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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 09:38

Levothyrox : la justice ouvre une enquête

Face à la polémique, le groupe Merck a annoncé le retour de l'ancienne formule du traitement d'ici 15 jours dans toutes les pharmacies.

SOURCE AFP

Le Levothyrox arrive devant la justice.

À la suite de multiples plaintes de malades de la thyroïde dénonçant les effets secondaires d'une nouvelle formule du Levothyrox, une enquête a finalement été confiée aux magistrats marseillais.

Le siège français du laboratoire allemand Merck, qui produit ce médicament vendu à plus de 3 millions de patients français, se trouve à Lyon, dans la zone de compétence du pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille.

Face au tollé suscité par la nouvelle formule de son médicament, le groupe a par ailleurs annoncé vendredi que l'ancienne formule du traitement serait disponible d'ici 15 jours dans toutes les pharmacies.

Une plainte pour « tromperie » « Il faut que la vérité éclate, et que toutes les responsabilités pénales puissent être envisagées, et seule une enquête judiciaire le permettra », s'est félicité Me David-Olivier Kaminski, un avocat qui a déjà déposé 12 plaintes au nom d'utilisatrices de Levothyrox et en prépare plusieurs dizaines d'autres.

L'avocat a porté plainte pour « mise en danger de la vie d'autrui » et « tromperie », demandant à la justice de se pencher sur la responsabilité de l'ancienne ministre socialiste de la Santé, Marisol Touraine, de l'Agence nationale de sécurité du médicament, et du laboratoire.

Levothyrox : la justice ouvre une enquête, se pencher sur la responsabilité de l'ancienne ministre socialiste de la Santé, Marisol Touraine.

Raoult - Levothyrox et post-vérité Nous sommes à l'ère où des non-spécialistes peuvent discourir sur des problèmes médicaux et où la compassion remplace la nécessité de la preuve.

PAR DIDIER RAOULT*

Le Levothyrox, ce médicament pour la thyroïde, dont le changement de composition aurait provoqué de nouveaux effets secondaires, est symptomatique de notre modernité : il annonce les désastres sanitaires de la post-vérité.

Les communications sont passées directement des bistrots à la presse générale.

Tout le monde se fait médecin, juge ou policier, et la compassion entraîne l'adhésion.

Dans cette affaire, il existe deux phénomènes ignorés qu'il conviendrait de prendre en compte : l'effet nocebo et les épidémies sociales.

«  Nouveau  » Lévothyrox : la déferlante des plaintes

L'effet nocebo est un effet indésirable qui n'a pas de substrat chimique.

On a pu montrer que même le médecin influence l'importance des effets secondaires.

Une étude très récente du Lancet sur les effets secondaires des statines (qui sont controversées) montre que celles-ci ont un effet nocebo.

Prescrites en «  double aveugle  » (ni le médecin ni le patient ne savent quel produit contient un médicament), elles déclenchent le même nombre d'effets secondaires que le placebo qui ne comprend aucun produit actif.

En simple aveugle (seul le médecin connaît le produit prescrit), il y a plus d'effets avec les statines. L'effet est induit par le discours du médecin.

Il est d'autant plus marqué que la crainte d'effets secondaires est grande. “

Le psychisme entraîne des réactions non médicamenteuses et il existe des maladies socialement induites. „

Il n'y a pas de chance que l'effet nocebo diminue avec le tapage autour des risques du nouveau Levothyrox.

En effet, les épidémies sociales, c'est-à-dire la diffusion de maladies suscitées par la publicité qui leur est faite, sont connues pour le suicide depuis les travaux d'Émile Durkheim en 1897.

Parler des suicides entraîne une augmentation des suicides.

La frénésie médiatique après les attentats suscite des vocations de terroristes visibles dans tous les hôpitaux psychiatriques.

Et l'emballement médiatique autour du Levothyrox va faire de même. Nous sommes au début d'une époque ou l'information sans hiérarchie, le courrier des lecteurs, les réseaux sociaux vont pouvoir, comme pour la maladie de Lyme, redéfinir par eux-mêmes, sans aucun substrat réaliste, la médecine et ses dangers.

Tous ceux qui émettent des réserves sont accusés de manquer de cœur, d'être sourds à la souffrance ou achetés par l'industrie. Il faut pourtant admettre que le psychisme entraîne des réactions non médicamenteuses et qu'il existe des maladies socialement induites.

La réponse à ces maladies ne repose pas sur des modifications chimiques, mais sur de l'empathie et sur de l'information par des sources crédibles.

C'est un enjeu majeur de nos sociétés.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Métabolisme
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