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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:52

La prise d'ibuprofène dès le premier trimestre de grossesse peut se révéler nocive pour le fœtus : elle inhibe la production de différentes hormones testiculaires, dont la testostérone, révèlent des chercheurs.

Trois femmes enceintes sur dix prendraient de l'ibuprofène, médicament contre la douleur ou la fièvre : or les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens leur sont pourtant formellement contre-indiqués à partir du sixième mois de grossesse en raison de leur toxicité pour le futur bébé, rappelait fin janvier 2017 l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

Petit poids de naissance, asthme, prématurité, sont parmi les risques les mieux identifiés par les chercheurs.

Et le système hormonal peut également être touché, ont mis en évidence le 10 mars 2017 des chercheurs de l'Inserm dans la revue Scientific Reports.

"À des doses analogues à la posologie classique, l'ibuprofène supprime la production de différentes hormones testiculaires, dont la testostérone, qui contrôle les caractères sexuels primaires et secondaires et la descente des testicules", résument-ils dans un communiqué.

Au vu de leurs résultats, ils encouragent même les femmes enceintes à cesser complètement la prise de ce médicament dès le premier trimestre de grossesse.

L'ibuprofène modifie l'expression des gènes Les chercheurs français, avec l'appui de collègues de l’Université de Copenhague (Danemark) et du MRC Edinburgh (Écosse), ont mené des tests pour étudier les effets de l'ibuprofène sur le testicule fœtal humain, sur des périodes correspondant aux premier et deuxième trimestres de grossesse.

Ils ont mis les testicules en culture, avant de... les greffer sur des souris !

Une méthodologie qui a de quoi surprendre mais qui est pratiquée depuis longtemps dans les laboratoires (les scientifiques parlent de "xénogreffe" pour désigner la transplantation de cellules ou organes d'un organisme vivant à une autre espèce).

"Lorsque les testicules correspondant au premier trimestre de grossesse sont exposés à l'ibuprofène, la production de testostérone diminue fortement", expliquent les chercheurs.

Au cours de la même période (jusqu'à 12 semaines de développement), ils ont remarqué que l’ibuprofène affecte aussi la production d’hormone anti-müllérienne, qui joue un rôle clé dans la masculinisation de l'appareil génital.

De plus, des modifications génétiques ont lieu en présence d'ibuprofène : l’expression des gènes codant pour le fonctionnement des cellules germinales (à l'origine de la formation des spermatozoïdes) et des gènes responsables de la production de prostaglandine E2 (connue pour être produite par les testicules et pour intervenir dans des processus immunitaires et inflammatoires) sont largement réduites.

Fait troublant : tous ces effets sont observés très tôt au cours de la grossesse, et aucun n'est retrouvé sur les tests effectués au cours du second trimestre.

"Il existe une fenêtre de sensibilité bien précise au cours du premier trimestre de développement du fœtus pendant laquelle l'ibuprofène présente, semble-t-il, un risque pour le futur appareil génital et reproducteur de l'enfant, explique Bernard Jégou, directeur de recherche Inserm et coordinateur de cette étude.

Tous les faisceaux d'indices convergent vers une grande prudence quant à l'utilisation de ce médicament lors du premier trimestre de grossesse.

En outre, si l'on prend aujourd’hui en compte le corps de données disponibles, il apparaît que la prise de plusieurs antalgiques pendant la grossesse représente un danger encore accru pour l’équilibre hormonal du fœtus masculin."

Des recherches précédentes ont en effet montré que le paracétamol et l'aspirine peuvent perturber le système testiculaire fœtal avec comme conséquence une augmentation du risque de non-descente des testicules (cryptorchidie).

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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