Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 06:51

Et si Parkinson venait du ventre ?

Par Elena Sender le 30.04.2017

Une étude suédoise montre que la section du nerf vague qui innerve l’intestin décroît le risque de maladie de Parkinson.

Un argument de plus pour la théorie de l’origine intestinale de la maladie.

En cas d'ulcère gastroduodénal, la résection du nerf vague (vagotomie) peut être sélective ou tronculaire (complète).

Dans ce dernier cas, elle est associée à 40% de de risque en moins de développer la maladie de Parkinson.

La maladie de Parkinson (maladie neurodégénérative qui entraîne des troubles moteurs mais aussi cognitifs, du sommeil, de l'humeur) pourrait débuter dans l'intestin et se disséminer dans le cerveau via le nerf vague (reliant l'encéphale et le système digestif), selon une nouvelle étude de l'Institut Karolinska de Stockholm (Suède) publiée dans Neurology.

L'étude montre, en effet, que des patients ayant subi une résection (retrait chirurgical) importante du nerf vague ont moins de risque de développer la maladie. Le nerf vague (ou nerf pneumogastrique) part de la tête et se termine en de nombreux filets nerveux distribués au foie, à l'estomac et à l'ensemble des viscères de l'abdomen.

Parfois, exceptionnellement, on est amené à le retirer chirurgicalement (vagotomie), notamment pour traiter l'ulcère gastroduodénal.

Car c'est, en effet, la terminaison gastrique du nerf vague qui provoque la sécrétion d'acide gastrique, nocive dans l'ulcère.

La vagotomie peut être " tronculaire ", en sectionnant les deux troncs droit et gauche du nerf à l'entrée dans l'abdomen, pour supprimer l'acidité gastrique ou " sélective ", en ne sectionnant que les branches arrivant à l'estomac.

L'étude de l'Institut Karolinska, à Stockholm en Suède, s'est intéressée aux suites de cette intervention, analysant les registres nationaux sur une période de 40 ans.

L'équipe de chercheurs a comparé le devenir de 9430 patients ayant subi une vagotomie à 377 200 personnes de la population générale.

Résultats : 1,07% des patients avec vagotomie ont développé une maladie de Parkinson, contre 1,28% dans la population générale.

Aucune différence significative!

Mais lorsque l’on distingue les deux types de vagotomie, tronculaire ou sélective, surprise!

Le nombre des patients atteints de Parkinson tombe à 0,78% dans le cas de la vagotomie tronculaire, c’est-à-dire la plus complète.

Après ajustements statistiques, en fonction d’autres facteurs de santé, les chercheurs ont établi que les gens ayant subi une vagotomie tronculaire avaient 40% moins de risque de développer une maladie de Parkinson que ceux qui n'avaient rien subi.

À ceci près qu'ils devaient l'avoir fait au moins cinq ans avant le diagnostic.

“Ces résultats fournissent une preuve préliminaire que la maladie de Parkinson pourrait commencer dans l’intestin, assure Bojing Liu, co-auteur de l’étude.

Cette hypothèse n’est pas nouvelle en soi.

Elle est soutenue entre autres par Heiko Braak, neuroanatomiste de renom, professeur émérite de l'université d'Ulm (Allemagne), qui défend l'idée que la pathologie pourrait commencer dans les nerfs périphériques tels que le système nerveux intestinal (entérique), puis peu à peu se propager au système nerveux central par le biais du nerf vague.

Une protéine qui migre de l'intestin au tronc cérébral via le nerf vague

Plusieurs arguments chocs viennent désormais étayer l'hypothèse.

La coupable de la maladie de Parkinson est la protéine alpha-synucléine qui, mal conformée, s’agrège en dépôts dans le cerveau et détruit les neurones.

La diffusion de l'alpha-synucléine demeure encore mal connue, mais des études ont montré chez l’humain et l’animal qu'elle pouvait “sauter” d'un neurone à l'autre, par un mécanisme de type infectieux comme une protéine prion.

On a découvert également que des dépôts d’alphasynucléine étaient présents dans l'intestin de patients qui allaient développer la maladie de Parkinson, avant que les symptômes n'apparaissent (stade pro-dromal).

De plus, en 2014 une équipe de l'Université de Lund (Suède) prouvait (chez le rat) que la protéine pouvait remonter de l'intestin vers le tronc cérébral (qui relie le cerveau et la moelle épinière), en empruntant l'autoroute qu'est le nerf vague.

Enfin, les parkinsoniens ont souvent des troubles gastro-intestinaux comme la constipation, qui peuvent débuter des décennies avant la maladie.

Et, donc ici, la nouvelle étude suédoise montrerait que la résection du nerf vague pourrait arrêter ou retarder la propagation de l'alphasynucléine et retarder l’apparition clinique de la maladie.

“Il y a encore beaucoup de recherche à faire pour tester cette théorie, modère Bojing Liu.

Car il peut y avoir de multiples causes et voies de propagation.”

La limite de cette étude, selon le chercheur, est le petit nombre de patients étudiés dans les sous-groupes, et dont on n’a pas pu contrôler d’autres facteurs qui peuvent affecter le risque de maladie de Parkinson comme le fait de fumer, de boire du café ou la génétique.

Et si Parkinson venait du ventre ? Une protéine qui migre de l'intestin au tronc cérébral via le nerf vague. La diffusion de l'alpha-synucléine.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition Métabolisme
commenter cet article

commentaires