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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 21:48

L'automne commence mal pour Monsanto.

Le 5 octobre 2017 devait avoir lieu un vote des Etats membres de l'Union européenne pour autoriser le renouvellement du glyphosate, principe actif de son fameux désherbant Roundup.

Il a été reporté une énième fois depuis deux ans.

La veille, une famille française a annoncé son intention de porter plainte contre ce géant de l'agrochimie, dont ils jugent le Roundup responsable du grave handicap de leur fils Théo suite à une forte exposition de la mère pendant sa grossesse.

Le 4 octobre encore, Le Monde a publié le deuxième volet de son enquête sur les "Monsanto Papers".

Le quotidien a épluché des dizaines de milliers de pages de documents internes que le géant de l’agrochimie a été contraint de rendre public à la suite de procédures judiciaires engagées aux États-Unis.

En effet, Monsanto est poursuivi par plus de 3.000 plaignants, victimes ou proches de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien, un cancer du sang rare, et qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate.

Que révèlent ces documents ?

L'essentiel en 4 points.

1. Les "auteurs fantômes" de Monsanto



On l'appelle le ghostwriting (littéralement "écriture fantôme").

Cette forme grave de fraude scientifique consiste pour une entreprise, à faire rédiger des études à ses propres employés, puis à les faire signer par des scientifiques sans lien de subordination avec elle, apportant ainsi crédibilité et prestige à ces publications.

Des signataires bien entendu rémunérés par l'entreprise.

L'enquête du Monde révèle pour la première fois que Monsanto a eu recours à cette pratique.

Cette stratégie serait tellement généralisée que des employés Monsanto utiliseraient eux-mêmes le terme d'"écriture fantôme" dans leurs correspondances...

2. Des consultants qui publient dans une revue scientifique

Le Monde raconte que Monsanto a demandé à un cabinet de consultants, Intertek, de lui trouver près de 15 experts (professeurs et consultants privés) pour rédiger des synthèses sur les liens entre glyphosate et cancer.

Ces experts, rémunérés par Monsanto, ont écrit cinq articles dans plusieurs champs scientifiques (toxicologie, épidémiologie, études animales, etc.). Publiés en septembre 2016 dans un la revue Critical Reviews in Toxicology, les cinq articles concluent - sans surprise - que le glyphosate n’est pas cancérogène.

Au bas de ces articles, il est bien indiqué que Monsanto a financé ces travaux.

Mais une petite notice précise : "ni les employés de la société Monsanto ni ses avocats n’ont passé en revue les manuscrits du panel d’experts avant leur soumission à la revue."

Or des échanges mis en évidence par Le Monde prouvent bien le contraire.

3. Quand Monsanto écrit dans la presse



Le ghostwriting de Monsanto ne se limiterait pas aux publications scientifiques.

Selon Le Monde, des salariés du groupe ont presque entièrement écrits plusieurs articles du biologiste américain Henry Miller, publiés par le magazine économique Forbes.

Monsanto aurait pris contact avec le scientifique en février 2015, pour contrecarrer les travaux du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), concluant que le glyphosate est un "cancérogène probable" pour l’homme.

Un cadre de l'entreprise a proposé le projet à Henry Miller, qui a accepté à condition de "partir d’un brouillon de haute qualité".

Un "brouillon" qui sera publié presque comme tel sur le site internet de Forbes.

Mais vous ne pourrez malheureusement plus lire cette tribune sur internet : suite à ces révélations, le magazine a supprimé de son site l'ensemble des articles signés par Henry Miller, avançant un conflit d'intérêts évident entre le travail du chroniqueur et ses liens avec Monsanto.

4. L'ampleur du phénomène

Face à l'enquête du Monde, Monsanto nie tout ghostwriting et évoque quelques mots extraits de courriels "sortis de leur contexte".

Mais l'ampleur du phénomène interroge : combien de scientifiques ont-ils prêté leur nom pour diffuser des écrits de Monsanto défendant le glyphosate ?

Est-ce que d'autres géants de l’industrie chimique et agrochimique y ont recours ?

La question est d'autant plus importante qu'une étude peut être largement relayée, au point de devenir une référence dans le domaine.

Selon Le Monde, une méta-analyse financée par Monsanto et concluant à l'absence de danger du glyphosate a été cité plus de 300 fois dans la littérature scientifique !

Suite à l'affaire des "Monsanto papers", les eurodéputés ont décidé de convoquer l'entreprise pour une audition le 11 octobre 2017.

Monsanto a tout bonnement... décliné l'invitation.

Le géant de l'agrochimie a déclaré dans une lettre "ne pas avoir le sentiment que la discussion telle que proposée est le forum approprié pour aborder de tels sujets", selon l'AFP.

Rémontés par cette réponse, les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont demandé d'interdire l'accès de l'institution aux cadres et lobbyistes de l'entreprise.

D'autre part, en août 2017, la Commission européenne a ouvert une enquête afin d'évaluer le projet d'acquisition de Monsanto par Bayer, conduisant à une réduction de la concurrence dans l'agrochimie.

Sa décision est attendue pour janvier 2018.

Monsanto Papers: Le Monde révèle la plus grosse arnaque scientifique de tous les temps.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
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