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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 16:50

Cellules, ADN, exosomes, des indices dans le sang à exploiter Comment le matériel tumoral circulant peut révolutionner le cancer

Dr Irène Drogou | 27.03.2017

La détection du matériel tumoral circulant ouvre de nouvelles perspectives pour une meilleure prise en charge des cancers, plus précoce, plus performante et moins invasive.

La recherche s'est accélérée ces dernières années dans un contexte ultra-compétitif.

Des applications sont déjà là et de nombreuses autres se préparent sans que l'utilité clinique fasse toujours l'unanimité.

MOTS CLÉS Détection précoce, biopsie liquide, traitement personnalisé, surveillance des récidives et des résistances, les promesses d'amélioration de la prise en charge des cancers proposées par la détection du matériel tumoral circulant, -

Les cellules tumorales circulantes (CTC), l'ADN tumoral circulant et, plus récemment les exosomes tumoraux - sont aujourd'hui devenues réalité pour certaines d'entre elles.

La recherche sur les CTC, à l'étude depuis plus de 20 ans avec plus de 18 000 articles dans la littérature, est la plus avancée, notamment dans les tests pronostiques et la détection précoce des cancers avant l'imagerie.

Mais la recherche sur l'ADN tumoral circulant, qui bénéficie d'un engouement sans pareil ces dernières années, avance très vite et dans plusieurs directions, en porte-drapeau de la médecine personnalisée.

Les enjeux ne sont pas que médicaux.

Le projet Grail (« Graal »), basé sur l'utilisation des « big data » et propulsé par les dizaines de millions de dollars injectés par les actionnaires de Google et d'Amazon, affiche l'unique ambition de mettre au point un test pour la détection des cancers avant tout symptôme, grâce à l'identification de mutations génétiques. Le comptage des CTC

Sur la cinquantaine de méthodes de détection différentes des CTC, deux d'entre elles se distinguent par le nombre de publications scientifiques :

la méthode ISET (« Isolation by SizE of Tumor Trophoblastic cells ») mise au point par le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot, oncologue et directrice de recherche à la faculté de médecine Paris-Descartes et

la méthode CellSearch développée par les laboratoires Janssen.

Ces deux méthodes de comptage des CTC, ISET et CellSearch, se basent sur des principes différents. ISET procède en 2 étapes, d'abord par filtration du sang sur la taille des cellules, puis confirmation cytopathologique.

CellSearch utilise des anticorps dirigés contre certains antigènes à la surface des cellules tumorales.

Ces méthodes visent la mise en évidence des cellules rares tumorales dans le sang, un pari difficile qui consiste à rechercher une aiguille dans une botte de foin.

« La méthode CellSearch, totalement automatisée, est la première et la seule à avoir obtenu l'aval de la FDA dans les cancers métastatiques, explique le Pr Jean-Yves Pierga, oncologue à l'institut Curie qui travaille sur le modèle CellSearch.

La méthode ISET est la plus aboutie mais plus compliquée car visuelle ».

Le Pr Paterlini-Bréchot met en avant la meilleure sensibilité de la méthode ISET « démontrée dans sept études comparatives indépendantes », précise-t-elle.

Cette sensibilité supérieure permet à ISET de se positionner en tant qu'information à valeur pronostique en phase précoce.

Cellsearch, fiable et reproductible au stade métastatique, est actuellement en perte de vitesse, avec une cession fin décembre 2016 au groupe italien Menarini. « Il est bien établi que plus il y a de CTC à des phases métastatiques, moins le pronostic est bon, poursuit le Pr Pierga.

Mais aucune étude clinique n'a montré de bénéfices sur la prise en charge.

Sans preuve d'utilité clinique, les compagnies d'assurance privée ont arrêté de rembourser aux États-Unis ».

Une étude collaborative Curie-INCa, dont les résultats sont attendus en fin d'année, est en cours chez 800 femmes ayant un cancer du sein métastatique pour évaluer l'utilité du comptage Cellsearch dans le meilleur choix de chimiothérapie.

Le pouvoir invasif corrélé aux CTC La présence de CTC ne signifie pas forcément qu'il existe des métastases ni même des micro-métastases mais que le cancer a un potentiel invasif et qu'il y a un risque de métastases, comme l'explique le Pr Paterlini-Bréchot sur la base de nombreuses publications.

« Le risque métastastique n'est pas absolu en présence de CTC », confirme le Pr Pierga. « La notion de risque de métastases est importante pour prévenir l'évolution métastatique », souligne le Pr Paterlini-Bréchot.

C'est sur ce principe fondateur que s'appuie le Pr Paterlini-Bréchot pour défendre ISET comme test pronostique aux stades précoces du cancer.

« C'est un outil d'utilité précoce, souligne la chercheuse. Il y a des publications dans les cancers du poumon, du pancréas, de la prostate et dans le mélanome.

La présence de CTC indique le pouvoir invasif du cancer, c'est une information qui manque dans l'arsenal du médecin.

C'est vrai il n'existe pas encore de recommandations, c'est une aide à la décision à discuter en réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) dans le domaine de la médecine personnalisée non invasive.

» La détection des CTC devrait pouvoir aider à déterminer la meilleure stratégie de prise en charge initiale d'un cancer. «

C'est pour ça qu'elle a déjà été insérée dans la nouvelle classification TNM du cancer du sein », souligne la chercheuse.

Mais, font remarquer les plus réservés, les lignes pour guider les thérapeutiques ne sont pas encore déterminées.

La méthode ISET ouvre aussi des perspectives dans le dépistage, ou détection précoce, des cancers invasifs, avec de premières preuves cliniques publiées.

Il s'agit pour l'instant « d'une potentialité », précise la chercheuse. «

L'étude du Pr Paul Hoffman à Nice chez 245 patients tabagiques est la première et la seule étude au monde à avoir montré qu'il est possible de détecter le cancer du poumon par le sang avant l'imagerie, s'enthousiasme la chercheuse.

C'est plus qu'encourageant ». Des études sont en préparation pour confirmer ces résultats à plus grande échelle et une étude multicentrique coordonnée par la même équipe, qui cible l'inclusion de 600 patients bronchitiques chroniques (BPCO), est d'ores et déjà en cours.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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