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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 02:58

Comment la bilharziose, maladie tropicale, s'est invitée en Corse

Tous les malades déclarés se sont baignés dans une zone particulière du Cavu, en Corse du Sud.

Tous les malades déclarés se sont baignés dans une zone particulière du Cavu, en Corse du Sud.

Des chercheurs ont identifié l'origine des parasites qui ont colonisé le Cavu, un petit fleuve côtier, infectant ensuite 120 personnes qui s'y étaient baignées.

Un simple jet d'urine dans l'eau…

C'est par cette voie que s'est introduit en Corse le schistosome, un ver parasite responsable de la bilharziose urogénitale, une maladie tropicale dont l'un des symptômes est de provoquer des douleurs au niveau de la vessie et de charger les urines de sang.

Le premier cas confirmé a été diagnostiqué au printemps 2014 chez quelqu'un s'étant baigné durant l'été 2013.

L'épidémie a depuis touché quelque 120 personnes en Corse.

Une paille, si on la compare aux 200 millions de malades atteints de bilharziose urogénitale dans le monde, mais un phénomène préoccupant puisque jusqu'à présent le parasite n'avait jamais été observé de façon endémique sous cette latitude.

Des biologistes appartenant au laboratoire Interactions hôtes-pathogènes-environnements, une unité mixte de recherche (CNRS, Ifremer, universités de Montpellier et de Perpignan) viennent de mettre en exergue l'origine géographique du parasite d'à peine un centimètre qui infeste l'homme par voie transcutanée.

Dans un article publié mardi dans The Lancet Infectious Diseases, Jérôme Boissier, biologiste et maître de conférences à l'université de Perpignan, affirme que d'après les analyses génétiques le parasite est d'origine sénégalaise.

«Nous n'avons pas identifié le patient source. En revanche, nous pouvons affirmer qu'il a bien été diffusé par une personne infectée ayant uriné dans l'eau, tous les malades déclarés s'étant par ailleurs baignés dans une zone particulière du Cavu, une rivière de Corse du Sud très prisée des touristes», poursuit le Pr Guillaume Mitta, directeur du laboratoire catalan.

«Le parasite a ensuite fait en milieu aqueux la rencontre de mollusques d'eau douce, les bulins, qui sont nécessaires à sa multiplication et à son développement», poursuit-il.

Baignade interdite

Il a fallu huit mois aux médecins pour comprendre comment la bilharziose avait émergé en Corse.

Cette période relativement longue s'explique notamment par le temps que met la pathologie à se déclarer sur son porteur.

Après pénétration cutanée, les parasites se développent et migrent dans le système sanguin qui jouxte la vessie.

Là, après accouplement, les femelles excrètent leurs œufs.

Expulsés à l'heure d'uriner, les œufs éclosent ensuite dans l'eau avant d'infecter de nouveaux bulins et d'entamer un nouveau cycle.

En raison des 118 cas pathologiques relevés au printemps 2014, la baignade dans le Cavu avait été interdite durant l'été 2014 par l'agence régionale de santé.

Après réouverture en 2015, deux nouveaux cas ont été recensés.

«Il faut notamment des conditions bien particulières de chaleur et de faible débit de la rivière pour que les conditions de l'infection soient réunies.

L'an dernier, les deux infections relevées concernent des personnes s'étant baignées le même jour au même endroit», précise Jérôme Boissier.

Lors d'une journée de visite de l'Académie des sciences à l'Observatoire océanographique de Banyuls la semaine dernière, l'équipe perpignanaise a levé un coin de voile sur ces recherches.

Elle veut savoir si le schistosome est réintroduit dans la rivière chaque été par une personne porteuse urinant dans l'eau ou si le parasite est désormais capable de survivre à l'hiver corse… bien plus frais que son milieu sénégalais d'origine.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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