Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 19:30

Ce que les « Monsanto Papers » révèlent du Roundup

LE MONDE ECONOMIE

Le 18 mars 2017

La justice américaine a déclassifié des correspondances internes de la firme.

Dès 1999, cette dernière s’inquiétait du potentiel mutagène du glyphosate.

Rarement hasard du calendrier aura été plus embarrassant pour une agence d’expertise.

Dans le cadre d’une action intentée contre Monsanto, la justice fédérale américaine a déclassifié, jeudi 16 mars, plus de 250 pages de correspondance interne de la firme agrochimique, montrant que cette dernière s’inquiétait sérieusement, dès 1999, du potentiel mutagène du glyphosate, principe actif de son produit phare, le Roundup, et molécule phytosanitaire la plus utilisée au monde.

Or le 15 mars, à la veille de la publication de cette documentation confidentielle, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) annonçait qu’elle ne considérait le glyphosate ni comme cancérogène ni même mutagène – c’est-à-dire capable d’engendrer des mutations génétiques.

Pour Monsanto, l’affaire est cruciale : le Roundup est la pierre angulaire de son modèle économique, fondé sur la vente liée de ce pesticide et des cultures transgéniques capables de le tolérer.

Ces documents internes de la firme de Saint Louis (Missouri) ont été rendus publics dans le cadre d’une action collective portée devant une cour fédérale de Californie par plusieurs centaines de travailleurs agricoles touchés par un lymphome non hodgkinien (un cancer du sang).

S’appuyant sur un avis rendu en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), les plaignants attribuent leur maladie au contact prolongé avec l’herbicide commercialisé par Monsanto.

Connivences

Les précédentes archives déclassifiées dans le cadre de cette affaire ont notamment montré que Monsanto avait bénéficié de connivences au sein de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), chargée aux Etats-Unis d’évaluer la sûreté du glyphosate (Le Monde daté du 17 mars).

Cette fois, les courriels mis au jour racontent une autre histoire.

En 1999, les cadres de Monsanto souhaitent faire appel aux services d’une autorité scientifique incontestable pour plaider la cause du glyphosate auprès des régulateurs européens.

Tout l’enjeu est de les convaincre que le produit n’est pas génotoxique. « Prenons un peu de recul et regardons ce que nous voulons vraiment faire, écrit un cadre de l’entreprise à ses collègues.

Nous voulons trouver quelqu’un qui est familier du profil génotoxique du glyphosate/Roundup et qui peut avoir une influence sur les régulateurs, ou conduire des opérations de communication scientifique auprès du public, lorsque la question de la génotoxicité….

La mauvaise image de Monsanto, principal risque pour la fusion avec Bayer

LE MONDE ECONOMIE

Le 18 mars 2017

Le PDG du groupe allemand Werner Baumann, qui a fait de l’alliance avec le semencier américain son projet personnel, et s’emploie depuis des semaines à déminer le terrain.

Le groupe Bayer n’a pas commenté les révélations sur les tentatives de Monsanto pour influencer les études sur son pesticide phare, le glyphosate.

Après tout, le rachat du semencier américain par le chimiste allemand n’a pas encore eu lieu, et, tant qu’il n’est pas conclu, « les deux groupes évoluent comme deux entreprises différentes » avait d’ailleurs répété Werner Baumann, PDG du groupe allemand, lors de la conférence de presse organisée pour la présentation des résultats annuels du groupe à Leverkusen, le 22 février.

Le dirigeant de 54 ans, aux lunettes rondes et à la froide efficacité, a fait de l’alliance Bayer-Monsanto son projet personnel : c’est lui qui l’a imaginée, étayée et défendue en interne.

Lui aussi qui se charge depuis des mois de convaincre toutes les parties prenantes : les actionnaires, les salariés, les autorités de la concurrence, et, bien sûr, les responsables politiques.

M. Baumann a ainsi été le premier dirigeant allemand à rendre visite à Donald Trump, mi-janvier, en compagnie du patron de Monsanto, pour lui présenter le bien-fondé de l’opération.

Il a insisté sur le caractère « constructif » de sa conversation avec le président américain, jugé « attentif et intéressé par notre vision de l’avenir de l’agriculture. »

La fusion serait « en bonne voie » et doit se conclure à la fin de l’année 2017, si les autorités américaines et européennes de la concurrence donnent leur feu vert.

L’image du groupe allemand va être écornée

« Des erreurs ont été faites »

Reste bien sûr l’image de Monsanto, véritable risque pour Bayer, jusqu’ici peu associé aux scandales, alors même qu’il est un grand fabricant de produits phytosanitaires et propose le glyphosate parmi ses herbicides.

Conscient du danger, M. Baumann s’emploie depuis plusieurs semaines à déminer le terrain.

« Bien sûr, des erreurs ont été faites, et elles collent à l’image de Monsanto. Dans le passé, le groupe américain s’est peu donné la peine de nouer le dialogue avec une opinion publique critique », a-t-il reconnu dans le journal allemand Welt am Sonntag du 12 mars.

« Il faut remettre les faits au cœur de la discussion. » Gardera-t-il le nom Monsanto après la fusion ?

Rien n’est encore décidé : « Pour Monsanto, le plus important est d’avoir la possibilité de développer des produits qui aident les agriculteurs.

Sous quel nom cela se fera, c’est secondaire », avait précisé M. Baumann le 22 février.

La question est loin d’être anodine pour le nouvel ensemble, qui deviendra le plus grand groupe agrochimique mondial.

Peut-on croire Bayer quand il affirme vouloir « nourrir la population mondiale, en forte croissance », de façon « durable » ?

Cette stratégie est précisément la justification de l’alliance avec Monsanto : augmenter les rendements par une plus grande innovation, non plus seulement via des solutions chimiques, mais à toutes les étapes de la chaîne de production, notamment grâce aux solutions numériques, appelées digital farming.

« Nous sommes d’avis que nous avons besoin autant de l’agriculture conventionnelle que de l’agriculture biologique », martelait Liam Condon, directeur du département Crop Science de Bayer (science des cultures) lors de la conférence de presse.

« Nous devons augmenter les rendements de façon durable. Nous considérons l’agriculture comme un système où interviennent les semences, la protection de la plante, le sol, dans leurs interactions avec le climat.

En optimisant ce système, nous voulons produire davantage qu’en intervenant sur un seul de ces éléments », a-t-il déclaré, sans préciser la place qu’occuperait le glyphosate dans cette nouvelle stratégie.

Cécile Boutelet (Berlin, correspondance) Le 18 mars 2017

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
commenter cet article

commentaires