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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 08:48

« Les virus se parlent avant d'attaquer »

Soline Roy indique en effet que « des chercheurs ont découvert que certains [virus] émettaient des signaux encourageant leurs semblables à «épargner» momentanément leur hôte pour éviter la destruction complète de leur habitat.

Si l’on savait que les bactéries échangent des signaux, c’est la première fois qu’un tel système de communication est mis en évidence chez des virus ».

La journaliste explique que « publiés dans Nature, les travaux portent sur les bactériophages, des virus particuliers qui s’attaquent aux bactéries.

Les phages utilisent les bactéries comme des «usines à reproduction»: lorsqu’un phage infecte une bactérie, il s’y multiplie, jusqu’à ce que cette dernière meure en rejetant les multiples phages fabriqués en son sein qui iront à leur tour infecter d’autres bactéries.

C’est la phase dite «lytique» ». « Mais certains phages peuvent aussi entrer en phase «lysogénique» : ils intègrent leur génome dans la bactérie et s’y «endorment» au lieu de se multiplier », relève Soline Roy.

La journaliste précise que les chercheurs de l’Institut Weizmann (Israël)« souhaitaient savoir si la bactérie Bacillus subtilis pouvait alerter les autres bactéries d’une invasion de phages. Ils ont donc infecté des cultures de B. subtilis avec 4 types de phages… et ont trouvé une molécule sécrétée non par la bactérie, mais par l’un de ses envahisseurs, et capable d’encourager ses semblables à la lysogénie ! ». Soline Roy souligne que « le système est d’une élégance redoutable.

Lors d’une infection, un gène (aimX) est chargé d’empêcher le virus d’entrer en phase «dormante».

Mais en parallèle, le phage émet une molécule qui va s’accumuler dans les bactéries voisines ». «

Les auteurs l’ont nommée «arbitrium», car elle va permettre aux autres phages de choisir entre multiplication effrénée, ou sommeil en l’attente de jours meilleurs…

Au bout de plusieurs cycles d’infection, l’arbitrium s’accumule au sein des bactéries non encore infectées.

Lorsqu’elles sont à leur tour envahies par des phages, l’arbitrium empêche l’activation du gène aimX.

La mise en sommeil redevient possible », continue la journaliste. Gregory Resch, microbiologiste à l’université de Lausanne, observe ainsi que « la logique biologique d’un tel système semble évidente.

Il est nécessaire pour le phage de ne pas tuer l’ensemble de ses hôtes, ce qui l’empêcherait de continuer à se multiplier et conduirait à sa disparition ».

Antoine Danchin, biologiste, spécialiste de génétique microbienne et membre de l’Académie des sciences, remarque quant à lui que « d’un point de vue écologique, c’est très intéressant. Jusqu’ici, on voyait les virus comme des agents “égoïstes”. […]

Cela montre que même au niveau viral, la compétition brutale n’est pas toujours la meilleure solution ! ».

De son côté, Michael Hochberg, directeur de recherche CNRS à l’université de Montpellier et spécialiste de biologie évolutive, souligne que « les auteurs ont fait un premier pas et leur résultat est excitant.

Mais il faut encore savoir si le même mécanisme existe dans la nature dans des conditions moins contrôlées qu’en laboratoire, et si cela permet aux phages de mieux se propager ».

Soline Roy ajoute que « les Israéliens précisent avoir trouvé des systèmes de communication similaires dans plus de 100 autres types de phages », tandis qu’Olivier Schwartz, responsable de l’unité Virus et immunité à l’Institut Pasteur (Paris), remarque que « ces chercheurs ont découvert un nouveau langage, et on peut tout à fait imaginer que d’autres virus utilisent un mode de communication similaire.

Certains virus, comme l’herpès ou le VIH, sont eux aussi confrontés à cette problématique : se multiplier ou entrer en phase latente. Sont-ils comme les phages informés de l’état d’infection des cellules voisines ? ».

. « Et si c’était le cas, pourrait-on imaginer détourner ce langage viral pour développer un «somnifère à virus» qui les empêcherait de nuire ? », s’interroge la journaliste. Olivier Schwartz répond qu’« on est très en amont de cela,.

Mais cela reste très intéressant de déterminer si ce phénomène identifié pour des virus de bactéries existe aussi pour les virus qui infectent les humains » .

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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