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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 06:30

Baptiste Beaulieu voulait parler sereinement des vaccins. Ça a mal tourné

Par Emilie Brouze

Baptiste Beaulieu, médecin généraliste et écrivain, a publié jeudi sur sa page Facebook une vidéo devenue virale (plus de 500.000 vues ce mercredi), dans laquelle il parle des vaccins, sujet ô combien sensible – a fortiori sur internet.

Dans son cabinet, les inquiétudes et les questions qu'il entend sur les vaccins sont plus nombreuses depuis l'annonce récente du gouvernement d'en rendre obligatoire onze destinés aux enfants, afin d'endiguer la résurgence de plusieurs maladies graves.

Une annonce qui a relancé le débat sur la vaccination.

"Onze vaccinations ! Il est NATUREL que les parents s'inquiètent pour leurs petit.e.s", écrit le jeune médecin en introduction.

"L'obligation vaccinale me turlupinait autant que vous."

Sans prendre position pour ou contre la vaccination obligatoire (il garde son avis pour lui), le médecin répond dans sa courte vidéo aux principales questions ou peurs entendues sur les vaccins.

Posément.

Et surtout en étayant et appuyant ses propos de dizaines de liens sources (des articles, des études et des chiffres).

Parce qu'il savait le sujet sensible, Baptiste Beaulieu introduit son argumentation avec précaution.

Non, il n'a pas été grassement payé par un laboratoire pour faire cette vidéo.

Il supplie et ce sera peine perdue, les commentaires haineux tombent :

"AVANT de commenter, assurez-vous VRAIMENT d'avoir lu les sources que je me suis décarcassé à NOUS trouver", répond-t-il.

Vaccins et autisme

"Les gens sont inquiets à l'idée de savoir pourquoi on met de l'aluminium dans le corps de leurs enfants", entame-t-il face caméra.

"Dire que l'aluminium est un bon adjuvant, que sans lui la réaction immunitaire et donc immunisante se fait beaucoup moins bien, ça ne suffit pas à rassurer les gens.

Mais si je vous disais que les quantités d'aluminium apportées par les vaccins sont faibles (jamais plus de 0,85 mg) par rapport aux apports quotidiens d'aluminium dans l'organisme.

Nous en mettons 3 à 5 mg dans notre corps chaque jour en mangeant et en buvant. 90 ans d'études scientifiques ont montré l'innocuité totale de ce métal sur l'organisme."

Autre crainte, celle du lien entre le vaccin contre l'hépatite B et la survenue de scléroses en plaques.

"On lit des trucs horribles sur le Net", abonde-t-il.

"J'ai trouvé que dans les années 1990, la campagne de vaccination contre l'hépatite B a bel et bien été suivie d'une augmentation du nombre de cas de scléroses en plaque (SEP).

C'est ce qu'on appelle un argument de temporalité.

Devinez ce qui a fait son entrée dans les années 1990 dans les hôpitaux ?

L'imagerie par résonance magnétique (IRM).

Et qu'est-ce qu'on fait avec une IRM qu'on faisait beaucoup moins bien avant ?

On diagnostique des SEP qui sinon seraient passées à la trappe.

C'est totalement inaperçu." Autre interrogation : celle du lien entre les vaccins et l'autisme.

Une idée qui s'est propagée par une étude d'Andrew Wakefield, un médecin anglais.

L'étude, publiée en 1998, ne s'appuie sur aucune statistique et sur un échantillon de seulement douze personnes.

La fraude scientifique a été reconnue. "Andrew Wakefield, qui depuis a été radié de l'ordre des médecins anglais, est connu pour avoir bidonné cette étude : il était de mèche avec un cabinet d'avocat qui avait bien l'intention d'attaquer le labo qui fabriquait les vaccins, afin de toucher de l'argent...

Mais trop tard, le mal était fait.

" Les conclusions mensongères d'Andrew Wakefield ont semé le doute, alors que plusieurs études ont depuis prouvé qu'il n'existe pas de liens entre vaccins et autisme

La variole ? Après avoir lu tellement de "trucs délirants sur le Net", le médecin-blogueur a eu besoin de se rappeler en quoi il est important de se vacciner :

"Les vaccins ne sont efficaces que si beaucoup de gens sont vaccinés et donc ralentissent la propagation du virus au sein de la population.

La décision de ne pas me vacciner n'impacte donc pas que moi mais la société toute entière.

Un enfant mineur n'a pas à pâtir des décisions arbitraires et des fausses croyances de ses parents."

La vaccination permet d'éviter 2 à 3 millions de décès par an dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), rappelle le médecin.

A l'époque où la vaccination n'existait pas, 400.000 personnes en Europe mouraient chaque année de la variole.

"Vous savez ce que c'est la variole ?

Non.

Moi non plus, et tant mieux.

On a oublié ce que c'était, ces maladies-là." Il cite plus loin le cas de la rougeole, une maladie en résurgence.

Alors que moins de 50 cas étaient déclarés en France en 2006 et 2007, plus de 23.300 cas ont été recensés entre début 2008 et fin 2013, "dont plusieurs encéphalites et décès".

Dernier argument : les laboratoires qui fabriquent les vaccins, qui fournissent aussi le matériel médical aux hôpitaux, "feraient beaucoup plus de profits si on ne se faisait pas vacciner".

En parler sans s'étriper Avec cette vidéo, Baptiste Beaulieu a eu envie d'ouvrir une discussion sereine, posée :

"Au début du vaccin contre la variole, on était persuadé que ça allait transformer les gens en vache.

On affronte aujourd'hui le même genre de scepticisme.

Moi, je n'ai rien contre les anti-vaccins, je veux juste qu'on en parle sans s'engueuler.

Sans jugement.

On devrait tous pouvoir s'entendre, sans s'étriper, se détester, s'engueuler.

Parlons-en aussi de manière scientifique et rigoureuse."

Cette vidéo était aussi une réponse aux articles véhiculant de fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux et viennent "polluer le débat". Il pense surtout à la vidéo de Christian Tal Schaller, "qui se dit médecin et explique pendant vingt minutes pourquoi les vaccins sont dangereux".

Sur YouTube, elle comptabilise plus de 50.000 vues.

"Les vaccins sont inefficaces, inutiles, dangereux. [...]

C'est une croyance fausse", affirme celui qui prône les vertus thérapeutiques de "l’urinothérapie" et qui a été inquiété par la justice française.

Baptiste Beaulieu a vu sa vidéo sur les vaccins circuler sur des forums de santé africain, là où un enfant malade d'une encéphalite liée à la rougeole aura du mal à avoir accès à un traitement.

"C'est criminel", condamne-t-il.

Depuis jeudi, Baptiste Beaulieu a reçu de nombreux messages, dont de personnes en attente de greffe ou immunodéprimé, qui "ont très peur pour leurs proches et eux-mêmes si les gens se vaccinent moins".

"Grand naïf", il pensait avec toutes ces précautions ouvrir une discussion sereine sur les vaccins.

C'était avant de lire les dizaines de commentaires et messages soupçonneux ("il a été payé combien pour le tournage de la vidéo"), désagréables voire haineux, l'incitant à se pendre ou le traitant de tueur d'enfants.

Emilie Brouze Emilie Brouze Journaliste

Baptiste Beaulieu voulait parler sereinement des vaccins. Ça a mal tourné .

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Concept
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