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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 08:47

Michèle Rivasi : Notre système de santé est gangrené par les labos et… par les politiques

De tous les combats de prévention, sanitaires ou environnementaux, l’eurodéputée Michèle Rivasi fait entendre sa voix en lançant une opération mains propres dans la santé.

Celle qui tance Marisol Touraine en osant du : « Vas-y Marisol, fais ton boulot ! » en guise de « mes hommages Madame la ministre de la Santé », donne le ton.

Et ça fait mal, car sa langue n’est ni de bois ni dans sa poche.

Alternative Santé Vous lancez une opération « mains propres ».

Vous interpellez dans ce sens la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

Que lui demandez-vous ?

Michèle Rivasi

Que le système de santé soit assaini de fond en comble, car tout est gangrené, absolument tout ! Il n’est qu’à voir et lire les articles sortis dans Médiapart révélant que les pontes des commissions du médicament, du vaccin, de l’attribution des autorisations de mise sur le marché, de la fixation des prix des médicaments, fricotaient ou étaient payés par les laboratoires pharmaceutiques.

Il n’est qu’à voir l’article du Canard enchaîné sur les décès de deux nourrissons après qu’ils ont été vaccinés contre la gastro-entérite.

C’est une honte, et il y a urgence.

A. S.

On peut aussi parler du travail de Regards citoyens qui a mis en évidence que les médecins influents ont reçu pour 245 millions d’euros de « cadeaux » entre 2012 et 2014…

M. R. On a un système de santé totalement défaillant dont les failles ne peuvent exister que grâce à la complicité des politiciens.

C’est pour ça que nous lançons cette opération mains propres.

Nous exhortons la ministre de la Santé à clarifier les choses et à prendre les mesures qui s’imposent.

Notamment à couper les têtes des commissions comme celle de la transparence, de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) ou du conseil technique de la vaccination, qui se rendent coupables de conflits d’intérêts graves. Je demande la transparence totale sur le comité économique des produits de santé (CEPS) qui fixe le prix des médicaments.

Si on ne tape pas du poing sur la table, aussi bien sur le plan national qu’européen, on n’aura plus la sécurité sociale, tout simplement.

Comme quoi, les coupables ne sont pas ceux que l’on croit…

A. S.

Comment expliquez-vous être une des seules élues à taper du poing ?

M. R.

Dès lors que l’on parle de santé, la majorité estime que seuls des médecins peuvent en parler, alors qu’elle est l’affaire de tous.

A. S.

J’ai l’impression qu’au sein de votre parti, vous êtes seule à porter ces questions. Pourquoi ?

M. R.

Je me suis penchée plus que mes camarades sur la question des médicaments, d’autant qu’en tant qu’eurodéputée, j’ai travaillé sur un dossier sur la pharmacovigilance, en pleine tourmente du Mediator.

C’est là que j’ai été effarée par les problèmes d’effets secondaires liés à la prise des médicaments, alors que le grand public pense encore qu’un médicament soigne sans danger.

D’où l’énorme défiance, dont on a pu mesurer l’importance dans le dossier des pilules de 3e génération, par exemple

A. S.

Que vous inspire une AMM attribuée en neuf mois pour le 
Gardasil ?

M. R.

Que le dossier a été tronqué.

Les laboratoires ont exercé une énorme pression pour forcer la main du ministre de l’époque, Xavier Bertrand. Il faut dix ans en moyenne pour obtenir une AMM. Mais le vrai scandale, c’est François Hollande qui pousse à la vaccination au Gardasil lors de la présentation du plan national contre le cancer.

Je n’ai jamais vu un membre du gouvernement, et encore moins le président de la République, citer nommément un médicament dans un plan d’action santé.

A. S.

Qu’entendez-vous par « les laboratoires exercent une pression sur un ministre » ?

M. R.

Qu’ils ont des moyens. Ils actionnent plusieurs leviers.

Le cas typique, à l’époque où les dons d’entreprises étaient autorisés, c’est celui de Claude Evin qui a vu sa campagne aux législatives financée par le laboratoire Fabre.

Dans d’autres cas, un laboratoire peut décider d’implanter une usine dans la circonscription d’un élu en échange de services.

A. S.

Et au niveau européen ?

M. R.

Les labos exercent leur pression sur l’Agence européenne du médicament, l’EMA, et la Commission européenne. À l’Agence, des experts peuvent être carrément infiltrés par les laboratoires pharmaceutiques pour favoriser des AMM.

C’est à la Commission que leur pression est la plus palpable car elle a un pouvoir législatif.

C’est là que se décident les lois. Et tous les moyens sont bons.

A. S.

Lesquels ?

M. R.

Ils se débrouillent pour que des gars de chez eux soient embauchés à la Commission, ou ils soudoient avec du cash des relais importants pour faire voter des directives qui proviennent de chez eux.

Un exemple : une directive concernant le prix d’un médicament a été directement diligentée par les laboratoires pharmaceutiques.

Un autre exemple : lorsqu’on propose à un ponte d’un CHU une étude d’un montant de 100 000 ou 200 000 euros, que ce médecin expert est ce que l’on appelle un pivot du registre sur le plan européen, il touche en réalité des millions d’euros.

Qui peut franchement résister à ça ?

De plus, les budgets alloués pour la communication et la stratégie sont beaucoup plus élevés que ceux réservés à la recherche et au développement. Quand les labos développent un produit, il doit être vendu coûte que coûte et ils ont tous les moyens pour détruire le moindre obstacle à chaque étape du médicament.

A. S.

Vous dites que lorsqu’un politicien veut faire carrière, il se tait. Est-ce que vous abandonnez l’idée de devenir ministre ?

M. R.

L’histoire a montré que, quand quelqu’un ouvre sa gueule contre des structures aussi puissantes, personne ne veut lui concéder une once de pouvoir.

Oui, je tire un trait sur l’idée de faire carrière dans un gouvernement.

Quand j’ai été élue députée, j’ai beaucoup bataillé contre le nucléaire.

Au cabinet de Jospin, alors Premier ministre, j’avais une amie qui m’a confié qu’après mon élection, elle avait reçu des appels ordonnant que je n’aie surtout aucune responsabilité.

Les personnes en question affirmaient que si on me confiait une quelconque responsabilité, ça se retournerait contre celui qui m’en donnerait.

A. S.

Imaginons que vous êtes nommée ministre de la Santé.

Quelles sont vos mesures ?

M. R.

En tout premier lieu, je fais la transparence la plus complète sur tout ce qui concerne les conflits d’intérêts et fonctions financières.

Au niveau du CEPS qui fixe le prix du médicament, j’intégrerais la voix des associations de consommateurs et de patients, et celle des experts pointus qui connaissent parfaitement le prix des médicaments au niveau européen.

Ensuite, je développerais une politique de prévention sanitaire plus solide.

Par exemple, je trouve que la France a été très bien sur le bisphénol A.

Je ferais en sorte de maintenir ce courage politique en l’appliquant notamment sur l’ensemble des perturbateurs endocriniens, et si je constate que l’Europe, via la Commission européenne, bloque, comme c’est déjà le cas, je proposerais de créer des contre-pouvoirs en fédérant les pays sensibles à ces causes.

Organisons-nous, plutôt que de pleurer !

Je suis encore marquée par le fait qu’une ministre suédoise a osé déposer plainte et attaquer en justice la Commission européenne pour ne pas avoir respecté son calendrier. Chapeau.

A. S.

Le programme vous semble-t-il réalisable ?

M. R.

J’ai été plusieurs fois élue.

Et j’ai toujours pu compter sur l’appui de la population pour réussir.

Un ministre qui n’a pas cet appui est mort. J’ai eu des succès contre des antennes-relais quand j’étais adjointe à la mairie de Valence parce que j’avais la population avec moi, le maire ne voulant rien savoir et surtout, ne voulant pas s’attaquer à l’industrie des nouvelles technologies.

Avec le soutien du peuple, c’est réalisable, oui.

A. S.

Quelle mesure prise par la ministre de la Santé représenterait une victoire dans le cadre de votre opération « mains propres » ?

Et en combien de temps ?

M. R.

Raisonnablement, la transparence, ça peut être fait dans les six mois, la réforme du comité du prix du médicament, ça se fait en six mois, substituer les perturbateurs, ça peut se faire dans les six mois.

Dérembourser les médicaments inutiles ou s’attaquer aux prix des médicaments, ça peut être fait tout de suite, par décret.

Prenez par exemple le Sofosbuvir et son prix de dingue [41 000 euros pour douze semaines de traitement, NDLR].

On a un moyen en France pour contrecarrer de tels tarifs ; on fait une licence obligatoire, une disposition dont jouissent les pouvoirs publics, qui peuvent autoriser une boîte à génériquer un médicament.

On casse le brevet, et c’est réglé !

La licence obligatoire, c’est une arme redoutable.

Mais quand j’en parle aux différents ministres, ils me disent que c’est une bombe atomique et qu’à ce titre, on ne peut pas l’utiliser.

Qu’on ne vienne donc pas me dire qu’on n’a aucun levier…

En fait, ce qui me déçoit le plus chez les politiques, c’est leur pleutrerie.

Michèle Rivasi Née dans la Drôme en 1953, Michèle Rivasi deviendra sa députée en 1997.

Avant et après cette première élection, elle a été élève à Normal Sup’, agrégée de sciences naturelles, et surtout militante, voire véritablement guerrière.

Encartée chez les Verts (EELV), elle fonde en 1986 la Commission de recherche sur la radioactivité (Criirad) après la catastrophe de Tchernobyl, cofonde l’Observatoire de vigilance et d’alerte écologique (Ovale) et devient présidente du Centre de recherche sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem). La liste est encore longue.

En tant que femme politique, elle est conseillère municipale de Valence depuis 2014, députée européenne depuis juin 2009, où elle poursuit son engagement contre le nucléaire avant de se consacrer aux questions de santé en étant membre de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI).

En savoir plus Michèle Rivasi est l’auteure avec Hélène Crié de « Ce nucléaire qu’on nous cache »Éd. Albin Michel, 1998, et de « Survivre au téléphone mobile et aux réseaux sans fil »avec Catherine Gouhier et Maxence Layet, Éd. Le Courrier du livre, 2009.

Michèle Rivasi : Notre système de santé est gangrené par les labos et… par les politiques.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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