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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 10:09

Exclusif : les professionnels désavouent les recommandations sur la vaccination des garçons contre le HPV

Paris, le mardi 23 mai 2017 –

Longtemps après l’Autriche, le Canada et l’Australie qui ont choisi une telle voie (depuis respectivement 2008, 2012 et 2013) et dans le sillage des Etats-Unis, la France a décidé d’introduire une certaine dose de parité dans ses recommandations concernant la vaccination contre le papillomavirus (HPV).

Cependant, à la différence de ces quatre pays, son évolution n’a pas été totale : le Haut conseil de la santé publique (HCSP) s’est récemment prononcé en faveur de la protection des jeunes garçons ayant eu des relations sexuelles avec des hommes jusqu’à l’âge de 26 ans.

Une confiance non entamée vis-à-vis de la vaccination contre le HPV Un tel choix, inédit, a pu surprendre.

Les professionnels de santé lecteurs du JIM s’y révèlent totalement opposés : un sondage réalisé sur notre site du 3 au 22 mai révèle en effet qu’ils sont majoritairement favorables, à 70 %, à l’extension de la vaccination contre le HPV à tous les garçons.

Sondage réalisé par le Journal international de médecine du 03 mai au 21 mai 2017

Il y a six ans, une enquête également conduite sur le JIM révélait des résultats proches : 67 % des professionnels de santé se déclaraient pour une vaccination des jeunes hommes contre le HPV.

On observera d’une part qu’en dépit des suspicions (majoritairement non étayées scientifiquement) dont ce vaccin a pu être l’objet, la confiance des praticiens reste importante et semble même avoir progressé.

Par ailleurs, une très faible proportion seulement, 6 %, juge pertinente la position adoptée par le HCSP de restreindre l’extension aux seuls jeunes homosexuels. Il faut peut-être noter ici qu'ils sont cependant plus nombreux (19 %) à être hostiles à toute idée de vaccination des garçons.

Risque de stigmatisation, protection universelle : des arguments forts en faveur d’un vaccin pour tous !

La vaccination des garçons contre le HPV se justifierait d’une manière directe notamment par la progression des cancers anaux liés au papillomavirus chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

Par ailleurs, l’immunisation de l’ensemble des garçons contre le HPV offrirait une protection aux femmes.

De nombreux arguments plaidaient en faveur d’une extension à tous les garçons, qui avaient été d'ailleurs énumérés par le HCSP.

Outre l’impact épidémiologique attendu sur les condylomes, les lésions précancéreuses et cancéreuses anales et la protection indirecte des filles non vaccinées, figurent une « meilleure protection des HSH qui seraient vaccinés avant l’infection » et « l’impact potentiel de la vaccination sur d’autres cancers, oropharyngés notamment ».

Par ailleurs, la restriction aux seuls homosexuels entraînait un risque de stigmatisation en raison de la traçabilité de la vaccination.

D’une manière générale, il semblait difficile d’imaginer que la vaccination puisse être réalisée avant le premier rapport homosexuel (lorsqu’elle est la plus efficace) en raison de la difficulté pour les adolescents d’évoquer cette dimension de leur intimité avec leur famille et leur médecin.

Les données issues des études d’acceptabilité ne permettaient pas de conclusion définitive.

Si certains travaux américains suggèrent que les populations directement concernées sont plus enclines à la vaccination, en France, « l’expérience de la vaccination contre l’hépatite B chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes montre que l’adhésion effective est relative ».

De mêmes enseignements peuvent être tirés à partir de la couverture vaccinale contre la méningite C.

Désillusion du HCSP

En dépit de l’ensemble de ces arguments, qui semblent avoir majoritairement convaincus les professionnels de santé, le HCSP a fait le choix d’une recommandation ciblée.

Il note en effet que « l’objectif principal de la vaccination est la prévention des cancers liés à HPV », objectif qui ne justifie pas la protection de tous les garçons.

On observera encore que le HCSP n’a guère d’espoir d’assister à une couverture importante, puisqu’il remarquait :

« L’impact de la vaccination anti-HPV des garçons serait probablement faible, compte tenu des couvertures vaccinales actuellement observées chez les filles ».

Par ailleurs, bien que risquant de réactiver les polémiques concernant la dangerosité du vaccin, il soulignait que « l’équité s’apprécie à risque égal, ce qui n’est pas le cas pour les cancers liés à HPV ».

On constatera que cette opinion ne semble avoir eu guère d’incidence sur la position des professionnels de santé. Les experts observaient encore que l’acceptabilité chez les garçons était encore plus faible que chez les filles. Majoritairement, les observations du HCSP en faveur d’une vaccination des seuls homosexuels dénotaient une désillusion quant à la possibilité d’obtenir une adhésion forte au vaccin. Il notait en tout état de cause que « Améliorer la couverture vaccinale chez les filles reste davantage coût-efficacité ». Il semble qu’une telle analyse n’est pas partagée par les professionnels de santé, dont la confiance et l’optimisme apparaissent plus marqués.

Un enseignement, évocateur de la réalité du terrain, qu’il pourrait être intéressant de méditer à l’heure de la préparation d’autres recommandations.

Aurélie Haroche

http://www.jim.fr

Les professionnels désavouent les recommandations sur la vaccination des garçons contre le HPV.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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