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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 19:37
«Une expérience de recherche médicale où toutes les souris mutantes survivent, et toutes les souris non traitées meurent en 8 jours, c'est spectaculaire.» C'est celle qui était relatée par une équipe internationale dans la revue Science du 20 janvier. Et son principal responsable, Eric Vivier, me résume ainsi son importance.

Cette expérience, réalisée sous la conduite d'Eric Vivier et Sophie Ugolini au Centre d'immunologie de Marseille Luminy (Inserm/CNRS/Université Aix Marseille), a découvert une nouvelle manière, complètement imprévue, de booster la défense immunitaire de souris. Plus exactement la défense de "première ligne, dite "innée", par apposition à la défense dite "adaptative" des lymphocytes T et B qui interviennent ensuite, en deuxième ligne. Cette défense de première ligne est réalisée par des cellules lymphocytes baptisées Natural Killer - NK - qui luttent contre les tumeurs ou les infections virales et bactériennes en tuant les cellules malades et en alertant les autres lymphocytes par des signaux chimiques contribuant ainsi à l'orchestration de la réponse immunitaire de deuxième ligne.

Ci-dessous une vidéo où Sophie Ugolini et Eric Vivier expliquent leur recherche et leurs résultats.

 



GROS PLAN - Vivier/Ugolini from ATCG Partners on Vimeo.

En utilisant des lignées de souris génétiquement modifiées et dont le génome était parfaitement connu par séquençage, l'équipe a découvert au bout de trois ans de travail un phénomène extrêmement curieux. L'absence d'un gène qui intervient dans la régulation de la cellule NK en favorisant son action... booste au contraire son action. Etrange, car ce gène est connu depuis 15 ans et personne n'avait imaginé que son absence puisse avoir cet effet contre-intuitif. 

Puis, les biologistes ont compris que ce gène joue un rôle au tout début de la vie d'une cellule NK, qui dure environ trois semaines. En gros, il lui apprend à ne pas sur-réagir à l'approche de n'importe quel signal chimique en l'interprétant illico comme une alerte rouge. Privée de ce gène dès sa formation, la cellule NK se transforme en une sorte de super natural killer. Et nous avons appris comment "manipuler" ce gène, m'explique Sophie Ugolini afin de booster l'activité des cellules NK à volonté, ce qui permet une réponse immunitaire très forte, mais transitoire.

Les mécanismes moléculaires par lesquels cette action initiale du gène se réaliseraient demeurent toutefois mystérieux. D'autre part, l'interprétation de cette action comme une "éducation" - le mot n'est pas dans l'article scientifique mais Eric Vivier l'a utilisé pour me l'expliquer et Sophie Ugolini parle de "mécanismes d'éducation" dans la vidéo ci dessus (à la fin) - est parfois critiquée. (photo © jepoirrier, Flickr, cc by sa 2.0)

Alain Trautmann (Institut Cochin) préfère ainsi y voir la manifestation d'une propriété nécessaire du système immunitaire et «sculptée par l'évolution» : ne pas réagir à la stimulation chronique sous peine, comme dans l'histoire de l'enfant qui crie au loup sans raison, de ne plus réagir quand survient la véritable attaque. «L'évolution a sculpté le système immunitaire, dans ses différentes composantes, pour répondre à une double pression: réagir très vite aux infections et éviter les pathologies auto-immunes, l'attaque du soi. Ce dernier n'est pas du tout évident à définir (surtout si on y inclut, le quasi-soi, les bactéries commensales de l'intestin). Une caractéristique fondamentale du soi, c'est sa permanence. L'évolution aurait conduit  le système immunitaire à réagir à des stimulations transitoires, mais de s'abstenir quand la stimulation est chronique.»

Comme souvent, il n'y a pas de miracle en biologie, et cette surcapacité des cellules NK se paye d'une moindre capacité de défense immunitaire de seconde ligne, par les lymphocytes B  et T . Mais, espère Sophie Ugolini «une thérapeutique fondé sur ce mécanisme et utilisant un anticorps pourrait être de grand secours pour des personnes immuno-déprimées pour diverses raisons". Comme des patients ayant subi une greffe de moelle ou l'infection par le virus du Sida.. Une recherche visant de telles applications devrait être développée sur le campus de Luminy. en particulier grâce à un partenariat industriel avec la société de biotechnologie Innate-Pharma.


http://www.ciml.univ-mrs.fr/sites/default/files/cp_nkp_190112.pdf

http://sciences.blogs.liberation.fr/files/nkp-vivier.pdf

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Published by Chronimed - dans Concept
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