autre histoire.

Jean de Kervasdoué est économiste de la santé. Membre de l'Académie des technologies, ancien directeur général des hôpitaux, il est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) où il est titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 11:35

Nous sommes le samedi 17 décembre 2016. Il y a très exactement un mois nous apprenions que quatre patients adultes atteints d’une forme de  lymphome avaient soudain « présenté des complications graves ».

 

Trois d’entre eux étaient morts. Tous étaient traités par chimiothérapie intensive avant auto-greffe (protocole BEAC) au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes.

 

Les questions soulevées étaient multiples.

Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, avait saisi l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dès le 17 novembre – et ce « dès qu’elle a eu connaissance de la succession de ces événements dramatiques » – communiqué du 17 novembre.

 

Le même jour, la Direction générale de la santé recommandait la plus grande vigilance et demandait la déclaration de tout évènement indésirable rapporté à l’utilisation du protocole BEAC.

Aucun incident signalé

Les premières constatations de l’IGAS ont été remises le 28 novembre. Mystère total. « Les investigations sont toujours en cours, indique aujourd’hui le service de presse de Marisol Touraine. Par ailleurs, l’enquête judiciaire se poursuit. »

Point essentiel : un mois plus tard, « aucun incident n’a été signalé par un autre établissement quant à l’utilisation du protocole ».

Pour autant la mécanique administrative continue à fonctionner. Conformément aux recommandations de l’IGAS, Marisol Touraine avait demandé le 29 novembre à l’Institut national du Cancer (Inca) et à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) « de réévaluer les préconisations nationales pour la prise en charge des patients traités pour lymphome ».

L’Inca et l’ANSM ont remis hier, le 16 décembre, leurs préconisations.

Faire comme si

Les deux agences rappellent que ces événements « se sont tous déroulés dans un même lieu et sur une très courte durée ». Voici la suite :

« Sur leur recommandation, Marisol Touraine demande à la Direction Générale de la Santé de suspendre temporairement, et à titre de précaution, l’utilisation du protocole BEAC, notamment en raison de l’amélioration de la situation d’approvisionnement en melphalan IV sur le territoire national, et de l’existence d’autres alternatives thérapeutiques. Voir le site de l’ANSM.  

« Cette recommandation ne concerne pas l’utilisation, même à fortes doses, d’un ou de plusieurs médicaments composant le protocole BEAC, qui demeurent essentiels dans d’autres schémas thérapeutiques. »

En d’autres termes le mystère de ces trois morts demeure. Ce qui n’interdit pas de faire comme si tel n’était pas le cas. Au nom de la précaution contre un risque que l’on ne connaît pas.

 

blog:  les médecins blogueurs

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 07:37

Ce que sa propre maladie apprend à un médecin oncologue

Il y a parfois lors des congrès scientifiques et médicaux, des moments rares et inattendus.

C'est ce qui vient de se passer ce matin, mercredi 7 décembre 2016 à San Antonio lors du SABCS, une conférence consacrée aux cancers du sein.

C'était parti pour être une conférence classique. L'orateur, Éric Winer, est un des grands spécialistes du cancer du sein. Il travaille au Dana-Farber Cancer Institute, à Boston, un des meilleurs centres de cancérologie des Etats-Unis.

La conférence SABCS est entièrement consacrée aux cancers du sein et Winer a, cette année, l'honneur de donner la conférence à la mémoire d'un autre oncologue, William L Mac Guire. Pendant trente minutes il nous parle de ce qui a changé durant les 25 dernières années, les progrès, les nouveaux traitements.

Mais il parle aussi des femmes qui ne peuvent accéder aux traitements à travers le monde et aux Etats-Unis.

On estime que 30% des décès par cancer du sein aux Etats-Unis sont le résultat de l'impossibilité pour les femmes d'accéder aux traitements dont elles ont besoin.

Puis le ton change un peu: "Je vais vous parler de quelque chose que peu de gens savent en dehors de mon entourage personnel et professionnel"

La salle est bondée, environ 5000 personnes.

Et là Winer nous apprend qu'il est hémophile et il raconte ses injections quotidiennes de facteur VIII jusqu'au jour où il a pu disposer des facteurs concentrés élaborés à partir de plusieurs donneurs. A cette époque il se passionne pour la Russie impériale et le dernier tsarévitch, hémophile lui aussi.

Historien? Médecin?

Winer a 23 ans et cherche encore sa voie.

Et en 1982 les premiers cas d'hémophiles contaminés par le virus VIH apparaissent aux Etats-Unis. "Je vais découvrir que je fais partie des dix mille hémophiles américains contaminés" Notons au passage que cette contamination a été internationale et non pas uniquement française comme on l'a longtemps fait croire.

Et il découvrira que non seulement il a contracté le VIH mais aussi le virus de l'hépatite C.

Et Winer de raconter les heures difficiles du traitement de l'époque par interféron et ribavirine pendant deux ans, avec la guérison de l'hépatite C au bout.

Cette "mise à poil" a un but, dans l'exposé de Winer: faire l'analogie avec son quotidien et ses rencontres avec des femmes atteintes de cancer du sein. Il parle d'abord de l'évolution des traitements qu'il a reçus et qu'il reçoit encore, la façon dont la prise de médicaments s'est simplifiée, avec des produits mieux tolérés.

Il évoque ses moments de découragements, des effets secondaires qui lui ont posé de gros problèmes dans son travail et le regard des autres pendant ces moments.

Et puis le prix des traitements et la chance qu'il a de pouvoir un bénéficier.

Ses injections tous les cinq jours de facteur VIII coûtent aux Etats-Unis près de 600.000 euros par an." Combien n'y ont pas accès?" dit l'oncologue.

Il nous raconte alors comment ces épreuves de la vie ont façonné sa personnalité, sa volonté d'être médecin, de se consacrer à la cancérologie.

Il raconte comment sa propre histoire lui a fait voir celles de ses patientes différemment, mieux comprendre leur volonté de s'impliquer dans les choix thérapeutiques.

Et détester le fait que tout le monde n'ait pas, comme lui la possibilité d'accéder aux traitements nécessaires. Éric Winer dit que la recherche a besoin d'argent, de beaucoup d'argent et qu'il y en a de moins en moins. Il remercie ses parents, sa femme, se trompe sur le nombre d'années depuis qu'ils sont mariés! Il nous dit qu'il aura 60 ans demain et que son espérance de vie aujourd'hui est bien plus longue que celle qui était la sienne quand il avait dix ans ou vingt ans.

Et il veut ne pas être le seul à avoir cette chance. Nous sommes tous un peu sonnés, nous nous levons et l'applaudissons.

Il y a des moments où on apprend énormément de choses en médecine juste en écoutant l'histoire d'une vie.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 06:18

La défiance envers la vaccination ne cesse de s'accentuer, montre un sondage Ipsos pour le LEEM.

Au pays de Pasteur, la réputation des vaccins vacille.

Ces derniers présenteraient plus de bénéfices que de risques pour un Français sur deux seulement (52 %).

C'est ce qui ressort de la sixième vague de l'Observatoire sociétal du médicament, réalisée, en juin 2015 auprès de 1.000 personnes, par l'institut Ipsos pour la fédération des entreprises du secteur, le LEEM.

Et ce score tombe encore plus bas chez les 25-34 ans qui sont 43 % à considérer la vaccination plus bénéfique que risquée.

« La situation est préoccupante », déplore le directeur général de l'organisation, Philippe Lamoureux. « La vaccination est aujourd'hui capable de prévenir 28 maladies infectieuses. » Si elle n'enregistre pas de chute vertigineuse, la cote de confiance des vaccins semble s'éroder inexorablement.

A 69 %, son niveau le plus bas depuis le lancement de l'Observatoire en 2012, elle perd 2 points par rapport à l'année dernière.

Quatre sondés sur dix ignorent par ailleurs si leurs vaccins sont à jour.

La confiance envers les médecins s'érode

Parallèlement, les professionnels de santé ont beau rester des références en matière d'information médicale, leur réputation pâtit également en comparaison à 2015.

Ainsi, les médecins traitants sont considérés fiables dans 93 % des cas, un taux en baisse de 2 points par rapport à 2015.

Les spécialistes culminent, eux, à 92 %, enregistrant une baisse de 4 points en un an. « Si l'érosion de la confiance à l'égard des professionnels de santé s'amplifiait, qui serait demain à même de combattre ce mouvement de défiance à l'égard de la vaccination ? » s'interroge Brice Teinturier, directeur général d'Ipsos France, relevant par ailleurs que, « malgré un contexte marqué par des polémiques, les Français réaffirment leur confiance dans les médicaments

». De fait, contrairement aux vaccins, les médicaments profitent d'un niveau de confiance élevé, à 84 %, en baisse uniquement de 1 point par rapport à 2015.

A noter également la popularité grandissante de l'homéopathie auprès des Français, avec une cote de confiance à 73 %, en augmentation de 2 points.

Autres grands gagnants de l'étude : les lanceurs d'alerte.

Le crédit qui leur est accordé concernant l'information sur les médicaments grimpe à 69 %, en hausse de... 24 points depuis 2015.

Claire Bauchart,

Les Echos

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/0211425902066-la-moitie-des-francais-sceptique-sur-les-vaccins-2037597.php#IjHZAbJWtz6ymUBr.99

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