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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 22:36

L'ONG Générations Futures a mené une enquête sur la présence de glyphosate, herbicide le plus vendu au monde, dans les urines des Français.

Mais attention aux interprétations hâtives que l'on pourrait tirer de ces résultats. Adepte des "coups médiatiques" sur la présence de substances potentiellement dangereuses dans notre organisme,

l'ONG Générations Futures a encore frappé ce 6 avril 2017 :

elle a publié une enquête titrée (pour la presse) "100% des urines testées contiennent du glyphosate, herbicide cancérogène le plus vendu au monde" (et ingrédient "phare" du Roundup de Monsanto - voir infographie ci-dessous). Toutefois, l'analyse en question ne porte que sur... 30 échantillons.

Comme le reconnaît lui-même lors d'une conférence de presse François Veillerette, directeur et porte-parole de l'ONG, "il ne s'agit pas d'une étude scientifique", précisant que l'échantillon de l'enquête est très faible pour des raisons "de temps et d'argent".

Le réel objectif de l'ONG ? Faire en sorte que "les autorités européennes prennent conscience de l’urgence à agir et interdisent enfin le glyphosate", clarifie son porte-parole.

Depuis 2016, le glyphosate fait l'objet d'une longue bataille autour du renouvellement de sa licence dans l'Union européenne.

© Laurence SAUBADU, Kun TIAN, Alain BOMMENEL / AFP

L'urine de personnalités analysée Pour cette enquête, l'association a fait analyser les urines matinales de personnes des deux sexes, âgées de 8 à 60 ans, habitant en ville ou à la campagne, à l'alimentation variable (biologique ou non, végétarienne ou non). Parmi elles figurent des personnalités comme l'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho, la chanteuse Emily Loizeau, l'animatrice de radio Charline Vanhoenacker, l'humoriste Alex Visorek. L'analyse n'a pas été réalisée en France, mais comme l'ONG en a pris l'habitude, en Allemagne, dans le laboratoire Biocheck (Peipzig).

Ce dernier présente l'avantage de disposer d'outils pour détecter les pesticides à des taux très faibles, en-dessous du microgramme par litre. "100 % des échantillons analysés contiennent du glyphosate à une concentration supérieure à la valeur minimale de quantification du test", soit 0,075 ng/ml, résume le porte-parole.

La concentration moyenne trouvée est de 1,25 ng/ml d’urine (entre 0,09 ng/ml et 2,89 ng/ml).

Dans la quasi-totalité des cas (29 sur 30), la concentration est supérieure à celle maximale admissible pour un pesticide dans l’eau distribuée (0,1 ng/ml). Dans l'eau, et non dans l'urine.

Car, comme l'explique François Veillerette, "il n'y a pas de concentration maximale admissible définie par l'Europe pour un pesticide dans l'urine".

Pourtant, c'est un bon indicateur de l'exposition aux pesticides dans l'organisme : on estime qu'environ un tiers du glyphosate ingéré est absorbé par le corps (le reste demeurant dans le tractus gastro-intestinal), avant d'être rejeté dans les urines.

Mais pour une analyse fine, encore faut-il prendre en compte la dose par kilogramme de l'individu, le taux de créatinine (renseignant entre autres sur l'état des reins), etc., ce qui permet notamment de comparer les taux de pesticides des urines entre individus...

Mais l'ONG se défend de tout travail toxicologique, et ne se sert que des "résultats bruts".

"Nous ne prétendons pas faire d'évaluation du risque", précise François Veillerette.

Elle ne conclut pas non plus de son enquête un avantage quelconque à manger "bio", puisque ce facteur n'a pas été pris en compte. 630.000 signatures recueillies pour faire interdire le Roundup Pour mettre en perspective ses résultats, et les rendre crédibles,

l'ONG les a comparés avec ceux issus d’autres rapports similaires.

L’étude Urinale, réalisée en Allemagne sur plus de 2.000 volontaires, ou encore celle effectuée en mai 2016 sur 48 eurodéputés, indiquent toutes deux des concentrations en glyphosate très proches de celles présentées ce 6 avril 2017, avec respectivement une concentration moyenne de 1,08 microgramme par litre et 1,73 microgramme par litre (voir graphique ci-dessous).

"Les résultats de ces analyses sont concordants", juge François Veillerette. Fin juin 2016, Bruxelles a prolongé temporairement l'autorisation du glyphosate, en attendant la publication d'un nouvel avis scientifique au plus tard fin 2017, tout en restreignant ses conditions d'utilisation.

En mars 2017, à la différence du CIRC, les experts de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont estimé que le glyphosate ne devait pas être classé comme cancérogène.

Un mois plus tôt, Générations Futures et une soixantaine d'autres ONG ont lancé une "initiative citoyenne européenne", visant à interdire le glyphosate.

Elle a recueilli environ 630.000 signatures dans l'UE, dont 38.850 en France.

Or une initiative citoyenne doit recueillir en une année au moins un million de signatures au total dans sept pays de l'UE, avec un nombre minimum dans chaque pays, pour que la Commission se voit obliger de réagir dans les trois mois.

Des traces de roundup (glyphosate) dans les urines de chaque français.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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