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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 07:36

Cancer : le pari délicat des combinaisons de traitements

L'immunothérapie impose de combiner plusieurs médicaments pour être vraiment efficace.

Le marché va devenir de plus en plus fragmenté, ce qui va démultiplier les coûts des laboratoires.

Avec 39.000 visiteurs, 2.400 présentations et des milliers de stands, le congrès de l'American Society of Clinical Oncology, à Chicago, marque le temps fort de l'année en cancérologie.

C'est un observatoire privilégié de l'évolution d'un marché de 120 milliards de dollars (107 milliards d'euros), qui devrait avoisiner les 150 milliards en 2020.

Alors que l'essor de l'immunothérapie avait permis d'espérer des traitements pour des catégories de patients plus larges que les traitements dits ciblés, on découvre les limites de ce procédé, qui consiste à renforcer le système immunitaire du malade.

En monothérapie (un seul médicament), l'immunothérapie est sans effet sur certains types de tumeurs (pancréas ou sein, par exemple).

Le succès de produits comme le Keytruda de Merckdoit plutôt être vu comme une exception.

Les revers essuyés par BMSavec l'Opdivo dans le cancer du poumon ou par Roche avec le Tecentriq dans le cancer de la vessie le montrent bien.

Aussi, si cette catégorie de traitements est promise à un grand avenir, avec un chiffre d'affaires estimé à 27 milliards en 2020 (soit 18 % du marché), la règle sera une administration en combinaison avec d'autres produits du même type ou avec les traitements existants.

Qu'il s'agisse de thérapies ciblées, de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.

Cette grande fragmentation du marché va poser de grands défis aux laboratoires. Un millier d'essais en cours

Tout d'abord, quelles combinaisons choisir ?

Les laboratoires ont tendance à d'abord combiner leurs propres produits, ce qui donne un avantage aux sociétés à large portefeuille comme AstraZeneca, Novartis ou Roche.

Et, dans la mesure où les produits de première génération comme Keytruda, Opdivo ou Tecentriq demeurent la composante incontournable de ces combinaisons, chacun s'efforce d'avoir le sien.

Mais la question du choix demeure.

Actuellement, un millier d'essais cliniques portant sur des combinaisons sont en cours.

Y a-t-il un choix rationnel derrière tous ces essais ?

Pour Aurélien Marabelle, directeur du programme immunothérapie à l'Institut Gustave-Roussy, « si les laboratoires investissent, c'est qu'ils ont de bonnes raisons de le faire ».

Mais ces raisons ne sont pas nécessairement scientifiques.

« Les laboratoires savent que les premiers arrivés emporteront la mise, alors ils se lancent sur un maximum de pistes », estime un autre observateur.

Cette nouvelle manière de développer des traitements pose d'autres problèmes, « et tout d'abord celui du recrutement des patients dans des essais où la population cible est tellement étroite qu'ils deviennent difficiles à trouver », explique Arnaud Bedin, directeur médical oncologie chez BMS en France.

La méthodologie des essais va aussi devoir évoluer, pour se contenter d'un nombre de patients plus limités.

Une plus grande fluidité entre les étapes (phases I, II et III) des essais cliniques sera aussi nécessaire pour « économiser » des patients et aller plus vite.

La FDA américaine a commencé à intégrer ces évolutions.

Toxicités cumulées

En outre, si l'immunothérapie passe pour être mieux tolérée que la chimiothérapie, les combinaisons ont tendance à additionner les toxicités.

« Les effets secondaires sont d'une nature différente et apparaissent souvent avec un décalage dans le temps », reconnaît Aurélien Marabelle.

Le rapport bénéfice-risque pour le patient sera donc un critère majeur de succès sur le marché.

Enfin, tout cela a un prix. « Les laboratoires comme le nôtre, qui pourront combiner leurs propres produits, auront davantage de flexibilité que les autres », juge Bruno Strigini, patron de l'oncologie de Novartis.

Il n'en demeure pas moins que les industriels devront rentabiliser les énormes dépenses de R&D suscitées par la multiplication des recherches pour de petites populations à traiter.

Et ce, en dépit de la pression sur les prix.

Catherine DUCRUET | 08/06

Cancer : le pari délicat des combinaisons de traitements.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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