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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 07:59

Une "superbactérie" a causé la mort d'une femme aux Etats-Unis.

Des chercheurs s'inquiètent d'une sous-estimation de l'évolution de ces bactéries résistantes aux antibiotiques.

Les Centres américains de contrôle des maladies (CDC) ont révélé vendredi 13 janvier 2017 le décès d'une femme infectée par une bactérie résistante aux antibiotiques.

Résidant dans le Nevada, la septuagénaire a succombé à un choc septique en septembre 2016.

Elle aurait été infectée lors d'un voyage en Inde où elle était restée longtemps hospitalisée pour une fracture de la jambe.

C'est la bactérie Klebsiella pneumoniae, ou bacille de Friedländer, qui a été isolée dans la blessure de la patiente.

Naturellement présente dans le tube digestif et les voies aériennes supérieures de l'homme et des animaux, mais également dans l'eau, les sols ou la poussière, cette entérobactérie est dite "opportuniste" en ce qu'elle peut déclencher, chez des sujets fragiles (patients âgés, hospitalisés, personnes diabétiques...) des infections des voies respiratoires.

Klebsiella pneumoniae est ainsi à l'origine de nombreuses infections nosocomiales.

La résistance aux antibiotiques développée par cette bactérie n'a cessé d'évoluer ces dernières années (cf. graphique ci-dessous).

Toutefois, la souche en cause dans ce décès ne présentait pas le gène MCR-1 de résistance à la collistine, un antibiotique de dernier recours.

Ce gène parfois dit de "super-résistance" inquiète tout particulièrement, car les bactéries porteuses sont en mesure de transmettre à d'autres bactéries cette super résistance.

Une telle super-bactérie avait été détectée pour la première fois aux Etats-Unis en mai 2016, chez une femme de 49 ans qui avait toutefois survécu, son infection ayant fini par réagir à un antimicrobien.

L'annonce de ce décès par les autorités sanitaires américaines intervient à quelques jours de la publication d'une étude dans les PNAS (la revue des Comptes rendus de l'Académie des sciences américaine) qui révèle qu'une famille de bactéries résistantes, les entérobactérie carbapénème résistante (CRE), se répand plus largement et de façon plus insidieuse que ce que l'on croyait jusqu'à présent.

Ces bactéries, dont fait partie Klebsiella pneumoniae, se caractérisent par leur résistance à une classe d'antibiotiques puissants, les carbapénèmes. Les chercheurs de l'Ecole de santé publique de l'université Harvard ont ainsi étudié les CRE ayant causé des décès dans quatre hôpitaux américains (région de Boston et en Californie).

En décryptant le génome de 250 échantillons, ils sont tombés sur une variété d'espèces qu'ils ne soupçonnaient pas.

Surtout, ils ont établi qu'une large variété de caractéristiques génétiques permettait aux CRE de résister aux antibiotiques ; et que ces profils génétiques pouvaient se transmettre facilement d'une espèce de CRE à l'autre.

De sorte que, selon les chercheurs, ces bactéries pourraient s'être répandues bien plus largement, se transmettant notamment d'une personne asymptomatique à une autre.

"Alors qu'on s'est concentré jusqu'à présent sur les patients atteints d'infection causée par des CRE, nos travaux suggèrent que ce type de bactéries résistantes se propage au-delà des cas évidents d'infection.

Nous devons être plus attentifs à cette transmission non observée dans nos communautés et nos établissements de santé si nous voulons la stopper", alerte William Hanage, professeur d'épidémiologie à l'Ecole de santé publique Harvard.

Les chercheurs appellent à une surveillance génomique renforcée de cette famille de bactérie. Le cas de l'Américaine décédée en septembre ne saurait leur donner tort.

L'ère post-antibiotique redoutée En effet, ce dernier cas intensifie les craintes d'une perte d'efficacité des antibiotiques qui rendrait très dangereuses des infections aujourd'hui bénignes.

La bactérie Klebsiella pneumoniae "est considérée par quasiment toutes les instances sanitaires y compris l'Organisation mondiale de la santé, comme 'une menace urgente pour la santé humaine'", a noté dans un communiqué le professeur Nick Thomson, directeur du groupe de génomique bactérienne au Wellcome Trust Sanger Institute au Royaume-Uni, en réaction au cas signalé aux Etats-Unis.

Cet expert relève que la grande fréquence des voyages internationaux et la mauvaise qualité des traitements dans certains pays ont facilité la diffusion de cet agent pathogène aux Etats-Unis.

L'OMS a averti que le phénomène de résistance aux antibiotiques représentait "un immense danger" et que, si rien n'était fait, la planète se dirigeait vers une "ère post-antibiotique, dans laquelle les infections courantes pourront recommencer à tuer".

En 2016, le gouvernement britannique estimait qu'en l'absence de mesures pour arrêter la résistance aux antibiotiques, 10 millions de personnes par an pourraient décéder d'infections par ces bactéries d'ici 2050, soit plus que les morts par cancer.

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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