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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 07:25

Des pesticides dans nos tisanes !

Alors que, par précaution, Kusmi Tea retire sa camomille du marché, retour sur les soupçons de contamination pesant sur les thés et autres infusions.

Selon une enquête de 60 millions de consommateurs, les thés noirs sont moins susceptibles que les verts de contenir des résidus nocifs.

Coup de grisou chez Kusmi Tea, la maison des thés aux couleurs acidulées, chouchou des fashionistas et des bourgeois-bohèmes en quête de zen. Mardi 17 janvier, l'association de consommateurs allemande Warentest a publié dans son journal les pré-résultats de tests effectués sur un lot de camomille Kusmi Tea et émis un avis d'alerte dû à une concentration importante d'alcaloïdes pyrrolizidiniques.

Cette substance est considérée comme cancérigène et peut provoquer des intoxications hépatiques.

Les alcaloïdes ne sont pas nocifs dès lors qu'une personne adulte de 60 kilos en consomme 0,42 microgramme/jour.

Or d'après Warentest, un seul sachet de camomille contient 161 microgrammes, soit 380 fois plus que la dose à partir de laquelle cette substance pourrait être nocive sur la santé.

Contacté par Le Point, le directeur général de Kusmi Tea France, Arnaud Fleury, tient à préciser que « les alcaloïdes détectés dans la camomille sont présents naturellement dans de nombreuses plantes sauvages récoltées en même temps que la fleur et ne font l'objet, aux dires mêmes de la fondation Warentest, d'aucun seuil maximum légal dans les produits alimentaires.

Il n'existe en effet aucun consensus scientifique sur le taux de nocivité de ces alcaloïdes.

À ce jour, seules des recommandations existent et la camomille Kusmi Tea est bien en deçà du seuil maximal préconisé actuellement au niveau européen par l'Efsa. » Reste que, soucieux de préserver son image et en attendant des détails de l'étude et des analyses qui ont été diligentées, Kusmi Tea France a, par mesure de précaution, immédiatement retiré de la vente les boîtes de camomille actuellement sur le marché européen et sur son site internet.

L'entreprise va saisir l'Efsa afin qu'elle précise les normes à respecter.

La contamination galopante

Cette affaire relance la question sur la présence de substances nocives pour l'organisme dans les tisanes, thés, infusions ou autres herbes médicinales, aux vertus indéniables, rappelons-le.

La culture du thé vert est une grande industrie dans le monde entier. Ses bienfaits ont fait décupler la demande.

Parallèlement, on constate que, d'année en année, de nombreux médias scientifiques publient des rapports concernant la contamination galopante des produits alimentaires de masse dont le thé fait partie. Il faut s'être promené une fois dans certaines plantations de thé de Darjeeling pour comprendre que cette boisson si vertueuse n'est pas dépourvue de cochonneries.

Les travailleurs sont malades.

Les parcelles sont bourrées de pesticides. Il faut compter sept ans au moins pour les décontaminer et espérer obtenir un thé bio.

En 2014, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (Acia) a montré que sur dix marques connues de thé – la boisson la plus consommée au monde après l'eau –, cinq contenaient des pesticides dans des proportions dépassant les limites maximales de résidus autorisées, selon la loi sur les produits antiparasitaires.

Deux ans plus tard, ces mêmes produits ont été analysés, au cours d'une émission de télévision, pour aboutir, à peu de choses près, aux mêmes conclusions.

Nos bons vieux sachets Lipton

Cette étude fait écho à celle du magazine 60 millions de consommateurs, menée deux ans plus tôt sur une sélection de trente thés en sachet (thés verts, thés noirs et thés aromatisés) vendus en grande surface.

Les experts s'étaient penchés sur la présence de trace de pesticides, fongicides, métaux lourds (cadmium, mercure), matières radioactives, ainsi que sur la richesse des antioxydants, argument de vente n° 1, pas toujours légitime, des maisons de thé.

Les fous de thé ont froncé les sourcils en découvrant que Le Palais des thés, auréolé d'un bon score, se retrouvait sur la même marche du podium que nos bons vieux sachets Lipton.

Ce n'était pas de leurs vertus gustatives dont il était question, mais de leur qualité sanitaire et, si elles étaient honorables, elles ne faisaient pas rêver.

Dans la catégorie thés verts,

Bjorg équitable (thé vert de Ceylan Bio),

Destination (thé vert bio nature) et Lipton (thé vert nature,

Rainforest alliance) occupent les trois première marches du podium.

Les thés noirs sont représentés par Mieux Vivre (Auchan, thé noir bio), Monoprix (thé royal Ceylan) Lipton (Yellow label tea).

Enfin, pour les thés Earl Grey, Jardin Bio, marque équitable labellisée Max Havelaar, remporte le pompon.

Ce banc d'essai fait ressortir plusieurs choses. Les thés les plus respectables sont les thés noirs : plus de la moitié d'entre eux ne recèlent aucun pesticide et, dans le peloton de queue, l'Escale équitable en contient 4, ce qui resterait acceptable selon le magazine.

Les thés verts, en revanche, peuvent mieux faire : de 0 pour les 5 thés en tête du classement à 11 molécules indésirables dans le Leader Price.

Quant aux Earl Grey, ils s'en sortent correctement : la moitié d'entre eux ont montré patte blanche.

Et l'emballage ?

Un banc d'essai ne peut pas être exhaustif, mais on regrette toutefois l'absence des grands noms du thé, Mariage Frères, Dammann Frères, Kusmi Tea ou Compagnie coloniale.

Ceci étant, il a eu une fonction éducative. À la suite de l'enquête qui a montré la présence dans ses thés de fongicides dix fois supérieur à la limite autorisée, la marque Alter Eco a procédé à une contre-expertise dans les sols, sur les feuilles de thé et sur le traitement des théiers dans sa coopérative en Inde, mais n'a rien trouvé.

Un test sur l'emballage a révélé que la présence de ces fongicides provenait de l'encre utilisée sur les sachets.

Alter Eco a changé d'encre.

De nombreux thés verts sont empaquetés dans des emballages non-hermétiques.

Certains revendeurs les présentent en rayon directement dans les cartons en papier recyclé, source de pollution à l'huile minérale.

Au final, seulement une petite quantité de thés provient de plantations jouissant d'un savoir ancestral et de pratiques équitables, excellence qui se répercute sur les prix.

PAR NATHALIE LAMOUREUX Publié le 19/01/2017 Le Point.fr

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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