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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 20:23

Diabète : l'apeline, une voie de secours à l'insuline prometteuse

Par Lise Loumé

Le 12.07.2017

Pour réguler le taux de sucre dans le sang, l'organisme utilise une autre molécule que l'insuline : l'apeline.

Philippe Valet, le premier à avoir testé son efficacité chez l'homme, nous explique en quoi ce traitement est prometteur contre le diabète de type 2.

L'apeline, voie de secours prometteuse contre le diabète Les chercheurs prévoient un traitement, par voie orale, accessible aux patients d'ici 5 à 10 ans.

En 2008, Philippe Valet, professeur à l'Université Toulouse III (Inserm), et son équipe découvrent chez la souris qu'une molécule produite par le tissu graisseux et nommée "apeline" peut, si cela s'avère nécessaire, remplacer l'insuline en régulant le taux de sucre dans l'organisme.

Une voie de secours prometteuse pour les patients atteints du diabète de type 2 et chez qui les cellules ne sont plus sensibles à l'insuline.

Neuf ans plus tard, Philippe Valet publie les résultats du tout premier essai clinique qu'il a mené sur cette molécule dans la revue Diabetes, Obesity and Metabolism.

En quoi ce traitement est-il prometteur ?

Quand pourra-t-il être accessible aux patients diabétiques ?

Le chercheur a répondu aux questions de Sciences et Avenir :

De nombreuses molécules sont en cours de développement dans le diabète de type 2.

En quoi l'apeline est-elle différente ?

Philippe Valet : Contrairement à la plupart des molécules d'intérêt dans le diabète, l'apeline n'agit pas sur les cellules du foie qui accumulent la graisse, mais sur celles du muscle, omniprésentes dans l'organisme.

Elle se fixe sur les récepteurs des membranes des cellules et active fortement des petites structures qui fournissent l'énergie nécessaire à la cellule : les mitochondries.

Sucre et graisses - des sources d'énergie - sont donc consommées plus rapidement par la cellule, ce qui entraîne une meilleure régulation du taux de sucre dans le sang, une meilleure sensibilité à l'insuline et une perte de poids.

Que s'est-il passé depuis la découverte de l'apeline en 2008 ?

Nous avons dû récolter suffisamment de fonds - concrètement, 300.000 euros - pour monter un essai clinique.

C'est surtout l'apeline de synthèse, fabriquée par une entreprise, qui est onéreuse.

En parallèle, nous avons monté un dossier pour l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour démontrer l'innocuité de la molécule, afin d'obtenir l'autorisation de la tester chez l'homme.

Le temps de recruter des volontaires, de réaliser l'étude, de publier les résultats, neuf longues années ont passé...

Les résultats de ce premier essai clinique sont-ils concluants ?

Pour notre essai clinique, nous avons recruté 16 patients en bonne santé mais en surpoids afin d'établir l'efficacité et la tolérance de deux doses différentes d'apeline administrées par voie intraveineuse.

Un premier groupe a reçu une dose équivalente à 9 nanomol/kg, le second groupe 30 nanomol/kg.

En mesurant la glycémie des patients avant et après la perfusion, nous avons constaté que la plus faible dose entraîne une meilleure assimilation du glucose dans le sang et la dose la plus élevée a l'avantage de provoquer en plus une hausse de la sensibilité des cellules à l'insuline.

Nous n'avons observé aucun effet secondaire.

Grâce à cette étude, la "preuve de concept" est faite chez l'homme.

Avez-vous déjà prévu de lancer un deuxième essai clinique ?

Un deuxième essai clinique est déjà en cours sur 8 patients diabétiques qui n'ont pas d'autres pathologies que celle-ci, car il leur faut arrêter leur traitement pendant la durée de l'expérimentation...

Nous devrions avoir les résultats fin 2017.

L'objectif d'après est de réaliser une étude sur plusieurs centaines de patients, ce qui se chiffrera en millions d'euros...

Nous sommes en discussion avec des groupes pharmaceutiques pour que ce projet voit le jour.

Si les résultats sont bons, nous pouvons prévoir un traitement, par voie orale, accessible aux patients d'ici 5 à 10 ans.

Nous espérons même qu'ils ne devront pas prendre ce médicament à vie : nous testons actuellement chez la souris des prises d'apeline pendant quinze jours suivi d'un arrêt, pour voir si les effets positifs persistent sans prise quotidienne...

L'apeline réanime les mitochondries et traite le diabète.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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