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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 07:32
L’explication des « pleurs excessifs du petit nourrisson » par des coliques intestinales est l’un des serpents de mer de la pédiatrie. Elle resurgit avec les travaux de bactériologie moléculaire sur l’installation du microbiote intestinal, qui révèlent un « dysmicrobisme » transitoire dans les selles de certains bébés. Dans l’étude de C. de Weerth et coll., l’évolution postnatale des microbiotes intestinaux, c'est-à-dire fécaux, de 12 bébés qui pleuraient beaucoup à 6 semaines (plus de 3 h/j, 4 j de suite) a été comparée à celle de 12 bébés calmes au même âge. Les sujets ont été sélectionnés au sein d’un groupe de 160 bébés dont le méconium puis huit selles avaient été prélevés entre 0 et 5 mois (3 le premier mois, à J7, J14 et J28 ; 5 entre trois et cinq mois). Les « profils » des microbiotes fécaux ont été déterminés par hybridation entre l’ADN ribosomial 16S provenant des selles, et les sondes d’une puce à ADN phylogénétique capable d’identifier plus de 1 000 phylotypes intestinaux, la HIT Chip. A l’exception du méconium, les profils des selles d’un même enfant présentaient un ordre reconnaissable. Schématiquement, les Actinobactéries (avant tout des bifidobactéries) étaient présentes en permanence, alors que les Firmicutes cédaient la place aux Protéobactéries et aux Bactéroidetes après 75 jours. Moindres stabilité et diversité des microbiotes fécaux chez ceux qui pleurent beaucoup Ceci étant, la diversité et la stabilité des microbiotes fécaux des bébés qui pleuraient beaucoup étaient inférieures à celles des bébés calmes. La différence de diversité était très nette à J14 (p <0,02) et à J28 (p <0,01). La composition des microbiotes fécaux des bébés qui pleuraient beaucoup présentait plusieurs différences significatives avec celle des bébés calmes au cours du premier mois de vie, avec : - des proportions de Protéobactéries (Anaerobiospinillum spp, Enterobacter aerogenes et rel, Escherichia coli et rel, Haemophilus, Klebsiella pneumonia et rel, Pseudomonas spp, Serratia spp, Vibrio spp et Yersinia et rel) plus que doubles à J14 (25 % ± 27 % versus 10 % ± 15 % ; p <0,04) - et des proportions plus basses de Bactéroidetes à J7 (p = 0,05) ainsi que de bifidobactéries + lactobacilles à partir de J14 (p <0,03). Une analyse multivariée montrait une association entre les pleurs et des niveaux plus élevés de certains groupes bactériens (dont des Protéobactéries), significative à 2 semaines (p=0,03). Les pleurs excessifs étaient associés positivement à la présence de 8 groupes bactériens dans les selles, incluant des bactéries potentiellement pathogènes reliées à Escherichia, Klebsiella, Serratia, Vibrio, Yersinia et Pseudomonas. Ils étaient négativement associés à de nombreux groupes de bactéries, dont des espèces produisant du butyrate, comme Butyrivibrio crossotus, Eubacterium rectale et Eubacterium hallii. En revanche, le sexe, le poids de naissance, l’allaitement, le lieu de l’accouchement (à l’hôpital / en ville) et l’âge au prélèvement n’avaient pas d’influence sur les pleurs. Les probiotiques, un traitement rationnel ? Ainsi, les intestins des petits nourrissons qui pleurent beaucoup ont une signature microbienne dont la chronologie est particulière : elle apparaît un peu avant le pic des pleurs excessifs (à six semaines) et disparaît avant la fin de ces pleurs (vers quatre à cinq mois). Les coliques intestinales font le lien entre la signature microbienne et les pleurs excessifs ; elles seraient provoquées par des troubles de la motricité et une hyperproduction de gaz. Si on admet cet enchaînement, les probiotiques deviennent un traitement rationnel des coliques intestinales et des pleurs excessifs du petit nourrisson. Tout n’est pas résolu pour autant. Pourquoi cette signature ne se voit-elle que chez certains enfants et pourquoi disparaît-elle spontanément avant 3 mois ? Dr Jean-Marc Retbi 14/06/2013 De Weerth C et coll. : Intestinal microbiota of infants with colic : development and specific signatures. Pediatrics 2013; 131: e550-e558.

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Published by Chronimed
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