Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 07:35

Des machines à tuer les tumeurs

L'actif le plus précieux de Cellectis tient dans une simple seringue. Un dé à coudre d'un liquide transparent qui révèle au microscope d'infimes bulles: des cellules CAR-T, un type de globule blanc un peu «trafiqué» par le génie humain.

Dans l'organisme, chaque cellule T joue le rôle d'un tueur de masse.

Elle fonce sur toute cellule qu'elle ne reconnaît pas comme appartenant à cet organisme ou qu'elle «sent» agressée par un agent extérieur (une cellule infectée par le virus de la grippe, par exemple) et lui injecte de savants poisons qui la détruisent.

Mieux ! Tout en procédant à cette opération de nettoyage, elle se multiplie en centaines de milliers d'exemplaires, chacun capablede dégorger ses poisons salvateurs entre 5000 et 10000 fois avant de rendre les armes!Il y a quelques années, des chercheurs ont trouvé comment transformer cette formidable machine à tuer en médicament contre le cancer - une prolifération incontrôlée de nos propres cellules - mais qui posait un problème de taille, puisque les cellules T ne reconnaissent pas spontanément les cellules cancéreuses comme dangereuses.

Pour leur forcer la main, les biologistes ont alors eu l'idée d'y introduire un gène qui exprime un récepteur appelé CAR, celui-ci agissant comme une tête chercheuse de cellules cancéreuses.

Et ça marche! C'est ainsi qu'il y a cinq ou six ans, les premiers leucémiques, déclarés perdus une fois tous les traitements classiques tentés, furent sauvés in extremis.

Les médecins leur avaient prélevé des cellules T, les avaient transformées génétiquement en CAR-T, puis les leur avaient réinjectées.

Ce type de traitement est dit «autologue»: les cellules T du malade sont «éditées» et remises en circulation dans son système immunitaire.

C'est la voie explorée jusqu'ici par les concurrents américains de Cellectis.

Une stratégie thérapeutique désormais éprouvée mais longue et coûteuse, car elle ne peut pas être standardisée.Cellectis a choisi une approche différente, le traitement «allogénique»: on vous injecte non plus vos propres cellules T (modifiées en CAR-T), mais celles récupérées auprès des banques du sang.

Ce qui a deux avantages.

Ces cellules T allogéniques proviennent de donneurs généralement jeunes et en bonne santé, et sont donc plus efficaces que celles de cancéreux déjà épuisés par la maladie.

Et, avantage non négligeable, le traitement allogénique peut être industrialisé, contrairement au précédent.Mais l'approche allogénique, pour réussir, devait d'abord relever un redoutable défi. Introduire les cellules T d'une personne dans l'organisme d'une autre peut provoquer le «syndrôme du greffon contre l'hôte», une maladie atroce qui voit sa victime se consumer de l'intérieur.

C'est là qu'interviennent les Talen - et le talent! - de Cellectis. Grâce à ces ciseaux moléculaires ultraprécis, la biotech française est capable de récrire le génome des cellules CAR-T de telle sorte que leur système de reconnaissance du «non-soi» soit neutralisé.

C'est avec une dose de ces cellules CAR-T allogéniques, envoyée à Londres par Fedex, que la petite Layla a été sauvée en 2015.Pour l'heure, les cellules CAR-T de Cellectis, et de ses concurrents, fonctionnent seulement contre les tumeurs liquides, c'est-à-dire les leucémies.

Pour les tumeurs solides du type cancer du foie ou du pancréas, qui se présentent sous la forme d'une boule compacte, l'action de surface des superglobules blancs est plus limitée.

«On ne pourra jamais détruire une tumeur solide avec une unique injection de CAR-T.

Mais il est probable qu'à l'avenir elles seront utilisées pour finir de nettoyer une tumeur qui aura été préalablement traitée par la chirurgie ou la chimiothérapie», pronostique André Choulika.

«Les cellules CAR-T sont assurément l'un des outils qui va nous permettre, d'ici à 2030-35, de transformer le cancer en maladie chronique dont on ne meurt plus, à l'instar du sida avec les tri-thérapies», renchérit Laurent Alexandre.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article

commentaires