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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 11:01

Excès de Cholestérol ? Aucun effet des statines sur la mortalité cardiovasculaire

Jérémy Anso 12 septembre 2017

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Une nouvelle étude vient de réussir l’impossible avec les statines : elles seraient bénéfiques en prévention primaire sur tous les risques de mortalité chez les hommes.

Mais problème, cette étude présente des biais méthodologiques majeurs, oubliés par la presse, et qui n’invitent qu’à une seule conclusion : aucun bénéfice des statines en prévention primaire.

Point barre.

À peine acceptée, les résultats de la dernière étude d’envergure sur le cholestérol et les statines sont déjà repris en coeur par la presse nationale et internationale.

Le Point, par exemple, est catégorique avec « l’effet positif des statines démontré« , et rajoutant qu’une « vaste étude menée pendant 20 ans a permis de démontrer que la prise régulière de pravastatine a diminué de 28 % la mortalité chez les hommes.«

Impressionnant n’est-ce pas ?

Même Michel de Lorgeril, célèbre pourfendeur des statines, n’en parle pas encore sur son blog !

L’étude en question est impressionnante puisqu’elle démontre, selon les auteurs, l’intérêt d’une statine (ce médicament qui sert à faire baisser le « mauvais » cholestérol dit LDL) chez des personnes qui n’ont eu aucun problème cardiovasculaire (on parle de prévention primaire dans ce cas), et qui ont même un taux de LDL-cholestérol « normal » (c’est-à-dire en dessous de 1,9 g / L.)

Cette étude publiée dans Circulation démontre ce que toutes les études passées n’ont jamais réussir à faire.

Réussir à prouver des bénéfices pour les statines en prévention primaire et même dans les limites normales du LDL…

C’est tout simplement le Saint-Graal de l’industrie pharmaceutique!

Mais comment est-ce possible ?

C’est tout à fait possible en réalisant une belle tambouille médicale, scientifique et statistique improbable et douteuse.

Vaut mieux éviter de connaître exactement les ingrédients et la recette utilisée, sinon on découvre le pot aux roses. Justement, on va disséquer en détail les entrailles de cette « étude d’envergure« , pour comprendre le pourquoi du comment de mon titre…

Non, cette étude ne démontre aucun effet bénéfique des statines sur le risque de mortalité par maladie cardiovasculaire, dont c’est pourtant l’unique mission. Attention douche froide.

L’arnaque intellectuelle des deux « méthodes »

L’étude est présentée par la presse comme « la plus longue jamais effectuée sur un anti-cholestérol« , avec 20 années d’étude.

Pourtant, deux « études » coexistent dans cette unique étude, avec deux méthodologies complètement différentes: l’une très correcte et sérieuse (un essai clinique randomisé contre un placebo en double aveugle durant 5 ans); l’autre plus légère et moins sérieuse (une étude d’observation pendant 15 ans).

Dans le premier cas, avec l’essai clinique, on peut effectivement trouver une relation de cause à effet entre un médicament et une pathologie, en contrôlant notamment tout un panel de facteurs confondants, comme l’indice de masse corporelle, l’hypertension, le diabète, l’alimentation, le tabagisme, l’activité physique, etc., etc.

Dans le second cas, avec l’étude d’observation, on ne peut pas trouver de relation de cause à effet.

On peut démontrer une association, sans pouvoir aller plus loin.

Bien souvent, de nombreux facteurs confondants ne sont pas pris en compte, le suivi des patients n’est plus assuré, la force de l’association est d’autant plus bancale, la véracité des résultats est fortement discutable.

Cliniquement parlant, ce n’est pas top du tout.

Mais je vous le donne en mille, devinez quelle « méthode » a réussi à trouver un effet bénéfique des statines sur le risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire ?

La deuxième bien sûr !

Et uniquement chez les patients qui avaient au départ un taux de LDL-cholestérol supérieur à 1,9 g / L.

Durant l’essai clinique randomisé :

Aucun bénéfice de la Pravastatine

Les résultats de l’étude sont pourtant catégoriques.

Durant l’essai clinique randomisé en double aveugle et contre un placebo, il n’y a aucune différence entre les groupes concernant… la mortalité par maladies cardiaques coronariennes (CHD), la mortalité par maladie cardiovasculaire (CVD), la mortalité toutes causes confondues.

Et cela peu importe le taux de LDL-cholestérol, inférieur ou supérieur à 190 mg / dL.

C’est quand même bien étrange que la presse n’ait pas relevé ces résultats.

Non en fait ce n’est pas étrange du tout, c’est juste chiant de lire les études en entier et d’en faire une critique un peu sérieuse.

Durant le suivi sur 15 ans : des bénéfices, mais attention à la tambouille scientifique !

En réalité, tous les chiffres positifs pour les statines énoncés par la presse, « 27 % de risque de maladie cardiovasculaire en moins », ou encore « 18 % de risque de mourir toutes causes confondues en moins » proviennent du suivi durant 15 ans, le moins sérieux et le moins fiable, pour les personnes avec un taux de LDL-cholestérol supérieur à 1,9 g / L (pour les autres, les bénéfices disparaissent…

Pourquoi le moins sérieux ?

Lisez plutôt comment les patients ont été suivis durant les 15 années après l’essai clinique.

C’est du caviar, et ce sont les auteurs qui le confessent.

Dans le paragraphe « Extended long-terme follow up » qui correspond aux fameuses 15 années de suivi, les auteurs nous disent ceci :

« 5 ans après la fin de l’essai clinique randomisé, 38.7 % et 35.2 % des patients originellement placés sous pravastatine et placebo prenaient des statines ».

Autrement dit, 5 ans après, seulement 1/3 des patients sous statine durant l’essai clinique ont poursuivi leur traitement (donc 2/3 ont arrêté), et 1/3 des patients sous placebo ont choisi de prendre une statine (donc 2/3 ont continué de ne rien prendre).

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Eh bien les patients ont foutu le bordel dans les groupes, le groupe « placebo » n’est plus vraiment un groupe « placebo », et le groupe « pravastatine » n’est plus vraiment un groupe « pravastatine » (et les auteurs ne savent même pas si c’est toujours cette statine qui est prescrite ou une autre !)

Mais pire.

Dans la suite du paragraphe, les auteurs confessent que sur les 10 dernières années de suivi, ils n’ont aucune donnée concernant la prise ou non de statine des différents groupes !

On relit la phrase s’il vous plaît.

C’est bon on a compris ?

Oui, c’est de l’art divinatoire !

Les auteurs de l’étude comparent à la fin le nombre de décès dans le groupe « placebo » et « pravastatine » du DÉPART, alors qu’ils n’ont tout simplement aucune idée si les personnes prenaient ou non une statine, et encore moins laquelle pendant 15 ans !

D’ailleurs, ce point est forcément reconnu par les auteurs dans la discussion. Ils nous disent très proprement ceci :

« Il doit être reconnu que les données obtenues durant le suivi supplémentaire de 15 ans après l’essai clinique sont observationnelles et peuvent être faussées par le manque d’information sur l’utilisation des médicaments ».

Ils précisent aussi plus loin dans le texte : « On ne peut pas supposer que les bienfaits sont uniquement modulés par l’utilisation ou non des statines ».

Autrement dit, il y a sûrement d’autres facteurs à prendre en compte qui ne permettent pas d’attester un lien de cause à effet entre les statines et les risques de mourir d’un CHD.

D’ailleurs, en parlant de facteurs confondants, là aussi il y a matière à rigoler.

Les facteurs confondants « oubliés » ou « sous-estimés »

Le tabagisme.

En voilà un facteur important à prendre en compte dans le risque cardiovasculaire.

Sauf que les auteurs ne précisent pas d’emblée que les patients étaient tous de gros fumeurs.

En moyenne, ils sont au moins 40 % à fumer dans tous les groupes.

Et ils en disent quoi les auteurs de cette étude ?

« La forte prévalence des fumeurs dans la population WOSCOPS pourrait signifier qu’une étude similaire aujourd’hui pourrait ne pas montrer un effet aussi fort avec un régime de statine de puissance similaire ».

Alors déjà qu’ils ne trouvent rien durant l’essai clinique; qu’ils ne trouvent rien après 20 ans de suivi chez les personnes avec un taux de LDL-cholestérol inférieur à 1,9 g / L; ils mettent en garde que l’effet est peut-être surestimé à cause des caractéristiques de la population suivie !

En plus de ça, nous n’avons aucune idée du niveau d’activité physique des patients pendant l’essai clinique et le suivi observationnel.

Nous n’avons aucune idée des grandes tendances dans l’alimentation de ces messieurs et son évolution au cours du temps.

Nous n’avons aucune idée des effets secondaires indésirables à la suite de la prise des statines (douleurs musculaires, panne de virilité, dépression, etc.)

Que montre réellement cette étude ?

En prenant toutes les précautions d’usage et en se basant uniquement sur les données les plus fiables de l’essai clinique randomisé en double aveugle contre placebo, voici ce qu’on peut dire :

La prise de statine n’a eu aucun effet sur la mortalité par maladie cardiaque coronarienne (CHD), chez les patients avec un LDL-cholestérol inférieur à 1,9 g / L (HR : 0,95 [0,49-1,85] p-value 0,887); et chez les patients avec un LDL-cholestérol supérieur à 1,9 g / L (HR : 0,86 [0,42-1,76] p-value 0,684);

La prise de statine n’a eu aucun effet sur la mortalité par maladies cardiovasculaires (CVD) chez les patients avec un LDL-cholestérol inférieur à 1,9 g / L (HR : 0,84 [0,46-1,52] p-value 0,568); et chez les patients avec un LDL-cholestérol supérieur à 1,9 g / L (HR : 0,84 [0,44-1,60] p-value 0,590);

La prise de statine n’a eu aucun effet sur la mortalité toutes causes confondues chez les patients avec un LDL-cholestérol inférieur à 1,9 g / L (HR : 0,89 [0,60-1,33] p-value 0,576); et chez les patients avec un LDL-cholestérol supérieur à 1,9 g / L (HR : 0,84 [0,53-1,32] p-value 0,446)

L’Agence France Presse et le journal Le Point ont donc repris les seuls résultats positifs les moins sûrs, les plus contestables, et qui ne permettent pas, par nature, d’établir une quelconque relation de cause à effet.

Ce n’est plus du journalisme que nous avons, c’est de la désinformation caractérisée !

Pour terminer, petite cerise sur le gâteau, on va parler rapidement des conflits d’intérêts Tous* avec des liens d’intérêts !

* Tous sauf un !

L’étude en question a été financée par l’Imperial College London lui-même financé par Sanofi, qui commercialise bien évidemment la pravastatine.

Le suivi des patients à travers l’essai clinique WOSCOPS a également été financé par deux grands laboratoires pharmaceutiques :

Bristol-Myers Squibb et Sankyo.

En ce qui concerne les auteurs de cette étude, ils ont tous* reçu des fonds soit pour des bourses de recherche ou des frais personnels de la part de dizaines de laboratoires pharmaceutiques directement liés à la vente de statines.

Et c’est loin d’être un scoop.

Un seul auteur ne déclare aucun lien d’intérêt.

Seulement deux auteurs déclarent n’avoir reçu que des fonds de l’Imperial College London, mais lui-même en partie financés par Sanofi.

D’ailleurs je donne un gros carton rouge à la rédaction du Point pour avoir « oublié » de mentionner les liens d’intérêts du médecin-chercheur interviewé dans l’article, comme l’y oblige pourtant la loi (voir l’article du code de la santé publique).

Car oui, cet auteur n’a pas échappé aux sirènes de l’industrie pharmaceutique et déclare avoir reçu de nombreux financements de la part d’une multitude de sociétés pharmaceutiques impliquées dans la vente de statines.

Pas de statine en prévention primaire Au final, cette étude pro-statine a dû réaliser une belle tambouille médicale et statistique pour réussir à dégager des bénéfices totalement hypothétiques des statines en prévention primaire, au bout de 20 ans.

Malheureusement, les résultats les plus fiables de l’essai clinique soutiennent toutes les études sur ce sujet : prescrire une statine en prévention primaire sans facteur de risque est un non-sens médical, qui n’est pas soutenu par la littérature scientifique (même celle payée par les labos).

Excès de Cholestérol ? Aucun effet des statines sur la mortalité cardiovasculaire

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Métabolisme
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