Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 08:35

Prendre soin de ceux qui nous soignent… et puis quoi encore ?

Les professionnels de santé sont particulièrement exposés au burn-out.

Mais les patients préfèrent les voir comme des super héros.

Les soignants sont là pour soigner ; qu’ils ne viennent pas nous ennuyer avec leurs problèmes personnels… encore moins lorsqu’on a besoin d’eux !

C’est ce que pensent la plupart des patients.

Les professionnels de la santé sont pourtant plus exposés au burn-out que d’autres, mais leurs appels à l’aide sont peu entendus.

On le mesure à la sidération provoquée par le geste fatal d’un médecin à l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) en 2015, ou celui de cette infirmière qui s’est suicidée le 7 mars dans son bureau d’un autre hôpital parisien.

Si la société est peu disposée à ouvrir les yeux sur les fragilités des soignants, il faut reconnaître que les torts sont largement partagés.

Car les soignants, en réalité, se plaignent rarement.

Les témoignages rassemblés par un médecin, Valérie Auslender, dans son livre Omerta à l’hôpital (Michalon), font figure d’exceptions.

Une centaine d’élèves infirmiers, aides-soignants ou internes en médecine y révèlent en effet les maltraitances infligées par leur hiérarchie.

Signe d’un changement des mentalités dans la nouvelle génération ?

Plus encore que par le passé, les soignants bâtissent leur identité professionnelle sur une image de super héros.

On les voudrait indestructibles, et ils acceptent d’endosser ce costume, au risque de leur propre santé.

Parce que les médecins, notamment, se mettent ainsi en danger et donc, mettent en danger leurs patients, l’Association européenne pour la santé des médecins (European Association for Physician Health, EAPH) a été constituée en 2009.

Les 24 et 25 avril, elle tiendra à Paris un colloque sur une problématique de circonstance, « être un docteur et rester une personne ».

Le silence des médecins Les médecins respectent un devoir de réserve digne des militaires, alors que rien ne les y oblige, eux, dans leur statut.

De fait, on leur interdit d’avoir besoin d’aide et encore plus, d’en demander.

Ce silence est imposé par des normes culturelles implicites, très contraignantes, qui « formatent » les praticiens.

Il participe de l’acculturation qui transforme un individu lambda en médecin, comme je le montre dans une étude de 2015 consacrée aux non-dits de la formation des médecins.

Ces normes sont constituées par un ensemble de comportements évidents aux yeux des étudiants et des enseignants mais non explicités, décrit dans la littérature scientifique comme un « cursus caché » (en anglais, hidden curriculum).

Venant compléter la formation officielle universitaire et clinique, ces commandements peignent les contours du « bon » médecin.

Le « bon » médecin ne se trompe pas, il n’hésite pas, il ne se dispute pas avec ses collègues ni avec ses patients et il ne se fatigue pas, même s’il travaille 30 heures d’affilée sans dormir.

Surtout, il n’est pas sujet aux émotions malgré sa proximité avec les souffrances des patients et les soins qu’il est amené à leur prodiguer.

Autant de règles non écrites qui l’empêchent de reconnaître les signes d’un épuisement professionnel.

Les premiers cas décrits de burn-out

Les métiers du soin sont pourtant les premiers dans lesquels les cas de burn-out ont été décrits par les chercheurs, dès 1974.

On tend à l’oublier, dans une époque où chacun se considère menacé par ce syndrome, quelle que soit sa profession.

Le burn-out est en effet devenu un sujet de conversation, de réflexion et de revendication.

Les travaux se multiplient pour en améliorer la compréhension, la définition et la prise en charge.

L’Assemblée nationale a ainsi créé une mission d’information sur le burn-out, qui a rendu son rapport le 15 février.

Avant de revenir sur le problème spécifique des soignants, il convient de comprendre comment le diagnostic de burn-out est posé.

Cet état est apprécié, le plus souvent, par une grille d’évaluation aussi controversée que largement utilisée, le Maslach Burnout Inventory (MBI).

L’outil comporte trois dimensions qu’on peut retrouver associées chez un même individu, avec pour chacune des taux forts, moyens ou bas :

l’épuisement émotionnel ;

une dépersonnalisation ou la déshumanisation faisant percevoir les personnes pour et avec qui on est censé travailler comme des objets, voire des problèmes ; une baisse de l’accomplissement personnel dans l’exercice de sa profession.

Les généralistes plus touchés que les autres

Il existe donc trois niveaux pour chacun des trois critères, d’où de multiples combinaisons possibles, produisant des tableaux assez différents.

La parfaite santé est représentée par un taux faible dans les trois registres.

Et la pathologie avérée, par un taux fort dans les trois.

Entre ces deux extrêmes, les scientifiques qui étudient le phénomène peuvent placer le curseur à des niveaux variables.

Ces différences de paramétrage sont probablement en cause dans la grande variabilité des chiffres de burn-out énoncés.

Si le chercheur se fixe comme critère un taux élevé pour seulement un critère sur les trois possibles, les résultats atteignent parfois des proportions de burn-out supérieures à 50 % de la population étudiée.

S’il exige des taux élevés pour les 3 critères, on trouve encore des chiffres importants mais sans doute plus réalistes, inférieurs à 10 %.

Quel que soit l’instrument de mesure, les soignants se montrent particulièrement touchés.

Déjà en 2007, dans l’étude que j’ai menée auprès de 10 000 médecins libéraux d’île-de-France (parmi les 24 000 recensés par l’Union régionale des médecins libéraux), 53 % d’entre eux se déclaraient menacés par le burn-out.

Le chiffre montait à 60,8 % pour les généralistes.

L’enquête nationale réalisée auprès de médecins et de pharmaciens hospitaliers par des chercheurs de l’hôpital parisien de l’Hôtel-Dieu, l’étude SESMAT, publiée en 2011, a montré une proportion de burn-out de 42,4 %.

7 % de burn-out chez les internes

Une étude nationale, menée en 2010 auprès de tous les étudiants internes en médecine générale, a suscité une forte participation (les deux tiers), permettant d’analyser 4 050 réponses sur un total de 6 349 internes.

Les résultats ont montré un fort épuisement émotionnel chez 16 % d’entre eux ; une forte dépersonnalisation chez 33,8 % ; un faible accomplissement personnel chez 38,9 %.

Les scores sur ces trois critères atteignaient le niveau fort chez 7 % de ces internes.

Rappelons que les médecins ont un risque de suicide 2,3 fois plus élevé que les autres professions, selon l’étude réalisée par le Dr Yves Léopold, publiée en 2008 dans la revue de formation médicale Le Concours médical.

Enfin une étude réalisée dans 12 pays européens et publiée en 2008 par une équipe britannique, l’étude EGPRN, a montré que l’intensité du burn-out chez les médecins généralistes n’est pas une particularité française.

Chez les praticiens interrogés, 43 % déclarent un fort épuisement émotionnel, 35 % une forte dépersonnalisation et 32 % une forte baisse de l’accomplissement personnel.

Au total, 12 % déclarent un score fort dans les trois dimensions.

Surtout, on observe des variations selon les pays, suggérant que le contexte national joue sur la santé mentale des médecins.

Et qu’en améliorant l’un, on peut améliorer l’autre.

Le bien-être des soignants, condition de la qualité des soins

Au-delà du risque pour les soignants eux-mêmes, le burn-out met en péril la qualité de leur travail et la sécurité des patients. Comme l’indique le sociologue canadien Jean Wallace dans une revue de la littérature scientifique, le bien-être des médecins est aussi une condition à la qualité des soins, malheureusement rarement retenu parmi les indicateurs surveillés par les autorités sanitaires.

Du burn-out des soignants peuvent découler des erreurs médicales, comme je le montre dans l’ouvrage

L’erreur médicale, le burn-out et le soignant (Springer).

La prévention des accidents médicaux passe, aussi, par la prévention de l’épuisement professionnel, à l’hôpital comme dans les cabinets de ville.

Il est trop tôt, encore, pour juger des résultats des initiatives prises récemment par le gouvernement à ce sujet.

Dans les suites du suicide du médecin à l’HEGP, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) s’est en effet vue confier une mission sur les « risques psychosociaux des personnels médicaux », qui a débouché en 2016 sur un volumineux rapport.

Un plan pour la qualité de vie au travail Dans la foulée, le 5 décembre 2016, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a exposé sa Stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail des soignants.

Avec un sous-titre éloquent, « prendre soin de ceux qui nous soignent ».

Après avoir exposé son plan pour l’hôpital, elle a détaillé le 21 mars les mesures prévues pour les professionnels de ville.

Mais le burn-out reste trop souvent réduit, actuellement, à la seule notion d’épuisement physique.

On le voit avant tout comme une immense fatigue face à la surcharge de travail, en oubliant ses dimensions émotionnelle et relationnelle.

Ces dernières sont pourtant celles qui donnent valeur et sens à l’activité professionnelle, en particulier chez les soignants.

Car l’exercice de la médecine clinique ne se conçoit pas sans humanité, sans désir d’aider le patient, donc sans une implication émotionnelle plus ou moins facile à doser.

En niant cet aspect du problème, le soignant épuisé risque de se mettre à considérer ses patients comme des objets et d’altérer, du même coup, son accomplissement personnel.

Il met ainsi en péril ce qui constitue l’essence même de son métier.

« Être un docteur et rester une personne », pour reprendre l’intitulé du colloque à venir, n’est pas une option ; c’est une nécessité.

« Prendre soin de ceux qui nous soignent » en est une autre, si les patients souhaitent être bien suivis et ainsi, se respecter eux-mêmes.

29 mars 2017, CEST Eric Galam

theconversation.com

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 20:36

Le Pr David Sinclair déclare avoir trouvé l'élixir de jouvence: le NMN, variante de la vitamine B3.

La pilule NMN pourrait être essentielle pour inverser les effets du vieillissement Il a été développé par le scientifique austrailien David Sinclair Il a passé deux décennies à enquêter sur la façon de «guérir» le vieillissement

La petite pilule rose dans ma paume ne me semble pas plus excitante qu'un Smartie.

Et pourtant, il représente l'aboutissement de siècles de luttes incessantes et de quêtes d'élixirs magiques.

Le scientifique australien qui l'a développé prédit que, dans les décennies à venir, les gens vont regarder en arrière sur sa création comme un moment aussi historiquement significatif que le premier vol des frères Wright.

Apparemment, il a l'air de popcorn salé, mais pour le bien de la forme, le professeur David Sinclair préférerait ne pas avaler cette petite dose de mononucléotide de nicotinamide, ou NMN - bien qu'il soit confiant que cela ne me nuirait pas.

Au contraire, le professeur Sinclair, l'un des plus grands experts mondiaux sur la science du vieillissement, croit que c'est la clé non seulement pour éviter le processus de vieillissement humain, mais aussi pour l'inverser.

Maintenant professeur de génétique à la Faculté de médecine de Harvard, il a passé deux décennies à enquêter sur la façon de «guérir» le vieillissement et estime que NMN est de loin la meilleure perspective de fournir la réponse.

Sa fontaine de jeunesse est en fait une variante spécialisée de la vitamine B3 qui se trouve dans de nombreux aliments, dont le brocoli, le concombre et l'avocat, qui aide nos cellules à réparer l'ADN endommagé.

Ce dernier est considéré comme une cause majeure du vieillissement naturel. Dans le corps, NMN est converti en un produit chimique apparenté appelé nicotinamide adenine dinucleotide (NAD), qui se trouve dans chaque cellule d'organismes vivants et est essentiel à la vie. NAD est crucial pour alimenter les sept gènes différents dans notre corps qui régissent le vieillissement. Cependant, nos niveaux de NAD diminuent d'environ 50% à mesure que nous vieillissons, désactivant les défenses du corps contre le vieillissement et les maladies liées à l'âge telles que le cancer, le diabète, les maladies cardiaques et la maladie d'Alzheimer.

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 08:17

Video intégrale :

https://youtu.be/3PkX8boc4RU

Pr Jean Bernard Fourtillan: actualisation des connaissances sur le système veille-sommeil de la glande pinéale .Rôle des 3 hormones.Valentonine.
Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 07:39

Gynéco sans successeur :

"les jeunes médecins ont une mentalité d'enfants gâtés"

Son annonce a fait le buzz.

Le Dr Bernadette Perrot, gynécologue dans une petite ville de Mayenne, cherche un successeur depuis un an et demi, en vain.

Pour appâter les jeunes, elle a décidé de céder sa patientèle et tout son matériel pour 1 euro.

"Assez de la grisaille urbaine ? Vous êtes gynécologue à la recherche de grands espaces? Situé à 40 km d'Angers environ, une patientèle créée depuis 30 ans avec passion et regroupant 4 générations de patientes recherche un nouveau gynécologue pour les écouter, les accompagner et les suivre.

L'équipement médical est également cédé pour 1EUR symbolique.

" Avec cette annonce parue sur le Bon coin le 22 mars dernier, le Dr Bernadette Perrot, installée en libéral depuis 32 ans à Château-Gontier (Mayenne), joue sa dernière carte.

A la fin de l'année, elle prendra sa retraite, à presque 70 ans.

"Les consultations s'arrêteront fin novembre. Les femmes vont être perdues.

Elles devront aller plus loin, dans les grandes villes où les tarifs sont prohibitifs, avec des consultations à plus de 60 euros.

Moi je suis en secteur 2, mais je ne prends que 10 euros de dépassement. Tout ce qui est technique, je le fais en secteur 1 et les échos je ne les côte pas."

"Aujourd'hui, les étudiants ne sont pas téméraires" Comment préserver l'accès aux soins de ses quelques 15.000 patientes après son départ en retraite ?

Un casse-tête que cette gynécologue passionnée tente de résoudre depuis un an et demi.

"J'ai passé des annonces dans la presse médicale et sur la plateforme de l'URPS-médecins Pays-de-la-Loire.

Je n'ai eu aucune touche… à part les agences immobilières, qui se sont dit qu'en tant que spécialiste médicale, je devais avoir une belle maison à vendre", se désole le Dr Perrot, qui a également tenté de contacter les chefs de cliniques des hôpitaux de la région, sans succès.

Château-Gontier, petite ville de 11.000 habitants, a bien du mal à rivaliser avec les hôpitaux d'Angers, du Mans et de Rennes. "La Mayenne paraît trop reculée, rurale… Pourtant on a le gaz, l'électricité et internet, ironise-t-elle.

On est à 1h10 de Paris avec la LGV, on a la mer à 2 heures. On a même du ski nautique à Château-Gontier !"

De la grisaille parisienne pour venir se mettre au vert avec son bébé de 4 mois, elle a bien du mal à comprendre les réticences des jeunes médecins.

"Aujourd'hui, les étudiants veulent rester près de leur fac, où ils se sont constitués leur réseau.

Je dis souvent en riant qu'ils ont un cordon ombilical très court et n'arrivent pas à le couper ! Ils ne sont pas téméraires: c'est au patient de venir à eux"

"Fatiguée"

Certes, les temps ont changé. Il n'est plus question pour un gynécologue libéral de tenir seul une maternité.

"Je pratiquais jusqu'à 500 accouchements par an.

Puis la DDAS m'a obligée à trouver un associé, qui est venu lui aussi de Paris.

Il est parti à la retraite il y a 3 ans, à 65 ans." Bien que plus âgée, Bernadette Perrot, elle, n'a guère ralenti l'allure.

"J'arrive au cabinet à 6h pour faire mon courrier et gérer les dossiers, puis je retourne chez moi faire mon sport et je démarre les consultations vers 9 heures, jusqu'à 19h-19h30." Soit "25 à 30" consultations par jour, contre "35 en moyenne" jusqu'il y a un an.

"J'ai ralenti, je commence à être un peu fatiguée.

Mais ça reste un rythme soutenu pour un spécialiste qui est obligé de faire se déshabiller ses patientes ; pas comme un ophtalmo, qui peut enchaîner jusqu'à 70 consultations par jour", souligne-t-elle.

En gynéco, les consultations durent en moyenne 15 à 20 minutes.

Le temps qu'il faut pour créer "une certaine intimité": "les femmes viennent pour une mycose et me parlent de vaginisme en fin de consultation."

Sa vie professionnelle a-t-elle empiété sur sa vie familiale ? "Je suis arrivée avec un bébé de 4 mois et j'ai tenu seule une maternité pendant plusieurs années", rétorque le Dr Perrot, admettant que sa vie sociale, en revanche, a pu en pâtir. A l'époque.

Depuis, la gynécologue a été élue à la communauté de communes, fait partie d'une troupe de spectacle, préside un club d'œnologie, est membre d'une association philosophique…

"Les jeunes font médecine pour gagner des sous" Bernadette Perrot l'admet volontiers : les "vieux" médecins comme elle en font "peut-être trop".

"Il y a sans doute un juste milieu à trouver… Les jeunes, eux, ne travaillent que 4 jours par semaine.

Ils ont un peu une mentalité d'enfants gâtés.

On a l'impression qu'ils font médecine pour avoir des sous et être considérés comme les rois des rois.

Mais c'est plus facile de faire médecine que polytechnique!

Qu'on arrête de déconner", lance-t-elle, concédant tout de même que le côté administratif est lourd à gérer et fait peur. Si la gynécologue se situe "en haut du panier" en termes de revenus, elle estime que même en travaillant moins et en cotant normalement, son successeur peut encore très bien gagner sa vie.

Pour cause, il serait le seul spécialiste à plus de 30km à la ronde. "On est plus que 3 dans toute la Mayenne.

" Les médecins responsables des déserts Les autres spécialités ne sont guère mieux loties. "8000 patients sont sans médecin traitant dans l'agglomération de Laval. Il n'y a pratiquement plus d'ophtalmo, les dentistes j'en parle même pas et les dermatos fondent comme neige au soleil. Il n'y a plus que deux pédiatres dans tout le département, et encore ils travaillent à mi-temps à l'hôpital", recense-t-elle, fustigeant l'inaction de l'ARS.

"On ne risque pas d'avoir un secours de ce côté-là. Leur politique semble de vouloir remplacer les libéraux par des salariés."

Bernadette Perrot juge aussi ses collègues responsables du désert qui, chaque année, semble gagner du terrain. "Ils cherchent même pas, ils dévissent la plaque.

" Alors, elle, a voulu "se remuer". "Avec mon annonce sur le Bon coin, j'ai fait le buzz.

Il y a plein d'articles et de reportages et j'ai déjà reçu plusieurs réponses", se félicite-t-elle. Il faut dire que l'offre est généreuse.

Pour 1 euro symbolique, Bernadette Perrot ne cède pas seulement sa patientèle, mais aussi son matériel : un échographe "pas vieux", une table électrique, un stérilisateur de sonde, un coloscope, un autoclave …. "Il y en a pour plusieurs dizaines de milliers d'euros.

De toute façon, il n'était pas question que j'en tire un sou : je comptais le donner à Gynécologie sans frontières.

En revanche, les murs m'appartiennent et je les donne pas. Il ne faut pas exagérer!"

Par Aveline Marques le 01-04-2017

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 07:28

Laboratoires d'analyses : trois syndicats de biologistes attaquent le géant Cerba en justice

Cerba assure que les biologistes restent en contrôle des laboratoires dans lesquels ils exercent, et restent, bien sûr, seuls décisionnaires en matière scientifique et médicale.

Trois syndicats professionnels ont assigné Cerba en justice, selon nos informations.

Ils accusent Cerba et de ne pas respecter l'indépendance des biologistes médicaux, censés détenir plus de 50% des droits de vote et du capital des laboratoires médicaux, en vertu de la loi.

Les syndicats des biologistes médicaux (professionnels de santé qui valident les résultats des analyses médicales) passent à l'attaque.

Mercredi 29 mars, les trois principales organisations, le Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM), le Syndicat des biologistes (SDB) et le Syndicat des laboratoires de biologie clinique (SLBC) ont délivré une assignation pour intenter un procès au Groupe Cerba Healthcare, géant du secteur des laboratoires d'examens spécialisés en biologie.

L'assignation a été déposée au Tribunal de grande instance de Pontoise.

La date de la plaidoirie n'a pour l'instant pas été déterminée.

Il s'agit d'une procédure civile.

Au milieu du mois de mars, le Syndicat des jeunes biologistes médicaux avait annoncé à La Tribune qu'il s'apprêtait à lancer une action en justice contre Cerba dans le cadre d'une opération de fusion (Cerba avec Lexobio).

Cette procédure n'a pas été enclenchée. D'une part, parce que la transaction en question n'a toujours pas été finalisée, et d'autre part parce que le syndicat veut aller beaucoup plus loin.

Selon le SJBM, les biologistes de Cerba ne seraient pas indépendants "Nous attaquons la structure même de la partie de Cerba qui gère les laboratoires de biologie médicale.

Nous estimons qu'il y a une fraude à la loi", expose à La Tribune Lionel Barrand, président du SJBM.

En clair, les plaignants considèrent que contrairement à ce que stipule la loi du 30 mai 2013 "portant réforme de la biologie médicale", les biologistes médicaux travaillant au sein de Cerba ne seraient pas indépendants.

"Dans le cadre de cette procédure, nous nous appuyons sur des document publics, pour juger qu'il y a une fraude à la loi.

On y retrouve précisément la manière dont est constitué le capital de Cerba et les mécanismes que la société utilise pour exercer son contrôle sur les biologistes", fait valoir Lionel Barrand Pour rappel, la loi du 30 mai 2013 stipule:

"Plus de la moitié du capital social et des droits de vote d'une société d'exercice libéral de biologistes médicaux doit être détenue [...] par des biologistes médicaux en exercice au sein de la société".

Elle dit en outre que des entités non-médicales ne peuvent détenir plus de 25% du capital et de droits votes.

"Les 25% sont un leurre", martèle François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes, contacté par La Tribune.

"Ces documents démontrent que le biologiste de base n'a plus rien à dire dans sa structure", accuse-t-il.

Un document de 468 pages Les plaignant s'appuient notamment sur un document de 468 pages adressé aux investisseurs dans le cadre d'une émission obligataire. Cerba y évoque les difficultés induites par la législation française et les facteurs de risques que cela génère.

La société détaille également des mécanismes pour ne pas perdre la main sur les activités de biologie médicale en France, tout en en assurant se conformer à la loi.

Les syndicats de biologistes y voient une "ambiguïté" plus que suspecte. Page 19, par exemple, Cerba évoque des "accords passés entre les actionnaires des filiales et les biologistes travaillant dans celles-ci" françaises et des "droits de veto pour les actionnaires dans les filiales" et "un contrôle sur les décisions importantes".

Cerba précise toutefois qu'il "n'exerce pas de contrôle par le biais de ses actionnaires sur les laboratoires eux-mêmes", puisque les biologistes médicaux détiennent la majorité des droits de vote et de capital, conformément aux dispositions légales.

Cerba note Jean Philipp, président du SLBC, partie prenante de la procédure, interrogé par La Tribune, assure que ce n'est pas le seul problème.

La loi stipule que "le laboratoire doit comporter un nombre de biologistes au moins égal au nombre de sites qu'il a créés", mais nous avons recueilli "des témoignages de délégués salariés qui n'ont plus de biologiste sur leur 'site' repris par cette 'Biologie financière'".

Les syndicats de biologistes s'attaque au moteur de croissance de Cerba

Avec cette procédure, les trois syndicats de biologistes ont plusieurs objectifs.

Ils veulent stopper net les opérations de fusion de Cerba en France.

"Si nous gagnons, tant que Cerba ne se conformera pas à la loi, il ne pourra plus effectuer de fusions-acquisitions", lance Lionel Barrand. Il s'agit du cœur de la stratégie de Cerba healthcare.

Le groupe a multiplié les fusions ces dernières années, une dizaine au total (Ketterthill en 2011, Novescia en 2015, JSBIO en 2014).

En 2010, au moment ou PAI Partners a pris le contrôle de la société, Cerba réalisait "seulement" 250 millions d'euros de chiffre d'affaires.

En 2014, son chiffre d'affaires passe à 605 millions d'euros.

En 2016, il grimpe à 630 millions d'euros.

Le laboratoire de biologie médicale spécialisée créée en 1967 a réussi à devenir le leader européen du secteur.

Les trois syndicats "espèrent également que Cerba rendra l'indépendance et les droits aux biologistes, y compris pour les fusions-acquisitions antérieures à 2013", ajoute Lionel Barrand.

Période délicate pour Cerba

Cette procédure judiciaire est déclenchée à un moment clé pour le géant de la biologie médicale.

PAI PArtners, qui avait racheté Cerba en 2010 pour 500 millions d'euros, s'apprête à finaliser une cession de 1,8 milliard d'euros aux fonds PSP et Partners Group qu'il a annoncée fin janvier.

Cerba est toutefois serein et sûr de respecter la législation.

Interrogée par La Tribune à la mi-mars, la direction générale de Cerba assure que les biologistes "restent en contrôle des laboratoires dans lesquels ils exercent, et restent, bien sûr, seuls décisionnaires en matière scientifique et médicale" et certifie que les "actionnaires financiers ne sont aucunement présents dans les sociétés de laboratoire".

Cerba explique en outre n'avoir "jamais eu aucun problème à se conformer avec ces règles".

Les acquisitions "menées avant comme après l'entrée en vigueur de la loi de 2013 l'ont toujours été dans le plus strict respect des règles applicables.

Les transactions n'ont jamais connu aucun blocage, si ce n'est de façon très occasionnelle en raison des problèmes d'interprétation liés à l'empilement des textes, et qui se sont toujours résolus dans le sens préconisé par Cerba".

JEAN-YVES PAILLÉ

Jean-Yves Paillé @JeanYvesPaille

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 06:30

Le centre hospitalier de Pau vient de se doter d'un nouvel équipement de pointe permettant l'ablation tumorale par micro-ondes.

Hier, l'équipe du docteur Olivier Bonnefoy, du service radiologie interventionnelle de l'hôpital de Pau a pratiqué sa vingtième destruction tumorale grâce à une toute nouvelle technique.

L'ablathermie par micro-ondes, ici pratiquée sur un patient de 51 ans atteint d'un cancer primitif du foie, lui a évité un traitement par chimiothérapie.

Très efficace et peu invasif, ce procédé non chirurgical s'ajoute à la liste des dispositifs de traitement du cancer guidés par l'image déjà existants à l'hôpital de Pau.

« Seuls trois grands centres anticancéreux l'ont développé : l'Institut Gustave-Roussy à Villejuif, le CHU de Strasbourg et l'Institut Bergonié à Bordeaux », indique le directeur Christophe Gautier.

Cette technique italienne - dont l'autorisation de mise sur le marché français a été délivrée il y a un an - affiche des résultats très satisfaisants et a fait l'objet de plusieurs publications dans des revues médicales.

« Tous les CHU de l'Hexagone devraient en être équipés très vite », ajoute-t-il.

Plus de patients pourront être pris en charge « Griller » une tumeur cancéreuse grâce à la radiofréquence, n'est pas une technique nouvelle.

Elle existe en France depuis une dizaine d'années, mais elle se limite aux tumeurs de moins de 3 cm et n'est pas pertinente sur des zones proches de vaisseaux sanguins.

Ce nouvel équipement résout ces deux problèmes, tout en réduisant de moitié le temps d'intervention.

En utilisant les micro-ondes, on peut agir pour un plus grand nombre de tumeurs : celles de 3 à 7 cm et/ou situées près d'une zone vascularisée.

Pour ces cas-là, seule la chimiothérapie et la chirurgie étaient proposées. Soit un cas sur deux de cancer.

Nécrose complète de la tumeur

Cette technique permet donc en 10 minutes maximum de détruire physiquement le tissu tumoral.

C'est un radiologue et non un chirurgien qui effectue les gestes salvateurs.

Tout d'abord, une fine aiguille de 1,5 mm est enfoncée dans le corps du patient et traverse la tumeur de part en part.

Cette sonde est reliée à un générateur qui envoie des micro-ondes (jusqu'à 120 watts de puissance) chauffant les molécules d'eau des tissus cancéreux.

La température peu atteindre 80 °C et nécrose totalement la zone.

Puis le radiologue place le patient dans le scanner afin de bien vérifier le succès de l'opération.

« En agissant ainsi, on peut voir tout de suite s'il reste des tissus cancéreux, en général, ça n'est pas le cas car nous prenons bien soin d'agir sur une zone un peu plus grande que la tumeur.

Cette technique très peu invasive nous permet de recommencer immédiatement si besoin est et de traiter plusieurs tumeurs à la suite », explique le docteur Olivier Bonnefoy.

De plus en plus de cancers concernés

Déjà pratiquée sur environ 600 patients en Italie, cette technique est proposée dans les cas de cancers du poumon, du rein, de l'os, du foie et va se développer à terme pour les cancers de la thyroïde, du sein et de l'utérus.

Une seule maladie non-cancéreuse peut être traitée par cette technique : l'ostéome ostéoïde.

Au total l'intervention dure moins d'une heure.

Le patient reste tout de même une nuit en observation et retourne chez lui le lendemain matin.

===> Le chiffre 20.

C'est le nombre d'interventions qui ont déjà été effectuées à l'hôpital de Pau grâce à cette nouvelle technique appelée ablathermie par micro-ondes, disponible à Pau depuis le mois d'août 2010.

==> 100 % de nécrose complète.

Sur les dix-neuf cas déjà traités au centre hospitalier de Pau, la totalité des tumeurs ont présenté une nécrose complète après l'intervention par ablathermie.

Le patient le plus âgé avait 80 ans.

200 cas par an. Le service de radiologie interventionnelle du docteur Bonnefoy n'utilise bien sûr pas que cette technique et traite 200 cas de cancer chaque année. 1 818 patients hospitalisés.

En 2010, le centre hospitalier de Pau comptait 1 818 patients hospitalisés atteints d'un cancer.

Ce chiffre est en constante augmentation puisqu'ils étaient 1 691 en 2008 et 1 749 en 2009.

© larepubliquedespyrenees.fr 2017

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 06:17

Le venin de la blennie, un petit poisson des récifs coralliens du Pacifique, pourrait donner naissance à une nouvelle classe d'antidouleur grâce à sa composition unique, estiment des scientifiques australiens et britanniques.

Pour ses prédateurs, le Meiacanthus est un bien plus gros morceau à avaler que ne le laisse croire sa taille de 4 à 7 centimètres et son comportement craintif.

Si l'on tente de l'avaler, la blennie plante deux larges crocs rainurés situés sur sa mâchoire inférieure et injecte son venin.

Il paralyse momentanément l'attaquant mais sans douleur, contrairement aux effets produits par les autres venins connus.

"Ces poissons sont les plus intéressants que j'ai jamais étudiés et ont un venin qui est le plus surprenant de tous les venins connus", explique Bryan Fry, professeur à l'Université de Queensland, un des principaux auteurs de cette découverte publiée dans la dernière livraison jeudi de la revue américaine Current Biology.

"Les peptides contenus dans ce venin agissent comme de l'héroïne ou de la morphine, supprimant la douleur", explique le chercheur, ajoutant que "ce venin est chimiquement unique".

Une analyse a montré qu'il était formé de trois composants: un neuropeptide trouvé dans le venin d'escargot de mer, une enzyme similaire à celle du venin de scorpion et un composé de l'opium.

Les souris de laboratoire à qui on a injecté du venin de blennie n'ont montré aucun signe de douleur ce qui a totalement surpris ces chercheurs.

En général, les morsures de serpent ou les piqûres de raie provoquent immédiatement une douleur intense.

Cela pourrait expliquer que les poissons mordus par une blennie deviennent très lents dans leurs mouvements et apparemment désorientés.

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 19:50

Cuve de l'EPR de Flamanville : l'incroyable légèreté d'Areva et EDF

Publié le vendredi 31 mars 2017 par Sylvain Tronchet

 

La forge du Creusot est dans le collimateur de l'industrie nucléaire pour avoir fabriqué des pièces douteuses.

 

Des documents prouvent qu'EDF et Areva étaient alertées dès 2005.

 

Jamais l'industrie nucléaire française n'avait connu un tel scandale.

Et cette affaire qui remet en cause toute la chaîne de contrôle d'une filière déjà ébranlée par la catastrophe de Fukushima.

La forge du Creusot a fourni des pièces non conformes à la réglementation à plusieurs centrales.

Parmi elles, la cuve de l'EPR de Flamanville qui attend toujours d'être validée par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Pourtant, deux documents obtenus par France Inter, et plusieurs témoignages démontrent qu'EDF et Areva avaient été alertées dès 2005 des dysfonctionnements de cette usine.

Malgré cela, les deux industriels ont continué à lui confier des fabrications sensibles.

La forge du Creusot est un morceau de l'histoire de la sidérurgie française.

Installée depuis le XVIIIe siècle au cœur de la cité bourguignonne, elle a fabriqué des centaines de pièces qui ont équipé depuis les années 1960 les centrales nucléaires du monde entier. Mais elle a aussi connu une histoire récente mouvementée.

Emportée dans la tourmente de la faillite de Creusot Loire en 1984, l'usine a failli disparaître plusieurs fois.

En 2003, elle tombe dans l'escarcelle d'un homme d'affaires : Michel-Yves Bolloré.

Le frère aîné de Vincent (qui a refusé de répondre à nos questions) n'est pas à proprement parler passionné par la sidérurgie, témoigne René Dumont, qui dirigeait la forge à l'époque : L'objectif de Bolloré était financier, il n'était pas spécialement technique.

Je n'ai pas pu lui faire parler de stratégie industrielle.

De nombreux cadres désertent alors la forge. Au Creusot, on voit arriver de nouveaux sous-traitants, qui ne connaissent pas toujours bien le métier.

L'usine connaît alors de nombreux problèmes de fabrication : pièces rebutées, suivi de la qualité défaillant... Comme l'ont déjà révélé nos confrères de l'Obs (article abonnés), les bâtiments sont mal entretenus et la forge s'éloigne peu à peu des standards extrêmement élevés requis par le nucléaire.

Or, Areva et EDF étaient informés de cette situation.

En témoignent deux courriers de l'ASN à l'électricien, jamais publiés jusqu'à aujourd'hui.

Le premier remonte au 16 décembre 2005, presqu'un an avant la fabrication des éléments de la cuve de l'EPR.

Il pointe du doigt les problèmes de qualité que rencontre le site bourguignon. Lettre de l'ASN à EDF Lettre de l'ASN à EDF © DR Le 16 mai 2006, l'Autorité insiste auprès d'EDF : "En 2005, les fabrications (...) du forgeron Creusot Forge ont été émaillées de nombreux incidents : nombre de rebuts importants, écarts constatés au cours des inspections (...)".

Lettres de l'ASN avertissant EDF des problèmes de Creusot Forge en 2005 et 2006 : L'alerte est claire. Et suffisamment sérieuse pour que le patron de l'ASN de l'époque, André-Claude Lacoste se rende en personne au Creusot.

Il nous a confirmé être revenu "effondré" par ce qu'il avait constaté : l'usine n'est pas au niveau. De retour à Paris, il prévient Areva : Votre fournisseur a de gros problèmes, changez-en ou rachetez-le !

Areva rachète donc l'usine et son atelier de mécanique à Michel-Yves Bolloré pour la somme astronomique de 170 millions d'euros.

Les deux sites lui avaient coûté environ 800 000€ trois ans plus tôt.

Au moment du rachat, la décision est déjà prise : le Creusot forgera le fond et le couvercle de la cuve de l'EPR de Flamanville.

Pourtant, "toutes les expertises qui sont intervenues après, concluent qu'à cet instant précis les usines du Creusot n'avaient pas la capacité nécessaire à la réalisation de ces pièces" s'étonne Jean-François Victor, un ancien proche de Bolloré dans cette affaire.

EDF admet pourtant avoir identifié des problèmes de qualité sur le site creusotin à l'époque. Comme chez Areva, on affirme avoir pris en compte les avertissements de l'ASN.

Pourtant, d'après nos informations, la vraie réforme des procédures qualité sur le site n'intervient qu'en 2012. Et il n'est pas sûr qu'elle ait changé la donne.

Plusieurs témoins nous ont confirmé que la culture de la sûreté laissait à désirer à la forge, jusqu'à une période récente.

Christian de Mezieres, technicien de maintenance, vieux de la vieille du nucléaire, y est arrivé il y a 5 ans : "Je n'ai pas retrouvé la culture que j'avais connue dans les autres entités Areva. Quand on faisait de la maintenance en milieu irradié, c'était clair et précis. Il y avait des contrôleurs pour chaque opération. Ici, non."

Jean-Luc Mercier, délégué CGT de la forge, estime même qu'Areva a contribué à la dégradation de l'assurance-qualité sur le site : "il y a quelques années, s'il le fallait, on arrêtait une machine pendant un jour ou deux, on vérifiait si les pièces étaient bonnes et on demandait les autorisations avant de poursuivre. Aujourd'hui, on essaie de faire tourner les machines 8h/8 et on ne se pose pas la question de savoir si on peut mettre en danger la qualité de nos pièces."

Les éléments de la cuve de l'EPR à peine sortis de la forge, l'ASN s'inquiète.

Dès août 2006, elle écrit à Areva pour lui demander de démontrer que les deux pièces sont bien conformes à la réglementation.

Pendant près de 7 ans, les échanges de courrier se succèdent, mais aucune analyse n'est pratiquée.

Le 24 janvier 2014, la cuve, qui est arrivée sur le chantier de Flamanville, est posée dans le bâtiment réacteur.

Neuf mois plus tard, le verdict tombe. Areva a enfin fait des tests. Ils sont négatifs : le fond et le couvercle présentent des anomalies.

Dans le jargon des sidérurgistes, on appelle cela des "ségrégations carbone". "L'acier de la cuve doit normalement contenir 0,2% de carbone, explique Yves Marignac, expert du secteur nucléaire.

Là, c'est une concentration de plutôt 0,3%, ça suffit pour modifier les propriétés mécaniques de l'acier et en particulier pour influencer la température à laquelle il devient moins souple et plus cassant." Ennuyeux, lorsque l'on sait que le scénario de rupture de la cuve n'existe pas dans le nucléaire.

Il n'y a pas de plan B en cas d'accident de ce type. Thierry Charles de l'IRSN, qui a examiné le dossier confirme : "on a un matériau dont la composition n'est pas celle attendue, et dont on peut craindre la rupture lorsqu'il va être soumis aux conditions de pression et de température qu'il va subir dans le réacteur."

Areva a refait ses calculs : la cuve est bonne pour le service malgré ses défauts, affirme l'industriel. L'ASN décidera, en septembre prochain probablement, si elle valide cette démonstration.

Mais dès qu'elle a appris l'existence de défauts sur la cuve, elle a demandé un audit complet de l'usine du Creusot. Areva traîne des pieds, fournit un premier rapport, "totalement creux" d'après un proche du dossier.

L'ASN se fâche, exige une revue complète de l'usine. Areva s'exécute. En mai 2016, les conclusions tombent, invraisemblables : des pièces non conformes ont été livrées à l'industrie nucléaire et, dans certains cas, les dossiers de fabrication ont été falsifiés de façon à le dissimuler au client. A l'ASN, le directeur général adjoint, Julien Collet, se souvient de sa stupeur quand il a réalisé ce qui se passait au Creusot : "ces pratiques sont dans un écart tel avec ce qu'on attend d'un fournisseur de ce niveau, qu'on a presque du mal à y croire.

On ne s'attendait pas à observer de telles déviances." Parmi ces "déviances", la plus problématique concerne un générateur de vapeur, fabriqué en 2008, et installé sur le réacteur 2 de la centrale de Fessenheim en 2012.

Lors de sa fabrication, la pièce est sortie trop courte de la forge. Il était impossible d'en couper les extrémités pour éliminer les impuretés qui s'accumulent à chaque bout, une phase essentielle dans cette industrie.

La pièce aurait dû être rebutée. Mais il a été décidé de la livrer quand même à EDF (voir document ci-dessous) sans prévenir l'électricien de ce "défaut" potentiellement grave sur un équipement aussi sensible.

Une enquête préliminaire est ouverte et plusieurs associations ont porté plainte contre EDF et Areva, notamment pour usage de faux et mise en danger délibérée de la vie d'autrui.

"Fiche Incident Qualité" de la centrale de Fessenheim "Fiche Incident Qualité" de la centrale de Fessenheim

Comment le leader mondial du nucléaire a-t-il pu tolérer de telles méthodes sur l'un de ses sites ?

Quand on lui pose la question, David Emond, directeur général d'Areva NP masque à peine son embarras : "Ces pratiques existaient depuis des décennies. Elles sont inacceptables d'un point de vue culture de la sûreté et de l'assurance de la qualité. Dans cette usine, on n'a pas eu cette culture sur toute la période."

Areva aurait donc été victime de "traditions locales", remontant à bien avant son rachat du site.

L'argument fait hurler l'ancien directeur de la forge, René Dumont : "accuser les gens qui ont fait vivre cette forge pendant des décennies, qui ont fourni des tas de pièces dans le monde, d'avoir mis en place un système basé sur la magouille et la falsification, c'est de la calomnie. C'est surtout, je pense, le désir de camoufler ses propres manquements."

De fait, lorsqu'on examine les falsifications les plus graves, celles qui auraient pu avoir un vrai impact du point de la sûreté nucléaire sont toutes relativement récentes et datent de l'époque Areva.

Devant l'ampleur du désastre, l'entreprise est en train de reprendre tous les dossiers de fabrication de la forge depuis les débuts de l'industrie nucléaire. Un travail de titan : quatre millions de pages à examiner.

Un audit mené sous la responsabilité... d'Areva.

Cyrille Cormier, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace s'étrangle : "comment avoir confiance en Areva là-dessus ?

On peut craindre que de cet audit ne ressorte finalement que peu de choses par rapport à la réalité des défauts de production de l'usine." On peut effectivement en douter.

En décembre dernier, une équipe d'inspecteurs internationaux a débarqué au Creusot.

Nous nous sommes procuré le rapport de l’ONR, l’autorité de sûreté britannique (document ci-dessous).

Il est dévastateur pour l’industriel français. L’expert nucléaire anglais Paul Dorfman avoue qu’il a « rarement vu l’ONR aussi sévère dans un rapport ».

On y apprend notamment que les visiteurs étrangers ont repéré que les techniciens d'Areva continuaient à corriger leurs rapports avec du fluide correcteur blanc.

Une pratique bannie dans le nucléaire, où l'on doit toujours avoir l'historique des modifications, que ni les auditeurs d'Areva, ni ceux d'EDF qui étaient passés avant, n'avaient noté.

Surtout, les inspecteurs doutent que les mesures prises par Areva pour remettre l’usine dans le droit chemin seront suffisantes.

Et ils suggèrent qu’EDF se tourne vers un autre fournisseur pour le projet de construction de deux EPR à Hinkley Point.

Une perspective catastrophique pour la forge du Creusot.

Lors d’une visite sur le site en mai dernier, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, estimait qu’il y aurait « plusieurs centaines de licenciements » sur place si l’usine n’obtenait pas le marché anglais.

Rapport d'inspection de Creusot Forge par l'Autorité de sûreté britannique :

Cette affaire pourrait donc être fatale pour une partie de la filière nucléaire française.

Notamment parce qu'elle remet en cause un principe de la chaîne de contrôle : en France, c'est l'industriel qui déclare ses problèmes, l'autorité de sûreté compte sur son "honnêteté".

A l'ASN, le directeur général adjoint Julien Collet, admet que le dossier Creusot Forge change la donne : "on a un opérateur qui n'est pas dans une logique d'identification et de traçabilité de ses écarts comme ça devrait être le cas, mais qui est dans une logique où on préfère cacher les anomalies, les mettre sous le tapis.

Ça interroge vraiment la manière dont nos inspecteurs doivent mener leurs investigations. Il faut qu'on complète notre arsenal".

L'autorité de sûreté n'a pas de vrais pouvoirs d'investigation, et surtout, pour Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien du CEA (Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives), elle manque de moyens : "l"ASN doit surveiller 58 réacteurs, les chantiers type EPR et ITER, les usines du combustible, de retraitement, d'enrichissement, toute la médecine basée sur les rayons...

Et ils sont à peu près 400.

A partir du moment où on s'est aperçu que tout ce système déclaratif n'était pas très fiable, ça veut dire qu'il faut des contrôles beaucoup plus forts.

Pour ça, il faut des gens." Reste cette question, toujours en suspens : pourquoi avoir confié la réalisation de la cuve de l'EPR à un site industriel aussi éloigné des standards habituels du nucléaire ?

Cyrille Cormier de Greenpeace a son idée : "on a pris une décision sur la base d'une dissimulation d'informations, parce que si on savait, à l'époque, que Creusot-Forge ne serait pas en capacité de produire des pièces pour un EPR à Flamanville, peut-être que l'utilité de construire cet EPR aurait été questionnée à nouveau.

On n'était pas en mesure d'avoir un industriel français capable de fournir des pièces, et peut-être que l'intérêt de l'EPR qui visait à avoir un produit français aurait été remis en cause." Des propos qui résonnent étrangement avec cette explication qu'EDF nous a livrée :

"le gouvernement français et EDF partageaient en 2006 l’intérêt de garder la filière française opérationnelle en France. Avec le renouveau du nucléaire qui se profilait à ce moment-là, EDF a souhaité renforcer des moyens de production en France pour mieux maîtriser sa capacité de réalisation de projets industriels".

Le patriotisme économique pouvait-il justifier une telle légèreté ?

Enquête Secrets d'Info de Sylvain Tronchet.

 

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article
30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 18:07

SORTIE DE NOTRE NOUVEAU LIVRE sur l’alimentation méditerranéenne

Janvier 2015 : nous publions un nouveau livre aux Éditions Terre Vivante (une maison d’édition pionnière dans la catégorie « livres écolos pratiques« ) avec le titre :

LE NOUVEAU RÉGIME MÉDITERRANÉEN   Pour protéger sa santé et la planète

Livre : Le nouveau régime méditerranéen

Ce ne fut pas facile ; car nous avons essayé de concilier plusieurs approches : celle consistant à expliquer qu’il est essentiel pour protéger sa santé d’adopter un « modèle alimentaire » et celle expliquant que les aliments proposés aujourd’hui à la majorité des consommateurs sont de pauvre qualité nutritionnelle et trop souvent « contaminés »…

En d’autres termes, il ne suffit plus de manger « méditerranéen » et il ne suffit pas de manger « bio »… Il faut les deux !

Et on peut faire encore mieux. C’est-à-dire plus que « bio » plus « méditerranéen » ; car dans ce contexte, 1 + 1 fait plus que 2 !

Sur une bonne base scientifique !

Ainsi donc, en plus de décrire le modèle alimentaire méditerranéen traditionnel, nous avons essayé (par l’analyse des groupes alimentaires, chapitre après chapitre) de montrer comment on pouvait adapter le modèle aux consommateurs et conditions d’existence modernes.

Ce faisant, nous espérons répondre à deux exigences : satisfaire les petits budgets et satisfaire nos légitimes questions environnementales !

Dit plus simplement, en protégeant notre santé, nous contribuons à protéger la planète !

Inutile de dire que nous attendons des réactions ; elles sont toutes les bienvenues, y compris les plus hostiles.

Nous pensons en effet que la crise sociétale que nous traversons [et les derniers évènements "Charlie" n'en sont probablement que les prémisses ; ou de petites escarmouches avant la grande bataille qui se prépare] requiert quelques réponses préliminaires et anticipations. Nos lecteurs constaterons qu’avant même les « évènements Charlie », nous parlions d’une nécessaire Révolution.

Ce dont je parle ici (escarmouches) n’a rien à voir avec les espèces de minables « guerre de religion » qui ne sont que des prétextes pour retarder les moments de verdict.

Et quand je parle de Révolution ce n’est pas de celle du type « Grand soir » évidemment ; mais « autre chose » que nous allons devoir inventer, pour sortir de l’ornière où nous sommes ; et tous ensemble ! Mais ça ne se fera pas tout seul, désolé, va falloir bouger ; et donc secouer (un peu) quelques gougeas et nantis qui se satisfont du statu quo.

Debout, jeunesses, sauvez-nous !

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
commenter cet article
30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 18:00

STATINES ET CHOLESTEROL : ILLUSIONS SCIENTIFIQUES ET MEDICALES

Les statines sont des médicaments qui abaissent le cholestérol du sang. Sont-ils utiles pour empêcher l’infarctus et diminuer la mortalité cardiovasculaire ?

Ce texte vise à éclairer les lecteurs pressés sur ces deux points.

Rien ne peut remplacer toutefois la lecture attentive de mes deux livres sur « l’innocence du cholestérol » et sur « cholestérol, mensonges et propagande ».

INTRODUCTION

Les statines sont des médicaments qui abaissent le cholestérol du sang.


Ce sont des médicaments très efficaces, très supérieurs à tout ce que l’on a connu auparavant comme régimes ou médicaments anti-cholestérol.


Ils représentent désormais un des plus gros chiffres d’affaire de l’industrie pharmaceutique avec près de 7 millions d’utilisateurs plus ou moins réguliers rien qu’en France.

Plus prosaïquement, ils sont responsables à eux seuls d’un déficit d’environ un milliard d’euros par an de l’Assurance Maladie.


Ces médicaments anti-cholestérol soulèvent deux importantes questions:


premièrement, est-ce que leur puissance anti-cholestérol se traduit effectivement par une diminution du risque de mourir d’une crise cardiaque ou de faire un infarctus du myocarde ?


Deuxièmement, y a-t-il un prix à payer sous forme d’effet toxique, en parallèle à cette diminution du cholestérol ?


En d’autres termes, les statines sont-elles bien tolérées ?


Ce texte vise, après quelques généralités, à répondre simplement et brièvement à ces deux questions.

GENERALITES.


Les statines agissent sur le cholestérol par un mécanisme biologique clairement identifié : blocage partiel du système enzymatique qui gouverne la synthèse du cholestérol dans nos cellules, notamment au niveau du foie.


Il y a en effet deux sources de cholestérol : le cholestérol de l’alimentation – qui ne joue aucun rôle sur le niveau de cholestérol dans le sang – et le cholestérol que nos cellules fabriquent elles-mêmes en fonction de leurs besoins.


Toutes nos cellules sont capables de synthétiser le cholestérol car elles ont toutes besoin de cholestérol pour structurer leurs membranes, et avoir une fonctionnalité optimale.


Mais certaines cellules ont besoin de plus de cholestérol que leurs besoins propres car, à partir du cholestérol, elles fabriquent des substances très importantes pour notre physiologie générale.


Elles exportent ensuite ces substances vers d’autres cellules.

Par exemple, les ovaires et les testicules fabriquent les hormones sexuelles – indispensables à la reproduction, donc à la survie de l’espèce – à partir du cholestérol. Aussi à partir du cholestérol, les glandes surrénales fabriquent les stéroïdes, ou hormones du stress, indispensables, par exemple, pour échapper aux prédateurs ou bien pour chasser le gibier et se nourrir (et encore survivre).


Pour ces raisons, le cholestérol fait l’objet d’un transport permanent dans le sang des organes producteurs de cholestérol – notamment le foie – vers les organes gros utilisateurs du cholestérol, par exemple les glandes sexuelles.

Le cholestérol mesuré lors de la prise de sang ne renseigne donc que sur le transport sanguin du cholestérol, et pas du tout sur son rôle physiologique.

Ce sont des lipoprotéines – des complexes moléculaires – qui assurent ce trafic sanguin du cholestérol.

La principale lipoprotéine est appelée LDL, de l’anglais Low Density Lipoprotein.
Le cholestérol est livré aux organes qui en ont besoin via un système de récepteurs appelés LDL-récepteur.


Les statines diminuent la synthèse du cholestérol essentiellement dans le foie, le principal organe producteur.

Information cruciale donc : le cholestérol est une molécule indispensable à la vie de nos cellules et aussi indispensable à notre santé.

Vouloir à tous prix, ou espérer inconsidérément, avoir un cholestérol bas ou très bas – ou le plus bas possible comme disent certains médecins inconscients ou victimes du marketing de l’industrie pharmaceutique – ne relève d’aucune rationalité scientifique.


De plus, comme je l’explique longuement dans mes livres, le cholestérol est innocent de tous les maux qui lui sont attribués – ce qui fait l’objet de la deuxième partie de ce texte.


Manquer de cholestérol, y compris de façon relative, peut avoir de graves conséquences pour notre santé et c’est l’objet de la troisième partie de ce texte.


Auparavant, il faut rappeler ce qu’est un déficit sévère et spontané en cholestérol, c’est-à-dire en l’absence de tout médicament ou régime anti-cholestérol.


Le plus fréquent de ces syndromes héréditaires est le Syndrome de Smith-Lemli-Opitz.


Ce syndrome nous apprend beaucoup et montre, en dehors de toute toxicité médicamenteuse, quelles sont les conséquences d’un cholestérol bas ou très bas.

Ce syndrome est relativement fréquent, environ 1 cas pour 5000 naissances, en ne tenant compte que des cas très sévères détectés à la naissance du fait d’anomalies morphologiques.

Les cas “bénins” sont probablement beaucoup plus fréquents. Dans ce cas, les manifestations infectieuses (faiblesse du système immunitaire) et psychiatriques – autisme, suicide, délinquance – sont au premier plan.


Ce tableau clinique rappelle les données épidémiologiques concernant la relation entre le cholestérol et l’espérance de vie à l’âge adulte : en bref, les sujets avec un cholestérol bas ont une espérance de vie diminuée par rapport à ceux qui ont un cholestérol dit normal ou modérément élevé (selon les nouvelles normes).


Les causes des décès associés à un cholestérol bas sont essentiellement des morts violentes (accidents et suicides) et des cancers.


Il nous reste certes beaucoup à apprendre sur ce syndrome mais il est urgent que les médecins et le public soient informés de ces notions médicales cruciales afin que l’actuel délire concernant l’absolue nécessité de diminuer le cholestérol cesse rapidement.

 

ABAISSER SON CHOLESTEROL EST-IL BON POUR LA SANTE ?

 

Cette question fait l’objet de nombreuses discussions et polémiques parmi les experts depuis environ 50 ans, comme raconté dans deux livres récents (ci-dessous) en français.


Michel de Lorgeril. “Cholestérol, mensonges et propagande” Editions Souccar, 2008.


Michel de Lorgeril. “Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent ” Editions Souccar, 2007.


L’idée qu’il faille avoir un cholestérol bas pour être en bonne santé est basée sur la théorie du cholestérol qui dit de façon schématique : plus on diminue le cholestérol et plus on diminue le risque d’avoir un infarctus.


Et aussi : plus le risque d’avoir un infarctus est élevé et plus la diminution du cholestérol est efficace pour l’empêcher.


Un examen lucide de cette théorie montre qu’elle ne tient pas debout scientifiquement, tout simplement.


En fait, la seule manière de montrer sans ambigüité que diminuer le cholestérol est bon pour notre santé, c’est de faire des essais cliniques avec un tirage au sort et constitution d’un groupe expérimental. Les patients dans ce groupe reçoivent le médicament et sont comparés à un groupe témoin qui reçoit un placebo.


Les autres études – chez l’animal, dans des tubes à essai ou chez l’homme mais sans tirage au sort – ne permettent pas de conclusions.


En particulier, les études épidémiologiques montrant une relation entre cholestérol et risque d’infarctus du myocarde ont une très faible validité scientifique (voir les livres cités ci-dessus).

Cette évidence a été parfaitement comprise par l’industrie pharmaceutique et ses alliés qui depuis quelques années basent l’intégralité de leur marketing sur les essais cliniques.

Malheureusement, il est devenu clair que des essais cliniques conduits par des sponsors souhaitant que – c’est la notion de conflit d’intérêt – les résultats soient favorables au produit n’ont pas de valeur scientifique car ils sont contaminés par des biais méthodologiques.


Ceux-ci sont souvent manifestes pour des investigateurs expérimentés mais difficiles à détecter par les médecins, y compris les universitaires, qui tombent souvent dans ces pièges grossiers du marketing.


Aujourd’hui, de plus en plus de voix se font entendre pour dire que la majorité des essais cliniques testant les statines, notamment ceux présentant des résultats spectaculaires en faveur des statines, sont massivement biaisés.


Comme raconté dans les livres cités ci-dessus, il y a eu environ 25 essais cliniques testant une des statines commercialisées.

Quand les essais publiés sont favorables au produit testé, tout observateur impartial ne peut manquer de constater que :

1) ils font l’objet d’un marketing intensif auprès des médecins ;

2) ils présentent très souvent des défauts techniques rendant extrêmement douteux leur validité;

3) ces défauts techniques sont plus ou moins masqués rendant leur identification difficile par des médecins peu experts en statistiques.

Parmi les mises en scènes les plus caricaturales, on notera celles concernant les effets des statines dans :


1) l’insuffisance cardiaque,


2) l’insuffisance rénale,


3) le diabète,


4) la prévention des accidents vasculaires cérébraux,


5) la protection des patients avec une pathologie aortique.

Certains experts remettent également en cause l’efficacité des statines dans diverses autres circonstances, notamment chez les seniors (les plus de 70 ans pour faire simple), les femmes (quelque soit l’âge et la pathologie sous-jacente) et les enfants.


Comme il est impossible de faire un bilan des essais avec des statines dans un court texte, on va décrire, à titre d’illustration, un exemple récent : l’étude JUPITER.


JUPITER est le nom d’un essai testant la rosuvastatine chez des personnes indemnes de toute maladie justifiant un traitement et qui n’avaient même pas un cholestérol élevé dans le sang.


Les investigateurs et le sponsor posaient l’hypothèse que même en l’absence de cholestérol élevé et de maladies artérielles, il pouvait être très utile de prendre cette statine (probablement à vie) pour se protéger de l’infarctus et de l’accident vasculaire cérébral.


Avant JUPITER, aucun essai n’avait montré que la rosuvastatine pouvait sauver des vies ou diminuer le risque d’infarctus.


Au contraire, deux essais conduits chez des patients très malades (insuffisance rénale ou dysfonction cardiaque) – et chez lesquels il était initialement prétendu que, parce qu’ils étaient gravement malades, ils profiteraient d’autant plus d’une diminution sévère de leur cholestérol – s’étaient avérés totalement négatifs.


Autrement dit, des diminutions drastiques du cholestérol n’avaient eu aucun effet bénéfique, en contradiction totale avec la théorie du cholestérol.


Le plan d’analyse initial de JUPITER était que les patients devaient être suivis au moins 4 ans pour espérer voir un effet bénéfique du traitement.


Mais au bout de moins de deux ans, JUPITER a été arrêté par le sponsor et les investigateurs sous prétexte que les effets bénéfiques étaient extraordinaires.

C’était un peu comme si dans une course de chevaux prévus sur 4 tours d’hippodrome, les organisateurs (qui avaient eux-mêmes engagé un cheval et parié très gros sur lui) décident d’arrêter la course après moins de 2 tours sous prétexte que leur favori a une si grande avance qu’il ne peut plus être rattrapé !

Les investigateurs et le sponsor ont prétendu que les sujets recevant la statine bénéficient d’une “diminution importante de la morbidité et de la mortalité cardiaque”.


En fait, un examen attentif des chiffres, et quelques petits calculs, montrent sans ambigüité que le nombre de décès d’origine cardiovasculaire est identique dans les deux groupes.


Pire, si on admet qu’il y a eu réellement moins de complications non mortelles, cela signifierait il y aurait eu dans JUPITER une diminution des infarctus sans diminution de la mortalité par infarctus !


Pour un épidémiologiste, ceci est impossible car la mortalité de l’infarctus est d’environ 50% quelque soit la population étudiée. Un calcul rapide montre que cette mortalité de l’infarctus est inférieure à 10% dans le groupe non traité, ce qui est à nouveau impossible.


Ces incohérences cliniques, observées dans le contexte d’un essai arrêté prématurément sans raison, indiquent que les résultats de JUPITER sont sévèrement biaisés et peu crédibles.

Il faudrait une enquête quasi policière pour déterminer si ces biais ont été construits intentionnellement, ou s’ils ont été involontaires.

Ceci dit, les résultats de JUPITER sont sans intérêt pour les médecins.


Pourtant, ils ont fait l’objet d’un concert médiatique particulièrement bruyant, faisant même la Une de quotidiens d’information générale comme Le Figaro.


Tous les grands médias spécialisés ont repris les résultats de JUPITER sans aucune critique.
Très peu de voix se sont fait entendre pour émettre des doutes.


Mais il y a pire : trois mois plus tard, deux nouveaux articles publiés dans des revues prestigieuses rapportaient à nouveau des résultats de JUPITER, soit disant originaux, mais utilisant la même base de données biaisées.

On fait comme si une nouvelle étude JUPITER a été réalisée.

Cette répétition de résultats est utilisée systématiquement par le marketing industriel selon les techniques de la propagande.


Si JUPITER était un cas unique, ce pourrait être anecdotique. Mais presque tous les essais des statines présentent les mêmes défauts rédhibitoires.


L’inspection objective des essais testant les statines nous conduit à conclure qu’il n’y a pas de démonstration scientifique convaincante que diminuer le cholestérol avec une statine a des conséquences favorables pour la santé.


Y a-t-il des inconvénients des statines ?

LES EFFETS DELETERES DES STATINES

Beaucoup de médecins ont des doutes concernant les effets protecteurs des statines.
C’est leur pratique qui a suscité ce scepticisme : ils n’ont pas l’impression que les patients traités sont protégés par rapport à ceux qui ne sont pas traités.


Mais ces impressions sont subjectives et par prudence ils continuent de prescrire en espérant que si ces médicaments ne font pas de bien au moins ils ne font pas de mal.


C’est une grave erreur !


Mais nul ne saurait le leur reprocher car tout est fait aujourd’hui pour leur donner l’illusion que les statines sont parfaitement tolérées.

En effet, on peut lire sous la plume de scientifiques renommés que les effets secondaires des statines sont rarissimes.


Par exemple, selon ces drôles d’experts, moins d’un patient sur 1000 présenterait des symptômes musculaires ou ligamentaires sous statine.


Cette information est répétée ad nauseam dans les congrès et journaux médicaux.


A l’autre extrême, pour certains experts examinant cette question non pas dans des essais cliniques sponsorisés par l’industrie mais dans des consultations de patients non sélectionnés (bref, dans la vraie vie), près d’un patient sur deux se plaindraient de troubles musculaires sous l’effet des statines.


Le contraste est saisissant !


La question de savoir qui il faut croire ne se pose même pas.


D’un côté, des investigateurs désintéressés qui n’ont aucune raison de noircir le tableau, de l’autre, des employés de l’industrie avec des conflits d’intérêt si énormes qu’il n’est même pas utile de les commenter !


Cette toxicité musculaire a de graves conséquences car elle dissuade de pratiquer un exercice musculaire significatif qui pourrait être crucial voire salvateur dans certains conditions cliniques notamment dans le diabète, l’insuffisance cardiaque et après un infarctus du myocarde.

Outre les symptômes musculaires, ligamentaires, hépatiques ou digestifs qui peuvent empoisonner la vie quotidienne des patients, ou de sujets en très bonne santé par ailleurs s’ils ne consommaient pas ces médicaments, il y a aussi des effets sournois des statines – et des traitements anti-cholestérol en général – qui sont beaucoup plus inquiétants.


En bref, ces effets secondaires restent longtemps silencieux cliniquement.

Ils sont mal documentés car on n’a jamais vu des industriels se faire de la contre-publicité à moins d’y être contraints.


Cette absence de documentation – d’autant plus alarmante que rien n’est fait pour la corriger – doit nous inciter à la plus grande prudence.

Un scientifique doit s’abstenir de déclarations intempestives en l’absence de documentation étayée. Inversement, la gravité des soupçons en l’absence de bénéfices de ces traitements, le Principe de Précaution et finalement le devoir d’informer les patients traités nous incitent à ne pas rester silencieux.

De fait, des données convergentes font penser que diminuer le cholestérol – notamment avec des médicaments – augmente le risque de cancers de façon substantielle dans certaines circonstances.

Quoique nous nous refusions à tout alarmisme, il semble que dans certaines catégories d’âge – au-delà de 60 ans– l’augmentation du risque puisse être importante (>50%) et sur une période de traitement brève, moins de 5 ans.


Il serait urgent que des experts indépendants de l’industrie se penchent attentivement sur cette question. Une incitation administrative y contribuerait.


D’autres effets secondaires, également difficiles à diagnostiquer et très mal documentés, concernent la toxicité neurologique des statines. Des données scientifiques solides et des témoignages multiples nous semblent très inquiétants.


Comme pour le cancer, les connaissances actuelles sur les effets des statines sur le déclin cognitif sont décrites et discutés dans le livre “cholestérol, mensonges et propagande”.

CONCLUSIONS

Les statines sont d’excellents médicaments pour diminuer le cholestérol.

Les données scientifiques nous indiquent toutefois que diminuer le cholestérol ne sert à rien car il est dans la très grande majorité des cas totalement innocent de tous les vices qu’on lui attribue.
Un cholestérol élevé peut certes être révélateur d’un mode de vie délétère, mais le cholestérol est un témoin innocent.

Diminuer le cholestérol avec un médicament sans modifier le mode de vie ne réduit pas le risque d’infarctus et n’augmente pas l’espérance de vie.

Pire, les traitements anti-cholestérol, y compris les statines, ont des effets secondaires sévères et souvent torpides et un cholestérol bas est associé à une diminution de l’espérance de vie.

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
commenter cet article