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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 05:56

Des drones, des pièges à moustiques high-tech et de la métagénomique...

Voilà les trois ingrédients du projet Premonition de Microsoft qui vise à détecter dans l'environnement les agents infectieux qui provoqueront les épidémies de demain.

Prédire une épidémie avant même qu'elle ne se déclare.

Tel est l'objectif affiché par le projet Premonition de Microsoft.

Comment ?

En repérant les agents pathogènes qui circulent dans l'environnement, en particulier chez les animaux de tous poils. MERS, SRAS, Ebola, Zika...

"Aujourd'hui on ne constate ces épidémies qu'a posteriori", constate Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité chez Microsoft France.

"Or ce sont les animaux qui détiennent les environnements pathogènes.

C'est chez eux que se cache le prochain agent infectieux pouvant déclencher une épidémie comme celle de Zika", précise-t-il.

La solution pour développer une stratégie de surveillance à valeur prédictive ?

Le moustique, qui "a le bon goût de prélever du sang", ajoute-t-il encore.

En l'occurrence, l'insecte n'est donc pas étudié comme vecteur de maladie, mais comme collecteur de sang riche en données permettant d'identifier les virus émergents.

L'idée est donc d'étudier les pathogènes ingérés par les insectes au gré de leur appétit.

Pièges high-tech et métagénomique

Le projet qui se veut donc un Minority Report des épidémies consiste à utiliser des drones pour repérer les endroits où les moustiques prolifèrent et déployer des pièges d'un genre un peu particulier.

"Ces gros cylindres qui contiennent 64 pièges de la taille d'une boîte d'allumettes sont équipés d'un système de déclenchement par faisceau infrarouge.

Nous avons défini un modèle qui, à partir de la fréquence du battement des ailes assure la capture des moustiques, mais pas des autres insectes", nous explique Bernard Ourghanlian.

Si le but affiché est de se servir des drones pour déployer ces pièges également équipés de panneaux solaires dans des zones difficiles d'accès, "cela reste encore trop compliqué dans les forêts tropicales notamment", précise le responsable de Microsoft.

Les pièges se présentent sous la forme de gros cylindres composés de 64 compartiments autonomes.

Une fois le piège ramassé, son contenu est envoyé au laboratoire.

Pour l'instant, Microsoft travaille notamment avec le département de microbiologie de l'université Johns-Hopkins, à Baltimore (États-Unis).

Là, les moustiques sont écrasés et soumis à une analyse de métagénomique.

Le séquençage de l'ADN de l'échantillon permet d'identifier quels animaux ont été piqués et de détecter d'éventuels agents pathogènes.

"Le but est de faire une analyse en une nuit afin d'alerter, si besoin, les épidémiologistes", précise Bernard Ourghanlian. James Pipas, professeur en biologie moléculaire à l'université de Pittsburgh précise :

"Tout le sens de ce projet réside dans la possibilité de surveiller les agents infectieux alors qu'ils sont en mouvement sur la carte.

Au final, nous aimerions disposer d'un système global capable de détecter de nouveaux agents infectieux [par séquençage génétique des échantillons] et de surveiller les mouvements de ceux déjà connus.

De cette façon, nous pourrions intervenir avant que ceux-ci ne deviennent épidémiques.

" Le profil génétique de la "bouillie" de moustique est reconstitué par analyse métagénomique en laboratoire.

Des seringues vivantes

Mais le projet qui vient de recevoir l’un des dix prix décernés chaque année par l’observatoire du digital Netexplo à l'Unesco n'est pas totalement une nouveauté.

Certes, l'utilisation de drones et de pièges high-tech développés dans cette logique est une innovation, "mais cela n'est pas tout à fait au point", explique Christophe Paupy, entomologiste médical à l'IRD.

"Pour ce qui est du criblage d'agents infectieux par biologie moléculaire, on travaille dessus depuis quelques années déjà au Gabon", précise le chercheur.

"Le projet de Microsoft va dans le bon sens, et c'est ce qu'il faut faire pour mieux anticiper les risques épidémiques. Le moustique est une donnée environnementale précieuse, mais il y en a d'autres, moins fragiles et plus faciles à collecter, comme la mouche tsé-tsé.

Ce sont de véritables seringues vivantes qui contiennent bien plus de sang qu'un moustique.

Surtout, ces insectes piquent tout et n'importe quoi, lézard, crocodiles...

Le moustique est plus sélectif", détaille Christophe Paupy. Jean-François Guégan, directeur de recherche spécialisé en éco-épidémiologie à l'IRD rappelle "qu'en matière d'épidémiologie, on sait très bien que les épidémies souvent apparaissent souvent là où on ne les attendait pas.

Car pour les agent infectieux à transmission vectorielle, l'insecte est un élément du cycle de transmission mais il n'est pas le seul. Il ne faudrait pas laisser espérer qu'on résoudra tous les problèmes par voie technologique sophistiquée en s'éloignant des réalités de terrain, des gens, de leurs comportements et attitudes, de leur condition de pauvreté aussi.

Le virus, le parasite ou la bactérie ne font pas à eux seuls la maladie. Il faut tout un contexte le plus souvent lié à des conditions de pauvreté, de fragilité, de malnutrition... que ces technologies ne résoudront pas." Comme souvent, la complémentarité des approches est donc

essentielle.

Des moustiques, seringues vivantes, des drones, et la prédiction des épidémies par la métagénomique et Microsoft.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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