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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 18:48

L'hypothèse a de quoi surprendre : le diabète de type 2 pourrait partager des similitudes avec les maladies à prions comme Creutzfeldt-Jakob ou le terrible Kuru.

Ces pathologies qui s'attaquent au système nerveux central sont dues à des protéines mal formées, insolubles, qui s'accumulent et forment des agrégats délétères pour les cellules du cerveau.

Un mécanisme spécifique qui pourrait aussi être à l'œuvre, non pas dans le cerveau, mais dans le pancréas des patients atteints d'un diabète de type 2.

C'est ce qu'avance une équipe du Centre Mitchell pour la maladie d'Alzheimer de l'université du Texas dans une étude publiée dans le Journal of Experimental Medicine mardi 1er août 2017.

Selon leur étude, la destruction des cellules bêta-pancréatiques chez les diabétiques pourrait être provoquée par l'accumulation de polypeptides amyloïdes (IAPP) dans le pancréas.

Les cellules bêta-pancréatiques sont celles qui libèrent l'insuline et permettent ainsi la régulation de la glycémie (taux de sucre dans le sang).

Si l'on savait que plus de 80% des patients diabétiques présentent des dépôts amyloïdes, la possibilité que ces protéines puissent être à l'origine d'un diabète n'avait jamais été évoquée.

Or l'hypothèse, si elle venait un jour à se confirmer, impliquerait aussi que le diabète soit une maladie transmissible par transfert de ces protéines d'un organisme à l'autre.

Une hypothèse saugrenue ?

Une maladie à prions peut en effet se transmettre par transfert de tissus contaminés, que ce soit par une greffe ou par l'alimentation comme c'est le cas avec la vache folle ou le Kuru, maladie qui se transmettait dans une tribu anthropophage...

Les protéines mal repliées agissent en effet comme un agent infectieux et poussent d'autres protéines à modifier leur conformation.

C'est ce qui pourrait se passer dans le pancréas des malades. "L'hypothèse est un peu saugrenue, mais pourquoi pas", juge le Pr François Pattou, directeur du laboratoire de recherche translationnelle sur le diabète (Inserm/CHU de Lille).

"Elle permet au moins d'occuper le vide de notre compréhension de la pandémie de diabète en émettant la possibilité qu'il s'agisse aussi d'une maladie infectieuse." 420 millions de personnes sont touchées par un diabète de type 2 dans le monde, "et la pandémie reste largement incomprise.

La susceptibilité génétique n'expliquant que 10% à 15% de l'héritabilité très forte de la maladie", rappelle le chercheur.

Les auteurs de l'étude sont ainsi très prudents dans leur conclusion.

Les expériences menées ne permettant pas en l'état d'établir de nouvelles connaissances.

Celles-ci ont consisté à injecter ces fameuses protéines IAPP dans le pancréas de souris saines.

Des agrégats s'attaquant aux cellules bêta-pancréatiques s'y sont rapidement formés.

Et en moins d'une semaine, les souris ont présenté les symptômes d'un diabète de type 2 : destruction des cellules bêta et de hauts taux de sucre dans le sang.

Les chercheurs ont également testé l'injection in vitro de ces protéines "infectieuses" dans des tissus de pancréas humain.

Là-aussi, ils ont constaté la formation de larges plaques d'amyloïde.

"Considérant la nature expérimentale des modèles et leurs conditions d'utilisation dans cette étude, ces résultats ne devraient pas être extrapolés pour conclure que le diabète de type 2 est une maladie transmissible chez les humains sans études supplémentaires", avertit le Dr Claudio Soto qui a dirigé ces travaux.

Les auteurs rappellent toutefois que de nombreux cas de diabète ont été diagnostiqués après une greffe venant d'un diabétique.

"En l'occurrence, l'argument des transplantations est presque fallacieux", estime le Pr Pattou.

"De nombreux cas de diabète sont bien détectés après une greffe, mais il se trouve que la totalité de ces patients reçoivent des traitements anti-rejet après l'opération ; lesquels sont tous diabétogènes.

" Très difficile de savoir si la maladie est plutôt due à ces traitements ou à la transplantation donc.

"La vérité, c'est qu'avec la pandémie de diabète, on est face à une boîte noire.

Le caractère héréditaire est très important, mais on le comprend encore mal.

De nombreuses pistes sont ainsi avancées : le microbiote, l'épigénétique, l'éducation..."

Et aujourd'hui, le prion.

Notons enfin que les auteurs de ces travaux sont plutôt des spécialistes de la maladie d'Alzheimer.

Pourquoi s'intéresser au diabète ?

Il se trouve que la piste du prion a aussi été récemment évoquée dans cette maladie neurodégénérative.

Par ailleurs, plusieurs études ont déjà montré un risque deux fois plus important de développer un Alzheimer chez les patients diabétiques.

En 2015, une équipe de l'université Uppsala en Suède a ainsi recherché un lien potentiel entre ces deux affections dans une étude publiée par The American Journal of Pathology.

A partir d'expériences menées sur des souris, ils avaient ainsi suggéré un mécanisme d'ensemencement croisé de protéines amyloïdes infectieuses entre le cerveau et le pancréas.

Le diabète est-il une maladie à prions contagieuse?

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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