Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 10:05

Pour la première fois, une équipe française décrit les mécanismes cellulaires à l'origine d'un affaiblissement du système immunitaire lors d'épisode dépressifs ou allergiques.

Les chercheurs ouvrent ainsi des perspectives thérapeutiques sans précédent.

IMMUNOLOGIE.

En affaiblissant le système immunitaire, allergies et dépression favorisent les infections virales et bactériennes.

C'est un phénomène connu depuis près d'un demi-siècle.

Mais jusqu'à présent, les mécanismes cellulaires à l'origine de cette vulnérabilité restaient méconnus.

Une lacune aujourd'hui comblée par les travaux de l'équipe Chimie biologie modélisation pour l'immunothérapie (CNRS/Université Paris-Descartes) dirigée par le Pr Jean-Philippe Herbeuval.

Leur étude publiée jeudi 9 février 2017 dans Nature Communications met en lumière le rôle de certains neuromédiateurs - molécules libérées par un neurone au niveau d'une synapse pour modifier l'activité d'une autre cellule - dans la régulation des défenses de l'organisme.

Ainsi par exemple de l'histamine, synthétisée et libérée par les neurones dits "histaminergiques", ou par les globules blancs lors d'une réaction allergique.

Les anti-histaminiques sont d'ailleurs un traitement de référence dans de nombreux cas d'allergie.

Les interférons, petites mains de l'immunité

La susceptibilité aux infections chez les personnes allergiques ou dépressives proviendrait donc d'une perturbation du système immunitaire par certains neuromédiateurs.

Concrètement, les réactions immunitaires d'un organisme sont guidées par les cellules dendritiques plasmacytoïdes (pDC).

Lorsque ces globules blancs relativement rares dans la circulation sanguine détectent une infection, ils relâchent de grandes quantités de molécules, des interférons.

"Ces interférons relâchés par les cellules pDC sont les molécules qui déclenchent ce qu'on appelle un état grippal et que tout le monde connaît : fièvre, courbatures, maux de tête, etc.", explique à Sciences et Avenir le Pr Herbeuval qui a dirigé ces travaux.

Virus, bactéries, parasites et même tumeurs cancéreuses, les interférons s'attaquent à tout.

Si les pDC sont souvent surnommées "les sentinelles de l'immunité", les interférons en seraient donc "les petites mains".

Mais pour rester efficace, ce système de défense doit être mesuré dans ses réponses :

"Une activation prolongée des pDC se révèle délétère dans le cas du sida ou de la sclérose en plaques", précise le chercheur, car elle épuise les cellules. Microscopie d’une cellule pDC en présence du VIH.

La cellule pDC est constituée d’un gros noyau (bleu) et entouré par des granules contenant les interférons (vert).

La cellule pDC vient de détecter les particules du VIH (rouge) conduisant à la libération des granules d’interférons.

En présence de neurotransmetteurs, les interférons ne sont plus libérés et l’organisme n’est alors plus protégé contre les infections virales. © Nikaïa Smith/Nature Communications

"Les perspectives thérapeutiques sont immenses" - Jean-Philippe Herbeuval

Ce que les chercheurs viennent de découvrir, c'est que cette mécanique peut être enrayée en présence de certains neuromédiateurs (histamine, mais aussi sérotonine, dopamine...).

Ceux-ci empêchent en effet les cellules pDC de libérer les interférons.

De sorte qu'ils laissent l'organisme sans défense face aux infections.

En simplifiant, "nous expliquons pourquoi et comment le système nerveux central agit directement sur le système immunitaire par une libération plus ou moins importante de ces neuromédiateurs", nous précise Jean-Philippe Herbeuval.

Surtout, son équipe a mis en évidence le rôle d'un récepteur membranaire, CXCR4, dans la régulation de la réponse immunitaire.

Cette protéine de surface est connue pour être l'une des deux clés (avec les CD4) qui permettent au virus d'infecter les cellules. "Les perspectives thérapeutiques sont immenses", se réjouit le chercheur.

Et pour cause, "cette découverte ouvre la voie à la mise au point de molécules ciblant ce récepteur CXCR4, qui vont moduler l'activité des neurotransmetteurs et donc l'activité des cellules pDC".

Or, en bonnes "sentinelles de l'immunité", celles-ci sont impliquées dans presque tous les types d'agression (bactéries, virus, cancer, maladies auto-immunes...) "Si l’on arrive à faire produire plus d'interférons au pDC, cela ouvrira de nouvelles perspectives pour traiter les cancers."

A l'inverse, dans le cas de la sclérose en plaques où c'est le système immunitaire lui-même qui s'attaque aux axones, il faudrait plutôt freiner l'activité de ces cellules.

"Nous travaillons déjà sur la mise au point de molécules modulatrices.

A terme, nous en espérons beaucoup", conclut le Pr Herbeuval.

Dépression et allergie affaiblissent l'immunité. Les mécanismes et rôle de l'Histamine et des Cytokines.
Dépression et allergie affaiblissent l'immunité. Les mécanismes et rôle de l'Histamine et des Cytokines.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
commenter cet article

commentaires