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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 10:06

C'est la première fois en France qu'un tel classement est mis en place : celui des facs françaises en fonction de leur indépendance vis-à-vis de l'entreprise pharmaceutique.

L'occasion de faire un point sur la réalité de ces conflits d'intérêts.

Un palmarès inédit vient d’être publié, le 9 janvier 2016, dans la revue en accès libre PLoS ONE : celui des universités françaises de médecine en fonction de leur rapport avec les laboratoires pharmaceutiques.

Et la plus indépendante est... la faculté de Lyon-Est avec un score de 5 points (sur 26).

Celle d’Angers arrive en deuxième position, avec 4 points. Suivent sept établissements ex æquo, avec chacun 1 point : Aix-Marseille, Lyon-Sud, Paris-Descartes, Paris-Diderot, Rennes 1, Strasbourg et Toulouse-Purpan.

Les 28 autres universités se sont vues attribuer un zéro, n'ayant pas répondu au questionnaire.

Les critères ? 13 en tout, issus pour la plupart de ce qui est réalisé aux Etats-Unis par l'Association américaine des étudiants de médecine depuis 2007 : cela va de la "résistance" aux cadeaux - dont les repas - offerts par l’industrie pharmaceutique, le niveau d’encadrement des liens d’intérêts des enseignants, l’existence de formations de sensibilisation des étudiants sur cette question, ou encore la tolérance aux financements des fabricants de médicaments.

Ce classement a été mis en place par le Formindep, collectif de médecins militant pour une formation médicale indépendante.

Il en est encore à ses balbutiements puisque seulement trois doyens ont accepté de répondre à ses questions.

Mais la problématique des conflits d'intérêts entre facultés de médecine et laboratoires pharmaceutiques est un vrai enjeu - le scandale du Mediator en étant la preuve- et ce classement invite à mieux comprendre la promotion pharmaceutique et comment y répondre.

"La faculté de médecine est l'endroit où la distribution de cadeaux commence"

L'OMS alertait dès 2009 sur l'influence de la promotion pharmaceutique sur le milieu médical et ce dès l'université.

Dans un rapport, traduit en français par la Haute Autorité de santé en 2013, elle constatait que les étudiants en médecine et pharmacie étaient souvent en contact avec des représentants de l'industrie pharmaceutique dès les premières années de leur cursus.

L'OMS prend l'exemple des Etats-Unis où "les étudiants en médecine de troisième année recevraient en moyenne chaque semaine un cadeau ou assisteraient à une activité financée par une entreprise pharmaceutique, et plus de 90 % d'entre eux avaient été invités par des membres de la faculté à participer à des déjeuners financés par une entreprise pharmaceutique".

De l'autre côté, l'OMS y dénonce le trop peu de formation ou de sensibilisation des étudiants sur les effets de ces interactions ou la façon de les gérer : "en général moins d'une journée – certaines écoles y consacrant à peine une à deux heures".

Autre problème soulevé dans ce rapport, la croyance erronée par les étudiants que la promotion pharmaceutique n'influencerait en rien leur prescription.

Ils sont nombreux à déclarer accepter régulièrement des cadeaux tout en désapprouvant le principe.

Mais les étudiants ne sont pas les seuls concernés. Les enseignants, en cumulant plusieurs activités, ou se faisant financer des conférences et des publications, contribueraient à cette promotion pharmaceutique.

Autre pratique mal connue mais pas des moindres : le ghost writting, où les publications de recherches ayant des auteurs universitaires sont en fait écrites par des employés d’entreprises pharmaceutiques ou des sociétés de communication médicale travaillant pour des entreprises pharmaceutiques.

Quant aux facultés,"Certains représentants d'industries pharmaceutiques siègent dans leurs conseils d'administration.

Et des laboratoires financent ou sont même membres fondateurs de leurs fondations", dénonce Jean-Sébastien Borde, médecin et membre du collectif Formindep.

Comment garder son indépendance face aux laboratoires pharmaceutiques?

L'Association Nationale des Etudiants en Médecine de France a elle aussi voulu lutter contre ce risque en distribuant aux étudiants pour la rentrée 2016/2017 près de 8 000 livrets sur le thème "pourquoi garder son indépendance face aux laboratoires pharmaceutiques" médiatisé via cette vidéo ci-dessous d'une association la troupe du rire :

Ainsi pour les étudiants, cela commence par la formation. Pour les facultés, "l'une des premières mesures recommandées serait que chaque faculté de médecine établisse une charte de gestion des conflits d'intérêts, qu'il y ait une véritable politique publique", préconise le médecin Jean-Sébastien Borde du collectif Formindep.

Ce dernier est optimiste: "C'est le premier classement, il va créer une émulation comme cela s'est passé aux Etats-Unis depuis 2007".

Il n'a pas tort.

Le jeudi 12 janvier 2016, le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, Jean-Luc Dubois-Randé, dans un communiqué de presse, prend acte de la "faiblesse des actions entreprises pour exiger une plus grande transparence" des universités à l'égard de l’industrie du médicament et admet "qu'il faut aller plus loin".

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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