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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 10:35
Y-a-t-il une omerta sur la maladie de Lyme en France ? Strasbourg, le jeudi 25 septembre 2014 – Comme nous l’avons rapidement évoqué dans ces colonnes, deux biologistes médicaux comparaissaient ces mardi et mercredi devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. Viviane Shaller était poursuivie pour escroquerie à l’Assurance maladie. Pendant des années, elle a modifié le protocole de diagnostic de la maladie de Lyme, en réalisant systématiquement un double test, arguant d’une trop piètre fiabilité du test Elisa, considéré comme l'examen de référence. Cette situation aurait entraîné des remboursements indus, s’élevant à 200 000 euros. De son côté, Bernard Christophe était poursuivi pour exercice illégal de la pharmacie pour avoir vendu dans son officine aux patients atteints de maladie de Lyme un produit à base d’huiles essentielles, Tic Tox, non officiellement reconnu comme un traitement de cette pathologie. Les deux professionnels sont également soupçonnés de complicité. Pas le procès du dépistage de la maladie de Lyme Ce procès a été l’occasion pour plusieurs personnalités médicales, appelées à témoigner par la Défense, d’évoquer le « déni » dont serait l’objet la maladie de Lyme dans notre pays. Le professeur Christian Perronne, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital universitaire de Garches et membre du Haut conseil de la Santé publique a notamment remarqué : « Sur la maladie de Lyme, rien n’a bougé depuis 30 ans. Les tests sérologiques ont été étalonnés à condition qu’il n’y ait jamais plus de 5 % de résultats positifs et ce dogme n’a jamais été remis en cause depuis. Les tests ne sont pas fiables, ils réagissent sur des souches qui sont souvent américaines, rarement des souches locales. La maladie de Lyme est sous-diagnostiquée depuis des dizaines d’années, et les conséquences sont terribles. Pour les patients d’une part, qui sont souvent mal soignés, pour la prise en compte publique de cette maladie, puisque la prévalence dans la population est sous-évaluée, et pour la recherche puisqu’il est impossible de publier ou d’obtenir un financement pour un programme sur la maladie de Lyme » a-t-il décrit. Il a également remarqué que bien qu’il ait longtemps dénié toute efficacité à la phytothérapie, il n’excluait pas aujourd’hui qu’elle puisse être un complément aux traitements antibiotiques. Cette évocation des défauts de la prise en charge et surtout du diagnostic de la maladie de Lyme dans notre pays, qui pourraient si non excuser tout au moins expliquer l’action des deux professionnels de santé, n’a cependant pas convaincu le parquet d’appeler à la relaxe. « Le tribunal n’est pas là pour se prononcer sur la prise en compte de la maladie de Lyme en France ou sur la réalité de son caractère chronique. Viviane Schaller a manipulé les tests Elisa pour abaisser le seuil de réactivité, elle le revendique, c’est une infraction. Bernard Christophe a vendu un médicament pour lequel il ne disposait pas d’une autorisation de mise sur le marché, c’est aussi une infraction. Point » a indiqué la représentante du Parquet, Lydia Pflug, qui a requis un an de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende contre les deux prévenus. Une impossible relaxe ? Les avocats de la défense ont pour leur part réclamé la relaxe de leurs clients notant concernant Viviane Schaller qu’elle n’avait réalisé aucun gain financier en modifiant le protocole officiel de dépistage de la maladie de Lyme et qu’elle avait fait part de ses doutes aux autorités sanitaires et remarquant à propos de Bernard Christophe qu’il n’avait jamais présenté le Tic Tox comme un médicament et qu’il s’était rapproché du conseil de l’Ordre afin qu’il lui indique la marche à suivre. Le jugement a été mis en délibéré jusqu’au 13 novembre. Quel que soit le verdict, cette affaire devrait inviter à une nouvelle réflexion sur le dépistage de la maladie de Lyme dans notre pays. Aurélie Haroche

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Infections froides
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