Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 21:55

Laurent Chevallier - Gaufres et autres produits contaminés au fipronil : l'incohérence !

Comment le ministère de l'Agriculture peut-il affirmer que les produits contenant du fipronil ne présentent pas de risque pour la santé ?

PAR LAURENT CHEVALLIER

Il est pour le moins surprenant que le ministère de l'Agriculture, dans son communiqué du 17 août, puisse affirmer que les produits contenant du fipronil « à une concentration supérieure à la limite réglementaire (…) ne présentent pas de risque pour la santé ».

Dès lors, à quoi bon définir des limites réglementaires ?

Qu'en pensent celles et ceux qui les ont élaborées ?

Et, surtout, pourquoi le ministère de la Santé est-il si étrangement discret sur le sujet ?

Toxicité différée

Sur le plan médical, il faut bien faire la différence entre une toxicité aiguë pour laquelle il ne semble pas, à ce jour, y avoir de cas répertoriés par la consommation d'œufs contaminés par le fipronil (vertiges, maux de tête, convulsions… tels que décrits pour des expositions professionnelles graves et involontaires) et une toxicité différée.

Depuis combien de temps les populations européennes sont-elles exposées à cette substance ?

En effet, une fois absorbé, ce produit se concentre essentiellement dans le tissu graisseux (le gras du corps) et, de ce fait, s'élimine non seulement mal mais aussi lentement.

L'Anses indique clairement dans son rapport du 11 août que, « concernant une évaluation quantitative des risques chroniques, celle-ci n'a pas pu être réalisée ».

Néanmoins, elle estime – et ce n'est qu'une estimation – que, tant que les limites réglementaires de contamination ne sont pas dépassées, cela « permet de prévenir les risques ».

Or elles sont d'ores et déjà dépassées dans certains produits alimentaires. Comment, dans ce contexte, parler de risque « très faible » pour la santé alors que, justement, l'absence de données fiables et complètes est patente, ne semblant pas permettre une évaluation suffisante et exhaustive ?

D'ailleurs, que signifie « très faible » ? Est-ce une approche épidémiologique, une atteinte organique limitée ?

Les conséquences pour la santé à moyen et long terme sont-elles véritablement prises en compte ?

En tout état de cause, les recommandations officielles concernant le stockage du fipronil pour les industriels sont parfaitement claires : « stocker le fipronil et ses spécialités dans leurs emballages d'origine, dans des locaux bien ventilés ne contenant pas de denrées alimentaires ».

Or, là, il est présent dans les aliments.

Plus de cohérence

Dans toutes les espèces testées exposées au fipronil (selon, bien sûr, le degré d'exposition et de concentration, base des évaluations), on provoque une toxicité du système nerveux, expérimentalement chez l'animal (l'homme ne pouvant servir de cobaye !).

On peut observer aussi des atteintes du foie et de la thyroïde chez certaines espèces.

Du coup, n'est-on pas en droit d'attendre plus de cohérence ?

Soit on légitime le danger en retirant des lots contaminés, mais alors, pourquoi écrire « bien que ne présentant pas de risque pour la santé » ?

Soit, si, effectivement, il n'y a pas de risque du tout pour la santé, pourquoi faire retirer les lots ?

Peut-être le ministère de l'Agriculture dispose-t-il d'autres éléments ?

En l'état, sur le plan médical, des mesures pourraient a minima être édictées par le ministère de la Santé pour protéger en priorité les femmes enceintes, les jeunes enfants et toutes les personnes médicalement vulnérables.

Publié le 18/08/17 lepoint.fr

Gaufres et autres produits contaminés au fipronil : l'incohérence.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
commenter cet article

commentaires