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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 23:19

Une ONG accuse la moitié des experts de l'Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) de conflits d'intérêt financiers avec l'industrie agro-alimentaire.

"L'Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) échoue encore une fois à devenir indépendante de l'industrie alimentaire", dénonce l’ONG Corporate Europe Observatory, spécialisée dans la recherche sur le lobbying, dans un rapport publié en juin 2017.

Selon cette dernière, 46 % des 211 experts de l'EFSA ont au moins un conflit d'intérêt financier avec l'industrie agro-alimentaire !

Or la mission première de l'EFSA est de fournir des avis scientifiques indépendants aux institutions européennes en matière de sécurité alimentaire, notamment sur l'évaluation de risques pour la santé de substances controversées. 26 % ont perçu de l'argent directement au cours des 5 dernières années L'EFSA a notamment fait parler d'elle ces dernières années pour ses prises de position sur la dangerosité des perturbateurs endocriniens - ces substances capables d'interférer avec notre système hormonal à des doses infimes et suspectées d'altérer la reproduction humaine ou de créer des troubles neurologiques -, et du glyphosate - le principe actif du Roundup de Monsanto.

En 2013, l'Agence a déclaré dans un avis : "Les perturbateurs endocriniens peuvent (…) être traités comme la plupart des substances [chimiques] préoccupantes pour la santé humaine et l'environnement." Un jugement qui aurait eu une importance majeure : d'après une enquête du Monde publiée en 2016, la Commission européenne se serait basée sur cette unique phrase pour son projet à venir de réglementation des perturbateurs endocriniens !

Puis, en novembre 2015, l'EFSA a jugé le risque cancérogène du glyphosate "improbable", contredisant ainsi les conclusions de l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé publiées quelques mois plus tôt.

Or, là encore, l'avis de l'EFSA a toute son importance : la Commission européenne s'en réfère pour décider décider s'il faut continuer d'autoriser ou non le glyphosate dans l'Union européenne.

Chaque avis de l'EFSA "à contre-courant" d'études scientifiques a éveillé des soupçons quant à l'impartialité des experts, selon l'ONG.

"La littérature scientifique est très claire sur le sujet : les conflits d'intérêts financiers d'experts ont un impact mesurable sur les conclusions qu'ils rendent", ajoute-t-elle, citant une étude publiée en mai 2017.

Pour déterminer le nombre de conflits d'intérêts parmi les experts de l'EFSA, l'ONG a épluché CV et déclarations d'intérêts... une par une, ligne après ligne. Un travail que ne prendrait pas la peine de faire l'Agence, selon elle.

Cette dernière distingue les conflits d'intérêt "directs" et "indirects". Ses résultats suggèrent que "30 % des experts de l'EFSA ont au moins un conflit d'intérêt financier "indirect", c'est-à-dire qu'ils appartiennent à un organisme qui a reçu plus de 20% de son financement par l'industrie agro-alimentaire au cours des 5 dernières années, 26 % d'entre eux ont au moins un conflit d'intérêt financier "direct", c'est-à-dire qu'ils ont perçu de l'argent directement par des industriels au cours des 5 dernières années, et 11 % cumulent les deux types de conflits d'intérêts", détaille l'ONG.

Cette dernière a réalisé la même analyse en 2013, parvenant à la conclusion que 59% des experts présentent des conflits d'intérêt. Signe d'un léger mieux ces dernières années...

Toutefois, le Parlement n'exige pas que les experts n'aient pas eu de financements "directs" ou "indirects" par l'industrie agroalimentaire au cours des cinq dernières années, mais "seulement" au cours des deux dernières années, ce que déplore l'ONG.

De plus, elle reproche à "l'EFSA de n'appliquer cette recommandation que de manière sélective", selon le groupe d'expertise.

Elle cite, par exemple, le cas d'un expert dont un proche est coordinateur qualité chez Nestlé et qui a pu travailler dans le groupe de l'EFSA dédié aux additifs alimentaires.

Des "erreurs de recrutement" De manière surprenante, l'ONG ne met pas en cause les experts mais uniquement l'Agence. "Il est important de souligner qu’un conflit d’intérêt financier n’est pas le signe d’un manque d’intégrité, mais celui d'une erreur de recrutement commise par l'EFSA", juge le Corporate Europe Observatory. S'assurer des financements de leur organisme ou privilégier la santé publique ?

"Le cœur des experts peut balancer entre ces idées aux intérêts contradictoires", ajoute-t-il. Pourquoi l'EFSA ne privilégie-t-elle pas davantage l'indépendance ?

Selon Corporate Europe Observatory, c'est parce qu'elle a peu de ressources et a toujours préféré miser sur l'excellence. "Mais ceci est une fausse dichotomie : pour un organisme public chargé de la réglementation de la sécurité alimentaire, l'excellence est impossible à atteindre sans l'indépendance de l'industrie alimentaire", regrette l'ONG.

Pour préserver ces deux fondamentaux, elle propose d'inviter le plus grand nombre d'experts,

"y compris ceux de l'industrie", aux audiences consacrées, mais de laisser la délibération et l'écriture des avis de l'EFSA à des experts indépendants. Une idée pas si éloignée de celle d'une concertation citoyenne, comité indépendant représentant la société civile, des professionnels de santé et des chercheurs.

Pour lutter contre les conflits d'intérêts, l'ONG propose également un renouvellement plus large d'une période à l'autre : pour la période 2015-2018, seule la moitié des scientifiques a été renouvelée par rapport à la tranche précédente.

Conflits d'intérêt chez les experts en sécurité alimentaire.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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