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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 07:55

La distribution des vaccins aux 22.000 pharmacies est chaotique.

Les pénuries touchent toutes les classes de médicaments.

La déréglementation partielle du secteur est pointée du doigt.

Des vaccins jamais disponibles, des traitements pour la ménopause ou la thyroïde livrés par à-coups et des pénuries sporadiques de médicaments en tout genre.

Entre février 2015 et novembre 2016, l'Ordre des pharmaciens a ainsi recensé pas loin de 200.000 déclarations de ruptures (médicament indisponible dans les 72 heures) effectuées par les officines.

Soit 2 % des molécules qu'elles vendent.

Les vaccins sont les plus touchés (22 % manquants, avec un délai moyen de 139 jours), suivis par les produits dermatologiques (6 %, 116 jours), les hormones systémiques (6 %, 34 jours), les hormones sexuelles ou génito-urinaires (8 %, 100 jours) et les médicaments ciblant muscles et squelettes (3,1 %, 129 jours).

Production en flux tendu

« Le nombre de déclarations a été multiplié par dix en cinq ans », souligne l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans son dernier rapport d'activité, qui prend en compte les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur.

En 2015, les laboratoires pharmaceutiques ont signalé 800 ruptures de stock ou d'approvisionnement.

Un peu moins que les deux années précédentes, mais suffisamment pour alerter.

Les fabricants qui lui font les signalements rencontrent diverses difficultés de production : le manque de matières premières, l'incapacité à répondre à un pic de demande, ou une usine fermée par les autorités, car ne respectant pas les normes de sécurité.

Certains laboratoires mettent en péril les livraisons en produisant au plus juste. L'ANSM repère « de nouvelles stratégies industrielles de rationalisation des coûts de production qui conduisent les laboratoires à produire en flux tendu ».

Mais une partie des médicaments souffrent aussi de la réorganisation de facto des circuits de distribution.

Jusqu'en 2008, les grossistes répartiteurs régnaient sans partage sur ce marché très administré. Un grossiste répartiteur ne peut refuser de desservir une pharmacie dans une commune où il est présent. Il doit référencer au moins 90 % des médicaments, garder 2 semaines de stock, livrer en 24 heures, avec des astreintes le week-end.

Mais, à présent, les 7 grossistes qui réalisent plus de 90 % de la distribution ont vu leurs marges s'effondrer, du fait de l'arrivée de concurrents affranchis des obligations réglementaires.

Ces concurrents, ce sont d'abord les laboratoires eux-mêmes, qui livrent de plus en plus les pharmaciens en direct.

Car, en 2008, pour favoriser les médicaments génériques, on a autorisé les pharmaciens à empocher des remises allant jusqu'à 40 % du prix du fabricant (contre 2,5 % pour les autres médicaments).

Les officines, dont le modèle économique est fragilisé par la baisse administrée des prix des médicaments, ont bondi sur l'occasion de requinquer leurs marges, quitte à ne plus être livrées qu'une fois par semaine pour certaines molécules. Puis les grossistes répartiteurs ont contre-attaqué en créant des filiales « dépositaires », qui possèdent des camions mais pas de stocks et échappent aux réglementations. Résultat, la marge du pharmacien, en principe fixée par l'administration, dépend en fait des promotions commerciales des laboratoires et du niveau de prise de risque consenti sur la régularité des livraisons.

Les fonds d'investissement ont flairé des opportunités et ont pris le contrôle de plusieurs grossistes répartiteurs.

Preuve que cette déréglementation à bas bruit a fait des heureux.

Solveig Godeluck,

Les Echos

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED
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