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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 05:47

Des chercheurs de l'Inra lanceront à l'été 2017 une application permettant aux personnes piquées par une tique de trouver des informations sur la manière d'agir.

À partir de ces signalements sera réalisée une carte de France des zones à risque.

Même si la maladie de Lyme est de plus en plus médiatisée, les connaissances scientifiques sur les tiques restent limitées et nombre de questions persistent : peut-on se faire piquer en hiver et en été alors qu’il est admis que les périodes propices sont le printemps et l’automne ?

Y a-t-il des heures où les tiques sont plus actives et piquent davantage ?

Les forêts, parcs urbains et jardins sont-elles vraiment les zones les plus à risque ?

Pour répondre à ces questions, l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) lancera dès l'été 2017 un projet de sciences participatives baptisée Citilicks.

"Il s'agit d'une application smartphone permettant aux personnes qui se sont fait piquer par une tique, ou dont l'animal de compagnie en a été victime, non seulement d'avoir des informations sur la manière d'agir mais aussi de le signaler", explique Jean-François Cosson, directeur de recherche à l'Inra et en charge de ce projet, lors d'un point presse le 19 mai 2017 à Paris.

L'objectif ?

Réaliser d'ici quelques années une cartographie de France des tiques, à l'échelle du canton.

Découvrir de nouveaux pathogènes transmis par les tiques

L'application sera d'abord accessible aux habitants du Grand Est, puis de toute la France.

"L'idée vient de nos voisins suisses qui ont obtenu via leur application près de 7.000 déclarations de piqûres de tiques en 18 mois", se réjouit le chercheur.

En parallèle de l'application, les chercheurs comptent lancer une collecte massive des coupables.

"Au lieu de jeter à la poubelle ou de brûler l'insecte, mieux vaudra nous l'envoyer - en respectant quelques consignes - afin de faire avancer la recherche", ajoute-t-il.

Par ce biais, les chercheurs de l'Inra espèrent découvrir de nouveaux pathogènes transmis par les tiques. "À l'heure actuelle, on connait une soixantaine de microorganismes transmis par ces insectes, mais grâce au séquençage à haut débit, l'on espère pouvoir en découvrir d'autres et proposer des tests de dépistage efficace d'ici 2019", précise Muriel Vayssier-Taussat, chef du département Santé animale de l'Inra.

Des recherches similaires seront réalisées sur les chiens, les chevaux et les bovins, autres victimes des tiques.

Mais le travail s'annonce colossal car, contrairement à ce que l'on pourrait penser, toutes les tiques ne sont pas infectieuses.

"Une tique sur deux, telle qu'Ixodes ricinus (la plus courante en France), peut être infectée par une bactérie pathogène pour l'homme, comme Borrelia (responsable notamment de la maladie de Lyme), et 25 % de ces insectes présentent deux pathogènes", précise Muriel Vayssier-Taussat.

Pour corser davantage la tâche des scientifiques, beaucoup de personnes ne réalisent pas qu'elles se sont fait piquer.

"Seuls 10 % des victimes développent des symptômes", ajoute la spécialiste. Les chercheurs soupçonnent qu'il existe, comme pour les moustiques, des "peaux à tiques".

"Une forte concentration en CO2 dégagée par la proie pourrait attirer les tiques, comme cela attire les moustiques", avance Gwenaël Vourc'h, directrice de recherche de l'Inra et spécialiste de la transmission des maladies infectieuses de l'animal à l'homme.

Mais cela reste à démontrer. Les tiques en hausse à cause des écureuils de Sibérie ?

En attendant l'aide du grand public, les chercheurs de l'Inra ont déjà commencé leur cartographie des zones à risque. Ils ont passé au peigne fin deux grandes zones boisées autour de Toulouse et de la Bretagne.

"Nous avons récolté 12.000 tiques en deux ans, ce qui nous a permis de constater que ces animaux sont davantage présents dans les forêts feuillus où se trouvent les chevreuils", explique Gwenael Vourc'h.

Plutôt logique puisque les tiques aiment se nourrir de leur sang. Ces dernières aiment aussi celui... des Tamias de Sibérie (l'écureuil de Tic et Tac), qui prolifèrent dans les forêts françaises.

"Vendu dans les animaleries depuis les années 60, cet écureuil est en fait peu domesticable et est relâché par ses propriétaires, lassés de sa compagnie", déplore la spécialiste.

Ce qui laisse penser que le nombre de tiques a augmenté en France ces dernières années, sans que les chercheurs ne puissent encore le certifier, faute de données.

"Toutefois, des études ont déjà mis en évidence un lien entre le réchauffement climatique et la hausse du nombre de tiques ces dernières décennies dans les pays nordiques et en altitude", conclut Gwenael Vourc'h.

Lyme: une appli pour la conduite à tenir en cas de morsure de tique. Citilicks par l'INRA.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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