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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 06:23

Génétique : beaucoup d'ablations préventives des seins pour rien

Aux États-Unis, pays des tests génétiques à tout va, une double mastectomie sur deux effectuée afin d'éviter le développement d'un cancer serait inutile.

En mai 2013, Angelina Jolie annonçait avoir subi une double ablation des seins à visée préventive.

Les examens qu'elle avait passés lui promettaient avec certitude un ou des cancers mammaires à venir.

Les confidences de la star avaient déclenché un énorme émoi à travers le monde.

Et elles avaient fait connaître la question du dépistage génétique des femmes présentant un risque de cancer du sein.

Dans les mois et les années qui ont suivi, plusieurs pays ont enregistré une envolée de la demande de tests pour détecter si la personne est porteuse d'une mutation multipliant le risque de développer un tel cancer. Il existe plusieurs de ces anomalies génétiques – dont les fameux gènes BRCA 1 et BRCA 2 pour lesquels le lien de cause à effet avec le cancer mammaire est bien établi – mais aussi une multitude de variations génétiques de signification inconnue.

C'est-à-dire des mutations certes reconnues par les tests, mais dont on ne sait pas si elles sont délétères ou non.

Quatre ans plus tard, le bilan de cet engouement pour les tests génétiques prédictifs du cancer du sein laisse songeur, ou rageur selon.

Aux États-Unis, la moitié des mastectomies bilatérales préventives – ou prophylactique, dit-on encore – sont réalisées pour une mutation non pathogène.

Autrement dit, une femme sur deux amputée de sa poitrine au motif qu'un test génétique aurait révélé un risque de développer une tumeur maligne mammaire l'aurait été inutilement.

Intérêts privés

L'étude, qui a porté sur 666 patientes entre 2014 et 2015, est parue dans la sérieuse revue scientifique Journal of clinical oncology (1).

Elle explique parfaitement les raisons de ces opérations excessives : la moitié des femmes testées ne voient pas de médecin spécialisé en conseil génétique, seul capable d'interpréter ce type d'examen.

Des chirurgiens, non formés au conseil génétique, décident par eux-mêmes des suites à donner à un résultat qu'ils ne comprennent pas.

Le tout dans un pays où existent d'énormes intérêts privés qui poussent à la consommation de ce « testing » génétique.

Il existe également de grands centres médicaux de qualité, avec des professionnels de plusieurs spécialités, cancérologues, chirurgiens, radiothérapeutes, conseiller génétique qui se concertent et informent les femmes des décisions thérapeutiques à prendre, mais aussi de nombreuses petites structures sans généticien.

Pour l'instant, de telles dérives ne peuvent pas exister en France.

Les patientes sont systématiquement vues dans le cadre de structures hospitalières de conseil génétique maillant tout le territoire.

Ce réseau est organisé autour de 139 sites de consultations répartis dans 94 villes.

Et malgré la facilité de se procurer individuellement des kits de tests génétiques par Internet, il est difficilement imaginable de trouver un chirurgien qui opérerait une femme soi-disant à risque sans demander l'avis éclairé d'une de ces équipes consultatives. (1)

Journal of clinical oncology, Allison W. Kurian et coll., 12 avril 2017

PAR JÉRÔME VINCENT

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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