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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:02

Sur le long terme, AINS et paracétamol entraîneraient une perte d’audition

Boston, Etats-Unis—

Une étude américaine suggère que la consommation à long terme d’AINS et de paracétamol pourrait être délétère pour l’ouïe de la femme [1].

Ce lien entre les analgésiques les plus couramment utilisés et la perte de l’audition avait déjà été observé chez les hommes mais, selon les chercheurs,

il s’agit d’une première chez la femme. En revanche, contrairement à ce qui a été observé de longue date chez leurs homologues masculins, l’aspirine ne semble pas associée à une telle perte.

L'effet est peu important, mais « étant donné la forte prévalence de l'utilisation des analgésiques, même une faible augmentation du risque peut avoir des répercussions importantes en termes de santé publique », a commenté le Dr Brian Min-Hann Lin(Brigham and Women's Hospital, Boston, Etats-Unis). «

S'il existe bien une relation de causalité, cela suggère qu'une part substantielle de la perte auditive associée à l'utilisation des analgésiques peut potentiellement être prévenue », ajoutent-ils. Les résultats sont publiés dans l'American Journal of Epidemiology du 14 décembre [1].

Une perte auditive modérée L’analyse prospective a été menée à partir des données de 55 580 femmes de 44 à 69 ans (âge moyen 54 ans) participant à la Nurses’s Health Study (NHS). La consommation d’antalgiques a été évaluée tous les deux ans à partir de 1990.

Et, en 2012, les femmes ont été interrogées sur leur éventuelle perte auditive. Les femmes ont été suivies jusqu’à l’apparition d’une perte auditive ou la survenue d’un cancer.

Les résultats ont été ajustés en fonction de l’âge, de l’ethnie, de la consommation d’alcool, du tabagisme, de l’IMC, du régime, du potassium, du magnésium, de l’activité physique, du diabète, de l’hypertension, des acouphènes et de l’utilisation d’autres analgésiques. Les femmes qui avaient commencé à perdre l’audition avant 1990 et celles qui avaient un antécédent de chimiothérapie (sauf pour les cancers de la peau autres que mélanomes) ont été exclues de l’étude.

Globalement, il ressort de l’analyse des chercheurs que l’utilisation prolongée d’AINS et de paracétamol augmente modérément la perte auditive chez les femmes.

En tout, 18 663 cas de perte auditive ont été enregistrés sur 873 376 personnes-années de suivi. Comparée à une utilisation régulière d’AINS et de paracétamol de moins d’un an, une utilisation de plus de 6 ans était associée à un risque accru de surdité de respectivement 10 % et 9 %.

En revanche, aucune différence significative n’a été observée pour l’aspirine (RR=1,01).

De façon similaire, la consommation d’AINS, de paracétamol ou de multiples analgésiques au moins deux jours par semaine comparée à moins de deux jours par semaine était associée à un risque accru de perte auditive (respectivement de 7 % et de 19 %).

Là encore, la consommation régulière d’aspirine n’était pas associée à un risque accru de surdité (RR=1,01).

La fraction de perte auditive attribuable à l’utilisation régulière d’AINS dans la population a été estimée à 4%, celle attribuable au paracétamol à 1,6 % et celle attribuable à la consommation régulière de multiples analgésiques à 5,5 %.

Quels mécanismes ?

D’après les chercheurs, ces médicaments peuvent affecter l’audition de plusieurs manières : en endommageant les cils auditifs, en réduisant l’approvisionnement en sang de la cochlée et en inhibant la cyclooxygénase.

Le paracétamol pourrait rendre la cochlée plus vulnérable aux dommages induits par le bruit et il a été montré dans des modèles animaux que le paracétamol et l’un de ses métabolites pouvaient induire une ototoxicité par des mécanismes de stress oxydatif.

Des limites importantes Concernant les limites de l’étude, les auteurs citent le fait que la cohorte est presque exclusivement composée de femmes blanches, ce qui ne permet pas de généraliser les résultats.

En outre, les données sur l’utilisation des analgésiques et sur la perte de l’audition proviennent des déclarations des patientes et n’ont pas été vérifiées, ce qui peut induire des biais.

Toutefois, « considérant la forte prévalence de l’utilisation des analgésiques et la forte probabilité d’une utilisation fréquente ou prolongée chez les femmes d’un certain âge, nos résultats suggèrent que l’utilisation des AINS et du paracétamol peuvent être des facteurs de risque modifiables de la perte auditive », concluent les chercheurs. Actualités Medscape

Sur le long terme, AINS et paracétamol entraîneraient une perte d’audition

Aude Lecrubier 29 décembre 2016

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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