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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 11:03

Le médecin, l'excès de zèle... et le cul de sac

Quand un médecin de campagne est confronté au zèle des forces de l'ordre, c'est la France des déserts médicaux, et des plus vulnérables, qui souffre.

Deux gendarmes ont retiré son permis de conduire à un médecin de campagne en excès de vitesse qui partait en visite chez une personne fragile.

À la frontière entre Nièvre et Yonne, entre Vézelay, Clamecy et les ruines superbes du château des comtes de Nevers à Druyes-les-Belles-Fontaines, le long de la vallée de l'Yonne, se niche dans ce paysage magnifique et boisé un parfait désert médical.

Plus de cabinet à Mailly-le-Château, aucun médecin repreneur malgré l'offre gratuite du docteur Jeannin parti en retraite.

Non plus à Mailly-la-Ville où le dernier titulaire a fermé la porte depuis déjà plusieurs années.

Alors quand le chef des urgences de l'hôpital de Clamecy durant 20 ans, las de l'état de délabrement de son service, a décidé de rouvrir le cabinet médical fermé à Coulanges-sur-Yonne, ce fut un soulagement dans la région.

Le docteur Latamène Kadi, d'origine kabyle, bien connu pour sa gentillesse et sa compétence, s'installant en toubib libéral dans ce bourg du bord de rivière : une aubaine.

La salle d'attente est remplie dès le matin 7 heures, car il commence de bonne heure le docteur Kadi.

Et il termine tard le soir.

Et plus encore, il se déplace, va voir les personnes âgées qui peinent à se déplacer, répond aux appels des gendarmes quand il faut constater un décès, pratique la petite chirurgie à merveille quand il s'agit de recoudre un genou…

125 km/h

Mercedi 17 mai, un malade, une personne fragile, l'a appelé en urgence depuis Migé, une petite commune située à une vingtaine de kilomètres et elle aussi sans médecin.

Alors, le docteur Kadi n'a pas hésité. Il a rallongé sa tournée.

Mais à 4 kilomètres de Coulanges, dans la descente en ligne droite qui se trouve non loin du village de Festigny, deux motards de la gendarmerie l'ont stoppé.

Leur radar portatif indiquait qu'il roulait à 125 km/h, dans cette belle ligne droite idéale pour se livrer à des contrôles de vitesse gagnants à tous les coups.

Certes, les pompiers, les ambulances et même les gendarmes quand ils sont pressés circulent facilement à cette allure en cet endroit, mais le médecin généraliste avec sa voiture encombrée de médicaments, sa lourde sacoche d'urgentiste qu'il a conservée, n'a pas le droit, lui, de dépasser la vitesse autorisée.

En plus, à titre expérimental, le préfet a décidé de limiter à 80 km/h la vitesse sur cette partie de la RN 151.

Dès que vous la quittez et empruntez les petites voies auxiliaires où deux autos ont bien du mal à se croiser, vous pouvez rouler à 90, mais pas sur la RN 151, beaucoup plus large mais considérée comme accidentogène.

Peut-être aussi parce qu'il y passe plus de véhicules…

On aurait pu s'en tenir là, une remontrance ou même une amende avec un retrait de points.

Mais comme de 80 à 125, il y a la marge dépassée des 40 km/h, les deux motards n'écoutant que leur sens du devoir ont retiré sur place le permis de conduire au docteur Kadi.

Certes, la loi, c'est la loi, et nul ne conteste, encore moins le docteur Kadi, qu'il était en infraction.

Mais qui va répondre désormais aux appels des patients isolés et sans moyen de locomotion ?

« Monsieur, il y a le 15 pour les urgences », a dit le gendarme qui ne lui a pas donné son titre de docteur.

Mais le 15 dans les déserts médicaux est bien souvent saturé, va au plus grave et ne peut soulager les angoisses.

« Mais, docteur [...], je veux finir ma vie chez moi »

Depuis, le docteur Kadi a supprimé ses visites à domicile du mercredi et répond désormais aux malades qui l'appellent en urgence que durant 4 mois, c'est-à-dire, au moins jusqu'au procès, il ne pourra plus se déplacer.

« Si vous ne vous sentez vraiment pas bien, appelez les pompiers », a-t-il dit à une de ses patientes très âgées qui le suppliait de venir.

« Mais docteur, je ne veux pas. Les pompiers, ils vont m'emmener à l'hôpital. Je ne veux pas aller à l'hôpital car je n'en sortirai pas. Je veux finir ma vie chez moi. » Alors les gens d'ici sont en colère.

Ils ne crient pas, ne descendent pas dans la rue. Ils disent que, décidément, « on » fait tout pour les isoler ; qu'un motard qui rentre le soir en ville dans son casernement la conscience apaisée par l'idée du devoir accompli peut décider de la vie des autres sans mesurer qu'il peut causer bien plus de dégâts qu'un médecin qui roule (trop) vite pour aller voir un patient.

Et que dans les campagnes, personne ne « nous » entend…

Bonne nouvelle, du côté de la préfecture, personne n'a bougé mais le docteur Kadi a fait savoir qu'il allait se « débrouiller », qu'il ne pouvait pas laisser ses patients sans soin.

Peut-être que quelqu'un le conduira ou qu'il louera une voiturette à ses frais…

lepoint.fr

Le médecin, l'excès de zèle... et le cul de sac dans un désert Medical.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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