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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 21:46

Se transformer en OGM avec l'objectif de rajeunir, c'est la déroutante expérience menée depuis 2015 par l'américain Brian Hanley, fondateur de l'entreprise de microbiologie Butterfly Sciences.

Ce professeur en microbiologie s'est ainsi volontairement fait injecter de l'ADN modifié, persuadé de tenir la piste d'un traitement anti-âge.

Se choisir comme cobaye avait un triple intérêt, comme il le raconte sur le site du MIT Technology Review :

"Je voulais le prouver, je voulais le faire pour moi et je voulais faire des progrès".

A terme le chercheur entend bien rallonger sa durée de vie, augmenter son endurance et retrouver sa force d'antan.

S'injecter de l'ADN dans la jambe avant de l'électrocuter

Titulaire d'un doctorat en microbiologie, Brian Hanley a créé sur ordinateur la molécule d'ADN dont il avait besoin.

A l'intérieur : des copies d'un gène responsable de la sécrétion par le cerveau d'une hormone nommée GHRH pour hormone de libération de l'hormone de croissance.

Prenant naissance dans l'hypophyse, cette molécule est notamment impliquée dans le système immunitaire et la croissance mais disparaît progressivement avec l'âge.

Passant commande à un laboratoire privé pour la modique somme de 100 000$ (environ 85 000€), le scientifique a ensuite reçu les molécules d'ADN conçues par ses soins.

A partir de l'été 2015, il s'est ensuite résolu à se les faire régulièrement injecter dans la cuisse gauche par l'intermédiaire d'un chirurgien esthétique basé à Davis, en Californie.

Une fois l'opération réalisée, Brian Hanley a alors placé des électrodes sur sa jambe gauche dans le but de lui délivrer une décharge électrique.

Du nom d'électroporation, cette technique est connue en microbiologie comme l'explique Marie-Pierre Rols, chercheuse à l'institut de pharmacologie et de biologie structurale (IPBS) de Toulouse :

« La technique consiste à appliquer des impulsions électriques calibrées sur des cellules.

Elle permet de perméabiliser les membranes en créant des pores afin d'y faire entrer des molécules d'intérêt comme de l’ADN ou des médicaments anticancéreux. ».

Cette technique est notamment utilisée en médecine comme le précise la scientifique : "Cela marche très bien pour le traitement de cancers cutanés, 10.000 patients ont ainsi été traités en Europe cette année".

L'un des avantages à la création de pores consistant à : « [...] faire rentrer des quantités extraordinaires [de médicaments cytotoxiques] qui ne pourraient pas rentrer normalement ».

Mais le système immunitaire de l'organisme ne devrait-il pas rejeter ces intrusions ? "

Les molécules qu’on incorpore localement sont des molécules nues sans vecteurs chimiques ou viraux et l’organisme ne les rejette pas.

Les plasmides [ndlr : molécules d'ADN circulaires] sont produits selon des normes précises." précise la chercheuse.



Interrogée sur le cas précis de l'expérience de Brian Hanley, Marie-Pierre Rols se montre plus mitigée :

"Je reste très perplexe sur les perspectives de l’utilisation de l'électroporation dans ce contexte. Le vieillissement est un processus naturel qui fait intervenir de nombreux mécanismes; vouloir le stopper en injectant de l'ADN est pour le moment utopique !" explique la chercheuse.

De plus, poursuit-elle : "Electrotransférer des petites molécules dans les cellules tumorales chez les patients c'est très facile et cela marche très bien.

Mais le faire avec des macromolécules (comme l'ADN) est bien plus complexe". Reste enfin un dernier point évoqué par Marie-Pierre Rols : l'expression des gènes.

En effet, il ne suffit pas d'injecter une séquence d'ADN dans une cellule, pour la voir ensuite produire les molécules correspondant à ce code.

"La régulation de l'expression de l'ADN pose encore un problème.

Elle varie d'un organe à un autre et doit être parfaitement contrôlée" analyse-t-elle.

Le début des êtres humains génétiquement modifiés ?

Brian Haley n'est pas le premier à s'auto modifier génétiquement. En septembre 2015, Elizabeth Parrish, présidente de l'entreprise BioViva dont l'une des spécialités est la thérapie cellulaire, s'était elle même livrée à un traitement génétique créé par son entreprise.

Une expérience qualifiée de succès le 23 avril 2016 selon le site web de l'entreprise et qui aurait permis selon elle de rajeunir ses cellules de vingt ans.

Malgré tout, ces deux expériences n'ont pas encore fait l'objet de publications scientifiques dans des revues reconnues et à l'heure actuelle, rien ne permet d'attester avec certitude de l'obtention de résultats concrets.

Lutter contre le vieillissement par injection d'ADN modifié . Est-ce possible ?

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
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