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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 22:24

Un projet de recherche dédié au diagnostic des maladies à tiques

Le diagnostic de la maladie de Lyme est difficile à établir et les tests pour l’Homme actuellement sur le marché font l’objet de nombreuses controverses.

La tique Ixodes, responsable de la transmission des bactéries (Borrelia), peut porter et transmettre jusqu’à 5 microbes.

Ce phénomène dit de co-infection complique le diagnostic pour Lyme et pourrait expliquer les symptômes atypiques chez de nombreux patients.

Le projet OH !Ticks coordonné par l’Inra a pour but précisément de mieux connaitre les agents pathogènes transmis par les tiques pour proposer des tests de diagnostic adaptés.

Par Patricia Léveillé

Les Tiques du genre Ixodes (Ixodes ricinus), vectrices des agents responsables de la maladie de Lyme.

Longtemps passée inaperçue et sous silence, la maladie de Lyme s’est invitée dans le débat public et avec fracas sur le terrain pénal.

En cause notamment, la vingtaine de tests de diagnostic commercialisés en France auxquels on reproche leur manque de fiabilité. Il faut dire que cette maladie est on ne peut plus difficile à dépister.

Tout d’abord, parce que la morsure de la tique qui en est responsable est indolore et ne s’accompagne pas systématiquement d’un érythème migrant que la personne piquée détecte.

Diagnostiquée précocement, la maladie se résorbe avec un traitement antibiotique.

Mais, les symptômes peuvent ne se manifester qu’au bout de quelques semaines voire quelques mois. Le diagnostic est confirmé par un test sanguin.

Mais là encore il y a problème pour détecter la bactérie, elle n’induit en effet qu’une faible quantité d’anticorps.

La tique porteuse de nombreuses « mauvaises » bactéries

Ce n’est pas tout, « dans certains cas, explique Muriel Vayssier-Taussat, microbiologiste à l’Inra, le diagnostic de la maladie de Lyme de personnes qui se sont fait piquer est négatif même si ces personnes présentent les symptômes de la maladie de Lyme.

D’autres sont séropositifs pour Lyme mais le traitement antibiotique reste inefficace ».

Pourquoi ?

Deux hypothèses possibles : d’autres maladies pourraient être transmises par les tiques et ne sont pas diagnostiquées.

Ou alors, il y aurait co-infection entre les bactéries responsables de la maladie de Lyme et d’autres microbes, parasites ou virus qui pourraient être résistants au traitement antibiotique prescrit.

Ce phénomène de co-infection entre différents microbes transmis par les tiques, a été confirmé par l’équipe de Muriel Vayssier-Taussat au cours d’une collecte de 267 tiques Ixodus ricinus dans les Ardennes : 45 % des tiques étudiées étaient infectées par au moins un microbe. 20 % des tiques véhiculent les agents qui vont donner la maladie de Lyme.

« Jusque-là, rien de nouveau, commente la scientifique, mais nous avons également trouvé d’autres bactéries, en particulier des bartonelles et des rickettsies.

Environ 20 % de tiques sont infectées par ces bactéries ». Les scientifiques ont donc cherché à savoir si les malades séronégatifs pour Lyme étaient infectés par ces microbes.

La démonstration a été faite au cours d’une autre étude en collaboration avec l’unité des Rickettsies de Marseille et des médecins généralistes auprès de 66 patients piqués par des tiques et déclarés séronégatifs pour Lyme.

La moitié des malades étaient infectés soit par des bartonelles soit des rickettsies et certains étaient infectés par les 2 microbes.

Ces co-infections compliquent les dépistages, les diagnostics cliniques, sérologiques ou moléculaires.

« Les bartonelles donnent des symptômes peu spécifiques. On peut donc imaginer que des malades séronégatifs pour Lyme soient en fait atteints de bartonellose, ou d’autres infections qu’on ne diagnostique pas encore », souligne Muriel Vayssier-Taussat.

En effet, les médecins connaissent peu ces microorganismes et ces infections et il y a très peu de tests commercialisés capables de les diagnostiquer.

De la morsure aux symptômes : prouver le lien épidémiologique

C’est dans ce contexte qu’a émergé le projet OH !Ticks porté par l’Inra avec des médecins du réseau Sentinelles, des CHU répartis sur la France entière, l’Institut Pasteur et des vétérinaires.

L’objectif est de mieux caractériser les maladies transmises par les tiques, en améliorant le diagnostic à la fois chez l’Homme mais aussi l’animal.

En effet, les tiques sont le premier vecteur de maladies animales dans le monde et le problème du diagnostic se pose également chez les animaux d’élevage, en particulier les bovins, ovins, caprins, les chevaux.

Les scientifiques développent des approches basées sur les nouvelles méthodes de séquençage haut débit. La moitié des microorganismes vectorisés par les tiques ne sont pas connus et ils sont peut-être impliqués dans les maladies transmises.

Ces techniques vont leur permettre de détecter, identifier et isoler des micro-organismes nouveaux ou peu connus à partir de prélèvement de patients et d’animaux souffrant de syndromes inexpliqués après piqûres de tique.

Ce projet a pour ambition également de mettre au point les techniques qui permettront de prouver le lien épidémiologique entre la morsure de tique, la présence d’un microbe et les symptômes chez l’hôte. In fine, ces résultats seront utilisés pour développer de nouveaux tests de diagnostic adaptés.

Contact(s) scientifique(s) :

Muriel Vayssier-Taussat, chef du département scientifique « Santé animale »

Sarah Bonnet (encadré) Unité Biologie moléculaire et immunologie parasitaires et fongiques (Bipar)

Département(s) associé(s) :

Santé animale

Centre(s) associé(s) :

Jouy-en-Josas

La piste du vaccin

Des recherches menées par Sarah Bonnet pour développer un vaccin anti-tiques ciblent des molécules de la tique elle-même et non pas ceux des microbes dont elle est le vecteur.

Outre s’affranchir de l’usage des acaricides, l’avantage de cette approche est qu’elle pourrait se révéler efficace contre plusieurs agents infectieux à même d’être transmis par les tiques. « Nous travaillons directement sur les molécules de tiques Ixodes ricinus qui sont impliquées dans deux types de fonctions : la prise du repas sanguin de l’arthropode et la transmission des agents pathogènes, » explique Sarah Bonnet de l’unité Bipar et coordinatrice du projet Vactix.

C’est pendant son repas sanguin que la tique transmet les agents pathogènes en les injectant avec sa salive dans l’hôte. Les chercheurs s’intéressent donc à la physiologie des glandes salivaires des tiques et étudient en parallèle les molécules qui interviennent dans la transmission des microorganismes vectorisés.

Ils ont comparé des tiques infectées et non infectées et mis en évidence quelques 800 gènes surexprimés dans les glandes salivaires des tiques infectées. Ce travail permet également d’approfondir les connaissances sur les interactions moléculaires entre les tiques et les agents pathogènes qu’elles véhiculent.

Cinq de ces gènes sont en cours d’étude chez la souris et des tests d’efficacité vaccinale sont prévus prochainement chez le mouton sur le plus avancé des candidats vaccins, IrSPI (un inhibiteur de sérine protéase).

En cas de résultats positifs, ces recherches pourront alors être appliquées chez les animaux domestiques avant d’envisager une application chez l’homme.

Des tests controversés

Les tests sérologiques actuels sont des tests détectant les anticorps :

Elisa et Western Blot.

De nombreux tests sont commercialisés et la sensibilité et la spécificité de tous ces tests sont parfois floues.

Le besoin de clarifier cette situation est une des recommandations de l’avis donné par le Haut Conseil de la santé publique en 2014, en réponse à une saisine de la Direction générale de la santé: faire un tri dans tous les tests commercialisés pour déterminer lesquels sont les plus spécifiques et les plus sensibles pour détecter la maladie

INRA : Un projet de recherche dédié au diagnostic des maladies à tiques.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
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