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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 23:20

Exclusif : 86 % des professionnels de santé jugent mauvais le bilan de Marisol Touraine

« Il règne au gouvernement un profond sentiment d’injustice.

Personne ne défend le bilan : Hamon ne dit rien, Macron non plus » se désolait il y a quelques jours cité par Libération le ministre des Sports, Patrick Kanner.

La santé n’échappe pas plus que les autres domaines à cette constatation attristée de la plupart des ministres, qu’ils aient ou non affiché leur choix entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron.

Cependant, dans les interviews que nous ont accordées les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle, on constate que le premier s’inscrit plus volontiers dans la continuité de Marisol Touraine (même s’il prend ses distances sur certains points).

Emmanuel Macron, pour sa part, bien que certains de ses conseillers dans le domaine de la santé aient auparavant pu travailler auprès du ministre de la Santé, ne fait guère d’allusion spontanée aux actions menées ces cinq dernières années.

Sondage réalisé par le Journal International de Médecine du 20 mars au 5 avril 2017 Marisol Touraine rescapée de tous les remaniements malgré une impopularité record Il faut dire que dans le secteur de la santé, peut-être plus encore que dans d’autres champs d’activité, se réclamer des mesures entreprises par le gouvernement, c’est s’exposer à l’ire d’un grand nombre d’acteurs.

Marisol Touraine a en effet battu des records d’impopularité auprès des professionnels de santé.

Le mécontentement s’affichait déjà à peine achevée la première année du quinquennat de François Hollande à l’issue de laquelle un sondage réalisé sur notre site révélait que 83 % des professionnels de santé se déclaraient insatisfaits des actions entamées.

Lenteur et atermoiements avaient rapidement remplacé l’enthousiasme des praticiens hospitaliers et conforté l’inquiétude des médecins libéraux.

Beaucoup avaient donc espéré la voir évincée lors du premier remaniement en avril 2014 : à cette époque déjà 78 % des professionnels jugeaient négatif son bilan et étaient agacé par la méthode qu'ils jugeaient faite d’autosatisfaction et de simulacre de concertation.

Mais ce fut le premier d'une longue série d'espoirs de renouveau déçus.

Cependant, Marisol Touraine n’avait alors pas encore battu auprès des praticiens les records d’impopularité d’une Roselyne Bachelot ou même d’un Philippe Douste-Blazy. 2015 fut l’année définitive de la rupture, notamment auprès des médecins libéraux qui perdirent leur combat homérique contre la loi de santé et notamment sa mesure la plus vexatoire : l’introduction du tiers payant généralisé.

Marisol Touraine refusa indéfectiblement de revenir sur ses positions, entérinant une rupture définitive avec le monde libéral, meurtri tant par la forme que par le fond de la réforme.

Mais Marisol Touraine ne se départit jamais de son ton satisfait, même quand le Conseil Constitutionnel amoindrit la portée de la généralisation du tiers payant.

La succession des enquêtes et des sondages confirmant le désamour profond des professionnels de santé, même dans les rangs des hospitaliers, soulignant également un dévoiement du dialogue et regrettant la méthode de mise en place des groupements hospitaliers de territoire, n’empêcha pas le ministre d’aller jusqu’à croire qu’elle pourrait se présenter à la primaire de la Belle alliance populaire.

Avant de renoncer.

Aujourd’hui, les sondages lui confirment que le rejet des professionnels de santé aurait rendu encore plus difficile une telle candidature : interrogés sur le JIM les professionnels de santé sont en effet 86 % à juger mauvais le bilan de Marisol Touraine. Ils sont même 61 % à le qualifier de « très mauvais ».

La proportion de praticiens qui se félicitent des actions menées par le ministre de la Santé est très restreinte : 4 % (et 1 % des répondeurs considérant le bilan comme « très bon »).

On retient également que 8 % des professionnels déclarent l’action « passable » (signalant la difficulté de départager entre les très nombreuses mesures adoptées) et que 2 % estiment complexe de se prononcer.

Déception du monde hospitalier

Ces résultats confirment l’ampleur de la colère et de la déception des professionnels à l’issue de ce quinquennat et suggèrent l’importance de la tâche du successeur de Marisol Touraine, quel que soit son bord politique, pour restaurer la confiance des professions de santé.

L’ensemble des acteurs se retrouve dans le même désenchantement. Si la déception du monde libéral a été largement exprimée par l’ensemble des syndicats, chez les médecins comme chez les infirmiers, à l’hôpital également le désappointement est vif.

Les dernières semaines de Marisol Touraine sont d’ailleurs marquées par plusieurs conflits l’opposant au monde hospitalier et universitaire, qu’il s’agisse des inquiétudes de la Fédération hospitalière de France (FHF) au sujet de l’avenir de l’hospitalisation de jour ou de la grève actuelle des internes.

La FHF a d’ailleurs pu auparavant adresser au ministère des reproches similaires à ceux répétés par les praticiens libéraux, regrettant un permanent double discours.

Ainsi, a-t-elle souvent décrié la multiplication des fermetures de lits qui contredisait les déclarations officielles du ministre.

Les praticiens hospitaliers ont également été souvent échaudés par la lenteur de l’adoption des décisions qu’il s’agisse de la réhabilitation du pouvoir médical à l’hôpital, de leur statut ou encore de l’allègement de la tarification à l’activité.

Enfin, la réforme des Groupements hospitaliers de territoire (GHT), si elle était globalement soutenue, a pêché par une mise en place à marche forcée.

Dépassements d’honoraires : un engagement certain

Le bilan de Marisol Touraine est également mitigé en ce qui concerne les grands objectifs dressés par la feuille de route de François Hollande, mais la tâche était, il est vrai, ardue.

Face aux déserts médicaux, elle aura mis en place de nouveaux dispositifs comme les praticiens territoriaux de médecine générale.

Elle aura également accéléré le déploiement des maisons de santé pluriprofessionnelles, passées de 150 à 1000 pendant le quinquennat, et dont l’augmentation est défendue aujourd’hui par tous les candidats sans exception.

Elle a également favorisé la mise en place d’une prime de 50 000 euros pour les jeunes praticiens s’installant dans les zones sous dotées.

En la matière, en l’absence de méthodes miracles, elle aura su accompagner des mesures utiles.

Concernant le redressement des comptes de la Sécurité sociale, qu’elle présente régulièrement comme son grand triomphe, les chiffres sont eux aussi en sa faveur, le déficit étant effectivement passé de 13,3 milliards d’euros à 400 millions en 2017.

Néanmoins, le succès est en demi-teinte quand on sait que la dette reste de 156,4 milliards d’euros.

Par ailleurs, le ministre a surtout su accentuer une tendance déjà à l’œuvre dans les dernières années du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Dépassements d’honoraires : efforts contre productifs

Plus certain est son échec face aux dépassements d’honoraires dont la limitation figurait parmi les priorités de François Hollande.

Les deux principales mesures soutenues ou adoptées en la matière ont contribué à l’effet inverse à celui escompté.

Ainsi, comme le rappelle cette semaine le cabinet de conseil en ressources humaines et protection sociale Mercer, le Contrat d’accès aux soins (CAS), devenu l’Option de pratique tarifaire maîtrisée (OPTAM) depuis le début de l’année a principalement créé un effet d’aubaine pour les médecins qui pratiquaient de faibles dépassements d’honoraires.

Ainsi, entre 2014 et 2016, seuls 3,6 % des médecins (non signataires du CAS) ont diminué leurs honoraires de plus de 5 %, tandis que 73,4 % ne connaissaient pas d’évolution de leurs tarifs et 22,9 % les ont fait progresser de 5% et plus.

Parallèlement, la réforme du contrat responsable et la loi sur l’obligation pour les entreprises d’offrir une mutuelle à leurs salariés paraissent favoriser l’augmentation du reste à charge et la souscription de sur-complémentaires.

Santé publique : des priorités marquées et des impasses majeures Alors qu'elle savait imposer ses décisions face aux médecins libéraux, en matière de santé publique,

Marisol Touraine a souvent botté en touche.

Ainsi, beaucoup ont regretté son manque d’autoritarisme sur le tabac qui l’a empêché d’imposer ses vues sur l’augmentation du prix, tandis que l’adoption du paquet neutre, souvent vantée par ses soins, pourrait n’avoir qu’une efficacité limitée.

De même, Marisol Touraine quittera l’Avenue de Ségur sans probablement avoir tranché sur l’épineuse question des obligations vaccinales.

Madame Touraine n’aura pas non plus été en première ligne dans les débats éthiques : l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’accompagnement des personnes en fin de vie, notamment, aura finalement été confiée aux parlementaires Jean Leonetti et Alain Claeys.

Néanmoins, Marisol Touraine se sera montré active sur de nombreux fronts et sera parvenue à débloquer certaines situations.

Elle a ainsi mis l’accent sur l’amélioration de l’accès à l’IVG et à la contraception par plusieurs mesures.

Après avoir levé différents obstacles, elle aura fini par permettre le lancement de l’expérimentation de salle d’injection à moindre risque.

De même, elle a fait publier un décret sur le don du sang des homosexuels qui a mis fin à l’interdiction à vie décidée au début des années 80.

Elle a encore participé à l’adoption de l’autorisation temporaire d’utilisation du baclofène.

Son souci de la santé mentale a été tardif mais réel avec l’installation récente d’un Conseil national de la santé mentale.

Enfin, face au vieillissement de la population, elle a œuvré pour améliorer l’adaptation de l’habitat ou faire augmenter le nombre de places en établissement accueillant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), avec 25 000 places supplémentaires créées et l’ouverture d’un portail permettant de comparer le prix des établissements.

Ces différentes mesures cependant pourraient être insuffisantes pour combler le fossé avec les professionnels de santé, libéraux notamment.

Aurélie Haroche © http://www.jim.fr

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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